Pendant toute l’année 2024, ether.fi était le nom le plus connu du restaking liquide. Le 29 octobre 2026, sa propre page de documentation indique pourtant que ses jetons eETH et weETH n’incluent ni récompenses de restaking supplémentaires ni exposition au slashing des AVS d’EigenLayer (traduction libre). La même page précise que moins de 1 % des actifs du protocole restaient restakés en août 2026, que le reste devait être retiré d’ici la fin du troisième trimestre, et que les détenteurs qui veulent une exposition au restaking doivent choisir un produit distinct comme weETHs, que la documentation range sous l’étiquette « Super Symbiotic » et non sous EigenLayer. Le chef de file de la catégorie en est, de fait, sorti.
C’est un drôle de point de départ pour un cours sur le restaking EigenLayer, et un point de départ utile. Le restaking consiste à engager une seconde fois de l’ether déjà staké pour sécuriser Ethereum, afin de sécuriser aussi d’autres services, contre des récompenses supplémentaires et des risques supplémentaires. EigenLayer en a fait des contrats, le slashing y est actif depuis le 17 avril 2025, et l’argent entré a atteint son sommet en août 2025 avant de reculer d’environ trois quarts en dollars. Nous voyons d’abord la mécanique, puis les deux vraies défaillances de la couche construite par-dessus (Renzo en avril 2024, Kelp en avril 2026), et les chiffres bouclent sur l’ouverture : l’essentiel de l’argent est parti.
Un rappel avant d’avancer. La leçon précédente, consacrée aux jetons de staking liquide comme stETH et rETH, expliquait comment Lido et Rocket blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">Pool stakent l’ether à votre place et vous rendent un jeton, pourquoi le stETH s’est négocié avec une décote en juin 2022 et pourquoi les retraits ont changé la donne. La mécanique des jetons (solde qui se rebase ou taux de change qui monte) est détaillée dans notre guide des jetons qui portent intérêt. Cette leçon suppose les deux acquis et monte d’un étage.
Le restaking : le même ether staké, engagé une seconde fois
Sur Ethereum, un validateur immobilise au moins 32 ETH. S’wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il signe deux blocs contradictoires ou enfreint d’une autre façon les règles du protocole, une partie de cette mise est détruite. Cette menace de perte, le slashing, rend le réseau coûteux à attaquer. La mise sert de garantie à une seule tâche : valider Ethereum honnêtement.
La question que pose le restaking est simple : pourquoi une seule tâche ? Un nouveau réseau, qu’il s’agisse d’une couche de disponibilité des données, d’un oracle, d’un pont ou d’un réseau de nœuds RPC, a lui aussi besoin de participants qui perdent de l’argent s’ils trichent. Lancer son propre jeton et convaincre des gens de le staker est lent et coûteux, et un jeton jeune se rachète et s’attaque à bas prix. Si les stakers d’ether acceptent d’exposer leur mise existante pour ce réseau aussi, le réseau emprunte une sécurité qui existe déjà. Les stakers touchent un second flux de récompenses. En échange, ils acceptent un second jeu de règles sous lesquelles leur mise peut être amputée.
Deux portes d’entrée existent. Avec le restaking natif, un staker solo fait pointer les identifiants de retrait d’un validateur Ethereum vers un contrat appelé EigenPod : l’ETH de la chaîne beacon lui-même compte alors comme restaké. Avec le restaking par jeton, le détenteur dépose un jeton de staking liquide comme le stETH dans un contrat de stratégie d’EigenLayer. Dans les deux cas, l’ether continue de toucher les récompenses de staking ordinaires : le restaking s’ajoute par-dessus, il ne remplace rien.
Comment fonctionne EigenLayer : restakers, opérateurs et AVS
EigenLayer, développé par Eigen Labs, compte trois types de participants. Les restakers déposent de l’ETH ou un jeton de staking liquide et le délèguent. Les opérateurs reçoivent cette mise déléguée et font tourner les logiciels hors chaîne dont les services ont besoin ; le restaker reste propriétaire des fonds mais subit le comportement de l’opérateur comme un risque. Les AVS sont les services eux-mêmes. Eigen Labs les appelait au départ Actively Validated Services et, dans un billet du 19 février 2025, a rebaptisé le sigle Autonomous Verifiable Services.
EigenDA, le service de disponibilité des données d’Eigen Labs destiné aux rollups, est l’AVS le plus connu. Lors de la mise en service du slashing, l’annonce d’Eigen Labs du 17 avril 2025 comptait 190 AVS en développement, dont 40 sur le réseau principal, et citait LayerZero et le Decentralized Infrastructure Network (DIN) d’Infura comme partenaires de lancement du slashing. Ces chiffres datent d’avril 2025 ; nous n’avons trouvé aucun total officiel plus récent.
Un restaker fait donc deux choix, souvent sans remarquer le second. Le premier est de déposer. Le second est de déléguer à un opérateur, qui décide ensuite quels AVS servir. L’exposition du restaker est la somme des décisions de l’opérateur.
Sécurité partagée : ce que l’AVS achète vraiment
Ce qu’un AVS achète est une promesse adossée à de l’argent : un ensemble d’opérateurs dont la mise déléguée peut être amputée s’ils violent les règles de cet AVS. La sécurité est économique. Elle se mesure à la quantité de mise qu’un attaquant devrait risquer, ou acquérir, pour corrompre le service, et à la capacité de la règle de slashing à détecter la faute en chaîne. Un service de disponibilité des données peut prouver qu’un opérateur a signé pour des données qu’il n’a pas stockées ; un service dont les fautes sont subjectives se protège bien plus difficilement par du slashing.
En 2023 et 2024, l’argument de vente était que les stakers d’Ethereum loueraient cette sécurité sur un marché : les AVS paient des récompenses, restakers et opérateurs les encaissent. En pratique, une bonne part du rendement de l’ether restaké dans les premières années venait d’incitations en jetons et de programmes de points, plus que de frais payés par des AVS. Cela compte pour la suite : quand les incitations ont été réduites, l’argent est parti.
Rendement du restaking EigenLayer, jeton EIGEN et nom EigenCloud
EIGEN est le jeton du protocole. Depuis le 17 juin 2025, Eigen Labs commercialise l’ensemble de sa pile sous le nom EigenCloud, une plateforme de développement qu’il décrit comme « construite sur EigenLayer et alimentée par le jeton EIGEN » (traduction libre). EigenDA et des services plus récents comme EigenCompute s’y rattachent, et DefiLlama liste désormais le protocole sous le nom EigenCloud. Les contrats, la mécanique de restaking et les sections de la documentation s’appellent toujours EigenLayer, nom que nous employons dans cette leçon.
Les incitations ont changé en deux temps. Le 18 décembre 2025, Eigen Labs a présenté ELIP-12, une proposition de comité des incitations qui détournerait les récompenses en EIGEN de la mise inactive vers la mise slashable et redistribuable ; sur la mise subventionnée par les incitations en EIGEN, le comité proposerait une commission de 20 % sur les récompenses des AVS. Le comité a démarré avec sa première mise à jour, publiée par l’Eigen Foundation le 12 mars 2026. À partir du 19 mars, les incitations programmatiques n’allaient plus qu’à la mise qui soutient des AVS productifs, les incitations en ETH étaient réduites de 50 % et celles en EIGEN de 75 %, et tout l’ETH d’incitation était d’abord orienté vers EigenDA. La mise non déléguée, ou déléguée à un opérateur qui ne sert aucun de ces AVS, ne reçoit plus rien.
Pour qui cherche l’APY du restaking EigenLayer, la leçon est donc la suivante : le rendement affiché dépend en grande partie de subventions que le protocole peut couper, et non d’un revenu stable payé par des clients. Aucun pourcentage de rendement n’est donné ici, parce qu’il change d’une semaine à l’autre et qu’il ne serait pas daté de façon fiable.
Le slashing sur EigenLayer depuis le 17 avril 2025
Pendant près de deux ans, EigenLayer a accepté des dépôts sans aucun moyen de les trancher. Cela a pris fin le 17 avril 2025, quand Eigen Labs a annoncé que le slashing était actif sur le réseau principal. Deux briques l’accompagnaient, qui décident qui peut perdre quoi.
La première est l’ensemble d’opérateurs (operator set). Un AVS définit un ou plusieurs groupes d’opérateurs, chacun avec ses tâches et ses conditions de slashing propres. Le slashing est volontaire : dans le guide d’Eigen Labs pour les stakers, on lit en substance que les stakers ne seront pas automatiquement soumis au slashing à la sortie de la fonctionnalité (traduction libre). Une mise ne devient slashable que lorsqu’un opérateur s’inscrit dans un ensemble slashable et lui alloue de la mise.
La seconde est l’allocation unique de la mise (unique stake allocation). Un opérateur réserve une part de sa mise déléguée, appelée magnitude, à un ensemble d’opérateurs donné. Seul l’AVS de cet ensemble peut trancher cette part. Si un opérateur confie 30 % de sa mise à un AVS et 20 % à un autre, une faute sur le premier coûte au plus ces 30 % ; le second AVS n’a aucun droit dessus. C’est la réponse de conception à la crainte qu’une défaillance se multiplie sur tous les services que le même ether protège.
Des délais protègent les restakers des mauvaises surprises. La documentation des contrats d’EigenLayer sur GitHub fixe le délai de configuration de l’allocation à 126 000 blocs sur le réseau principal, soit environ 17,5 jours, ce que le guide des stakers présente comme le temps que prend la première allocation d’un opérateur à un ensemble. Les désallocations prennent 100 800 blocs, soit environ 14 jours, et l’allocation reste slashable pendant cette fenêtre. Les retraits des restakers suivent le même rythme : la documentation du DelegationManager donne un délai de retrait minimal de 100 800 blocs (14 jours) sur le réseau principal, et les parts qui attendent dans la file restent slashables jusqu’à la fin du délai. Pour les restakers natifs, la sortie de la file des validateurs d’Ethereum ajoute sa propre attente.
Depuis le 22 juillet 2025, les AVS peuvent aussi choisir la redistribution : les fonds tranchés sont envoyés à une adresse choisie au lieu d’être brûlés, ce qui permet à un service de prêt ou d’assurance d’indemniser ses utilisateurs avec la mise tranchée. Elle concerne des ensembles d’opérateurs précis, signalés comme redistribuants, et elle change les incitations : celui qui reçoit les fonds tranchés a intérêt à ce que le slashing se produise.
Quelqu’un a-t-il déjà été tranché ? Nous n’avons trouvé aucun signalement d’un opérateur tranché sur le réseau principal d’EigenLayer au 29 octobre 2026, ni dans les billets d’Eigen Labs ni dans la presse que nous avons pu ouvrir. C’est une absence de preuve, pas une preuve, et elle joue dans les deux sens : les opérateurs se sont peut-être simplement bien comportés, ou les règles de slashing n’ont pas encore été éprouvées par un vrai litige d’ampleur.

Jetons de restaking liquide : ce que ether.fi, Renzo et Kelp émettent
Restaker directement sur EigenLayer suppose de choisir un opérateur, d’attendre 14 jours pour retirer et de détenir une position qu’aucune autre application ne comprend. Les protocoles de restaking liquide emballent tout cela. Vous déposez de l’ETH ou un jeton de staking liquide ; le protocole le stake et le restake, choisit les opérateurs et les AVS, et vous remet un jeton de reçu : l’eETH (rebasé) et le weETH (non rebasé) d’ether.fi, l’ezETH de Renzo, le rsETH de Kelp et le jeton de Puffer figuraient parmi les principaux. Le taux de change du jeton contre l’ETH est censé monter avec les récompenses, exactement comme le rETH ou le proof of stake coin with a protocol that stakes it for you and issues a transferable token (such as Lido stETH or rETH) representing the deposit plus rewards, which you can use or sell while the coins stay staked.">wstETH, et le jeton peut s’échanger, passer un pont ou servir de garantie.
Ce confort ajoute deux couches qu’EigenLayer n’a pas. L’une est celle des contrats propres à l’emballage : émission, rachat, pont et prix. L’autre est le prix de marché du jeton de reçu. Un jeton de restaking liquide ne se rachète que par la file de l’émetteur, qui hérite du délai de retrait de 14 jours d’EigenLayer plus le temps de sortie des validateurs. Qui veut sortir plus vite doit vendre sur une DEX, au prix que les acheteurs acceptent ce jour-là. Les programmes de points et les airdrops de 2024 ont aussi poussé beaucoup de détenteurs vers ces jetons pour des raisons étrangères à la sécurité, ce qui a rendu les sorties encombrées quand les airdrops sont arrivés.
ether.fi a retiré le restaking de weETH en 2026
La documentation actuelle de l’eETH décrit un démantèlement : le protocole restakait auparavant une grande partie de ses actifs via EigenLayer, moins de 1 % restait restaké en août 2026, le reste devait être retiré avant la fin du troisième trimestre et les identifiants de retrait des EigenPods au quatrième. Les utilisateurs qui veulent davantage d’exposition au restaking doivent choisir un produit distinct. Le délai de rachat « dépend de la liquidité disponible du protocole, des retraits de validateurs Ethereum et de l’état du réseau », selon la même page (traduction libre). D’anciennes pages d’ether.fi décrivent encore l’eETH comme restaké nativement : c’est la page produit en vigueur qu’il faut lire.
DefiLlama liste toujours ether.fi Stake, classé désormais en staking liquide, à 4,43 milliards de dollars le 29 octobre 2026, contre un sommet de 12,43 milliards le 14 août 2025. L’essentiel est de l’ether simplement staké. L’ajouter à un « total du restaking » serait aujourd’hui une erreur.
Renzo ezETH, 24 avril 2024 : un jeton de reçu n’est qu’un prix de marché
La première fissure visible de la couche LRT date du 24 avril 2024. Un jour après l’annonce par Binance Labs du plan de distribution du jeton REZ de Renzo, l’ezETH a chuté de 18,3 % jusqu’à environ 2 642 dollars en quelques minutes, selon The Block (en anglais), et CoinDesk (en anglais) l’a relevé jusqu’à 750 dollars sur Uniswap vers 02 h 45 UTC. En début d’après-midi à New York, il valait 3 077 dollars contre 3 179 dollars pour l’ether : largement remonté, mais toujours sous l’actif qu’il devait suivre.
Rien n’avait été piraté et aucun opérateur n’avait été tranché. Les détenteurs qui voulaient partir, souvent déçus par l’airdrop, ne pouvaient pas racheter leur ezETH contre de l’ETH rapidement ; ils ont vendu sur des DEX, dans des pools trop peu profonds pour absorber les ordres. Les positions qui utilisaient l’ezETH comme garantie ont été liquidées au prix déprimé : Hitesh Malviya, fondateur du cabinet de recherche DYOR, a dit à CoinDesk que le glissement de prix avait « causé des liquidations massives » sur Gearbox et Morpho (traduction libre). Les totaux publiés ensuite varient d’un média à l’autre et nous n’avons trouvé aucun décompte primaire du montant liquidé. La leçon est celle que le stETH avait donnée en 2022, un étage plus haut : une parité sans voie de rachat rapide n’est qu’un prix de marché, et l’oracle d’un marché de prêt la traitera comme tel.
Kelp rsETH, 18 avril 2026 : c’est le pont qui a cédé, pas le restaking
Le second cas est beaucoup plus lourd. Le 18 avril 2026, des rsETH, le jeton de restaking liquide de Kelp, ont été libérés sans contrepartie depuis le côté Ethereum de son pont LayerZero. Le message de la gouvernance d’Aave du 24 avril 2026 (ARFC sur le financement de l’incident rsETH, en anglais) indique qu’une vulnérabilité a permis une libération non autorisée de rsETH depuis l’adaptateur LayerZero d’Ethereum (traduction libre). Citant un rapport de LlamaRisk, il compte 152 577 rsETH sortis du coffre LayerZero, soit un déficit initial d’environ 163 183 ETH à 1,0696 rsETH pour 1 ETH. Le jour de l’attaque, The Block (en anglais), lisant les données en chaîne de la transaction, rapportait 116 500 rsETH libérés, environ 292 millions de dollars et près de 18 % de l’offre en circulation. Le message du forum n’explique pas l’écart entre les deux décomptes. L’attaquant a déposé des rsETH en garantie sur Aave V3 et emprunté du WETH contre eux : c’est ainsi qu’une défaillance d’emballage est devenue un problème de marché de prêt, histoire racontée dans notre leçon sur le prêt et l’emprunt en crypto.
La même ARFC dresse le bilan de la récupération à la fin avril. Kelp a récupéré et gelé 40 373 rsETH, le Conseil de sécurité d’Arbitrum a gelé 30 766 ETH que l’attaquant détenait encore sur Arbitrum, et la liquidation des positions de l’attaquant devait en ramener davantage ; il restait un déficit résiduel d’environ 75 081 ETH (le message donne aussi 75 228 dans un tableau). Pour le combler, une coalition baptisée DeFi United a rassemblé des dons, Mantle s’est engagé sur une facilité de crédit pouvant aller jusqu’à 30 000 ETH, et le message demandait à la DAO Aave d’apporter 25 000 ETH de sa trésorerie. LayerZero et Kelp se sont publiquement renvoyé la responsabilité de la configuration qui a permis la libération ; ce différend n’est pas tranché, et dans les sources que nous avons pu ouvrir le 29 octobre 2026, aucun décompte final de la perte ni de la couverture du rsETH n’avait été publié. DefiLlama comptait encore 0,91 milliard de dollars d’ETH bloqués chez Kelp le 29 octobre 2026, contre 1,59 milliard le 17 avril.
Pour un cours sur le restaking, le point est précis. Le slashing d’EigenLayer n’était pas en cause ; la pièce exploitée était le chemin de libération inter-chaînes d’un jeton de reçu, le genre de risque traité dans notre guide des ponts et de la liquidité inter-chaînes. Mais ce jeton de reçu était accepté comme garantie sur les plus grandes places de prêt, si bien que la panne d’un pont dans un seul emballage est devenue un événement de liquidité dans toute la DeFi.

Le restaking est-il sûr ? Les risques empilés couche par couche
Aucune forme de restaking n’est sans risque, et le rendement supplémentaire, quand il existe, rémunère un risque ajouté. L’exercice utile consiste à nommer chaque couche qu’une position restakée traverse et ce qui peut y mal tourner. Le tableau associe chaque couche à un événement réel quand il y en a un ; quand il n’y en a pas, il le dit.
| Couche | Ce qui peut mal tourner | Cas réel ou état au 29 octobre 2026 |
|---|---|---|
| Staking Ethereum | Pénalités et slashing de validateur ; délais de la file de sortie | Règles propres à Ethereum, vues dans la leçon précédente |
| Jeton de staking liquide déposé | Décote par rapport à l’ETH, risque sur les contrats de l’émetteur | Décote du stETH en juin 2022 |
| Contrats d’EigenLayer | Bogue dans le code de délégation, d’allocation ou de retrait | Aucune exploitation des contrats centraux d’EigenLayer trouvée |
| Opérateur et AVS | Faute de l’opérateur, ou règle de slashing défectueuse dans le code de l’AVS | Slashing volontaire actif depuis le 17 avril 2025 ; aucun slashing sur le réseau principal signalé |
| Emballage de restaking liquide | Bogue d’émission, de rachat ou de pont ; mauvais choix d’opérateurs | Libération de rsETH par le pont de Kelp, 18 avril 2026 |
| Marché du jeton de reçu | Décrochage quand les détenteurs se ruent vers la sortie | Renzo ezETH, 24 avril 2024 |
| Garantie sur un marché de prêt | Liquidations à un prix déprimé, dette irrécouvrable | Liquidations d’ezETH (2024) ; rsETH sur Aave (2026) |
Lu de haut en bas, chaque ligne ajoute un mode de défaillance à celles du dessus. Le détenteur d’un LRT utilisé comme garantie porte les sept. Un staker solo qui restake nativement avec un opérateur choisi avec soin en porte trois ou quatre. Le même mot, restaking, recouvre les deux situations.
Le temps de sortie est l’autre risque à compter. Quitter EigenLayer prend au moins 14 jours après la mise en file du retrait, pendant lesquels les parts restent slashables, plus la sortie du validateur pour la mise native. Le détenteur pressé d’un LRT dépend à la place de la liquidité des DEX, précisément ce qui a manqué en avril 2024.
« Slashing en cascade » : le scénario redouté et ce qui s’est vraiment propagé
La crainte la plus souvent associée au restaking est celle du slashing en cascade : un AVS tranche un opérateur, le même ether protégeait dix autres services, ceux-ci perdent leur sécurité d’un coup, d’autres fautes suivent et les pertes se répandent dans chaque LRT et chaque marché de prêt qui en détient. Avant 2025, l’inquiétude était raisonnable, car la conception du slashing n’était pas publique.
Deux faits la réduisent aujourd’hui. Le slashing est volontaire par ensemble d’opérateurs, et l’allocation unique implique qu’une part donnée de la mise ne peut être tranchée que par un seul AVS : une faute ne peut donc pas être facturée deux fois sur la même part. Un opérateur tranché perd bien de la mise, et tous les restakers qui lui ont délégué partagent la perte, mais la multiplication entre services que suppose le scénario est précisément ce que le modèle d’allocation a été conçu pour empêcher. Et, au 29 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun signalement d’un slashing sur le réseau principal, en cascade ou non.
Les cascades qui ont eu lieu sont passées par les couches au-dessus d’EigenLayer : un jeton de reçu qui perd son prix de marché (Renzo), le pont d’un emballage qui libère des jetons sans contrepartie (Kelp), et des marchés de prêt qui avaient accepté ces jetons comme bonne garantie. Cette chaîne de dépendances est le sujet de notre leçon sur la composabilité de la DeFi, et le restaking en est l’un des exemples les plus nets. Aucune des pertes décrites dans cette leçon n’a commencé par un événement de slashing.
Symbiotic, Babylon, Jito et les autres conceptions de restaking
Symbiotic a ouvert sur le réseau principal d’Ethereum le 28 janvier 2025. Son cofondateur Misha Putiatin a déclaré à The Block (en anglais) qu’il s’agissait du premier protocole de restaking entièrement sans permission en production (traduction libre). Il accepte n’importe quel jeton ERC-20 en garantie : un réseau peut donc être sécurisé par des stablecoins ou par son propre jeton autant que par de l’ether. Il avait levé 5,8 millions de dollars en amorçage, menés par Paradigm et cyber.Fund, en juin 2024. Sa description sur DefiLlama parle désormais de « marchés de collatéral » plutôt que de restaking, et DefiLlama le classe dans cette catégorie, avec 317 millions de dollars le 29 octobre 2026 contre un sommet de 2,70 milliards le 7 décembre 2024.
Babylon applique l’idée au bitcoin, qui n’a ni contrats intelligents ni staking natif. Dans la phase 1, lancée en août 2024 (en anglais), les bitcoins sont bloqués dans un script de staking en autogarde sur la chaîne Bitcoin, avec un verrou maximal de 64 000 blocs et une période de déliaison de 1 008 blocs (environ une semaine) ; il n’y a pas de slashing des bitcoins stakés pendant la phase 1 et les pièces ne sont pas transférées aux fournisseurs de finalité. Le plafond initial était de 1 000 BTC. DefiLlama compte 3,25 milliards de dollars bloqués dans Babylon le 29 octobre 2026, entièrement en bitcoin. Plus de détails sur la fiche du projet Babylon.
Jito Restaking, sur Solana, repose sur des coffres qui détiennent des jetons SPL comme le JitoSOL, émettent des jetons de reçu de coffre et délèguent à des opérateurs qui servent des réseaux de consensus de nœuds. Sa documentation (en anglais) indique que la fonction de slashing est encore en développement et que le programme de slashing n’est pas actif pour le moment. DefiLlama y montre 17 millions de dollars le 29 octobre 2026, contre environ 400 millions le 1er juillet 2025 : le restaking sur Solana est petit et, selon ses propres documents, sans slashing actif.
Parmi les noms de 2024, le jeton de restaking liquide de Puffer figure toujours sur DefiLlama avec environ 26 millions de dollars le 29 octobre 2026, et Renzo se décrit comme une plateforme de staking, de restaking et de déploiement de capital, avec 105 millions de dollars, contre 4,05 milliards le 28 mai 2024. Karak, autre nom souvent cité en 2024, n’apparaît dans aucune des sources que nous avons pu ouvrir pour 2026 : nous ne pouvons donc pas dire où il en est.
Le restaking en chiffres au 29 octobre 2026
Les chiffres ci-dessous viennent de l’API de DefiLlama, consultée le 29 octobre 2026 vers 09 h 50 UTC. Ils sont en dollars : ils bougent donc avec le cours de l’ether et du bitcoin autant qu’avec les dépôts et les retraits. Les catégories de DefiLlama comptent aussi : ether.fi est désormais classé en staking liquide, Symbiotic en marchés de collatéral. La façon dont ces totaux sont construits, et ce qu’ils cachent, est expliquée dans notre guide pour mesurer la TVL de la DeFi.
| Protocole (catégorie DefiLlama) | TVL au 29 oct. 2026 | Sommet (date) |
|---|---|---|
| EigenCloud / EigenLayer (restaking) | 5,97 milliards de dollars | 22,06 milliards (14 août 2025) |
| ether.fi Stake (staking liquide) | 4,43 milliards de dollars | 12,43 milliards (14 août 2025) |
| Babylon Protocol (restaking, bitcoin) | 3,25 milliards de dollars | 7,14 milliards (7 oct. 2025) |
| Kelp (restaking liquide) | 0,91 milliard de dollars | 2,09 milliards (18 sept. 2025) |
| Symbiotic (marchés de collatéral) | 0,32 milliard de dollars | 2,70 milliards (7 déc. 2024) |
| Renzo (restaking liquide) | 0,11 milliard de dollars | 4,05 milliards (28 mai 2024) |
| Jito Restaking (restaking) | 0,02 milliard de dollars | 0,40 milliard (1er juil. 2025) |
Le chiffre d’EigenLayer est en recul d’environ 73 % par rapport à son sommet d’août 2025. Son historique sur DefiLlama donne 15,63 milliards de dollars le jour du décrochage de Renzo en avril 2024, 7,07 milliards le jour de la mise en service du slashing en avril 2025, le sommet de 22,06 milliards en août 2025, 9,92 milliards un an après le slashing et 5,97 milliards aujourd’hui. Du total actuel, DefiLlama range environ 5,34 milliards sous WETH et environ 0,50 milliard sous stETH, le reste dans d’autres jetons de staking liquide.
Le calendrier raconte ce que les billets du protocole racontent aussi. Dans un billet du 27 février 2026 (en anglais), le fondateur d’Eigen Labs, Sreeram Kannan, a articulé l’année autour des agents d’IA et écrit que les marchés avaient cessé de valoriser l’infrastructure future pour valoriser le revenu immédiat (traduction libre). La baisse des incitations a suivi en mars ; en août, ether.fi indiquait moins de 1 % de ses actifs encore restakés. L’ETH restaké qui courait après les points et les récompenses est en grande partie retourné au staking simple.
Observer le restaking sans risquer d’argent
Cette leçon ne suggère aucun dépôt. Pour voir la mécanique, l’essentiel se lit sans rien signer :
- Ouvrez la page du protocole sur DefiLlama et comparez la courbe de TVL aux dates ci-dessus : mise en service du slashing, sommet d’août 2025, baisse des incitations de mars 2026.
- Lisez le dépôt GitHub Layr-Labs/eigenlayer-contracts : son README liste les déploiements en vigueur, dont les réseaux de test Sepolia et Hoodi, et le dossier docs donne chaque délai en blocs.
- Avant de détenir un jeton de restaking liquide, trouvez la page actuelle de l’émetteur sur le risque de slashing et le rachat, comme celle de l’eETH chez ether.fi, et vérifiez quels opérateurs et quels AVS il utilise, le cas échéant.
- Sur un marché de prêt, regardez si le jeton est accepté en garantie, avec quel ratio prêt/valeur et quel oracle. C’est là que les problèmes de Renzo et de Kelp se sont propagés.
Les développeurs peuvent tester sur un réseau de test : la documentation du dépôt donne un délai de retrait minimal de 50 blocs (environ 10 minutes) sur les testnets. Son tableau de déploiement indique que le restaking natif est pris en charge sur Hoodi mais pas sur Sepolia, où les fonctions EigenPod sont suspendues ; le restaking par jeton est donc la seule voie sur Sepolia. Les jetons de test n’ont aucune valeur. Sur le réseau principal, chaque dépôt, délégation, mise en file de retrait et finalisation est une transaction distincte, avec ses frais de gas, et l’argent est bloqué au moins 14 jours à la sortie. Qui tente quand même avec une petite somme doit compter les deux avant de commencer.
AMF, ACPR, MiCA et fiscalité : ce que voit un lecteur français
Aucune autorité française n’a écrit de règle propre au restaking, et le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (MiCA) n’a pas été pensé pour lui. MiCA s’applique depuis le 30 décembre 2024 aux émetteurs de crypto-actifs et aux prestataires de services sur crypto-actifs, agréés en France par l’AMF ; l’ACPR, elle, supervise les banques et les établissements de paiement ou de monnaie électronique qui peuvent s’y rattacher. Un protocole réellement décentralisé, sans intermédiaire identifiable, sort en principe du champ du texte, alors qu’une plateforme ou une interface qui propose du restaking à des clients peut y entrer. Comment qualifier un jeton de restaking liquide reste une question ouverte. Notre guide de MiCA détaille le cadre, et l’AMF tient une liste noire des sites de crypto non autorisés à consulter avant tout dépôt sur une plateforme intermédiaire.
Du côté américain, la Division of Corporation Finance de la SEC a publié le 5 août 2025 une déclaration de ses services sur certaines activités de staking liquide (en anglais), jugeant que les activités visées ne constituent pas une offre ni une vente de titres. C’est une position des services et non une règle de la Commission, et elle ne couvre pas le restaking : une note de bas de page précise que la déclaration ne traite pas du « restaking » (traduction libre). Elle exclut aussi les prestataires qui décident s’ils stakent ou combien, garantissent des récompenses ou permettent aux jetons de reçu de générer des rendements supplémentaires. Pour mémoire, l’IRS américain traite les récompenses de staking comme un revenu dans la Revenue Ruling 2023-14 (en anglais) ; cette référence ne vaut pas pour la France.
En France, la règle générale est connue : l’article 150 VH bis du code général des impôts taxe les plus-values de cession d’actifs numériques réalisées à titre occasionnel, au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % pour les gains de 2026 selon la foire aux questions de la DGFiP du 17 juillet 2026. Seules les conversions en euros ou en autre monnaie ayant cours légal et les achats de biens ou de services déclenchent l’imposition ; un échange de crypto contre crypto bénéficie d’un sursis d’imposition. Reste à savoir où classer le dépôt d’ETH contre un jeton de restaking liquide, l’inscription dans EigenLayer, et surtout les récompenses de restaking, les points et les airdrops : le traitement fiscal de ces opérations DeFi n’est pas fixé et nous n’avons trouvé aucune doctrine de la DGFiP qui vise le restaking. Notre guide de la fiscalité crypto en France donne les bases ; pour le restaking, la question mérite un conseil fiscal personnalisé.
Où se place cette leçon dans le parcours DeFi
Cette leçon clôt le module 2 du cours DeFi. Si les jetons de reçu restent flous, revenez à la leçon sur le stETH, le rETH et le staking liquide ; le protocole a sa propre fiche, EigenLayer sur Coindaro, avec ses chiffres du moment. Une prochaine leçon ouvre le module suivant avec les bourses décentralisées et les teneurs de marché automatisés, les places où des jetons de reçu comme l’ezETH trouvent, ou non, un acheteur.



