Le 15 juin 2020, Compound a commencé à distribuer environ 2 880 COMP par jour aux utilisateurs de ses marchés de prêt. Récupérer cette récompense à la main supposait de la réclamer, de la vendre, de racheter l’actif de départ puis de le redéposer, avec des frais Ethereum à chaque étape. L’agrégateur de rendement, et avec lui Yearn Finance, est né de cette corvée : un seul contrat fait le travail pour tout le monde et prélève sa part.
Cinq ans plus tard, le même outil a montré son revers. Dans la première semaine de novembre 2025, Balancer a été attaqué et Stream Finance a gelé les retraits. Des déposants qui croyaient détenir un seul rendement ont découvert combien de contrats et de gérants se cachaient dessous. L’automatisation fait économiser de l’argent. Chaque couche qui la rend possible peut aussi céder.
Cette leçon prolonge notre guide sur l’APR et l’APY, dont elle reprend la formule de capitalisation. Un mot de vocabulaire : ici, « agrégateur » désigne le rendement, pas l’échange. Les agrégateurs de DEX comme 1inch et Jupiter cherchent le meilleur prix pour une transaction en passant par plusieurs pools, ce qui est un autre métier.
Un agrégateur de rendement, ou vault : ce qu’il fait de votre dépôt
Un vault, c’est un sac commun assorti d’un reçu. Vous remettez des jetons à un vault, un contrat intelligent qui mutualise les dépôts. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il vous donne en échange des parts (shares), le reçu. Une stratégie met ensuite l’argent commun au travail : prêt, apport de liquidité, collecte de récompenses, vente de celles-ci, puis ajout du produit au sac.
Rien n’arrive dans votre portefeuille en cours de route. Exemple : vous déposez 1 000 USDC alors qu’une part vaut 1,00 USDC, donc vous recevez 1 000 parts. Un an plus tard, le vault affiche 1,052 USDC par part. Vous rachetez vos 1 000 parts et récupérez 1 052 USDC. Le nombre de parts n’a pas bougé ; c’est leur prix qui a monté.
Cette conception correspond aux jetons à valeur croissante, par opposition aux jetons « rebasing » dont le solde augmente. Notre leçon sur les jetons rémunérés met les deux côte à côte. Pour un vault, le chiffre à surveiller est donc le prix par part, pas le solde affiché.
Le liquidity mining a créé la corvée
Le liquidity mining rémunère les utilisateurs en jetons du protocole lorsqu’ils fournissent ou empruntent des actifs. COMP est le dispositif qui a déclenché ce qu’on appelle aujourd’hui le DeFi summer, raconté dans notre histoire de la DeFi. Les fermiers ont bougé si vite que les BAT déposés sur Compound sont passés de moins de 2 millions de dollars le 15 juin à 333 millions deux semaines plus tard, selon CoinDesk. Le 30 juin, les détenteurs du jeton ont voté pour indexer les récompenses sur la valeur en dollars déposée ou empruntée, et non plus sur les intérêts ; le changement est entré en vigueur deux jours après. Notre leçon sur le yield farming et le rendement réel demande qui paie ces récompenses. La question posée ici est plus mécanique : qui fait le travail.
Un fermier isolé paie des frais de gas pour chaque réclamation, chaque échange et chaque redépôt, quelle que soit la taille de sa position. Sur un petit dépôt, ces frais peuvent avaler le rendement. Un contrat qui détient des milliers de dépôts règle une seule transaction et en répartit le coût entre tous. Tout l’intérêt économique d’un agrégateur de rendement tient là.

Yearn Finance : du videur de stablecoins aux vaults d’allocation
D’iEarn au jeton YFI
Yearn, créé par Andre Cronje, a démarré sous le nom d’iEarn, un outil qui déplaçait des stablecoins entre prêteurs comme Compound, dYdX et Aave pour suivre le meilleur taux. Rebaptisé à l’été 2020, il a lancé YFI avec 30 000 jetons, sans premine, sans prévente et sans part pour l’équipe, tous distribués aux utilisateurs qui apportaient de la liquidité. Le contrôle du jeton est ensuite passé à un multisig 6 sur 9, d’après The Defiant.
Comment un vault Yearn v3 est construit
Dans la génération actuelle, l’utilisateur dépose dans un Allocator Vault, un contrat ERC-4626 qui répartit un même actif entre plusieurs stratégies. Ces stratégies sont elles-mêmes des vaults ERC-4626 autonomes. Une stratégie peut alimenter plusieurs vaults, et un utilisateur peut y déposer directement. Deux contrats auxiliaires complètent le tableau : un Debt Allocator, qui attribue l’argent aux stratégies, et un Accountant, qui gère les frais.
Les gains arrivent lentement dans le prix de la part. Quand une stratégie déclare un gain, le vault ne l’ajoute pas tout de suite au prix de la part. Il l’enregistre, prélève les frais via l’accountant s’il y en a un, puis étale le profit sur une durée fixée par le gestionnaire du vault. L’objectif affiché est un rendement plus régulier. Une perte passe par le même appel de déclaration, que par défaut n’importe qui peut déclencher grâce à un keeper ouvert à tous.
L’exploit de yDAI en 2021
Le 4 février 2021, le vault yDAI v1 a perdu 11 millions de DAI, d’après le compte rendu publié par Yearn. L’attaquant a déséquilibré à répétition le pool 3pool de Curve pour que le vault dépose à de mauvais taux, et il a gagné environ 2,7 millions de DAI selon l’estimation de Yearn (2,8 millions de dollars d’après banteg, développeur de Yearn). Yearn a arrêté l’attaque une dizaine de minutes après l’avoir remarquée, ce qui a sauvé 24 des 35 millions de DAI du vault. Le 9 février, Yearn a ouvert un coffre Maker avec environ 1 591 YFI de sa trésorerie et créé environ 9,7 millions de DAI pour recompléter le vault yDAI. L’équipe a parlé d’une « exception à fêter, un passage obligé de la DeFi » et ajouté : « Ne comptez pas sur une répétition. » (traduction libre de la formule d’origine, en anglais).
Beefy Finance : le compoundeur multichaîne
Récoltes, mooTokens et frais
Beefy, qui se présente comme un optimiseur de rendement multichaîne, fait une seule chose en grand : l’auto-compounding. Vous déposez un jeton et recevez un mooToken, un reçu rémunéré. Une récolte (harvest) collecte les récompenses de la ferme, les échange et les réinvestit, et la valeur de votre mooToken augmente.
Une récolte coûte du gas, donc sa fréquence dépend de l’argent présent dans le vault. Sur Ethereum, la documentation de Beefy la fixe selon la staking or liquidity, measured at current market prices. It is the main size metric in DeFi.">TVL : tous les 3 jours au-dessus de 100 000 dollars, tous les 15 jours entre 10 000 et 100 000 dollars, et laissée à la communauté en dessous. Les récoltes se mettent aussi en pause quand le gas atteint 20 gwei ou plus.
Les frais sont de trois sortes. La plupart des vaults prélèvent un pourcentage des récompenses récoltées, la commission de performance, jamais appliquée au dépôt lui-même. Certains ajoutent des frais de retrait, destinés à décourager ceux qui déposent juste avant une récolte et repartent juste après. Passer par le zap de Beefy, qui convertit les jetons à l’entrée ou à la sortie, coûte 0,05 %. La documentation précise que les frais du vault sont déjà inclus dans l’APY affiché : inutile de les soustraire une seconde fois. BIFI, le jeton du protocole, a une offre fixe de 80 000 unités, sans création ni destruction.
La croissance, la crise Multichain et le nouveau gestionnaire de liquidité
Le récit de Beefy lui-même situe le lancement du protocole et de BIFI en octobre 2020, avec 1 milliard de dollars bloqués en octobre 2021 et la V2 en mars 2022. En 2023, le pont Multichain s’est effondré ; Beefy affirme avoir migré environ 15 000 positions en trois mois sans perte de fonds. C’est la déclaration de l’équipe, et elle rappelle qu’un vault sur une chaîne secondaire hérite aussi du pont de cette chaîne. En avril 2024 est arrivé le Cowcentrated Liquidity Manager, qui automatise des positions de liquidité concentrée.
Beefy dit aussi avoir dépassé Yearn fin 2024 pour devenir le plus grand optimiseur de rendement. Ces classements bougent. Au 31 octobre 2026, DefiLlama affiche environ 151,9 millions de dollars pour Yearn et environ 99,2 millions pour Beefy, très loin de leurs sommets : environ 6,9 milliards pour Yearn début décembre 2021 et environ 1,3 milliard pour Beefy fin novembre 2021. Yearn est donc à environ 2 % de son record, Beefy à environ 8 %. DefiLlama recense 42 chaînes pour Beefy, mais dix seulement dépassent 1 million de dollars, Ethereum, Base et Arbitrum en tête.
ERC-4626 : une seule interface pour tous les vaults
Avant l’existence d’un standard, chaque vault avait ses propres fonctions, et chaque portefeuille, prêteur ou stratégie qui voulait s’y brancher devait écrire du code sur mesure. ERC-4626, créé le 22 décembre 2021 et désormais au statut Final, fixe une interface commune pour les vaults tokenisés. La part est un jeton ERC-20 ordinaire, et le standard définit comment elle se convertit en actif sous-jacent. L’empilement façon Lego, présenté dans notre leçon sur la composabilité en DeFi, repose sur des interfaces de ce genre.
Parts et actifs en chiffres simples
Tout vault ERC-4626 répond au même petit jeu d’appels. Voici ceux qu’on voit le plus souvent sur un explorateur ou un tableau de bord.
| Fonction | Ce qu’elle répond | Remarque |
|---|---|---|
| asset() | Quel jeton le vault détient-il ? | Exemple : USDC |
| totalAssets() | Combien le vault gère-t-il ? | Inclut l’argent placé dans les stratégies |
| convertToAssets(shares) | Combien valent ces parts ? | Taux idéal, sans les frais |
| convertToShares(assets) | Combien de parts vaudrait ce montant ? | Taux idéal, sans les frais |
| previewDeposit(), previewRedeem() | Que recevrais-je si je le faisais maintenant ? | Frais inclus |
| deposit(), mint() | Mettre des actifs, recevoir des parts | On fixe les actifs, ou on fixe les parts |
| withdraw(), redeem() | Détruire des parts, retirer des actifs | On fixe les actifs, ou on fixe les parts |
| maxWithdraw(), maxRedeem() | Combien peut sortir tout de suite ? | Le vault peut annoncer moins que votre solde |
Pourquoi l’arrondi joue toujours contre vous
Solidity ne gère pas les décimales, donc les conversions arrondissent. Le standard indique aux développeurs dans quel sens : la spécification juge « plus sûr de favoriser le vault lui-même plutôt que ses utilisateurs » dans les calculs (traduction libre de la formule anglaise). Vous recevez un peu moins de parts à l’entrée et un peu moins d’actifs à la sortie. Sur des montants normaux, c’est de la poussière. Cela protège ceux qui sont déjà dans le vault contre un vidage par de minuscules transactions répétées.
La spécification avertit aussi qu’un contrat peut suivre l’interface sans suivre la spécification : les intégrateurs doivent donc relire le code avant de se brancher. Et les fonctions de prévisualisation, qui donnent un résultat exact à l’instant T, peuvent être déplacées par quelqu’un qui manipule le vault ; elles ne sont donc pas toujours fiables comme oracles de prix. ERC-4626 dit comment parler à un vault. Il ne dit rien de la qualité du vault.
L’attaque par inflation du premier déposant
La faiblesse la plus connue des vaults à parts n’est pas traitée dans l’EIP ; elle est documentée par OpenZeppelin. Elle vise un vault vide ou presque, parce qu’un taux fixé par quelques unités se déforme facilement.
Voici un exemple simplifié, dans les plus petites unités du jeton. Un attaquant dépose 1 unité et reçoit 1 part. Il envoie ensuite 1 000 unités directement au vault, un don qui ne crée aucune part : 1 part vaut désormais 1 001 unités. Une victime dépose 1 000 unités et devrait recevoir 1 000 × 1 ÷ 1 001 parts, ce qui arrondit à zéro. Le vault contient maintenant 2 001 unités et l’attaquant possède la seule part. En la rachetant, il récupère l’argent de la victime.
La parade d’OpenZeppelin comporte deux volets : les parts portent plus de décimales que l’actif, et le taux de change est calculé avec quelques parts et actifs virtuels, si bien qu’un don est surtout absorbé par le vault et non par l’attaquant. Sa formule en montre l’effet. Avec un décalage de 3 décimales, un dépôt d’1 unité et un don de 100 000 unités, l’attaquant abandonne environ 50 000 unités pour en voler 50 au plus. Les notes de contrat d’OpenZeppelin demandent aussi aux déployeurs d’effectuer eux-mêmes un premier dépôt conséquent.
Les marchés de prêt ont connu un proche parent de ce bug. Le geste est le même, déformer le taux de change d’un marché presque vide, mais les victimes sont les prêteurs déjà présents, pas un déposant ultérieur. Sonne Finance, un fork de Compound V2 sur Optimism, a perdu environ 20 millions de dollars en mai 2024 à cause d’un marché VELO tout juste ouvert, selon l’estimation de PeckShield. Le 26 juin 2025, Resupply a perdu entre environ 9,6 millions de dollars (Decrypt) et environ 9,8 millions (Halborn) : un don dans un marché neuf et peu profond a ramené un taux de change à zéro par division entière, et l’attaquant a emprunté environ 10 millions de dollars contre un seul wei de collatéral.
L’auto-compounding, net de frais et de gas
Notre leçon sur l’APR donne la formule : APY = (1 + APR/n)^n − 1. Prenons 12 % d’APR capitalisé chaque jour : environ 12,75 % d’APY. Un vault qui garde 10 % des récompenses laisse 10,8 % d’APR, soit environ 11,40 % d’APY à la même fréquence. Ces chiffres sont des exemples : nous n’indiquons aucun niveau de frais réel, car ni la documentation de Yearn ni celle de Beefy n’en donnent un seul, et les frais varient d’un vault à l’autre.
La comparaison la plus utile oppose le vault au « fait main », et le résultat dépend de la taille du dépôt. Exemple : une ferme à 8 % d’APR, 12 euros de gas par tour de capitalisation manuelle, et un vault qui prélève 10 % des récompenses, capitalise chaque semaine et répartit le même gas sur 2 millions d’euros de dépôts. Vous capitalisez à la main une fois par mois, soit 144 euros par an, payés depuis votre portefeuille et non depuis la position.
| Votre dépôt (exemple) | À la main, chaque mois, après gas | Vault, après frais et gas partagé |
|---|---|---|
| 1 000 euros | environ −6,1 % | environ 7,4 % |
| 10 000 euros | environ 6,9 % | environ 7,4 % |
| 100 000 euros | environ 8,2 % | environ 7,4 % |
Le petit épargnant gagne le plus au partage du gas, et le gros détenteur peut finir par payer au vault plus que ne valent les corvées : avec ces hypothèses, les deux colonnes se croisent vers 16 500 euros. Le tableau laisse de côté trois choses : les jetons de récompense peuvent baisser avant d’être vendus, un layer 2 bon marché réduit la colonne du gas à presque rien, et le vault ajoute un risque qu’aucun pourcentage ne montre. Le gas change aussi chaque jour : prenez les 12 euros comme un chiffre de remplacement pour le vôtre.
Vaults à curateur : Morpho et celui qui choisit le collatéral
Une famille plus récente de vaults remplace la stratégie par une personne ou une société. Sur Morpho, les marchés de prêt sont isolés, et un vault placé au-dessus décide lesquels reçoivent les dépôts. Yearn et Beefy automatisent une ferme ; un vault Morpho automatise une décision de risque, prise par un curateur.
Les rôles dans Morpho Vaults V1.0 et V1.1 sont publics. Le propriétaire nomme les autres et fixe la commission, versée sous forme de parts du vault. Le curateur propose les plafonds d’offre et les retraits de marchés. L’allocateur ordonne les files d’offre et de retrait et déplace la liquidité entre les marchés. Le gardien peut annuler les changements en attente. Relever un plafond doit passer par un timelock, alors qu’en baisser un s’applique tout de suite. Si le timelock d’un vault est court, vous avez peu de temps pour sortir avant l’ajout d’un marché plus risqué.
| Yearn v3 | Beefy | Vaults Morpho V1 | |
|---|---|---|---|
| Ce qui produit le rendement | Plusieurs stratégies | Le plus souvent une seule ferme, capitalisée | Des marchés de prêt isolés |
| Votre reçu | Part ERC-4626 | mooToken | Part ERC-4626 |
| Qui décide | Gestionnaire du vault et allocateur de dette | Contrat de stratégie et robots de récolte | Curateur et allocateur |
| D’où viennent les frais | Accountant, sur les gains déclarés | Part des récompenses récoltées | Créés sous forme de parts pour le destinataire des frais |
| À vérifier en priorité | Liste des stratégies et frais sur la page du vault | Fréquence des récoltes et ferme sous-jacente | Liste des collatéraux, plafonds et timelock |
Au 31 octobre 2026, la page des rendements de DefiLlama montre combien ces chiffres demandent à être lus avec soin. Les noms de pools ci-dessous sont les symboles qu’elle affiche.
| Pool (symbole DefiLlama, chaîne) | TVL (millions de dollars) | APY de base | APY de récompense | Moyenne sur 30 jours |
|---|---|---|---|---|
| Morpho GROVE-STEAKUSDC, Base | 554,4 | 7,47 % | 0 % | 4,98 % |
| Morpho SPARKUSDC, Base | 450,3 | 6,66 % | 0 % | 4,35 % |
| Morpho STEAKUSDG, Robinhood Chain | 512,1 | 4,96 % | 23,63 % | 7,33 % |
| Yearn USDC, Ethereum | 19,3 | 3,44 % | 0 % | 3,58 % |
| Beefy USDT-WBTC-WETH, Ethereum | 9,3 | total 8,23 % | non détaillé | 4,08 % |
La troisième ligne affiche 28,58 % au total, dont environ 83 % de récompense. Les deux premières se situent bien au-dessus de leur propre moyenne mensuelle : ce jour-là n’était pas typique. Rien ici ne classe ces produits ; le tableau est un exercice d’application de la méthode de lecture vue dans la leçon précédente.
Comment les risques s’empilent sous un seul chiffre de rendement
Une seule ligne d’APY sur la page d’un vault peut cacher la pile suivante, de bas en haut.
- La chaîne, et le pont éventuel qui y a amené l’actif.
- L’actif sous-jacent : stablecoin, jeton enveloppé ou jeton de staking.
- Le protocole de base, par exemple un marché de prêt ou un pool de liquidité.
- L’oracle qui évalue le collatéral.
- Le contrat de stratégie, et tout ce qu’il emprunte ou échange.
- Le contrat du vault et ses keepers ou robots de récolte.
- Les personnes : curateur, allocateur, signataires du multisig et gérant hors chaîne éventuel.
Une défaillance sur l’une de ces couches aboutit au même endroit : le prix de votre part. Déposer directement dans le protocole de base vous aurait exposé à certaines d’entre elles. Un vault en ajoute au moins deux, et quand un vault détient le jeton d’un autre vault comme collatéral, la liste se répète.

Cinq incidents, cinq couches différentes
| Date | Nom | Couche défaillante | Perte, avec source | Suite |
|---|---|---|---|---|
| 4 févr. 2021 | Yearn v1 yDAI | Stratégie, taux du 3pool de Curve | 11 millions de DAI ; gain de l’attaquant environ 2,7 millions (Yearn) | Environ 9,7 millions de DAI créés contre des YFI de la trésorerie |
| 26 juin 2025 | Resupply | Marché neuf et peu profond, taux de change | Environ 9,6 millions (Decrypt) à 9,8 millions (Halborn) | Marché wstUSR mis en pause |
| 3 nov. 2025 | Balancer V2 | Protocole de base, arrondi dans les pools stables | Environ 95 millions (Balancer) à environ 128 millions (décomptes de tiers) | Une partie gelée ou récupérée, dont environ 19 millions d’osETH |
| 3-4 nov. 2025 | Stream Finance, xUSD | Gérant de fonds hors chaîne | Environ 93 millions déclarés ; environ 285 millions de dettes liées (Yields and More, via The Block) | Retraits suspendus ; réclamations de créanciers ouvertes en juin 2026 |
| 30 nov. 2025 | Yearn yETH | Ancien pool stableswap sur mesure | Environ 9 millions de dollars (The Block) | 857,49 pxETH récupérés, environ 2,4 millions de dollars |
Le chiffre de Balancer demande de la prudence. L’exploit a débuté vers 7 h 46 UTC le 3 novembre 2025, et le post-mortem de Balancer du 18 novembre estime à 94,8 millions de dollars les fonds d’utilisateurs volés dans les Composable Stable Pools de la V2. Des décomptes antérieurs et plus larges étaient plus élevés : 116 millions selon Cointelegraph le 5 novembre, et plus de 128 millions selon PeckShield et Nansen, cités par The Block. Le décompte de Rekt montre une raison de ces écarts : environ 93,4 millions pour l’attaquant principal et environ 18 millions de plus sur des forks comme BEX et Beets. La cause était un arrondi incorrect dans le chemin d’échange à sortie exacte. Les pools pondérés et Balancer V3 auraient été épargnés. Nous n’avons trouvé aucune source reliant cet exploit à Yearn.
Stream est le cas le plus propre aux vaults. Selon sa propre version, un gérant de fonds externe a perdu environ 93 millions de dollars, et dépôts comme retraits se sont arrêtés. Decrypt, citant CoinGecko, a fait état d’une baisse d’environ 77 % de l’xUSD. Les dégâts ont ensuite voyagé par les marchés de prêt où des curateurs avaient accepté l’xUSD ou le deUSD d’Elixir comme collatéral. Protos a dressé la liste des expositions le 6 novembre 2025 : environ 34 millions de dollars pour MEV Capital, environ 27,4 millions pour Re7 Labs sur deux ensembles de marchés, plus de 19 millions pour Varlamore, et une estimation d’analystes de 124 millions pour Telos Consilium, qui n’avait pas donné son propre chiffre. Elixir, qui avait prêté plus de 68 millions de dollars à Stream, a mis fin au deUSD. Gauntlet a dit n’avoir aucune exposition à l’xUSD, mais a tout de même mis en pause les marchés Compound qu’il gère pendant la crise de liquidité. Fin juin 2026, Stream a commencé à recueillir les réclamations de créanciers via un formulaire en ligne ; au 31 octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun compte rendu d’un règlement final.
yETH donne la leçon inverse sur les marques. Le 30 novembre 2025 à 21 h 11 UTC, un attaquant a cassé le solveur du pool et vidé ses jetons de staking, puis a créé environ 2,35 × 1056 yETH pour siphonner le pool yETH/ETH sur Curve. Le compte rendu de Yearn indique que les vaults Yearn v2 et v3 et les autres produits Yearn n’ont pas été touchés. Il précise aussi que le produit est « autogouverné par ses déposants » et que contributeurs et gouvernance n’ont aucune obligation de remboursement (traduction libre). Le mot Yearn dans un nom ne signifiait pas que Yearn paierait. En 2021, pour yDAI, il avait payé. Les lettres trompent aussi dans l’autre sens : le yUSD que Protos a placé dans une chaîne de prêt avec xUSD et deUSD est émis par YieldFi, pas par Yearn.
Les vérifications avant de déposer dans un agrégateur de rendement
- Lisez ce que le vault détient aujourd’hui, nom par nom, jusqu’au collatéral et à tout jeton qui est lui-même une part de vault.
- Cherchez qui peut modifier la stratégie ou la liste des marchés, et combien de temps le timelock vous laisse pour réagir.
- Comparez l’APY actuel à la moyenne sur 30 jours, et séparez la part de base de la part de récompense.
- Regardez l’âge et la taille du vault : un vault récent et presque vide est le terrain de l’attaque par inflation.
- Appelez maxRedeem() ou tentez un petit retrait pour voir combien peut vraiment sortir, et selon quel calendrier.
- Lisez les audits, et notez quels contrats ils couvrent et à quelle date.
- Demandez ce qui s’est passé lors du dernier incident de cette équipe, et qui a payé.
- Essayez d’abord avec un petit montant, en comptant le gas dans les deux sens.
Une méthode de vérification plus complète, et un panorama des piratages DeFi, viendront dans de prochaines leçons de ce parcours.
Fiscalité en France : ce qui est établi et ce qui ne l’est pas
Nous n’avons trouvé aucun texte de l’administration fiscale française qui traite expressément du dépôt de jetons dans un vault. Les règles générales sont, elles, publiées. Selon la page de la DGFiP sur les cessions d’actifs numériques (modifiée le 17 juillet 2026), un particulier qui gère son patrimoine privé est imposé au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d’impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), avec option possible pour le barème progressif via la case 3CN. Les opérations d’échange sans soulte bénéficient d’un sursis d’imposition, et les cessions sont exonérées lorsque leur total annuel brut n’excède pas 305 euros. La même page classe en bénéfices non commerciaux les revenus de minage et de staking.
Reste la question que cette page ne traite pas : déposer de l’USDC contre une part de vault est-il un échange sans soulte, donc en sursis, ou une cession ? Et que dire de gains capitalisés qui n’arrivent jamais dans votre portefeuille ? Nous n’avons trouvé aucune doctrine qui tranche, et le traitement des opérations DeFi reste non réglé. Conservez la date, le nombre de parts et le prix de la part pour chaque dépôt et chaque retrait, et demandez conseil à un professionnel avant une position importante. Notre guide sur les impôts sur les cryptomonnaies en France couvre les bases.
La prochaine leçon du parcours examine une autre couche de la machine à rendement : les jetons verrouillés par vote et les guerres de Curve, où l’enjeu est de décider quels pools reçoivent des récompenses.



