Déposez 10 ETH chez Lido et vous recevez environ 10 stETH. Regardez votre portefeuille le lendemain : le solde a gagné quelques dix-millièmes, sans la moindre transaction de votre part. Convertissez ce même stETH en staking means depositing a proof of stake coin with a protocol that stakes it for you and issues a transferable token (such as Lido stETH or rETH) representing the deposit plus rewards, which you can use or sell while the coins stay staked.">wstETH et le chiffre affiché cesse de bouger, mais chaque jeton vaut chaque jour un peu plus de stETH : au 29 octobre 2026, le contrat de wstETH valorisait un wstETH à 1,2474 stETH et celui de Rocket blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">Pool un rETH à 1,1747 ETH. Même ether immobilisé, deux façons de tenir les comptes. Cette différence est au cœur du staking liquide : elle décide si un protocole de prêt, un pont entre blockchains ou votre tableur fiscal traitent correctement votre position.
Derrière ces jetons, wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il y a des opérateurs, des oracles, des files d’attente et une DAO. Lido et Rocket Pool transforment les dépôts en validateurs de façons très différentes ; le stETH s’est négocié avec une décote en juin 2022 parce qu’il n’existait alors aucun moyen de le racheter contre de l’ether ; la part de Lido dans l’ether staké inquiète toujours les chercheurs d’Ethereum ; et Solana applique la même idée avec JitoSOL, mSOL et Sanctum, sur une blockchain où le stake se débloque bien plus vite. La leçon précédente, sur le prêt DeFi à taux fixe, montrait des marchés où un rendement est figé ; une grande partie du rendement qui s’y échange vient des jetons de staking liquide, d’où cette leçon.
Un rappel d’abord. Notre leçon sur les jetons porteurs d’intérêts explique les deux modèles comptables en général : un jeton à rebase change votre solde, un jeton à accumulation de valeur garde votre solde et augmente ce que chaque jeton permet de récupérer. Elle détaille déjà la mécanique du stETH, du wstETH et du rETH. Nous partons de là pour regarder la machinerie en dessous, les chiffres au 29 octobre 2026 et les risques propres à chaque conception.
Pourquoi le staking liquide existe : un reçu pour de l’ether bloqué
Sur Ethereum, le staking consiste à bloquer de l’ether dans un validateur qui propose et vérifie les blocs. Un validateur classique exige 32 ETH, une machine allumée en permanence, et s’expose à des pénalités s’il se comporte mal ou reste hors ligne. Entrer et sortir n’est pas instantané non plus. Le 29 octobre 2026, validatorqueue.com affichait 1,30 million d’ETH dans la file d’entrée, soit une attente estimée à 23 jours et une heure, et 13 941 ETH dans la file de sortie, environ 21,5 heures. La même page comptait 44,2 millions d’ETH stakés sur 815 671 validateurs, soit 36,16 % de tout l’ether.
Un protocole de staking liquide regroupe des dépôts de toute taille, les confie à des opérateurs de nœuds qui font tourner les validateurs, et remet au déposant un jeton qui représente sa créance. Ce jeton est le reçu. On peut l’envoyer, le vendre, le transférer vers une autre blockchain ou le déposer en garantie, pendant que l’ether sous-jacent continue de toucher les récompenses de consensus et les frais de la couche d’exécution. Notre fiche de glossaire sur le staking liquide en donne la définition courte ; la suite de cette leçon porte sur ce que ce reçu promet vraiment.
C’est ce reçu qui rend le rendement utilisable ailleurs. La boucle stETH et wstETH sur Aave, expliquée dans notre leçon sur l’emprunt contre des cryptos, n’existe que parce que l’ether staké peut servir de garantie tout en restant staké. Le restaking, sujet d’une leçon ultérieure, empile une couche de plus sur les mêmes reçus.
Rebase ou accumulation de valeur : stETH, wstETH et rETH
Le stETH fait un rebase par jour, après un rapport d’oracle
Le stETH ne stocke pas de solde pour chaque détenteur. Il stocke des parts. Votre solde de stETH est le produit de vos parts par l’ether total que contrôle le protocole, divisé par le nombre total de parts. Quand les validateurs touchent des récompenses, l’ether mis en commun grossit, le nombre de parts non, et tous les soldes montent d’un coup. Selon le guide d’intégration des jetons de Lido (en anglais), les soldes sont recalculés chaque jour quand l’oracle du protocole rapporte les soldes des validateurs lus sur la couche de consensus.
Cet oracle est un comité, pas un flux unique. La documentation de Lido décrit neuf membres, exploités par des opérateurs que la DAO a choisis, dont cinq doivent soumettre des rapports identiques avant qu’une mise à jour passe. Des contrôles de cohérence plafonnent le taux de récompense qu’un rapport peut afficher à 27 % par an et rejettent tout rapport où l’ether staké baisse de plus de 5 %. Si le comité ne s’accorde pas, le rebase attend le rapport suivant, qui couvre alors la période manquée. Un slashing massif qui réduirait l’ether mis en commun diminuerait tous les soldes par le même mécanisme : un rebase peut donc être négatif, même si le guide note que les rebases quotidiens ne l’avaient jamais été au moment de sa rédaction.
Les parts ont des effets de bord bien connus des intégrateurs. Un rebase modifie les soldes sans que le jeton émette d’événements de transfert ERC-20, si bien que certains portefeuilles et outils comptables le manquent. À cause des arrondis, envoyer tout son solde de stETH peut laisser 1 ou 2 wei sur l’adresse d’envoi, une particularité que le guide de Lido décrit. Et tout contrat qui enregistre un solde de stETH une fois, puis s’attend à ce qu’il reste fixe, fera des calculs faux.
Le wstETH et le rETH gardent le solde et font monter le taux
Le wstETH est la même position écrite dans l’autre sens. Le guide de Lido le définit comme un jeton qui représente la part du compte dans l’offre totale de stETH. On enveloppe du stETH et l’on reçoit un nombre fixe de wstETH ; à mesure que les récompenses arrivent, chaque wstETH se déroule en davantage de stETH. Au 29 octobre 2026, la fonction stEthPerToken du contrat renvoyait 1,24740, ce qui indique de combien la position a grossi depuis le lancement du wstETH.
Le rETH, jeton de Rocket Pool, a été conçu ainsi dès l’origine : il n’existe pas de version à rebase. Le taux de change du contrat rETH au 29 octobre 2026 était de 1,17467 ETH par rETH. Les prix de marché se situaient un cheveu au-dessus des deux taux on-chain, ce qui est normal pour des jetons que le marché valorise un peu avant la prochaine mise à jour de l’oracle.
| Jeton | Émetteur | Comptabilité | Taux on-chain, 29 oct. 2026 | Prix, 29 oct. 2026 (DefiLlama) |
|---|---|---|---|---|
| stETH | Lido | Rebase quotidien | 1 stETH = créance sur 1 ETH | 2 318,74 $ (1,0003 ETH) |
| wstETH | Lido | Accumulation de valeur | 1,24740 stETH | 2 892,94 $ |
| rETH | Rocket Pool | Accumulation de valeur | 1,17467 ETH | 2 724,07 $ |
| JitoSOL | Jito | Accumulation de valeur | 1,30876 SOL | 130,91 $ |
| mSOL | Marinade | Accumulation de valeur | non relevé | 141,37 $ |
Le prix de l’ETH utilisé pour les ratios ci-dessus était de 2 317,94 $ sur le flux de prix de DefiLlama vers 10 h UTC le 29 octobre 2026 ; le SOL se situait près de 100,18 $ au même moment. Le taux du JitoSOL a été lu sur le compte du pool de stake de Jito, sur Solana, le même jour. Un prix du stETH supérieur ou inférieur d’un ou deux centièmes de pourcent à un ether relève du bruit de marché, ni d’une prime ni d’une décote.
stETH ou wstETH : lequel la DeFi utilise, et pourquoi
Pour le garder dans un portefeuille, les deux sont économiquement identiques : l’un enveloppe l’autre, et l’on peut passer de l’un à l’autre à tout moment au taux du contrat. La différence apparaît dès que le jeton quitte le portefeuille. Le guide de Lido avertit que la plupart des ponts entre blockchains n’ont aucun mécanisme pour gérer les rebases et demande de ne passer que du wstETH. C’est pourquoi la version du jeton de Lido que l’on trouve sur Arbitrum, Optimism ou Base est le wstETH.
Les marchés de prêt, les coffres et les pools de liquidité listent surtout du wstETH pour la même raison : un solde qui change tout seul fausse l’arithmétique des contrats qui suivent les dépôts. Le conseil de Lido aux développeurs est d’intégrer le stETH seulement quand l’application gère volontairement son rebase, et de préférer sinon le wstETH. Le stETH reste utile quand son rebase est voulu, par exemple dans un portefeuille où l’on veut voir arriver les récompenses, ou dans le pool Curve construit autour de lui.
Pour vos relevés, le choix compte aussi. Avec le stETH, chaque rebase quotidien est une petite hausse du nombre de jetons détenus. Avec le wstETH ou le rETH, rien n’arrive : la valeur de ce que vous détenez déjà augmente. Les administrations fiscales n’ont pas dit clairement si les deux cas sont traités de la même façon, un point repris dans la section fiscale plus bas.

Comment Lido fonctionne derrière le stETH
Lido prélève 10 % des récompenses de staking, selon sa documentation, et partage cette commission entre les opérateurs de nœuds et la trésorerie de la DAO ; la DAO peut modifier ce taux. Ce que touche un détenteur est donc le taux de récompense du protocole moins ces 10 %. L’API de Lido donnait une moyenne sur sept jours de 2,326 % le 29 octobre 2026, tandis que la page de rendements de DefiLlama affichait 2,25 % pour le stETH. Validatorqueue.com estimait le rendement annuel du staking sur l’ensemble du réseau à 2,45 % le même jour : l’écart entre faire tourner soi-même un validateur et détenir du stETH tenait donc à une fraction de point, avant de compter le matériel, les 32 ETH et le temps qu’exige un validateur en solo.
Les dépôts ne vont pas à une seule entreprise. La documentation de Lido décrit des modules de staking, chacun étant une manière différente de choisir les opérateurs. Le module Curated, désormais dans sa deuxième version, s’appuie sur un ensemble d’opérateurs professionnels sélectionnés : un comité place chacun dans un groupe qui détermine la part de stake qu’il reçoit. Le Community Staking Module est sans permission : chacun peut devenir opérateur en déposant une garantie, et les nouveaux validateurs entrent par une file premier arrivé, premier servi. Depuis la dernière mise à niveau, tous les modules exigent une garantie. Elle sert de collatéral, les pénalités et les récompenses manquées y sont prélevées, et l’opérateur a donc quelque chose à perdre avant les détenteurs de stETH.
Depuis la mise à niveau Shapella du 12 avril 2023, le stETH peut être reconverti en ether par Lido lui-même. Le parcours, tel que le décrit la documentation de la file de retrait de Lido, comporte quatre étapes :
- Vous autorisez le contrat puis appelez requestWithdrawals avec du stETH ou du wstETH, entre 100 wei et 1 000 ETH par demande.
- Vous recevez un NFT, appelé unstETH, qui représente votre place dans une file premier arrivé, premier servi et qui peut lui-même être transféré.
- Un rapport d’oracle finalise la demande une fois qu’assez d’ether est disponible, issu du tampon ou de sorties de validateurs, et qu’un délai de sécurité s’est écoulé.
- Vous réclamez l’ether. Le montant est fixé au moment de la demande : les récompenses gagnées pendant l’attente ne vous sont pas versées.
Le matin du 29 octobre 2026, Lido estimait qu’une demande de 100 stETH serait finalisée en environ 50 heures, soit le 31 octobre. Ce chiffre varie avec la demande : une vague de retraits qui exige de nouvelles sorties de validateurs rejoint la file de sortie du réseau, courte ce jour-là mais qui s’est étirée sur des semaines aux moments chargés. La documentation ajoute une condition : si le protocole subit une grosse perte sur la beacon chain après le dépôt d’une demande, celle-ci peut être finalisée à moins d’un ether par stETH.
Deux briques récentes ont changé ce qu’est Lido. Lido V3 a été lancé sur le réseau principal d’Ethereum, selon un billet du blog de Lido du 30 janvier 2026 (en anglais), et a introduit les stVaults, décrits comme une brique de staking modulaire pour les stakers qui ont besoin de configurations dépassant un modèle unique mis en commun. Le billet liste ce qu’un coffre peut personnaliser : le choix des opérateurs, les règles, les frais, la logique des récompenses et les paramètres de risque, avec du stETH optionnel émis contre le stake du coffre. Pour les règles qui garantissent ce stETH émis, ratios de réserve, niveaux de risque et rééquilibrage forcé, le billet renvoie au livre blanc de Lido V3.
L’autre brique est la gouvernance duale (Dual Governance). L’explication publiée par Lido le 4 juin 2025 décrit un système où les détenteurs de stETH peuvent verrouiller leurs jetons dans un séquestre pour s’opposer à une proposition de la DAO. Dès que 1 % de l’offre de stETH est verrouillé, une phase de signalement de veto allonge le délai avant exécution, de cinq jours supplémentaires à 1 % jusqu’à 45 jours à 10 %. Si 10 % restent verrouillés à l’expiration de ce délai, un état de « rage quit » bloque l’exécution jusqu’à ce que les détenteurs opposés aient retiré leur stake en ether. L’objectif est que les détenteurs du jeton LDO, qui pilotent la DAO, ne puissent pas imposer un changement que rejettent les détenteurs de stETH sans leur laisser le temps de partir.
Rocket Pool et Swell, deux autres approches
Rocket Pool est l’exemple habituel d’une conception plus décentralisée. Chacun peut devenir opérateur en apportant une partie des 32 ETH ; le protocole complète avec l’ether des détenteurs de rETH. Sous les règles Saturn Zero, en vigueur depuis le 28 octobre 2024, un opérateur déposait 8 ETH par minipool et recevait 24 ETH du côté staking liquide, sans avoir à immobiliser de RPL, d’après saturn.rocketpool.net, un site explicatif hébergé sur le domaine de Rocket Pool qui se présente comme un guide non officiel. L’ether de l’opérateur est la première perte en cas de pénalité du validateur.
Saturn One est entré en service le 18 février 2026, selon une mise à jour sur le forum de la DAO de Rocket Pool publiée par l’équipe de base (en anglais). Le site explicatif liste les changements : la garantie par validateur est divisée par deux, à 4 ETH ; chaque nœud déploie un contrat unique, le megapool, qui regroupe plusieurs validateurs et réduit les frais de gas ; les dépôts passent par une file standard ou une file express ; et l’ether est attribué en deux temps, une pré-mise de 1 ETH pour garder une place puis les 31 ETH restants. Les récompenses du protocole sont réparties entre les détenteurs de rETH, la commission des opérateurs et le RPL staké, et la DAO peut modifier cette répartition. La page ne donne aucun pourcentage fixe et Coindaro n’a pas trouvé de chiffre actuel de la commission dans la documentation de Rocket Pool.
Les premiers chiffres montrent la mise à niveau à l’œuvre dans un réseau encombré. La même mise à jour du forum, datée du 7 mai 2026, faisait état de 60 160 ETH stakés via des megapools, de 18 635 ETH utilisés pour émettre du rETH et de 1 880 validateurs de megapool déposés et en attente dans la file d’entrée d’Ethereum. Le même message décrivait un correctif d’urgence : la file d’activation, d’environ 70 jours à l’époque, était devenue plus longue que le délai au-delà duquel un validateur en attente serait dissous. Saturn Two n’a pas de date fixe. Après une demande de la communauté de placer la demande de rETH en premier, son périmètre indicatif comprend le RPIP-71, la liquidité de retrait du rETH via les sorties EIP-7002, et le RPIP-73, qui ferait sortir les validateurs sous-performants pour protéger le rendement du rETH.
Le 29 octobre 2026, DefiLlama chiffrait la valeur totale verrouillée de Rocket Pool à environ 1,13 milliard de dollars, en baisse d’environ 10 % sur sept jours, contre 22,46 milliards pour Lido. Le rendement du rETH sur la page de DefiLlama était de 1,83 %, inférieur à celui de Lido ; la part des récompenses versée aux opérateurs et aux stakers de RPL est l’endroit évident où chercher la différence, même si Rocket Pool ne publie aucun chiffre de frais unique à comparer.
Swell est un exemple plus modeste. Son site, consulté le 29 octobre 2026, présentait encore le swETH comme son jeton de staking liquide pour l’ether, à côté du rswETH, un jeton de restaking, et affichait un chiffre rond de 200 millions de dollars pour le swETH ; DefiLlama comptait environ 28 millions de dollars dans les contrats de staking liquide de Swell le même jour. Un billet du 28 avril 2026 sur le même site annonçait la fermeture de Swellchain, son réseau de couche 2, avec des fonds à retirer avant le 15 juin 2026, et la page d’accueil indique désormais que Swell évolue vers Faro, une plateforme de recherche et de trading pour Hyperliquid. Les petits jetons de staking liquide peuvent changer de cap très vite, ce qui est un risque en soi.
D’où vient le rendement et comment se comparent les grands jetons
Tout jeton de staking liquide sur l’ether transmet les deux mêmes sources de revenus : les récompenses de consensus versées par le protocole pour proposer et attester des blocs, et les revenus de la couche d’exécution, frais de priorité et MEV payés par les constructeurs de blocs. Ce qui diffère, c’est la commission prélevée, la part d’ether laissée inactive pour les retraits et la qualité des opérateurs. La catégorie « liquid staking » de DefiLlama recensait 300 protocoles et 53,1 milliards de dollars verrouillés le 29 octobre 2026.
| Jeton de staking liquide sur ETH | TVL, 29 oct. 2026 | Rendement DefiLlama, 29 oct. 2026 |
|---|---|---|
| Lido (stETH, wstETH) | 22,46 milliards de $ | 2,25 % |
| Binance Staked ETH (WBETH) | 8,89 milliards de $ | 2,19 % |
| ether.fi (weETH) | 4,43 milliards de $ | 2,32 % |
| Rocket Pool (rETH) | 1,12 milliard de $ | 1,83 % |
| StakeWise V3 (osETH) | 0,89 milliard de $ | 2,20 % |
| Coinbase (cbETH) | 0,46 milliard de $ | 2,27 % |
Lido pèse environ deux fois et demie le suivant, le jeton de Binance, qui est émis par une plateforme d’échange et dépend d’elle. Le weETH d’ether.fi est un jeton de restaking : une partie de sa conception relève de la couche de risque suivante, traitée dans une leçon ultérieure. Les rendements sont les chiffres de base de DefiLlama pour ce jour, pas des promesses ; ils bougent chaque semaine avec l’activité du réseau.
La décote du stETH de juin 2022 et ce qui a changé
Notre leçon sur la composabilité de la DeFi raconte comment la décote du stETH s’est propagée à Aave, Celsius et Three Arrows Capital en 2022. En bref : des positions à effet de levier bâties sur du stETH ont dû être débouclées au pire moment, et les ventes ont poussé le prix encore plus bas. Ici, la question est autre. Pourquoi personne ne pouvait-il simplement racheter du stETH contre de l’ether pour combler l’écart ?
La séquence, telle que Fortune a résumé une analyse de Nansen le 29 juin 2022 (en anglais), a commencé avec l’effondrement de Terra en mai. Le seul 12 mai, Celsius et Three Arrows Capital figuraient parmi les portefeuilles qui ont retiré ensemble près de 800 millions de dollars de liquidité du principal pool stETH/ETH de Curve. Le rapport de prix s’est rompu le 14 mai et n’a pas été rétabli ce printemps-là ; Nansen a relevé l’écart le plus marqué entre le 9 et le 11 juin. Celsius a gelé les retraits le 12 juin, et Three Arrows n’a commencé à dénouer ses positions en stETH que les 13 et 14 juin. Les articles de l’époque situaient la décote autour de 5 % à 6 %, soit environ 0,94 ETH par stETH au plus bas.
La réponse à la question du rachat est simple : il n’y avait aucune porte de sortie. Avant Shapella, l’ether staké sur la beacon chain ne pouvait pas du tout être retiré, ni par Lido ni par personne. Le stETH était une créance sur de l’ether qui reviendrait à une date que nul ne connaissait. Un détenteur qui avait besoin d’ether cette semaine-là n’avait qu’une issue : vendre sur une plateforme décentralisée, au prix que proposaient les acheteurs. La décote mesurait ce que le marché faisait payer pour attendre un temps inconnu.
Les retraits ont été activés avec la mise à niveau Shanghai et Capella, le 12 avril 2023. Depuis, le prix du stETH a une ancre. S’il se négocie nettement sous un ether, chacun peut l’acheter à bas prix, le mettre en file de retrait et toucher un ether entier quelques jours plus tard. Le 29 octobre 2026, le stETH s’échangeait à quelques centièmes de pourcent d’un ether sur les prix de DefiLlama, et Lido estimait à environ deux jours le retrait de 100 stETH.
Une ancre n’est pas une garantie. Une décote peut encore s’ouvrir pour qui a besoin d’ether plus vite que la file, parce qu’attendre a un coût. En cas de ruée, la file de sortie du réseau s’allonge, et celle qu’il faut franchir pour sortir de Lido s’allonge avec elle. Un événement de slashing ou un bug dans les contrats réduirait l’ether derrière chaque jeton, car les pertes sont partagées entre tous les détenteurs. Et un marché de prêt qui liquide sur le prix de marché, non sur le taux de rachat, peut vendre des positions pendant un bref creux même quand tout l’ether est bien là.
La part de Lido dans l’ETH staké et le débat sur la centralisation
Quelle part de l’ether staké Lido contrôle-t-il ? Il n’existe pas de chiffre officiel unique. En rapportant les 9,69 millions d’ETH mis en commun selon Lido aux 44,2 millions d’ETH stakés de validatorqueue.com, deux chiffres lus le 29 octobre 2026, on obtient environ 22 %. C’est une division faite par Coindaro à partir de deux sources différentes, pas la lecture d’un tableau de bord, et d’autres suivis qui comptent autrement les dépôts en attente afficheront un chiffre légèrement différent. En juin 2022, The Block (en anglais) rapportait que Lido représentait « presque un tiers » de l’ether staké sur la beacon chain.
Ces pourcentages comptent parce que la preuve d’enjeu d’Ethereum comporte des seuils. La page d’ethereum.org sur les attaques et les défenses (en anglais) décrit ce qu’une seule partie contrôlant une part donnée du stake pourrait faire :
| Part de l’ETH staké | Ce qu’un seul contrôleur pourrait faire, selon ethereum.org |
|---|---|
| 33 % | Empêcher la chaîne de finaliser en se mettant hors ligne ensemble ; la fuite d’inactivité vide alors ce stake jusqu’à la reprise de la finalité |
| 34 % | Tenter une double finalité, une scission durable de la chaîne, au prix de la totalité de son stake par slashing ; exige un contrôle du moment de livraison des messages |
| Environ 50 % | Scinder la chaîne en deux branches et bloquer la finalité jusqu’à ce que la fuite d’inactivité permette aux deux branches de finaliser, la communauté devant choisir |
| 66 % | Finaliser la chaîne qu’il préfère sans l’aide des validateurs honnêtes, contrôler le contenu des blocs finalisés et censurer des transactions |
Lido n’est pas un validateur unique. Son stake tourne chez de nombreux opérateurs indépendants répartis dans ses modules, et aucun n’approche seul ces parts. L’inquiétude se situe à l’étage au-dessus. Une DAO et ses comités décident qui rejoint l’ensemble sélectionné, un seul jeu de contrats reçoit tous les retraits, et un seul jeton, le LDO, gouverne les deux. Si cette gouvernance était capturée ou contrainte, les opérateurs suivraient les règles qu’elle fixe. La page d’ethereum.org sur le staking mutualisé (en anglais) avertit que de grandes quantités d’ETH stakés chez quelques organisations créent des conditions favorables à la censure, et invite à préférer les pools dont l’ensemble d’opérateurs est sans permission et distribué.
La communauté de Lido a été interrogée directement. Un vote ouvert le 24 juin 2022 demandait si Lido devait limiter sa part du marché du staking liquide. À environ une journée de la fin du scrutin, The Block comptait plus de 99,8 % de voix contre toute autolimitation. Au lieu d’un plafond, Lido a ajouté plus tard le module Community Staking sans permission, la gouvernance duale et les stVaults. Rocket Pool répond au même problème autrement, avec un ensemble d’opérateurs ouvert à tous et une garantie qu’il a ramenée de 16 ETH au lancement en 2021 à 4 ETH.
Cette part a reculé depuis 2022 avec la montée des plateformes d’échange, d’ether.fi et d’autres, et Lido se situe désormais nettement sous la ligne des 33 %. Le débat n’a pas disparu : il porte maintenant sur qui contrôle les contrats, et sur la vitesse à laquelle une part peut remonter quand les rendements changent.

Le staking liquide sur Solana : JitoSOL, mSOL et Sanctum
Sur Solana, le staking passe par des comptes de stake délégués à des validateurs, et le staking liquide repose surtout sur le programme commun de pools de stake : un pool détient une liste de validateurs et une réserve, et les déposants émettent des jetons de pool au taux de change du moment. Tous les principaux jetons de staking liquide de Solana accumulent de la valeur, comme le wstETH et le rETH ; aucun ne fait de rebase. Le 29 octobre 2026, le RPC public de Solana indiquait environ 433 millions de SOL stakés pour 665 comptes de vote actifs.
Le JitoSOL est le plus gros jeton à pool unique. La lecture du compte du pool de stake de Jito le 29 octobre 2026 donnait 10,42 millions de SOL détenus pour 7,96 millions de JitoSOL, soit un taux de change de 1,30876 SOL par JitoSOL, ou environ 2,4 % de tout le SOL staké d’après le calcul de Coindaro. La documentation de Jito indique que le JitoSOL accumule automatiquement de la valeur grâce au staking et aux récompenses de MEV. Le pool ne stake qu’auprès de validateurs qui exécutent le logiciel de Jito, lequel collecte les pourboires que des traders paient pour faire placer leurs transactions dans un bloc, et la part de MEV que reçoit le pool parvient aux détenteurs par le taux de change. La page de documentation de Jito ne précisait pas les frais du pool : nous n’en citons donc aucun.
Marinade propose trois produits, d’après sa documentation. Marinade Liquid émet le mSOL, qui prend de la valeur avec les récompenses et ne prélève, dans les termes de la documentation, aucune commission de performance sur les récompenses de staking ; un retrait différé supporte 0,2 % de frais de protocole. Marinade Native laisse les comptes de stake dans le portefeuille de l’utilisateur et les délègue par une enchère entre validateurs. Marinade Select, un ensemble de validateurs sélectionnés, n’acceptait plus de nouveau SOL au moment de la lecture de la documentation.
Sanctum emprunte une autre voie : au lieu d’un gros pool, c’est une infrastructure sur laquelle des validateurs et des applications lancent leurs propres jetons de staking liquide. Son site invite validateurs et applications à rejoindre Jupiter, Bybit et Drift pour lancer des jetons en marque blanche, et un pool de liquidité commun, Sanctum Infinity, permet d’échanger ces jetons entre eux ou contre du SOL ; DefiLlama y comptait environ 193 millions de dollars le 29 octobre 2026. DefiLlama les regroupe sous « Sanctum Validator LSTs ».
| Jeton de staking liquide sur SOL | TVL, 29 oct. 2026 (DefiLlama) | Rendement DefiLlama, 29 oct. 2026 |
|---|---|---|
| Sanctum Validator LSTs (nombreux jetons) | 1,77 milliard de $ | variable selon le jeton |
| Binance Staked SOL (BNSOL) | 1,08 milliard de $ | 4,54 % |
| Jito (JitoSOL) | 1,04 milliard de $ | 4,90 % |
| Jupiter Staked SOL (JupSOL) | 0,52 milliard de $ | 5,09 % |
| Drift Staked SOL | 0,28 milliard de $ | non listé |
| Marinade (mSOL) | 0,23 milliard de $ | 5,41 % |
La sortie est différente aussi. Il n’y a pas de file de validateurs de plusieurs semaines sur Solana ; un compte de stake désactivé devient retirable à la fin de l’époque (epoch). Une époque compte 432 000 slots ; depuis que Solana a raccourci le temps de ses slots à l’automne 2026, les onze dernières époques avant le 29 octobre ont duré chacune environ 1,07 jour, d’après la lecture des temps de bloc sur le RPC public faite par Coindaro, contre à peu près deux jours auparavant. En pratique, la plupart des détenteurs qui veulent du SOL tout de suite échangent via un pool de liquidité, avec de petits frais ou une petite décote. La règle est la même que sur Ethereum : le prix de marché peut s’écarter du taux de change quand beaucoup de monde veut sortir en même temps. Lido, autrefois présent sur Solana, n’y affiche plus qu’environ 5 millions de dollars sur DefiLlama, un montant négligeable.
Staking liquide : avis sur les risques avant de détenir un jeton
Aucun de ces risques n’est caché, mais on les oublie facilement une fois que le jeton dort dans un portefeuille et que son chiffre monte. Six vérifications avant de détenir un jeton de staking liquide ou de l’utiliser en DeFi :
- Les contrats de staking, la file de retrait et tout wrapper peuvent contenir des bugs, et une perte serait partagée par tous les détenteurs.
- Le jeton s’échange sur des marchés et peut tomber sous sa valeur de rachat, surtout quand la file de sortie est longue.
- Un opérateur défaillant ou mal géré peut subir un slashing, et la garantie de l’opérateur ne couvre qu’une première tranche de cette perte.
- Une DAO peut modifier les frais, les opérateurs ou les contrats : mieux vaut savoir qui vote et ce que les détenteurs peuvent faire en cas de désaccord.
- Passer du stETH au lieu du wstETH sur un pont, ou envoyer un jeton à rebase vers un contrat qui ne gère pas les rebases, peut coûter les récompenses ou les jetons.
- Mettre un jeton de staking liquide en boucle contre de l’ether emprunté multiplie chacun des risques ci-dessus et ajoute la liquidation, comme l’explique notre leçon sur l’emprunt contre des cryptos.
On peut répéter le parcours sans argent réel. Le guide d’intégration de Lido indique que la version de test la plus récente du protocole tourne sur Hoodi, un réseau de test d’Ethereum, et la liste des contrats Hoodi de Lido comprend le stETH, le wstETH et la file de retrait : envelopper, déballer et mettre un retrait en file se teste donc d’abord avec de l’ether de test gratuit. Sur le réseau principal, chacune de ces étapes est une transaction distincte qui coûte du gas, ce qui pèse davantage sur une petite position que sur une grosse.
Staking liquide et impôts en France : un point non tranché
Pour un particulier qui gère son patrimoine privé, la page de l’administration fiscale sur les cessions d’actifs numériques, modifiée le 17 juillet 2026, indique que les plus-values sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, quel que soit le nombre de transactions, avec la possibilité d’opter pour le barème progressif (case 3CN). Elle précise aussi que les opérations d’échange sans soulte d’actifs numériques bénéficient d’un sursis d’imposition, et qu’on est exonéré lorsque le total annuel des prix de cession, hors échanges en sursis, ne dépasse pas 305 €.
Appliqué au staking liquide, cela donne une piste, pas une réponse. Échanger de l’ETH contre du stETH est en principe un échange entre deux actifs numériques, donc un échange sans soulte qui bénéficie du sursis d’imposition : la plus-value n’est constatée que plus tard, à la vente contre des euros ou à l’achat d’un bien ou d’un service. Mais aucun texte dédié ne dit si le stETH, le wstETH ou le rETH sont des actifs « de même nature » que l’ETH ni comment traiter la hausse quotidienne d’un solde à rebase. À notre connaissance, l’administration ne s’est pas non plus prononcée sur ces jetons en particulier.
Les récompenses forment le deuxième point ouvert. La même page range les bénéfices issus du minage ou du staking dans les bénéfices non commerciaux (BNC). Reste à savoir comment ce principe s’applique à un rebase de stETH, qui augmente un nombre de jetons, ou à la hausse du taux d’un wstETH, qui n’apporte aucun nouveau jeton, et à quel moment la récompense est considérée comme perçue. Nous n’avons pas trouvé de texte qui règle ces cas. Pour le cadre général, notre guide sur la fiscalité des cryptos en France explique les règles qui, elles, sont établies.
Côté régulateurs, nos recherches n’ont pas permis d’identifier de position de l’AMF ou de l’ACPR propre aux jetons de staking liquide, et nous n’affirmons pas que le règlement MiCA les classe dans une catégorie donnée ; notre guide sur le règlement MiCA donne le cadre général. Dans l’attente de réponses claires, conserver l’historique de chaque dépôt, enveloppement, déroulement et retrait, avec les dates et les valeurs en euros, facilitera l’application de toute règle future, et un professionnel de la fiscalité reste le bon interlocuteur pour une situation précise.
La prochaine leçon du parcours DeFi aborde le restaking : ce qui se passe quand le même ether staké est engagé une seconde fois pour sécuriser d’autres services, et pourquoi les risques s’empilent.



