Le 27 août 2026, l’administration fiscale britannique (HMRC) a publié ses premières statistiques officielles sur les plus-values crypto imposables, un premier aperçu de ceux qui paient réellement l’impôt sur les cryptos au Royaume-Uni. Pour l’exercice fiscal 2024-25, 17 600 personnes ont déclaré des cessions de cryptos soumises à l’impôt sur les plus-values (Capital Gains Tax, CGT) : 1,38 milliard de livres (£) de gains imposables pour 13,8 milliards de £ de ventes, soit un gain moyen de 78 000 £. Parmi elles, 240 ont déclaré plus d’un million de £ chacune, 717 millions de £ à elles toutes, selon le communiqué de HMRC (en anglais). Ce sont les personnes qui ont déclaré. HMRC estime par ailleurs que son travail de contrôle et de pédagogie a rapporté 168 millions de £ de CGT supplémentaires cette année-là.
La plupart des détenteurs n’approcheront jamais ces montants, mais les règles touchent aussi les petits portefeuilles. L’abattement annuel sur les plus-values n’est plus que de 3 000 £, et quelques échanges entre jetons peuvent l’épuiser sans qu’une seule livre n’arrive sur un compte bancaire. Tout ce qui suit décrit le droit et les consignes en vigueur au 25 octobre 2026. Les lecteurs français trouveront vers la fin une section pour les résidents de France qui ont un compte chez une plateforme britannique, pour les Britanniques installés en France et pour la convention fiscale entre les deux pays.
Si vous arrivez de notre leçon sur la fiscalité crypto aux États-Unis, la logique vous sera familière : les jetons sont traités comme un bien, pas comme de la monnaie. Les principes communs à la plupart des pays figurent dans notre introduction à l’imposition des cryptos. Rien ici ne constitue un conseil fiscal personnalisé : pour une situation compliquée, un expert-comptable, un avocat fiscaliste ou l’administration elle-même sont le bon interlocuteur.
L’impôt crypto au Royaume-Uni part d’une idée : un jeton est un bien
HMRC n’a pas inventé de « taxe crypto ». Elle applique les impôts existants à un nouveau type d’actif, et l’explique dans son Cryptoassets Manual, la documentation interne que ses agents utilisent et que chacun peut lire en ligne (en anglais). Le manuel a été mis à jour pour la dernière fois le 28 novembre 2025 et comporte des chapitres séparés pour les particuliers, les entreprises, la DeFi et le contrôle.
Pour un particulier, le point de départ est le chapitre sur les impôts applicables. La plupart des gens achètent des jetons comme un placement personnel, et HMRC attend donc d’eux le CGT quand ils s’en séparent. L’impôt sur le revenu (Income Tax), et parfois les cotisations sociales (National Insurance), n’interviennent que dans des cas plus étroits : quand un employeur vous paie en jetons, ou quand vous en recevez par le minage, le staking, certains airdrops ou le prêt.
Peut-on être considéré comme un trader, imposé sur ses bénéfices comme un revenu ? En théorie oui, en pratique rarement. Le manuel de HMRC indique qu’elle ne s’attendrait « que dans des circonstances exceptionnelles » (notre traduction) à ce qu’un particulier achète et vende des jetons d’échange assez souvent pour exercer une activité de négoce financier (CRYPTO20250). C’est une question de fait, jugée par analogie avec la jurisprudence sur le négoce d’actions. Acheter et vendre souvent depuis une application mobile reste, pour HMRC, le plus souvent un investissement.
Ce qui compte comme une cession, et ce qui n’en est pas une
Le CGT est dû sur un gain lorsque vous cédez un jeton. Sur sa page principale pour les particuliers, mise à jour le 5 octobre 2026, HMRC énumère quatre façons de céder des cryptos.
Vendre, échanger, dépenser et donner
Vendre des jetons contre des livres ou une autre monnaie ordinaire est le cas évident. Le deuxième surprend beaucoup de débutants : échanger un cryptoactif contre un autre est aussi une cession. Si vous échangez de l’ether contre du solana, ou du bitcoin contre un stablecoin, HMRC traite l’opération comme si vous aviez vendu le premier jeton à sa valeur de marché en livres et acheté le second. Vous devez l’impôt sur le gain même si aucune livre n’a touché votre compte bancaire. La France fait un autre choix pour ces échanges, et nous y revenons plus bas.
Payer un bien ou un service en cryptos est le troisième cas. Acheter un ordinateur avec des bitcoins revient à céder ces bitcoins pour la valeur de l’ordinateur. Le quatrième est de donner des jetons. Un cadeau à un ami ou à un enfant est traité comme une cession à la valeur de marché, si bien que le donateur peut devoir de l’impôt sur un don qui ne lui a rien rapporté.
Une exception existe pour les dons, et les consignes de HMRC la nomment directement : donner des jetons est une cession, sauf s’blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il s’agit d’un don à son conjoint, à son partenaire civil ou à une association caritative. Les couples et les organisations caritatives sont traités plus bas.

Les transferts entre vos propres portefeuilles ne sont pas imposés
Déplacer des jetons d’une plateforme vers votre portefeuille matériel, ou entre deux adresses que vous contrôlez, n’est pas une cession : vous gardez la propriété effective, critère que HMRC applique dans CRYPTO22100. La même page précise qu’envoyer des jetons dans un mixeur et récupérer le même type de jeton n’est pas non plus une cession, alors que mettre un jeton et en recevoir un autre l’est. Acheter et conserver n’est jamais imposé, quelle que soit la hausse du cours.
Deux cas malheureux méritent d’être connus. Perdre sa clé privée n’est pas une cession, dit HMRC : les jetons existent toujours et vous appartiennent toujours. S’il n’y a aucune perspective de retrouver la clé, vous pouvez demander la constatation d’une valeur négligeable (expliquée dans la section sur les pertes). Le vol est traité autrement. Pour HMRC, la victime reste propriétaire des jetons volés et peut chercher à les récupérer : le vol n’est ni une cession ni une perte déductible. Payer des jetons qui ne sont jamais arrivés peut aussi ne pas donner de moins-value. Notre guide pour éviter les arnaques crypto explique comment ces pertes surviennent le plus souvent.
Les taux du CGT sur les cryptos et l’abattement de 3 000 £
Une fois vos cessions de l’exercice fiscal connues (il court du 6 avril au 5 avril), vous additionnez les gains, retirez les pertes, puis l’abattement annuel (annual exempt amount). Cet abattement est passé de 12 300 £ à 3 000 £ en deux étapes, et les taux ont augmenté en cours d’exercice 2024-25, le 30 octobre 2024.
| Exercice fiscal | Abattement annuel | Taux de CGT sur les cryptos pour les particuliers |
|---|---|---|
| 2022-23 | 12 300 £ | 10 % et 20 % |
| 2023-24 | 6 000 £ | 10 % et 20 % |
| 2024-25 | 3 000 £ | 10 % et 20 % jusqu’au 29 octobre 2024 ; 18 % et 24 % à partir du 30 octobre 2024 |
| 2025-26 | 3 000 £ | 18 % et 24 % |
| 2026-27 | 3 000 £ | 18 % et 24 % |
Source : HMRC, Capital Gains Tax rates and allowances (en anglais), page mise à jour le 13 avril 2026.
Le taux dépend de vos revenus. Les gains qui tiennent dans la part inutilisée de votre tranche de base de l’impôt sur le revenu sont taxés à 18 % ; la partie au-dessus l’est à 24 %. Les contribuables des tranches supérieures paient 24 % sur tous leurs gains imposables. Si vos gains tombent dans les deux tranches, HMRC vous laisse imputer l’abattement de 3 000 £ sur la partie taxée au taux le plus élevé, d’après la page des taux de gov.uk.
Un exemple simple avec des chiffres inventés. Vous avez acheté un jeton 10 000 £ et vous le vendez 14 000 £ pendant l’exercice 2026-27. Le gain est de 4 000 £. Après l’abattement de 3 000 £, 1 000 £ sont imposables. Si ce millier de livres se situe dans votre tranche de base, vous devez 180 £ ; si vous êtes dans une tranche supérieure, vous devez 240 £.
Ce sont les taux en vigueur au 25 octobre 2026. Le Budget est annoncé pour le mercredi 28 octobre 2026 : le chancelier de l’Échiquier, John Healey, a confirmé la date le 31 juillet 2026 dans un message vidéo publié par le Trésor britannique, en parlant de son premier Budget comme chancelier. Taux et abattements peuvent changer à l’occasion d’un Budget : relisez les pages de gov.uk après cette date avant de vous fier aux chiffres ci-dessus.
Un seuil piège ceux qui n’ont réalisé aucun gain. Si vous êtes inscrit au Self Assessment, HMRC vous demande de déclarer vos cessions lorsque le total de vos ventes dans l’exercice dépasse 50 000 £, même si vos gains imposables restent sous l’abattement. Cette règle vaut à partir de 2023-24. Quelqu’un qui a fait passer 60 000 £ de jetons d’un actif à l’autre pour un petit bénéfice a donc quand même quelque chose à déclarer.
Calculer le gain : pools, règle des 30 jours et frais déductibles
Le gain, c’est ce que vous avez reçu pour les jetons (en livres) moins ce qu’ils vous ont coûté, moins les frais déductibles. La difficulté propre aux cryptos est qu’on achète le même jeton plusieurs fois à des prix différents. Le Royaume-Uni répond par le share pooling, la méthode des actions. Nous l’avons déroulée pas à pas, chiffres à l’appui, dans notre guide sur le calcul des plus-values crypto ; on ne donne ici que le cadre britannique.
Chaque type de jeton va dans son propre pool, appelé « section 104 pool », avec un coût moyen unique. Deux règles d’appariement passent d’abord, comme le décrit la page CRYPTO22200 sur les pools. Selon la règle du même jour, les jetons d’un même type achetés et vendus le même jour sont appariés entre eux. Selon la règle des 30 jours, si vous vendez puis rachetez le même jeton dans les 30 jours, la vente est appariée avec l’achat ultérieur plutôt qu’avec le pool. Concrètement, vendre un jeton et le racheter aussitôt ne remet pas son coût à zéro et ne crée pas de perte sur le papier. Les NFT sont à part : chacun est unique, donc ils ne sont pas mis en pool.
Tous les montants doivent être en livres sterling. Pour un échange de jeton contre jeton, aucun prix en livres n’apparaît sur la transaction : il faut choisir un taux de change approprié. La page de HMRC sur la valorisation (CRYPTO23000) n’impose pas de source : elle demande de faire preuve de diligence raisonnable, d’employer la même méthode partout et de garder une trace de la façon dont vous avez procédé.
Les frais déductibles réduisent le gain. HMRC accepte les frais de transaction, le coût d’une annonce pour trouver un acheteur ou un vendeur, la rédaction d’un contrat et une évaluation nécessaire pour calculer le gain. Elle refuse le coût du matériel de minage ou de l’électricité, ainsi que tout coût déjà déduit pour l’impôt sur le revenu. Les frais de dépôt ou de retrait de livres ne sont pas déductibles non plus, car la livre n’est pas un actif au sens du CGT.
HMRC attend aussi des justificatifs pour chaque pool : le type de jeton, la date de chaque cession, le nombre de jetons cédés et restants, la valeur en livres, les relevés bancaires et le coût du pool avant et après chaque cession. Le relevé annuel d’une plateforme n’est pas un calcul d’impôt. Il ignore les jetons que vous détenez ailleurs et la règle des 30 jours.
Quand les cryptos sont un revenu : salaire, minage, staking et airdrops
Certains jetons sont imposés dès leur réception, comme un revenu, avant tout CGT lors d’une vente ultérieure. Les deux impôts ne se cumulent pas : une somme déjà soumise à l’impôt sur le revenu n’est pas taxée une seconde fois comme plus-value, en vertu de l’article 37 du Taxation of Chargeable Gains Act 1992.
Payé en cryptos par un employeur
Les jetons reçus en rémunération sont un salaire. Le manuel de HMRC (CRYPTO21100) indique qu’ils relèvent de l’impôt sur le revenu et de la National Insurance, et que les jetons d’échange comptent en général comme des actifs facilement convertibles : l’employeur reverse donc l’impôt à HMRC par le prélèvement à la source (PAYE). Quand vous vendez ensuite les jetons, la hausse de valeur depuis leur réception peut être une plus-value.
Récompenses de minage et de staking
Pour le minage, HMRC commence par se demander s’il s’agit d’une activité commerciale, en regardant son organisation, son risque et son caractère commercial. Une exploitation importante et organisée est une activité de négoce, et ses jetons sont des recettes commerciales. Un mineur amateur déclare à la place la valeur en livres des jetons le jour de réception comme revenu divers (miscellaneous income), moins les frais appropriés. Le staking suit la même logique dans CRYPTO21200 : en général un revenu divers à leur valeur en livres à la réception, et une plus-value possible lors d’une cession ultérieure.
Les pertes sur revenu divers ne peuvent pas s’imputer sur votre salaire : elles se reportent seulement sur de futurs revenus divers. Un abattement de 1 000 £ existe pour les petits revenus d’activité commerciale, et le chapitre DeFi de HMRC (CRYPTO61213) dit que dans certains cas l’abattement sur les revenus commerciaux et divers « peut s’appliquer » (notre traduction). Savoir s’il couvre vos récompenses dépend de votre situation ; les conditions figurent sur la page de HMRC sur les abattements.
Airdrops
Un airdrop qui arrive dans votre portefeuille sans que vous donniez rien en échange, et qui ne s’inscrit pas dans une activité commerciale, peut échapper à l’impôt sur le revenu : la page CRYPTO21250 sur les airdrops dit que l’impôt sur le revenu ne s’appliquera « pas toujours » (notre traduction) aux jetons parachutés à titre personnel. Si vous avez reçu les jetons en contrepartie d’un service, ou dans l’attente d’un service (promouvoir un projet, accomplir des tâches), ils constituent un revenu. Dans les deux cas, les jetons parachutés vont dans leur propre pool, ou dans le pool existant si vous détenez déjà ce jeton, et leur vente peut entraîner du CGT.
Les tranches d’impôt sur le revenu applicables aux revenus crypto en 2026-27
Le revenu crypto s’ajoute à vos autres revenus et il est imposé aux taux habituels. Pour l’Angleterre, le pays de Galles et l’Irlande du Nord en 2026-27, les tranches figurent sur gov.uk. Les contribuables écossais ont des tranches différentes, indiquées sur la même page.
| Tranche (2026-27) | Revenu imposable | Taux |
|---|---|---|
| Abattement personnel | Jusqu’à 12 570 £ | 0 % |
| Taux de base | 12 571 £ à 50 270 £ | 20 % |
| Taux supérieur | 50 271 £ à 125 140 £ | 40 % |
| Taux additionnel | Plus de 125 140 £ | 45 % |
L’abattement personnel diminue de 1 £ pour 2 £ de revenu au-delà de 100 000 £. Un contribuable de la tranche supérieure qui touche pour 2 000 £ de récompenses de staking peut donc payer 40 % d’impôt sur le revenu dessus, puis 24 % de CGT sur une plus-value ultérieure au-delà de l’abattement.
DeFi, prêt et pools de liquidité : les règles actuelles et le projet d’avril 2027
La DeFi est le domaine où les règles britanniques sont aujourd’hui les plus inconfortables pour les utilisateurs. Selon les consignes actuelles de HMRC (CRYPTO61620), prêter des jetons à une plateforme ou les déposer dans un pool de liquidité peut être en soi une cession si vous transférez la propriété effective à quelqu’un d’autre. Un signe fort de ce transfert est que l’emprunteur ou le protocole peut disposer librement de vos jetons. Déposer un jeton et en recevoir un autre en échange, comme un jeton de reçu, est traité comme un échange à la valeur de marché. Les intérêts ou récompenses sont imposés à part, en général comme revenu divers, tandis que la restitution de vos jetons d’origine relève du capital.
Il peut en résulter une facture de CGT au moment du dépôt, avant tout bénéfice réel. Le gouvernement a proposé un changement. Un document d’orientation publié le 13 juillet 2026 décrit un traitement « ni gain ni perte » pour certains prêts et dépôts en pool de liquidité, de sorte que l’impôt serait différé jusqu’à une véritable cession économique. Il s’appliquerait aux particuliers et aux trusts à partir du 6 avril 2027 et, selon l’estimation de HMRC, concernerait environ 700 000 personnes.
Le document couvre trois situations. Prêter un seul type de jeton et récupérer le même type ne donnerait ni gain ni perte. Un emprunteur serait réputé acquérir les jetons empruntés à leur valeur de marché lors de l’emprunt, puis les céder à cette même valeur en rendant des jetons du même type, la garantie étant ignorée. Dans un pool d’une place de marché automatisée, mettre des jetons puis retirer les mêmes types ne donnerait ni gain ni perte si vous récupérez la même quantité ; si vous récupérez plus ou moins de jetons, un gain ou une perte apparaît sur la différence.
Ce traitement est un projet, pas une loi. Il fait suite à un appel à contributions en 2022, à une consultation en 2023 et à une synthèse des réponses publiée au Budget 2025, et le Parlement doit encore l’adopter. D’ici là, les règles actuelles s’appliquent, et le document ne dit rien du staking.
Un second projet publié le même jour concerne les stablecoins. Selon le projet de texte sur le traitement fiscal des stablecoins, les gains réalisés par les particuliers et les trusts sur la cession de stablecoins « éligibles » (jetons largement disponibles, adossés pour garder une valeur stable face à la livre ou à une autre monnaie, et conçus pour les paiements) ne seraient plus des plus-values imposables à partir du 6 avril 2027, et certains rendements de prêt sur ces jetons seraient imposés comme des intérêts. Le projet traite aussi quiconque détient ces jetons juste avant cette date comme s’il les vendait et les rachetait à la valeur de marché, le gain ou la perte étant constaté au 6 avril 2027. Comme la mesure DeFi, c’est un projet : tant qu’il n’est pas devenu loi, échanger un jeton contre un stablecoin est une cession comme une autre.
Pertes, conjoints et moyens légaux de réduire la facture
Quand des jetons sont vendus moins cher qu’ils n’ont coûté, la perte est utile, mais seulement une fois que HMRC la connaît. Vous devez déclarer une moins-value dans les quatre ans qui suivent la fin de l’exercice où elle est survenue, selon la page de gov.uk sur les pertes. Une perte déclarée s’impute d’abord sur les gains de la même année, et le reliquat se reporte sur les années suivantes. Vous la déclarez dans votre déclaration Self Assessment ; si vous n’avez jamais réalisé de gain et n’êtes pas inscrit au Self Assessment, vous pouvez écrire à HMRC. Une perte sur un don ou une vente à un membre de la famille ou à une autre personne liée ne peut s’imputer que sur des gains réalisés lors de cessions à cette même personne.
Des jetons devenus presque sans valeur alors que vous les détenez encore, après l’effondrement d’un projet par exemple, peuvent faire l’objet d’une demande de valeur négligeable (negligible value claim). Elle vous traite comme si vous aviez vendu puis racheté les jetons à la valeur que vous indiquez, qui peut être nulle, ce qui matérialise la perte. À cause du pooling, la demande couvre l’ensemble du pool de ce jeton. Elle n’est pas ouverte pour des jetons qui ne valaient déjà rien à l’achat.
Les époux et partenaires civils qui vivent ensemble peuvent se transférer des jetons « sans gain ni perte » : le bénéficiaire reprend le coût d’origine et aucun impôt n’est dû sur le transfert (Capital Gains Manual de HMRC, CG22000). Chacun a son propre abattement de 3 000 £ et sa propre tranche d’impôt sur le revenu. Les dons à une association caritative ne donnent en général pas lieu à du CGT non plus.
Les autres choix légaux relèvent du calendrier : l’exercice s’achève le 5 avril, si bien qu’une cession le 5 avril et une autre le 6 avril tombent dans des années différentes, avec des abattements différents. La règle des 30 jours limite ce que l’on peut faire en vendant puis en rachetant. Ce sont les règles, pas une stratégie : leur intérêt dépend de l’ensemble de votre situation fiscale.
Comment déclarer ses cryptos dans le Self Assessment
Vous devez déclarer si vos gains imposables dépassent l’abattement, si vos ventes totalisent plus de 50 000 £ alors que vous êtes dans le Self Assessment, si vous avez reçu un revenu crypto (staking, minage, airdrops contre un service), ou si vous avez reçu d’un employeur des jetons non imposés par le PAYE.
Depuis la déclaration 2024-25, le Self Assessment comporte une section dédiée aux cryptoactifs, ajoutée aux consignes de HMRC le 29 mai 2025, où les gains se saisissent en livres sterling. Le revenu crypto va dans les parties existantes consacrées à l’impôt sur le revenu. HMRC propose aussi un service en temps réel pour déclarer et payer un gain peu après la cession, sans attendre la déclaration annuelle.
Pour l’exercice 2025-26 (du 6 avril 2025 au 5 avril 2026), les échéances sont les suivantes :
- Les nouveaux contribuables devaient s’inscrire au Self Assessment avant le 5 octobre 2026.
- Une déclaration papier est due avant le 31 octobre 2026.
- Une déclaration en ligne, et le paiement de l’impôt dû, sont attendus avant le 31 janvier 2027.
Rater une échéance entraîne des pénalités et des intérêts.
Comment HMRC connaît vos cryptos : CARF et lettres d’incitation
L’idée que les cryptos seraient invisibles pour le fisc est dépassée. Depuis le 1er janvier 2026, chaque prestataire britannique de services sur cryptoactifs doit recueillir des informations d’identification sur ses utilisateurs dans le cadre du Cryptoasset Reporting Framework (CARF), élaboré par l’OCDE. Vous donnez à chaque prestataire, y compris à ceux établis hors du Royaume-Uni, vos nom et prénom, date de naissance, adresse, pays de résidence fiscale et un identifiant fiscal, qui est pour un résident britannique le numéro de National Insurance ou l’Unique Taxpayer Reference, comme l’explique le guide de HMRC pour les utilisateurs. Un utilisateur qui ne fournit aucune information, ou des informations fausses, à un prestataire britannique s’expose à une pénalité pouvant atteindre 300 £.
Les prestataires déclarent ensuite. La première période couvre l’année civile 2026, et ils doivent transmettre ces données à HMRC entre le 1er janvier et le 31 mai 2027, puis avant le 31 mai de chaque année, d’après le guide de HMRC pour les prestataires, mis à jour le 3 juin 2026. Les prestataires qui ne déclarent pas, déclarent tard ou déclarent à tort risquent des pénalités pouvant atteindre 300 £ par utilisateur. Le cadre est conçu pour que les administrations fiscales s’échangent ces données, et les prestataires britanniques déclarent les utilisateurs résidant dans tout autre pays qui applique le dispositif : les comptes détenus de part et d’autre d’une frontière sont donc couverts. C’est pourquoi les plateformes demandent tant de choses à l’inscription ; notre guide sur le fonctionnement des plateformes centralisées explique leurs contrôles KYC.

HMRC utilise déjà ce qu’elle a. L’ICAEW, l’organisme des experts-comptables britanniques, a rapporté le 23 juillet 2026 (en anglais) que l’équipe de HMRC chargée du contrôle des grandes fortunes et des entreprises de taille moyenne contacterait, de juillet 2026 à mars 2027, les personnes qu’elle soupçonne d’avoir sous-payé l’impôt sur leurs cryptos, par lettre, courriel ou SMS. Une lettre de ce genre n’est pas un contrôle, et aucune démarche n’est nécessaire si vous n’avez rien à déclarer. Si c’est le cas, la voie habituelle est de corriger la déclaration : on dispose en général de 12 mois après l’échéance de dépôt, donc jusqu’au 31 janvier 2027 pour la déclaration 2024-25. Passé ce délai, le service de régularisation ci-dessous s’applique.
Le coût de l’attente est écrit par HMRC : si elle découvre un impôt non déclaré, la pénalité peut atteindre 100 % de l’impôt dû, plus les intérêts, et davantage pour les avoirs à l’étranger.
Si vous avez des gains ou des revenus d’années passées jamais déclarés, le Cryptoasset Disclosure Service de HMRC permet de la prévenir, de déclarer en ligne puis de payer dans les 30 jours suivant la déclaration. La période à remonter dépend de la cause de l’oubli : 4 ans si vous avez pris les précautions raisonnables, jusqu’à 6 ans en cas de négligence, jusqu’à 20 ans si l’omission était délibérée. Les intérêts courent chaque jour sur l’impôt impayé.
Résidents de France, Britanniques en France : la convention fiscale et vos obligations
Cette section s’adresse aux lecteurs français. La règle de départ est la même des deux côtés de la Manche : c’est la résidence fiscale qui décide quel pays impose quoi. Les règles britanniques décrites plus haut visent d’abord les résidents du Royaume-Uni. Si vous résidez fiscalement en France, c’est le droit français qui s’applique à vos plus-values crypto, y compris quand la plateforme est britannique et que vos jetons sont évalués en livres.
Un résident de France qui a un compte chez une plateforme britannique
Un compte ouvert chez un prestataire établi au Royaume-Uni est, pour l’administration française, un compte détenu à l’étranger. Il doit figurer chaque année sur le formulaire 3916-bis, même une année sans la moindre vente, comme l’explique notre leçon sur l’impôt crypto en France, où se trouvent aussi le formulaire 2086, le taux de la flat tax et le seuil de 305 € de cessions annuelles. Nous ne répétons pas ces règles ici.
Trois différences pratiques valent d’être gardées en tête. Le calendrier d’abord : l’exercice britannique va du 6 avril au 5 avril, alors que la déclaration française porte sur l’année civile. La méthode de calcul ensuite : le Royaume-Uni raisonne jeton par jeton avec des pools et la règle des 30 jours, la France calcule la plus-value sur l’ensemble du portefeuille. Un même historique de transactions ne donne donc pas le même gain des deux côtés. Enfin le traitement des échanges : un échange de jeton contre jeton est une cession immédiate au Royaume-Uni, alors que la France le laisse en sursis d’imposition tant qu’il n’y a pas de passage en euros ou de paiement. Les chiffres du formulaire 2086 se déclarent en euros, ce qui suppose de convertir les montants en livres au taux de la date de chaque opération.
Un résident de France qui n’a ni revenu de source britannique ni établissement au Royaume-Uni n’a normalement pas de déclaration de CGT à déposer à HMRC : le Royaume-Uni n’impose pas les plus-values crypto des personnes qui n’y résident pas, et la France impose celles du résident. Si vos gains passent par d’autres revenus (salaire versé en jetons par une société britannique, activité exercée au Royaume-Uni), la question se pose autrement et mérite l’avis d’un professionnel.
La convention fiscale franco-britannique
Deux pays peuvent revendiquer le droit d’imposer la même personne, par exemple quand un Français a vécu au Royaume-Uni et garde un pied dans chaque pays. La convention entre la France et le Royaume-Uni, signée en 2008 et en vigueur depuis le 18 décembre 2009 d’après la page de gov.uk sur les conventions avec la France (en anglais), s’applique aux plus-values au Royaume-Uni depuis le 6 avril 2010. Ses règles de départage reposent sur la résidence. Nous ne détaillons pas ici ses articles, et nous n’affirmons pas quel pays a le droit d’imposer une plus-value sur cryptoactifs dans chaque cas : le texte de la convention, la loi interne de chaque pays et votre résidence décident, et la France accorde en général un mécanisme pour éviter la double imposition, dont les modalités se vérifient auprès de l’administration ou d’un conseil.
Les Britanniques installés en France, ou les Français qui rentrent
Le Royaume-Uni détermine la résidence par un test légal (statutory residence test). En résumé, passer 183 jours ou plus au Royaume-Uni dans un exercice fait de vous un résident ; il existe des tests « à l’étranger » automatiques (moins de 16 jours au Royaume-Uni si vous étiez résident l’un des trois exercices précédents, moins de 46 jours sinon), puis des tests « britanniques » automatiques (comme avoir son seul logement au Royaume-Uni), et enfin les liens que vous gardez avec le pays. La France, de son côté, retient notamment le foyer, le lieu de séjour principal, l’activité professionnelle et le centre des intérêts économiques. Un Britannique en France peut donc se trouver, une année donnée, résident des deux pays au regard du droit interne, et c’est la convention qui tranche ensuite.
Les non-résidents britanniques ne paient pas de CGT britannique sur leurs plus-values crypto, mais leur pays de résidence les impose en général. Partir quelque temps n’efface pas tout : selon la règle de non-résidence temporaire du guide de HMRC sur le test de résidence, des gains réalisés à l’étranger peuvent être imposés l’année de votre retour si vous êtes resté absent cinq ans ou moins et si vous aviez été résident au moins quatre des sept exercices précédant le départ. Un Britannique qui rentre en France après un séjour de moins de cinq ans, ou un Français qui revient s’installer, doit donc regarder de près les années de départ et de retour.
Les Américains installés au Royaume-Uni ou en France portent deux systèmes de plus : les États-Unis imposent leurs citoyens sur leurs revenus mondiaux, comme le détaille notre leçon sur les impôts crypto aux États-Unis.
Ce que les échanges de données changent pour vous
Les données collectées par les plateformes britanniques sous le CARF peuvent concerner un résident de France : le dispositif sert justement à ce que l’administration du pays de résidence reçoive des informations sur des comptes ouverts ailleurs. Côté européen, la directive DAC8 impose aux prestataires des obligations comparables depuis le 1er janvier 2026, et la DGFiP, qui administre l’impôt en France, doit recevoir ces informations. Un compte ouvert à Londres ne reste donc pas hors de vue de l’administration d’un résident de Paris ou de Lyon.
Côté régulation, l’AMF veille au marché français : un prestataire britannique n’est pas autorisé en France du seul fait de l’être au Royaume-Uni, depuis que le règlement MiCA organise l’accès au marché européen. Avant de confier des fonds à une plateforme basée au Royaume-Uni, vérifiez son statut dans les registres de l’AMF et de l’ESMA, et lisez notre guide sur le règlement MiCA. Pour comparer avec un autre grand pays européen, voir aussi la leçon sur les impôts crypto en Italie. Dans tous les cas, avant de présumer que l’un ou l’autre des deux pays aura le dernier mot, lisez la convention applicable à votre situation.
Les dates à surveiller : le Budget, le 31 janvier et le 31 mai 2027
Le 28 octobre 2026, le Budget peut modifier les taux ou les abattements ; les pages de gov.uk citées plus haut seront mises à jour ensuite. Le 31 janvier 2027, la déclaration en ligne et l’impôt de 2025-26 sont dus, de même que toute correction d’une déclaration 2024-25. Avant le 31 mai 2027, HMRC détiendra la première année complète de données CARF des prestataires britanniques. Et le 6 avril 2027 est la date proposée pour l’entrée en vigueur du régime « ni gain ni perte » de la DeFi et de l’exonération des stablecoins, si le Parlement les adopte.
La prochaine leçon de ce parcours passe aux règles d’un autre pays européen. Quel que soit le contenu du Budget, les justificatifs que HMRC demande ne changent pas : la valeur en livres de chaque échange, vente et récompense le jour où elle a eu lieu, et le coût groupé de chaque jeton. Si vous êtes résident de France, gardez en plus la valeur en euros de chaque opération à sa date : c’est elle que l’administration française lira.



