Le 1er avril 2026, un protocole de trading sur Solana qui se disait décentralisé a perdu environ 285 millions de dollars en une douzaine de minutes. Aucune ligne de son code n’a cédé. Deux des cinq membres de son conseil de sécurité avaient été piégés quelques jours plus tôt et avaient signé des transactions sans en comprendre la portée, ce qui a suffi à remettre les clés à l’attaquant. Le 28 octobre 2026, échanger quelques centaines de dollars d’USDC contre de l’ether sur Base coûtait environ un quart de cent de frais de réseau et se réglait en deux secondes environ. Les deux histoires relèvent de la DeFi, et une comparaison honnête entre DeFi et CeFi doit expliquer l’une comme l’autre.
blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il existe aussi une troisième option que l’on oublie quand on oppose les deux : la banque et le courtier. La version commerciale dit que la DeFi est non custodiale, ouverte, transparente, sans permission et disponible en continu, tandis que les plateformes d’échange et les banques seraient fermées et lentes. Chacune de ces cinq affirmations contient une part de vrai. Chacune a aussi un point faible que l’argumentaire passe sous silence.
Ce guide teste les cinq propriétés une à une face à une plateforme d’échange centralisée comme Coinbase, Binance ou Kraken, puis face à une banque ou un courtier. Il suit ensuite une même opération, 500 USDC convertis en ether, par trois portes différentes, avec les frais relevés le 28 octobre 2026. Les trois questions à retenir valent pour n’importe quel produit financier : qui peut déplacer ou geler mon argent, qui peut changer les règles, et que vois-je avant de signer ?
Trois finances en un paragraphe chacune
Un rappel rapide. La DeFi, c’est prêter, échanger et épargner au moyen de smart contracts sur une blockchain publique, avec son propre portefeuille et sans société qui détienne les fonds entre les deux ; notre guide DeFi : ce que c’est et comment ça marche en donne la définition complète. Un smart contract est un programme stocké sur la chaîne, qui s’exécute exactement comme il est écrit quand quelqu’un l’appelle.
La CeFi, pour finance centralisée, désigne la crypto gérée par une entreprise. Une plateforme comme Coinbase, Binance ou Kraken ouvre un compte à votre nom après vérification d’identité, garde les cryptos dans ses propres portefeuilles et met en relation acheteurs et vendeurs dans un carnet d’ordres privé. Le fonctionnement, du carnet d’ordres au stockage à froid, est détaillé dans comment fonctionnent les plateformes d’échange centralisées, donc nous ne le répétons pas.
La TradFi, finance traditionnelle, c’est le monde des banques et des courtiers. Votre argent y est un dépôt, c’est-à-dire juridiquement un prêt que vous consentez à la banque. Vos actions sont conservées chez un courtier. Les deux sont encadrés par un droit ancien des dépôts et des valeurs mobilières, par des superviseurs (en France l’ACPR pour les banques, l’AMF pour les marchés) et par des garanties qui indemnisent en cas de défaillance.
| DeFi (protocole + votre portefeuille) | CeFi (plateforme crypto) | TradFi (banque + courtier) | |
|---|---|---|---|
| Qui détient l’actif | Vous, par votre clé privée | La plateforme, dans ses portefeuilles | La banque (dépôt) ou le conservateur du courtier (titres) |
| Ce que vous possédez | Le jeton lui-même | Une créance sur la plateforme | Une créance sur la banque, ou des titres conservés pour vous |
| Qui peut le geler | L’émetteur du jeton (USDC, USDT), rarement le protocole | La plateforme, les autorités, les tribunaux | La banque, les autorités, les tribunaux |
| Qui supervise | Personne directement ; certains intermédiaires et émetteurs sont régulés | L’AMF et l’ACPR en France, dans le cadre de MiCA | ACPR et AMF |
| Horaires | La chaîne tourne en continu, sauf panne ou pause | Trading 24 h/24, mais support et virements en jours ouvrés | Heures de marché, règlement en jours ouvrés |
| Garantie en cas de faillite | Aucune | Aucune pour les cryptos | FGDR jusqu’à 100 000 € par client et par établissement (dépôts) |
Les cinq propriétés de la DeFi, testées une par une
Ces cinq propriétés sont une façon courante de décrire la DeFi, pas une norme officielle. Il vaut mieux les voir comme des curseurs que comme des interrupteurs : un protocole peut être entièrement non custodial et à peine ouvert à tous.
Non custodial : vous détenez la clé, et tout le risque
En DeFi, l’actif se trouve à une adresse que seule votre clé privée peut signer. Un pool de prêt ou un contrat d’échange n’a jamais votre « compte » : vous lui envoyez des jetons quand vous le décidez, et ses règles fixent ce qu’il vous rend. C’est l’auto-conservation, la frontière la plus nette entre DeFi et CeFi.
Sur une plateforme centralisée, l’écran affiche un solde, mais les cryptos sont dans les portefeuilles de l’entreprise. Ce que vous détenez est une promesse. Tant que l’entreprise est honnête et solvable, la différence est invisible. Quand elle ne l’est plus, elle devient toute l’histoire : Celsius a bloqué les retraits en juin 2022 et FTX a déposé le bilan en novembre, et les clients sont devenus des créanciers qui attendent un tribunal. Notre histoire de la DeFi revient sur les deux faillites.
Un dépôt bancaire est aussi une promesse, mais une promesse protégée. En France, le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) indemnise jusqu’à 100 000 € par client et par établissement bancaire, et la garantie porte sur des produits comme les comptes courants et les livrets. Elle ne couvre pas des cryptos achetées sur une plateforme, qui ne sont pas un dépôt. Ne comptez donc pas sur elle pour le solde que vous laissez chez un prestataire crypto. Pour les titres financiers conservés chez un courtier, une autre garantie existe, mais elle ne s’applique pas non plus aux cryptos.
L’auto-conservation est plus fragile qu’elle n’en a l’air : personne ne peut geler votre portefeuille, et personne ne peut non plus vous le rendre. Perdez la phrase de récupération ou signez une approbation malveillante, et les fonds sont partis, sans service d’assistance ni assurance. La clé ne protège d’ailleurs que le portefeuille. Les jetons qu’il contient peuvent porter un bouton de gel contrôlé par leur émetteur, comme le montre la section sur l’USDC plus bas.

Code ouvert et composable : lisible ne veut pas dire figé
La plupart des contrats DeFi sont publiés et vérifiés sur des explorateurs de blocs : chacun peut lire ce que fait le code, le copier ou bâtir dessus. Ce dernier point, des protocoles qui s’emboîtent comme des briques, s’appelle la composabilité et fera l’objet d’une prochaine leçon sur les « money legos ». Le moteur d’appariement d’une plateforme ou le système central d’une banque sont au contraire fermés : on se fie à des audits que l’on ne verra jamais.
Lisible n’est pas immuable. Beaucoup de protocoles utilisent des contrats évolutifs, où un administrateur peut rediriger l’adresse vers un nouveau code. Base, le réseau de couche 2 développé par Coinbase, illustre la nuance. L2BEAT lui attribue le niveau Stage 1, ce qui signifie que des preuves de fraude permettent à des tiers de contester un état erroné. Pourtant, la même page, consultée le 28 octobre 2026, indique une fenêtre de sortie « None » parce que ses « contracts are instantly upgradable » : une mise à jour n’exige que l’accord du multisig de coordination de Base et de son conseil de sécurité, sans délai laissé aux utilisateurs pour partir. Pour comprendre à quoi servent les réseaux de couche 2, voyez couche 1 contre couche 2.
La bonne question n’est donc pas « le code est-il ouvert ? » mais « qui peut le modifier, et avec quel préavis ? ». Un délai de plusieurs jours (timelock) laisse aux utilisateurs le temps de sortir avant une mise à jour. Sans délai, on s’en remet à ceux qui détiennent les clés.
Transparent : toutes les transactions sont publiques, pas les risques
Chaque échange, prêt et liquidation en DeFi s’inscrit dans un registre public. Des explorateurs comme Etherscan ou Basescan affichent chaque transaction, et des tableaux de bord comme DefiLlama additionnent les totaux : au 28 octobre 2026, les chaînes qu’il suit hébergeaient 88,69 milliards de dollars dans des protocoles DeFi, dont 46,21 milliards sur Ethereum et 6,13 milliards sur Base. Ce total est une somme de chiffres par chaîne, et notre leçon sur la mesure de la TVL en DeFi explique pourquoi il faut le manier avec prudence.
Une plateforme centralisée publie ce qu’elle choisit de publier : parfois une preuve de réserves, parfois rien. Une banque ou un courtier cotés déposent chaque trimestre des comptes audités, selon des règles qui fixent ce qu’il faut divulguer. Ni l’une ni l’autre ne vous laisse suivre le registre en temps réel.
La transparence est plus fragile qu’elle n’en a l’air : une donnée publique n’est pas une donnée comprise. Les réglages du multisig de Drift, deux signatures sur cinq et aucun délai, étaient visibles sur la chaîne avant avril 2026 ; très peu d’utilisateurs les avaient lus. La transparence joue aussi contre la vie privée. Votre portefeuille est pseudonyme, pas anonyme : dès qu’une adresse est reliée à votre nom, par un retrait depuis une plateforme par exemple, tout son historique devient lisible par n’importe qui.
Sans permission : tout le monde peut appeler le contrat, pas tout le monde passe la porte d’entrée
Personne ne vous autorise avant que vous appeliez un smart contract. Pas de compte, pas de contrôle d’identité, pas de liste de pays au niveau du protocole. C’est une vraie différence avec une plateforme, qui doit vérifier ses clients, et avec une banque, qui peut clore un compte sans l’expliquer.
Les points faibles se trouvent autour du contrat plutôt que dedans. La plupart des gens accèdent à la DeFi par un site web, et les sites web sont gérés par des entreprises. L’application d’Uniswap Labs bloquait déjà depuis des années les adresses de la liste de sanctions américaine quand, en avril 2022, elle a commencé à bloquer aussi les adresses liées à des fonds volés ou à des rançongiciels, grâce à un service de TRM Labs. L’entreprise a pris soin de préciser que le protocole n’était pas modifié et qu’elle ne contrôlait pas l’accès des utilisateurs par un autre portail que sa propre application (blog d’Uniswap Labs, 19 avril 2022, en anglais). Les contrats restent ouverts ; la porte la plus fréquentée a un vigile.
Le second goulot d’étranglement est l’actif. Les stablecoins comme l’USDC et l’USDT sont émis par des sociétés qui peuvent bloquer des adresses, et des États peuvent sanctionner du code lui-même, comme l’a montré l’affaire Tornado Cash. Les deux cas sont traités dans la section suivante.
Ouvert 24 h/24 : la chaîne ne ferme jamais, sauf si quelqu’un la met en pause
Une blockchain n’a pas d’horaires de bureau. Base produit un bloc toutes les deux secondes, Ethereum toutes les douze, week-ends et jours fériés compris. Les plateformes crypto négocient elles aussi en continu, même si leurs dépôts en euros et leur support suivent les jours bancaires. En Europe, un ordre de Bourse passé le samedi attend le lundi, et le règlement des titres intervient en général deux jours ouvrés après la transaction (la bascule vers J+1 est recommandée, pas encore généralisée en Europe).
Le « 24 h/24 » est plus fragile qu’il n’y paraît : les réseaux de couche 2 dépendent d’un séquenceur qui peut s’arrêter, et beaucoup de protocoles ont des boutons de pause détenus par un gardien ou un multisig. Sur Aave, par exemple, un multisig de gardiens peut opposer son veto à une proposition de gouvernance qu’il juge malveillante, et un autre détient le rôle d’urgence qui peut suspendre des marchés. Une pause peut protéger les utilisateurs pendant une attaque. C’est aussi, par définition, un groupe de personnes capable d’arrêter le service.
| Propriété | Promesse DeFi | Plateforme centralisée | Banque ou courtier | Où la promesse est plus fragile |
|---|---|---|---|---|
| Non custodial | Vous détenez la clé | La plateforme garde les cryptos | La banque garde le dépôt | Aucun recours en cas de perte ; jetons gelables par l’émetteur |
| Code ouvert | Code lisible et réutilisable | Systèmes fermés | Systèmes fermés | Contrats évolutifs, certains sans délai |
| Transparent | Toutes les transactions publiques | Partiel, au choix de la plateforme | Comptes audités, avec retard | Données publiques mais rarement lues ; vie privée réduite |
| Sans permission | Pas d’inscription | Contrôle d’identité | Contrôle d’identité | Interfaces qui bloquent des adresses, émetteurs qui gèlent |
| 24 h/24 | Un bloc toutes les quelques secondes | Trading continu, euros en jours ouvrés | Heures de marché, règlement différé | Pannes de séquenceur et pouvoirs de pause |
Là où la décentralisation s’arrête : clés d’administration, émetteurs et loi
Les cinq propriétés reposent sur une même idée : personne en particulier n’est aux commandes. En pratique, il y a presque toujours quelqu’un, et les affaires de 2025 et 2026 montrent où.
Clés d’administration : deux signatures ont suffi chez Drift
Chez Drift, une plateforme de contrats perpétuels sur Solana, les pouvoirs d’administration étaient confiés à un conseil de sécurité : un multisig 2 sur 5, sans timelock. Selon l’analyse publiée par BlockSec le 3 avril 2026 (en anglais), l’opération a duré plusieurs semaines : l’attaquant a obtenu de deux signataires des transactions pré-signées, par hameçonnage ou par des demandes de signature trompeuses. Les clés des signataires n’ont jamais été volées. Une fonction de Solana, les « durable nonces », a gardé ces signatures valides jusqu’à ce que l’attaquant les utilise, le 1er avril. Avec les droits d’administration, il a listé un jeton sans valeur comme collatéral, lui a attribué un faux prix via un oracle qu’il contrôlait, puis a retiré de vrais actifs en 31 transactions en douze minutes environ. BlockSec chiffre la perte à environ 285,3 millions de dollars.
Quatre semaines plus tard, le même schéma a frappé à plus petite échelle. Le 30 avril 2026, Wasabi Protocol, un protocole de trading sur Ethereum et Base, a perdu environ 4,55 millions de dollars, selon CoinDesk (en anglais). Un simple portefeuille ordinaire détenait l’unique rôle d’administrateur, sans multisig ni timelock. Une fois sa clé compromise, l’attaquant s’est accordé les droits d’administration et a remplacé le code des coffres par une version qui les vidait. À cette date, CoinDesk comptait plus de 770 millions de dollars perdus en DeFi dans plus de 30 incidents en 2026.
Les plateformes centralisées ne sont pas à l’abri. Le 21 février 2025, la plateforme Bybit a perdu environ 1,5 milliard de dollars en ether, un vol que le FBI a attribué à la Corée du Nord dans un avis public cinq jours plus tard. La conservation déplace le risque sans le supprimer. Sur une plateforme, un piratage est d’abord une perte pour l’entreprise ; en DeFi, il retombe sur celui qui avait des fonds dans le contrat.
USDC et USDT : le bouton de gel est dans le jeton
L’USDC est émis par Circle, l’USDT par Tether ; nous les présentons dans ce que sont les stablecoins. Leurs smart contracts contiennent une liste noire. Les conditions de l’USDC (en anglais) indiquent que Circle se réserve le droit de bloquer les transferts depuis et vers une adresse selon sa politique de blocage, et qu’elle peut devoir geler des USDC sur « ordre légal d’une autorité gouvernementale valide ». Détenir de l’USDC dans son propre portefeuille vous rend non custodial pour la clé, pas pour le jeton.
Un cas de 2026 montre l’étendue de ce pouvoir. Le 30 mai 2026, après une ordonnance de restriction temporaire d’un juge fédéral du district nord de Californie, Circle a placé sur liste noire le contrat Ethereum qui sous-tend l’enveloppe d’USDC confidentiel de Zama, gelant 12 606 386 USDC, rapporte The Block (en anglais) d’après la transaction on-chain. La décision venait d’une procédure civile, Newton AC/DC Fund contre Ermilov, où des fonds d’investissement accusent le fondateur d’un projet DeFi d’avoir détourné des fonds de trésorerie ; il conteste. Zama n’était pas partie. Comme l’enveloppe était un pool commun, tous les déposants ont été bloqués avec le dépôt litigieux, et Zama a suspendu ses enveloppes. Après une audience le 1er juin, le tribunal a levé le gel, a indiqué Zama le lendemain : environ trois jours de blocage pour des utilisateurs étrangers au litige.
Tornado Cash : quand un État sanctionne du code
Tornado Cash est un mélangeur sur Ethereum qui brouille le lien entre dépôts et retraits. Le 8 août 2022, l’OFAC, service des sanctions du Trésor américain, l’a ajouté à sa liste de sanctions : il devenait illégal pour les personnes américaines d’utiliser ces contrats, et les interfaces et prestataires d’infrastructure l’ont coupé.
Les tribunaux ont ensuite tiré dans des sens différents. Le 26 novembre 2024, la cour d’appel du cinquième circuit a jugé, dans l’affaire Van Loon contre Département du Trésor, que les smart contracts immuables de Tornado Cash ne sont pas une « propriété » que le droit des sanctions peut bloquer. Le 21 mars 2025, le Trésor a levé les sanctions, en invoquant son examen des « questions juridiques et politiques inédites » que soulèvent les sanctions contre une technologie en évolution. La procédure pénale a continué séparément : en août 2025, un jury a déclaré le cofondateur Roman Storm coupable d’un chef, la conspiration en vue d’exploiter un service de transmission d’argent sans licence, sans parvenir à un verdict sur le blanchiment et les sanctions. Selon un article de The Block du 26 août 2026 (en anglais), sa demande d’acquittement n’était pas encore tranchée et un nouveau procès sur les deux chefs en suspens était fixé au 26 avril 2027.

La loi : les règles visent les intermédiaires, et la DeFi en a parfois
Les régulateurs écrivent surtout des règles pour des intermédiaires, et la DeFi pure essaie de ne pas en avoir. Dans l’Union européenne, MiCA encadre les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA). En France, la période transitoire des anciens prestataires (PSAN) s’est achevée le 1er juillet 2026 : depuis cette date, seuls les PSCA autorisés au titre de MiCA peuvent fournir des services sur crypto-actifs, après agrément de l’AMF ou notification dans les cas prévus, comme le rappelait l’AMF le 5 février 2026. Avant d’ouvrir un compte, vérifiez que la plateforme figure sur la liste des PSCA autorisés que l’AMF et l’ESMA tiennent à jour.
Et la DeFi ? Le considérant 22 de MiCA indique que les services fournis « de manière totalement décentralisée et sans intermédiaire » ne devraient pas entrer dans son champ. La porte est plus étroite qu’il n’y paraît. Un considérant explique le texte, il n’est pas un article. MiCA ne définit nulle part ce qu’est une organisation « totalement décentralisée ». Et le même considérant précise que les règles s’appliquent encore lorsqu’une partie seulement de l’activité est exercée de façon décentralisée. C’est une exception à la porte étroite, pas une exemption générale pour la DeFi. L’application qui sert d’interface, la société qui la gère ou l’équipe qui détient les clés d’administration peuvent donc être visées. Notre guide MiCA expliqué détaille le reste.
Sur le plan fiscal, le traitement des opérations DeFi n’est pas fixé par l’administration. Pour les cessions d’actifs numériques, la flat tax (PFU) est de 31,4 % sur les plus-values de 2026, d’après la foire aux questions de l’administration fiscale du 17 juillet 2026 sur les cryptos. En principe, l’imposition naît de la conversion en euros ou de l’achat d’un bien ou d’un service, pas d’un simple échange d’une crypto contre une autre. Mais pour les opérations propres à la DeFi (fournir de la liquidité, recevoir des récompenses de staking ou de prêt), aucune position officielle claire n’existe à notre connaissance : le sujet reste incertain, et un conseiller fiscal peut aider. Notre guide fiscalité des cryptos en France fait le point.
Un échange, trois portes : 500 USDC contre de l’ether
Passons à la pratique de la comparaison DeFi et CeFi. Vous détenez 500 dollars, ou 500 USDC, et vous voulez une exposition à l’ether. Vers 09 h 45 UTC le 28 octobre 2026, l’ether valait environ 2 369 dollars d’après le flux de prix de DefiLlama, donc 500 dollars achètent environ 0,211 ETH avant frais. Voici le même achat par chaque porte. Les frais sont relevés en dollars, comme sur les barèmes des services.
Porte 1 : Uniswap sur Base, depuis votre portefeuille
Il vous faut un portefeuille en auto-conservation contenant des USDC sur Base, et un peu d’ETH sur Base pour payer le gas. Ce dernier point piège beaucoup de débutants : sans un peu d’ETH sur le bon réseau, rien ne bouge. Amener des fonds sur Base, par un retrait direct depuis une plateforme vers Base ou par un pont, est le sujet de notre leçon précédente sur les ponts et les intentions entre chaînes.
Sur l’application d’Uniswap, vous choisissez USDC et ETH, vérifiez les adresses des contrats de jetons et lisez le devis : la quantité d’ETH, l’impact sur le prix et les frais de réseau en dollars. La première fois, votre portefeuille vous demande d’approuver le contrat Permit2 pour dépenser vos USDC. Cette approbation est une autorisation permanente ; il est utile de la révoquer plus tard avec un outil comme Revoke.cash quand vous n’en avez plus besoin. Puis vous signez l’échange.
Qui détient l’argent à chaque étape : vous, jusqu’à l’exécution de la transaction, puis de nouveau vous, avec de l’ETH à la place des USDC. Cette porte passe par une plateforme d’échange décentralisée, un ensemble de contrats sans société au milieu de l’opération. Le contrat du pool détient l’autre côté de l’échange. Personne chez Uniswap Labs ne touche à vos fonds.
Les coûts relevés le 28 octobre 2026. Les frais de réseau : douze transactions récentes du routeur d’Uniswap sur Base, vers 09 h 50 UTC, ont consommé entre 186 000 et 204 000 unités de gas, à un prix proche de 0,006 gwei, et coûté entre 0,002 et 0,003 dollar chacune, frais de données de couche 1 compris, d’après nos propres requêtes à un nœud Base public. Ethereum mainnet coûte plus cher et varie davantage. Au prix de 0,224 gwei lu à 09 h 50 UTC, et pour environ 180 000 unités de gas, notre calcul donne autour de 0,10 dollar pour l’échange ; à 10 h 06 UTC, le prix était retombé à 0,13 gwei, soit près de 0,05 dollar. En période de forte activité, ce chiffre peut être multiplié plusieurs fois. Les frais de pool : les pools d’Uniswap v3 prélèvent 0,01 %, 0,05 %, 0,3 % ou 1 % selon le pool, soit de 0,25 à 1,50 dollar sur 500 dollars dans les paliers usuels ETH/USDC. Les frais d’interface : dans sa proposition « UNIfication » de novembre 2025 (en anglais), Uniswap Labs annonçait désactiver les frais de son interface, de son portefeuille et de son API, et la gouvernance d’Uniswap a approuvé la proposition en décembre ; vérifiez l’écran de devis, qui affiche tout frais éventuel.
Le règlement : l’échange est définitif sur Base au bloc suivant, deux secondes plus tard environ. Ne le confondez pas avec un retrait de Base vers Ethereum, que L2BEAT associe à une période de contestation de cinq jours.
Ce qui peut mal tourner : un faux jeton portant le même nom que l’USDC ou l’ETH, une copie hameçonneuse du site d’Uniswap, une approbation signée sur un site malveillant, du glissement de prix sur un pool peu profond, une adresse USDC gelée ou une phrase de récupération perdue. Une transaction échouée consomme quand même du gas, mais sur Base cela représente une fraction de cent.
Porte 2 : une plateforme centralisée, depuis votre compte
Vous ouvrez un compte et passez la vérification d’identité. Vous déposez 500 USDC, soit depuis un portefeuille (un transfert sur la chaîne qui demande des confirmations), soit en les achetant avec des euros par virement ou carte. Vous passez un ordre au marché sur l’ETH. L’ordre s’exécute en quelques millisecondes dans le carnet d’ordres interne de la plateforme. Rien ne touche la blockchain : l’opération est une ligne dans la base de données de la plateforme, et votre ETH apparaît comme un solde.
Qui détient l’argent : la plateforme, depuis le moment où votre dépôt est crédité jusqu’à votre retrait. Pour garder l’ETH vous-même, vous le retirez vers votre portefeuille en payant les frais de retrait fixés par la plateforme.
Les frais de trading, d’après les barèmes publics du 28 octobre 2026 : chez Binance, les utilisateurs ordinaires paient 0,1 % en maker comme en taker au comptant, moins en réglant les frais en BNB, soit environ 0,50 dollar sur 500 dollars. Chez Kraken, le palier d’entrée de Kraken Pro facture 0,40 % en maker et 0,80 % en taker, soit de 2 à 4 dollars sur 500, tandis que les achats instantanés de l’application simple coûtent 1 % plus un écart de prix. Coinbase publie son propre barème ; consultez-le dans l’application avant de négocier, car les frais dépendent du produit et du moyen de paiement.
Ce qui peut mal tourner : des retraits suspendus pendant une crise, un compte gelé pour un examen de conformité, un piratage de la plateforme, une insolvabilité, ou un pays dans lequel la plateforme cesse de servir ses clients. En revanche, un mot de passe oublié se règle avec le support, sans perdre une fortune.
Porte 3 : une banque et un courtier, via un produit coté sur l’ether
Un détail compte ici. Une banque classique ne sait pas convertir de l’USDC : elle manipule des euros ou des dollars. La route banque plus courtier part donc de 500 euros ou dollars sur un compte bancaire et aboutit à une part d’un produit coté sur l’ether, pas à de l’ether. Aux États-Unis, des fonds cotés (ETF) sur l’ether au comptant existent depuis 2024 ; l’iShares Ethereum Trust, symbole ETHA au Nasdaq, facture 0,25 % de frais par an d’après sa fiche produit (en anglais), soit 1,25 dollar par an sur 500 dollars. En Europe, l’équivalent passe par des produits cotés (ETP) dont l’offre aux particuliers varie selon les courtiers : vérifiez ce que le vôtre propose et à quelles conditions avant de compter dessus.
Les étapes : vous faites un virement de votre banque vers votre compte chez le courtier, vous passez un ordre sur le produit pendant les heures de marché, et les titres sont livrés sur votre compte un à deux jours ouvrés plus tard. Le courtier facture ou non une commission ; consultez son barème. Le fonds détient l’ether chez un conservateur. Le courtier conserve vos titres en son nom pour votre compte. Vous détenez une créance sur le courtier, et une garantie des titres joue s’il fait défaut.
Ce que vous obtenez est une exposition, pas une propriété. Vous ne pouvez pas envoyer l’ether du fonds vers un portefeuille, le prêter, le mettre en staking vous-même ou l’utiliser dans une application DeFi. En échange, vous n’avez ni clé à perdre, ni gas, un cadre fiscal connu et un cadre juridique éprouvé depuis des décennies. Ce qui peut mal tourner : le cours du titre peut s’écarter de la valeur de l’ether détenu, la cotation peut être suspendue, et les ordres passés hors des heures de marché attendent l’ouverture.
Les trois portes côte à côte
| Au 28 octobre 2026 | Uniswap sur Base | Plateforme centralisée | Banque + courtier (produit coté) |
|---|---|---|---|
| Vous obtenez | Environ 0,21 ETH dans votre portefeuille | Environ 0,21 ETH en solde de compte | Des titres valant environ 500 dollars d’ether |
| Qui le détient | Vous | La plateforme | Un conservateur pour le fonds ; votre courtier pour les titres |
| Frais de réseau | 0,002 à 0,003 dollar | Aucun pour l’échange lui-même | Aucun |
| Frais de trading sur 500 dollars | 0,25 à 1,50 dollar (frais de pool) | Environ 0,50 dollar (Binance), 2 à 4 dollars (Kraken Pro) | Commission du courtier, le cas échéant, plus frais annuels du produit |
| Rapidité | Environ 2 secondes | Millisecondes une fois le compte approvisionné | Heures de marché, livraison en jours ouvrés |
| Contrôle d’identité | Aucun au niveau du protocole | Obligatoire | Obligatoire |
| Risques principaux | Vos propres erreurs, arnaques, gel par l’émetteur | Gel, piratage, insolvabilité | Perte de marché, écart de suivi, suspensions de cotation |
DeFi, CeFi ou courtier : choisir la porte selon l’usage
La porte la moins chère un jour donné n’est pas l’essentiel, car les frais changent avec le prix du gas, la profondeur des pools et votre volume. Mieux vaut faire correspondre la porte à l’usage.
Pour garder l’actif sous votre contrôle et l’utiliser dans d’autres protocoles, la DeFi est la seule porte qui le permet. En contrepartie, chaque erreur vous incombe.
Quand on veut une application mobile, un support client et des dépôts en euros, et que l’on accepte qu’une entreprise détienne ses cryptos, une plateforme centralisée fait l’affaire, à condition qu’elle soit autorisée en France et que vous n’y laissiez pas plus que nécessaire pour négocier.
Quand on cherche seulement une exposition au prix de l’ether à l’intérieur d’un compte-titres existant, avec des documents fiscaux familiers, un produit coté la donne, au prix de ne jamais toucher l’actif.
En pratique, DeFi et CeFi s’opposent rarement tout à fait, et la plupart des gens finissent par utiliser deux portes : une plateforme ou une banque pour passer des euros à la crypto, et un portefeuille pour ce qu’ils veulent conserver ou utiliser sur la chaîne. Rien de tout cela n’est une recommandation d’acheter de l’ether ou un autre actif.
Ce qui change pour un lecteur en France
Récapitulons l’angle français. Côté protection, le FGDR couvre vos dépôts bancaires jusqu’à 100 000 € par client et par établissement, d’après son site, mais ni une plateforme crypto ni un portefeuille DeFi ne sont couverts. Côté contrôle, l’AMF autorise et supervise les prestataires de services sur crypto-actifs avec l’ACPR et le cadre européen MiCA ; un prestataire sans autorisation ne peut plus servir de clients en France depuis le 1er juillet 2026. Un protocole DeFi n’a pas de licence, alors que la société qui gère une interface peut entrer dans le champ.
Côté impôts, la flat tax de 31,4 % s’applique aux plus-values de cession de 2026 selon l’administration fiscale, et les opérations propres à la DeFi ne disposent pas d’une doctrine claire. Gardez une trace de chaque transaction, avec sa date, son montant et sa valeur en euros. À titre de comparaison, aux États-Unis la protection s’arrête aux portes de la finance traditionnelle : les assurances FDIC et SIPC ne couvrent pas les cryptos non plus.
Les erreurs de ceux qui passent de la CeFi à la DeFi
La plupart des pertes à ce stade viennent d’habitudes prises dans des applications où un service d’assistance pouvait corriger les erreurs. Quelques règles en évitent la majorité.
- Essayez d’abord l’échange sur un réseau de test comme Sepolia, où les jetons sont gratuits, pour que les écrans d’approbation et de signature vous soient familiers avant d’engager de l’argent réel.
- Commencez par une petite somme sur le réseau principal et gardez un peu d’ETH pour le gas sur le réseau que vous utilisez.
- Ouvrez l’application depuis un favori ou le site officiel du projet, jamais depuis une publicité ni un lien reçu en message privé.
- Copiez les adresses de contrats de jetons depuis la documentation de l’émetteur ou du projet, et comparez-les sur l’écran de confirmation.
- Lisez ce que vous signez : une approbation d’un montant illimité pour un contrat inconnu est la manière la plus fréquente de vider un portefeuille.
- Révoquez régulièrement les anciennes approbations, et gardez votre phrase de récupération hors ligne, hors de toute photo ou note dans le cloud.
- Avant de déposer dans un protocole, cherchez qui peut le mettre à jour ou le suspendre et s’il existe un timelock ; L2BEAT le fait pour les réseaux de couche 2, la documentation des protocoles pour le reste.
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Pour la définition et les briques de base, revenez à ce qu’est la DeFi. Si vous utilisez surtout les plateformes, comment fonctionnent les plateformes d’échange centralisées approfondit la conservation et les carnets d’ordres. La prochaine leçon de ce parcours traite de la composabilité : ce qui se passe quand des protocoles DeFi s’empilent, et pourquoi cela crée à la fois du rendement et des chaînes de risques.



