Le 2 novembre 2018, Hayden Adams déploie un petit contrat sur la blockchain principale d’Ethereum et l’annonce à environ 200 abonnés sur Twitter. En juillet 2017, smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il avait été licencié de son premier emploi, ingénieur mécanicien chez Siemens. Son contrat n’avait ni carnet d’ordres, ni équipe chargée de sélectionner les jetons, ni société détenant l’argent de quelqu’un : seulement deux tas de jetons et une formule qui fixait le prix entre les deux. Ce contrat s’appelait Uniswap et il est devenu le modèle de ce que la plupart des gens appellent aujourd’hui un exchange décentralisé (DEX). Au 29 octobre 2026, DefiLlama compte 63,0 milliards de dollars d’échanges passés par la famille de contrats Uniswap au cours des 30 derniers jours.
L’idée n’était pas de lui, et il le dit lui-même. Dans son récit de 2019 sur l’histoire du projet, Adams explique que Karl Floersch, alors à la Fondation Ethereum, lui a suggéré de réaliser un teneur de marché automatisé tel que Vitalik Buterin l’avait décrit. Vitalik Buterin avait esquissé le principe ; Adams a passé plus d’un an à en faire du code qui tourne.
La formule est la partie facile. Ce qui s’est construit autour est plus délicat : des pools financés par des inconnus, des frais partagés entre ces inconnus et le protocole, la courbe plus plate de Curve pour les stablecoins, des routeurs comme Jupiter qui ne possèdent aucun pool, et des carnets d’ordres revenus sur la blockchain depuis que certaines chaînes sont assez rapides.
DEX crypto, c’est quoi ? Un échange depuis votre portefeuille, sans compte
Sur une plateforme centralisée, vous ouvrez un compte, passez les contrôles d’identité, déposez des fonds, puis négociez un solde que la plateforme garde dans ses propres portefeuilles. Son moteur d’appariement met en face de votre ordre celui d’un autre, dans une base de données interne. Notre guide sur le fonctionnement des plateformes d’échange centralisées détaille les carnets d’ordres, l’appariement et la garde des fonds.
Un DEX inverse la logique. Vous connectez un portefeuille en garde personnelle et vous signez une seule transaction. Dans cette transaction, un contrat intelligent prend vos jetons et vous renvoie les autres. Si quelque chose échoue, toute la transaction est annulée et vous gardez ce que vous aviez, moins les frais de réseau. Il n’y a ni étape de dépôt, ni compte, ni solde conservé pour vous entre deux échanges.
Cette conception supprime un risque et en ajoute d’autres. La plateforme ne peut ni geler ni perdre vos fonds, puisqu’elle ne les détient jamais. Mais personne ne peut non plus annuler un échange fait par erreur, et chaque swap coûte des frais de gaz versés au réseau, que l’échange porte sur 20 dollars ou sur 2 millions.
Une distinction compte dès le départ. Les contrats vivent sur la blockchain et tout le monde peut les appeler. Le site web qui permet d’y accéder, l’interface, est un logiciel ordinaire exploité par une société ou une équipe. Uniswap Labs exploite une application ; le protocole Uniswap, lui, est l’ensemble des contrats. Si le site tombe, les contrats continuent de fonctionner pour quiconque les appelle autrement.

Carnet d’ordres ou pool : deux façons d’apparier un échange
Un carnet d’ordres est une liste d’offres. Les teneurs de marché y inscrivent des offres d’achat et de vente aux prix de leur choix ; un preneur arrive et traite contre la meilleure offre. Les prix n’existent que parce que quelqu’un continue de les poster, et les teneurs de marché professionnels actualisent leurs cotations plusieurs fois par seconde. Sur la chaîne principale d’Ethereum, où chaque mise à jour est une transaction payante, ce modèle était lent et coûteux. Adams rappelle qu’en 2017 EtherDelta était le seul exchange décentralisé à avoir une vraie audience, et que son interface lui semblait brouillonne.
Un teneur de marché automatisé (AMM, pour automated market maker) remplace les teneurs de marché par un pool. Des fournisseurs de liquidité déposent deux jetons dans un contrat, et ce contrat devient la contrepartie de chaque échange. Personne ne poste de prix. Le contrat le calcule à partir des quantités qu’il détient, si bien qu’une cotation existe à tout instant, même à 3 heures du matin un dimanche, quand aucun trader professionnel n’est réveillé.
Le tableau ci-dessous compare les principales conceptions vues dans cette leçon.
| Conception | Qui fixe le prix | Qui détient les fonds | Exemple | Risque principal pour l’utilisateur |
|---|---|---|---|---|
| Carnet d’ordres centralisé | Les ordres des teneurs de marché, appariés par la plateforme | La plateforme | Coinbase, Kraken | Garde : la plateforme peut faillir ou geler des comptes |
| Carnet d’ordres sur la blockchain | Les ordres des teneurs de marché, appariés par la chaîne | Les contrats du protocole et votre portefeuille | Hyperliquid spot, Manifest | Carnets peu profonds sur les petits jetons ; risque de contrat et de chaîne |
| AMM à produit constant | Une formule appliquée aux soldes du pool | Le contrat du pool (dépôts des LP) | Uniswap v2 | Impact sur le prix des gros ordres ; risque de contrat |
| AMM à liquidité concentrée | Une formule, avec la liquidité placée dans des fourchettes de prix | Le contrat du pool | Uniswap v3 et v4 | Idem, plus des positions de LP qui sortent de leur fourchette |
| AMM pour actifs stables | Une formule plus plate pour des actifs de valeur voisine | Le contrat du pool | Curve | Un pool qui se déséquilibre quand un actif perd sa parité |
| Agrégateur | Pas lui-même : il route vers les plateformes ci-dessus | Votre portefeuille, puis les plateformes utilisées | Jupiter, 1inch | Dépend de chaque plateforme utilisée ; risque du contrat de routage |
Comment un AMM fixe le prix
Un pool, une formule : x fois y égale k
Les premiers pools d’Uniswap appliquaient la règle la plus simple possible. Appelons x la quantité d’un jeton dans le pool et y la quantité de l’autre. Le contrat n’accepte que les échanges qui laissent leur produit, k, inchangé (avant frais). Le prix est le rapport entre les deux tas.
Prenons un pool d’exemple, inventé pour cette leçon et qui n’est pas une cotation de marché : 100 ETH et 300 000 USDC. Le produit k vaut 30 000 000 et le prix de départ est de 3 000 USDC par ETH. Un trader envoie 1 000 USDC. Le pool contient désormais 301 000 USDC, donc, pour que k reste constant, il ne peut garder que 30 000 000 / 301 000 = 99,668 ETH. Le trader reçoit la différence, 0,332 ETH, à un prix moyen d’environ 3 010 USDC. Après l’échange, le prix du pool est de 3 020 USDC par ETH.
Plus l’ordre est gros par rapport au pool, plus le prix moyen se dégrade. Le même pool d’exemple donne ces résultats, avant tout frais :
| Ordre (USDC envoyés) | ETH reçus | Prix moyen payé (USDC) | Prix du pool après (USDC) | Prix moyen par rapport à 3 000 |
|---|---|---|---|---|
| 1 000 | 0,332 | 3 010 | 3 020 | +0,3 % |
| 10 000 | 3,226 | 3 100 | 3 203 | +3,3 % |
| 30 000 | 9,091 | 3 300 | 3 630 | +10,0 % |
Cet écart est l’impact sur le prix. Il tient à la profondeur du pool, pas à une décision de quiconque. Un pool dix fois plus gros bougerait dix fois moins pour le même ordre. Lors d’un vrai swap, les frais passent d’abord : avec des frais de 0,30 %, seuls 997 des 1 000 USDC entrent dans la formule et le trader reçoit environ 0,331 ETH. Votre portefeuille compare ensuite le résultat à la cotation que vous aviez vue, et l’échange est refusé si l’écart dépasse votre tolérance de slippage.
Les pools peu profonds sont ceux où cela fait le plus mal. La leçon précédente, sur le restaking et les jetons de restaking liquide, a raconté le 24 avril 2024 : des détenteurs d’ezETH qui ne pouvaient pas racheter assez vite ont vendu dans des pools de DEX trop peu profonds pour les absorber, et le cours est tombé nettement sous celui de l’ETH.
Pourquoi le prix du pool reste-t-il proche du marché ? À cause de l’arbitrage. Après notre échange, le pool d’exemple valorise l’ETH à 3 020 USDC alors que d’autres places peuvent encore afficher 3 000. N’importe qui peut vendre de l’ETH au pool jusqu’à ce que les deux prix se rejoignent, et des robots le font en quelques blocs. L’AMM ne regarde jamais un prix extérieur : ce sont les traders qui ramènent le marché vers lui. La démonstration complète de la courbe, y compris la raison pour laquelle le prix bouge ainsi, fera l’objet d’une prochaine leçon sur les mathématiques des AMM.
Fournisseurs de liquidité et jetons de LP
Les jetons d’un pool de liquidité appartiennent à ses fournisseurs de liquidité (LP). Dans un pool Uniswap v2, un LP dépose les deux jetons au ratio courant du pool, par exemple 1 ETH et 3 000 USDC dans le pool d’exemple ci-dessus. En échange, le contrat crée des jetons de LP, des jetons fongibles ordinaires qui représentent une part de l’ensemble du pool. Retirer ses fonds revient à rendre les jetons de LP et à recevoir cette part de ce que le pool contient à ce moment-là, rarement le même mélange que celui déposé.
À partir de la version 3, Uniswap a cessé de traiter tous les LP de la même façon. Chaque dépôt devient une position avec sa propre fourchette de prix, si bien que deux positions d’un même pool ne sont plus interchangeables. Ce changement est décrit dans la section Uniswap plus bas.
La somme de tous les jetons qui se trouvent dans les pools d’un DEX est ce que les tableaux de bord appellent sa valeur totale verrouillée ; ce chiffre varie avec le cours des jetons même quand personne ne dépose rien.
Où vont les frais d’échange
Les frais rémunèrent les LP du risque de détenir un pool. D’après la documentation pour développeurs d’Uniswap, chaque pool v2 prélève des frais fixes de 0,30 %, ajoutés aux réserves du pool, si bien que la part des LP grandit automatiquement. La version 3 a introduit des paliers de frais, dont 0,05 %, 0,30 % et 1 % sont les paliers standards ; d’autres, comme 0,01 %, peuvent être activés par la gouvernance UNI. La version 4 abandonne les paliers fixes : un pool peut prélever de 0 % à 100 % et modifier ses frais d’un échange à l’autre grâce à un hook.
Jusqu’en décembre 2025, tous ces frais allaient aux LP. La proposition UNIfication a changé cela. The Block a rapporté le 25 décembre 2025, en citant Hayden Adams, que le vote de gouvernance avait été adopté avec 99,9 % de voix favorables, soit plus de 125 millions d’UNI pour et 742 contre. La documentation d’Uniswap indique désormais que des frais de protocole sont actifs sur tous les pools v2 et sur certains pools v3, le protocole prélevant environ un sixième des frais d’échange au lancement : sur un pool v2, les LP reçoivent 0,25 % et le protocole 0,05 %, tandis que sur les paliers v3 les plus bas la part du protocole est d’un quart. La part du protocole s’accumule dans des contrats de collecte sur la blockchain, et n’importe qui peut la réclamer en brûlant une quantité requise d’UNI, le jeton de gouvernance. La proposition prévoyait aussi une combustion unique de 100 millions d’UNI après un délai de deux jours, que The Block présentait comme une estimation de ce que le mécanisme aurait brûlé s’il avait existé depuis le lancement.
Les LP gardent tout de même l’essentiel. DefiLlama compte 85,75 millions de dollars de frais sur Uniswap pour les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026, dont 7,15 millions comptés comme revenu du protocole.
La perte impermanente en un paragraphe
Quand le prix d’un jeton du pool bouge, les arbitragistes achètent au pool le jeton devenu bon marché et lui vendent celui devenu cher. Le LP se retrouve avec plus du jeton qui a baissé et moins de celui qui a monté que s’il avait simplement gardé les deux dans un portefeuille. Ce manque à gagner par rapport à la simple détention s’appelle la perte impermanente. Elle n’est « impermanente » que parce qu’elle disparaît si les prix reviennent là où ils étaient ; retirer ses fonds la rend définitive. Les frais peuvent ou non la compenser. Une prochaine leçon sur les pools de liquidité détaille les chiffres.
Uniswap, comment ça marche : de la v1 aux hooks
Uniswap est le meilleur fil conducteur pour suivre l’évolution des AMM, car chaque version a corrigé une faiblesse de la précédente.
La version 1 est sortie en novembre 2018 avec la règle du produit constant décrite plus haut. La version 2 a suivi en mai 2020 et a permis des pools entre deux jetons ERC-20 quelconques. La version 3 a été annoncée le 23 mars 2021, avec un lancement sur Ethereum fixé au 5 mai. Sa nouveauté, la liquidité concentrée, laisse chaque LP choisir la fourchette de prix dans laquelle ses jetons peuvent être échangés. La documentation d’Uniswap illustre le problème qu’elle résolvait : dans un pool DAI/USDC en v2, environ 0,50 % seulement du capital se trouvait entre 0,99 et 1,01 dollar, là où se fait presque tout l’échange. Uniswap annonçait « jusqu’à 4 000 fois » l’efficacité du capital de la v2, un chiffre marketing qui ne vaut que pour les fourchettes les plus étroites.
La concentration a un prix. La documentation précise que, dès que le prix sort de la fourchette d’une position, cette liquidité cesse de gagner des frais et le LP se retrouve avec un seul des deux jetons. Une position v3 demande de la surveillance ; un dépôt v2, non. Fournir de la liquidité par fourchettes fait l’objet d’une prochaine leçon.
La version 4 a été lancée le 31 janvier 2025. D’après l’article de lancement d’Uniswap, elle est sortie sur 10 chaînes après neuf audits indépendants et avec une prime de bug bounty de 15,5 millions de dollars. La conception, décrite une première fois dans un article de juin 2023, loge tous les pools dans un seul contrat, au lieu d’un contrat par pool, si bien qu’un échange passant par plusieurs pools ne déplace plus de jetons entre contrats, et ne transfère que les soldes nets à la fin d’une transaction. L’ETH natif peut être échangé sans passer d’abord par un jeton enveloppé. La fonctionnalité phare, ce sont les hooks, que l’article décrit comme des modules complémentaires permettant aux développeurs de créer une logique propre pour les pools, les échanges, les frais et les positions de LP. Un hook peut fixer des frais dynamiques, exécuter un ordre à cours limité ou restreindre l’accès à un pool. L’article comptait plus de 150 hooks déjà développés au lancement.
Vingt et un mois plus tard, la v4 a pris la tête. DefiLlama affiche Uniswap V4 à 31,9 milliards de dollars de volume sur 30 jours au 29 octobre 2026, devant la V3 à 30,6 milliards, tandis que la V2 a traité 0,53 milliard. Pour les dépôts, l’ordre est inversé : la V3 détient 1,60 milliard de dollars, la V4 1,25 milliard et la V2 0,90 milliard.
Curve et la courbe StableSwap pour les stablecoins
La courbe à produit constant convient mal à deux jetons censés valoir le même prix, comme l’USDC et l’USDT. Elle répartit la liquidité sur tous les prix possibles, de presque zéro à presque l’infini, alors que presque tout l’échange se fait à un centime près de 1 dollar.
La réponse de Michael Egorov a été un article daté du 10 novembre 2019, d’où est né Curve. L’article StableSwap présente la conception comme ce qu’on pourrait appeler « Uniswap avec effet de levier ». Il part de deux extrêmes. Une règle à somme constante (x plus y égale une constante) échangerait exactement à 1 pour 1 sans impact sur le prix, mais le pool peut être entièrement vidé d’un des jetons. Une règle à produit constant ne s’assèche jamais, mais son prix bouge dès le premier dollar. StableSwap mêle les deux : près de l’équilibre, la courbe se comporte presque comme une somme constante, et plus le pool se déséquilibre, plus elle se rapproche du produit constant.
Un coefficient d’amplification, A, règle le dosage. D’après l’article, plus A est bas, plus la courbe ressemble au produit constant ; il retient A = 100 comme valeur pratique, qu’il compare à l’usage d’Uniswap avec un effet de levier de 100. Le revers, c’est la perte de parité : si un stablecoin perd sa valeur, les traders le vendent au pool, qui se remplit du jeton le plus faible.
Curve pèse aujourd’hui bien moins qu’Uniswap en volume, mais reste important en dépôts. Au 29 octobre 2026, DefiLlama affiche 1,16 milliard de dollars verrouillés dans Curve DEX contre 2,52 milliards de volume sur 30 jours, et 354 milliards depuis le lancement. Curve émet aussi son propre stablecoin, le crvUSD, et plusieurs de ses pools ont été exploités en juillet 2023, deux histoires racontées dans nos leçons précédentes sur la DeFi.
Jupiter et 1inch : des agrégateurs qui routent les échanges, sans pool
Jupiter est souvent cité à côté d’Uniswap et de Curve, mais ce n’est pas un AMM. C’est un routeur sur Solana. Il ne possède aucun pool de trading. Il consulte de nombreuses places, découpe un ordre entre elles quand cela donne un meilleur résultat, et envoie l’ordre. La documentation de Jupiter indique que son routage combine plusieurs moteurs et retient le meilleur prix d’exécution parmi tous.
Ces moteurs sont Metis, le routeur de Jupiter sur la blockchain, qui gère des échanges à sauts multiples et à découpages multiples sur les DEX de Solana ; JupiterZ, un système de demande de cotation dans lequel des teneurs de marché se font concurrence pour exécuter un ordre avec de la liquidité hors chaîne ; et des sources tierces, DFlow et OKX. Jupiter affirme que ses teneurs de marché en demande de cotation battent souvent les routes sur la blockchain de 5 à 20 points de base sur les paires majeures, une affirmation qu’il n’appuie sur aucune donnée publiée. DefiLlama indique 12,9 milliards de dollars routés par l’agrégateur de Jupiter sur les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026, le plus élevé de tous les agrégateurs. Jupiter exploite aussi une plateforme de contrats perpétuels et un marché de prêt, des produits distincts avec leurs propres risques.
1inch fait le même travail sur Ethereum et d’autres chaînes. Son mode classique cherche la meilleure route dans les pools des DEX. Son mode Fusion, décrit dans la documentation d’API de 1inch, fonctionne autrement : l’utilisateur signe un ordre dont le taux baisse par paliers, une enchère à la baisse, depuis le taux souhaité vers un minimum. Des tiers appelés resolvers se font concurrence pour l’exécuter et paient eux-mêmes le gaz. C’est une intention, un résultat signé plutôt qu’un itinéraire ; l’idée, qu’utilisent aussi CoW Swap et UniswapX, est expliquée dans notre guide sur la liquidité inter-chaînes et les intentions.
Le volume des agrégateurs est important, mais ce n’est pas du volume supplémentaire. Au 29 octobre 2026, DefiLlama compte 64,2 milliards de dollars passés par les agrégateurs sur les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026 : Jupiter 12,9 milliards, DFlow 8,3, 0x 5,9, OKX Swap 5,9, KyberSwap 5,1, 1inch 3,15 et CoW Swap 3,0. Chacun de ces échanges est aussi compté par le DEX vers lequel il a été routé, donc il ne faut jamais additionner les deux totaux.
Carnets d’ordres sur la blockchain : Hyperliquid et Manifest
Les chaînes rapides et bon marché ont ramené les carnets d’ordres sur la blockchain. Hyperliquid exploite sa propre blockchain, et sa documentation explique que son carnet fonctionne à peu près comme celui d’une plateforme centralisée, mais entièrement sur la blockchain. Les prix doivent être des multiples d’un pas de cotation, les tailles des multiples d’un lot, et les ordres sont appariés par priorité prix-temps : le meilleur prix d’abord, puis le premier arrivé, premier servi.
Hyperliquid est surtout connu pour ses contrats perpétuels, un produit différent d’un échange au comptant. Son seul carnet d’ordres au comptant a traité 3,61 milliards de dollars sur les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026, selon DefiLlama. Sur Solana, Manifest, que DefiLlama décrit comme un successeur des carnets Openbook et Serum, a traité 3,77 milliards.
Le compromis face à un pool est net. Un carnet peut afficher des prix plus serrés qu’un pool quand des teneurs de marché professionnels sont actifs, et c’est le teneur de marché qui choisit le prix, pas une formule. Quand ils partent, il n’y a plus personne en face. Un pool, lui, a toujours un prix, même mauvais.
Volume des exchanges décentralisés en octobre 2026
La vue DEX de DefiLlama affichait 245,7 milliards de dollars de volume sur les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026, en baisse de 20,8 % par rapport aux 30 jours précédents. Ce total demande de la prudence. La même vue inclut des places qui ne sont pas des exchanges de swaps : 22,6 milliards de dollars viennent de protocoles que DefiLlama classe parmi les marchés de prédiction, dont Kalshi et Polymarket, et des montants plus faibles de plateformes de lancement, de ponts et d’applications de trading. Les protocoles de la catégorie DEX proprement dite représentent 206,3 milliards. Les chiffres ci-dessous utilisent cette catégorie.
| DEX (regroupement DefiLlama) | Principales chaînes | Volume sur 30 jours (milliards de dollars) | Remarque |
|---|---|---|---|
| Uniswap (v2, v3, v4) | Ethereum et autres chaînes | 63,0 | V4 31,9, V3 30,6 |
| PancakeSwap | BNB Chain | 23,6 | AMM V3 15,8, Infinity 6,8 |
| Aero / Aerodrome | Base et autres | 17,0 | Aerodrome Slipstream 13,5 |
| PumpSwap | Solana | 9,2 | AMM de la plateforme de lancement pump.fun |
| Orca | Solana | 7,5 | AMM |
| Raydium | Solana | 5,3 | AMM, TVL de 1,13 milliard |
| Manifest | Solana | 3,8 | Carnet d’ordres sur la blockchain |
| Hyperliquid spot | Hyperliquid L1 | 3,6 | Carnet d’ordres sur la blockchain |
| Curve | Ethereum et autres chaînes | 2,5 | TVL de 1,16 milliard |
Source : DefiLlama, catégorie DEX, 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026. Les trois versions d’Uniswap réunies ont capté environ 30 % des 206,3 milliards de la catégorie. PancakeSwap domine sur BNB Chain, Aerodrome sur Base, et Raydium est l’un des grands AMM de Solana.
Par chaîne, Solana arrivait en tête sur 30 jours. En ne comptant que les protocoles de la catégorie DEX de DefiLlama, les chiffres sont de 54,5 milliards de dollars sur Solana, 32,9 milliards sur Ethereum, 29,5 milliards sur Base, 25,8 milliards sur BNB Chain et 4,6 milliards sur Arbitrum, tous pour les 30 jours jusqu’au 29 octobre 2026.
Que donne la comparaison avec les plateformes centralisées ? The Block a rapporté le 3 août 2026 que son ratio entre volume au comptant des DEX et des plateformes centralisées avait clos juillet 2026 sur un record de 24 %, contre 17 % un an plus tôt. Deux précautions s’imposent. C’est un rapport entre le volume des DEX et celui des plateformes centralisées, pas une part de l’ensemble des échanges, et le titre même de l’article attribue la hausse à l’effondrement des volumes des plateformes centralisées plutôt qu’à un essor des DEX. L’article donne aussi, pour les plateformes centralisées, un chiffre imprimé « 670 millions » à côté d’un plus haut annuel de 2,23 billions de dollars, ce qui ne peut pas être vrai en même temps ; nous n’utilisons donc aucun montant absolu pour les plateformes centralisées. D’autres fournisseurs de données publient des séries différentes, de sorte que « record » ne vaut que pour la série de The Block.

Ce qui peut mal tourner sur un exchange décentralisé
Pas de risque de garde ne veut pas dire pas de risque. Quatre problèmes reviennent sans cesse, et la prochaine leçon, sur l’usage d’un DEX en sécurité, les transforme en vérifications pratiques.
Le risque de contrat vient en premier. Un bogue dans un pool ou dans un contrat de routage peut permettre à un attaquant de le vider, audits ou non. Le lancement de la v4 d’Uniswap, avec neuf audits et une prime de 15,5 millions de dollars, montre l’effort que consacrent les grandes équipes à réduire ce risque, pas que le risque a disparu.
Les faux jetons forment le deuxième. N’importe qui peut créer un pool pour n’importe quel jeton, y compris un jeton qui copie le nom et le symbole d’un vrai. Un DEX affiche tout ce qui a un pool : vérifier l’adresse du contrat du jeton revient à l’utilisateur.
Le troisième est l’exécution. Un gros ordre dans un pool peu profond subit un fort impact sur le prix, comme le montre le tableau d’exemple plus haut, et un ordre en attente visible dans la file publique peut être « sandwiché » par des robots qui tradent juste avant et juste après lui. Cette pratique, qui relève de ce qu’on appelle la MEV, aura sa propre leçon.
Enfin, l’interface. Un site peut être copié, ou son nom de domaine détourné, pour réclamer des autorisations qui vident un portefeuille. Les LP portent deux risques à eux : la perte impermanente et, en v3 et v4, des positions qui sortent de leur fourchette et cessent de rapporter.
DEX et réglementation en France : AMF, ACPR, MiCA et impôts
En France comme dans le reste de l’Union européenne, le cadre est le règlement MiCA (règlement (UE) 2023/1114), dont le régime applicable aux prestataires de services sur crypto-actifs est en vigueur depuis le 30 décembre 2024. L’AMF agrée ces prestataires en France, et l’ACPR intervient pour les émetteurs de jetons de monnaie électronique. Le texte précise dans ses considérants que les services fournis de manière entièrement décentralisée, sans intermédiaire, ne relèvent pas de son champ. Reste une zone grise : à notre connaissance, rien de ce que nous avons lu ne tranche si une société qui exploite l’interface d’un DEX, ou un protocole doté d’une équipe identifiable, devient un prestataire à agréer. L’AMF avait déjà posé la question dans son document de discussion sur la finance décentralisée, publié le 19 juin 2023. Utiliser un DEX en tant que particulier n’est pas interdit en France.
Aux États-Unis, la SEC a retiré en juin 2025 une proposition de 2022 qui aurait pu étendre la définition d’« exchange » à de nombreux protocoles DeFi, d’après son avis de retrait publié au Federal Register (en anglais). Auparavant, le 25 février 2025, Uniswap Labs a annoncé (en anglais) que la SEC avait clos son enquête sur la société sans suite ; la SEC n’a pas commenté.
Côté impôts, la règle française est favorable à l’échange en lui-même. Un échange d’un cryptoactif contre un autre cryptoactif, comme un swap sur Uniswap, n’est pas imposable à ce moment-là : l’imposition est reportée (sursis d’imposition) jusqu’à la cession contre des euros ou contre un bien ou un service. Cette cession est taxée au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % sur les plus-values de 2026, selon les questions-réponses de impots.gouv.fr du 17 juillet 2026. Le calcul de la plus-value se fait sur l’ensemble de votre portefeuille d’actifs numériques, pas jeton par jeton. Notre guide sur la fiscalité des cryptos en France détaille la déclaration.
Reste ce que la DGFiP n’a pas tranché, à notre connaissance : le traitement d’opérations propres à la DeFi, comme le dépôt dans un pool de liquidité contre des jetons de LP, ou les frais perçus par un LP. Tant qu’une doctrine claire manque, gardez l’historique complet de vos transactions, avec les dates et les montants en euros, et demandez conseil à un professionnel. Pour le cadre européen plus large, voir notre guide sur le règlement MiCA.
La prochaine leçon passe du fonctionnement d’un DEX à son usage : un premier swap sur un réseau de test, les réglages de slippage, les autorisations de jetons et les vérifications qui évitent les pertes les plus fréquentes.



