Vous avez acheté du bitcoin avec des euros au printemps. À l’automne, vous en avez échangé la moitié contre un stablecoin, sans jamais renvoyer un centime vers votre banque. Y a-t-il quelque chose à payer ? En France, pas à ce moment-là : cet échange ne déclenche pas l’impôt, qui est seulement reporté. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, la même opération est une cession imposable. En Italie, la réponse dépend de ce contre quoi vous avez échangé. Même opération, quatre réponses différentes.
Voilà l’impôt crypto en un exemple. Le principe est partout le même : ce n’est pas la détention d’une cryptomonnaie qui crée une facture fiscale, c’est un événement, comme une vente, un paiement ou une récompense reçue. D’un pays à l’autre, ce qui change, ce sont les événements retenus, la façon de mesurer le gain et le taux. Cette leçon pose le principe, puis détaille la fiscalité crypto en France (article 150 VH bis du code général des impôts, formulaires 2086 et 3916-bis, seuil de 305 €, taux) et la compare, plus brièvement, aux règles américaines, britanniques et italiennes. Elle prolonge notre leçon sur l’achat de crypto pour la première fois, car l’histoire fiscale commence à l’achat.
Un point de calendrier distingue 2026 des années précédentes. Depuis le 1er janvier 2026, les plateformes de l’Union européenne et du Royaume-Uni collectent les données de leurs clients, et les courtiers américains envoient depuis les ventes de 2025 un nouveau formulaire, le 1099-DA. Les administrations fiscales verront bien plus qu’avant. Elles ne voient pas encore tout : l’essentiel de ces déclarations ne leur parvient qu’en 2027.
Rien de ce qui suit ne constitue un conseil fiscal. Les règles évoluent, et votre situation (résidence, autres revenus, caractère habituel ou non de vos opérations) peut changer la réponse. Vérifiez auprès de l’administration fiscale ou d’un professionnel qualifié avant de déclarer. Les faits sont ceux d’octobre 2026.
L’impôt crypto suit les événements, pas le portefeuille
Une pièce qui dort cinq ans dans un portefeuille ne crée ni gain ni perte aux yeux du fisc, quoi qu’pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">il arrive à son cours. Dès que vous vous en séparez ou que vous recevez quelque chose de nouveau, le système fiscal se réveille. Cinq questions couvrent presque tous les cas :
- Ai-je cédé un actif numérique ? Vendre, échanger, dépenser et, dans certains pays, donner comptent.
- En ai-je reçu un à titre de revenu ? Les récompenses de staking, le minage, certains airdrops et une rémunération versée en crypto relèvent en général de cette catégorie.
- Combien m’a-t-il coûté ? C’est le prix d’acquisition : le prix payé, plus les frais admis.
- Combien valait-il en euros le jour de l’événement ?
- Que dois-je conserver pour pouvoir le prouver plus tard ?
Le relevé annuel d’une plateforme répond à la première question pour cette plateforme seulement, et laisse souvent la troisième en blanc.
Ce qui est imposable en France
Un événement imposable est le moment où une plus-value ou une moins-value est réalisée, ou celui où vous touchez un revenu. Quatre familles d’opérations concernent la plupart des lecteurs.
Vendre ses cryptos contre des euros
C’est l’événement que tous les pays taxent. Vous remettez vos jetons, vous recevez de la monnaie ayant cours légal, et l’écart entre ce que vous touchez et ce que les jetons vous ont coûté est une plus-value ou une moins-value. En France, ces cessions d’actifs numériques par les particuliers relèvent de l’article 150 VH bis du code général des impôts. L’Italie les range dans les « redditi diversi » (revenus divers). Aux États-Unis, l’IRS considère les actifs numériques comme un bien et non comme une monnaie, comme il l’indique sur sa page consacrée aux actifs numériques (en anglais) : leur vente est donc traitée comme celle de n’importe quel autre bien. Le Royaume-Uni y applique l’impôt sur les plus-values, le Capital Gains Tax.
Échanger une crypto contre une autre : la règle qui varie le plus
Passer de bitcoin à ether, ou d’ether à USDC, donne l’impression de déplacer de l’argent à l’intérieur d’un même compte. En France, c’est aussi le point de vue du fisc, avec un effet précis : un échange entre actifs numériques, sans soulte (c’est-à-dire sans somme en monnaie ayant cours légal versée en plus), bénéficie d’un sursis d’imposition. Aucun impôt n’est dû au moment de l’échange, et la plus-value est taxée plus tard, quand vous convertissez en euros ou que vous payez un bien ou un service. Le sursis reporte l’impôt, il ne l’annule pas. L’instruction du formulaire 2086 écarte d’ailleurs ces échanges du calcul du seuil de cession et du prix d’acquisition, tant qu’ils ont bénéficié du sursis.
Cette règle pourrait changer. Un amendement adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 16 octobre 2026, dans le projet de loi de finances pour 2027, mettrait fin au sursis pour les échanges contre des jetons de monnaie électronique en euros ou en dollars régulés par le règlement MiCA, au plus tôt à partir de 2027. Ce n’est pas la loi : notre article sur l’amendement français sur l’échange de stablecoins suit son parcours.
Les États-Unis et le Royaume-Uni font l’inverse. Pour l’IRS, un échange est une cession : vous avez abandonné un bien et reçu un autre, donc vous calculez un gain ou une perte en dollars au moment de l’échange. Le guide de l’administration britannique (HMRC) sur la vente de cryptoactifs (en anglais) range l’échange d’un jeton contre un autre à côté de la vente et de la dépense. L’Italie occupe une position intermédiaire, détaillée plus bas. Les stablecoins et les jetons de monnaie électronique sont expliqués dans notre leçon sur les stablecoins.
Payer un bien ou un service avec des cryptos
Dépenser des cryptos est une cession dans les quatre pays. Si vous réglez un ordinateur avec des bitcoins qui valent aujourd’hui plus que ce qu’ils vous ont coûté, vous avez réalisé un gain latent, même si aucun euro n’a touché votre compte. En France, c’est l’un des deux événements qui mettent fin au sursis des échanges, avec la conversion en euros. Les petits paiements du quotidien ne sont pas exonérés aux États-Unis : en octobre 2026, des projets de loi du Congrès créeraient une exonération pour les petites transactions, mais aucun n’a été adopté, comme l’explique notre article sur la dernière offensive américaine sur la fiscalité crypto.
Ce qui n’est en principe pas imposable
Acheter des cryptos avec vos propres euros ne crée aucun impôt : vous avez seulement échangé de l’argent contre un bien, et le prix payé entre dans votre prix d’acquisition. Détenir ne crée aucun impôt non plus, quelles que soient les variations de cours. Déplacer des jetons entre deux portefeuilles qui vous appartiennent n’est pas une cession, puisque vous les possédez toujours ; l’IRS note une exception, quand vous payez les frais de réseau en crypto, ce qui constitue une minuscule cession des jetons utilisés. Si vous hésitez sur ce que fait réellement un transfert entre portefeuilles sur la blockchain, notre leçon sur le fonctionnement des transactions crypto le détaille.
Les dons forment un cas à part. Le Royaume-Uni traite le don de jetons comme une cession, sauf au conjoint, au partenaire civil ou à une association caritative. Aux États-Unis, un vrai don n’est pas un revenu pour celui qui le reçoit, mais le prix d’acquisition le suit en général. La France et l’Italie ont leurs propres règles sur les dons et les successions, qu’une leçon ultérieure traitera.
Plus-value crypto : comment la calculer, pas à pas
Une fois l’événement identifié, le calcul suit le même schéma partout, avec des variantes sur ce qui compte comme coût. En France, la variante est la plus surprenante des quatre pays.
Une formule qui regarde tout votre portefeuille
Les frais de transaction réduisent en général le gain : l’instruction française permet de les déduire du prix de cession. Ce qui surprend, c’est le prix d’acquisition. Il ne s’agit pas du prix des pièces que vous avez vendues, mais d’une fraction du prix total payé pour l’ensemble de votre portefeuille. L’instruction officielle donne la formule : plus ou moins-value brute = prix de cession – [prix total d’acquisition × prix de cession / valeur globale du portefeuille]. La valeur globale du portefeuille est celle de tous vos actifs numériques au moment de la vente, où qu’ils se trouvent : plateformes, y compris étrangères, serveurs personnels, support hors ligne. Le prix total d’acquisition additionne les sommes payées en monnaie ayant cours légal pour toutes vos acquisitions, hors échanges ayant bénéficié du sursis.
L’exemple officiel, chiffre par chiffre
L’exemple de l’instruction du formulaire 2086 prend un prix total d’acquisition de 1 000 €, un portefeuille valant 1 200 € et une cession de 450 €. La plus-value est 450 – (1 000 × 450 / 1 200), soit 75 €. Les 375 € de coût utilisés par cette vente sont ensuite retirés du prix d’acquisition pour la suivante : dans la suite de l’exemple, une cession de 1 300 € d’un portefeuille valant 1 300 € donne 1 300 – (625 × 1 300 / 1 300), soit une plus-value de 675 €. Ces chiffres viennent de l’administration, pas du marché ; ils servent à comprendre la mécanique, pas à estimer votre impôt.
Pour mesurer ce que change le sursis, prenez un exemple inventé, en chiffres ronds. En mars, vous achetez une unité d’une crypto pour 1 000 € et payez 10 € de frais : coût 1 010 €. En octobre, vous l’échangez contre un stablecoin valant alors 1 500 €, avec 10 € de frais : produit net 1 490 €. Un contribuable américain ou britannique déclarerait un gain de 480 € (ou sa contre-valeur dans sa devise) pour l’année de l’échange. Un résident français ne déclare rien à l’échange ; le gain sera mesuré plus tard, avec la formule du portefeuille, au moment d’une conversion en euros ou d’un paiement. Un résident italien devrait vérifier si cet échange précis est imposable.

Le seuil de 305 euros
L’instruction du formulaire 2086 prévoit que, si le total des prix de cession de l’année du foyer n’excède pas 305 €, les plus-values résultant de ces cessions sont exonérées. Les échanges sans soulte entre actifs numériques ne comptent pas dans ce total. Deux précisions utiles : le formulaire reste à remplir, avec les prix de cession, et au-dessus de 305 € l’impôt s’applique dès le premier euro de plus-value, sans abattement. Ce seuil porte sur les prix de vente de l’année, pas sur le gain.
Le taux : 12,8 % plus les prélèvements sociaux
Le taux forfaitaire est de 12,8 %, auquel s’ajoutent les prélèvements sociaux, comme le précise l’instruction du formulaire 2086. Il existe une option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu (case 3CN), globale et irrévocable pour tous les revenus concernés, selon l’instruction. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a fait passer les prélèvements sociaux sur les revenus du capital de 17,2 % à 18,6 %, ce qui porte le total à 31,4 % au lieu de 30 %, comme le rappelait le rapporteur du budget à l’Assemblée nationale le 16 octobre 2026. Les sources divergent sur l’année à partir de laquelle ce taux s’applique : certaines parlent des cessions réalisées en 2025, déclarées au printemps 2026, d’autres seulement de celles de 2026. Vérifiez sur impots.gouv.fr le taux applicable à l’année de votre vente avant de calculer un montant.
Les moins-values
Les pertes ont un intérêt : elles réduisent l’impôt sur vos gains. En France, les moins-values sur actifs numériques s’imputent sur les plus-values de la même année, pour l’ensemble du foyer, et ne sont pas reportables sur les années suivantes. À l’étranger, les règles diffèrent beaucoup, comme le montre le comparatif plus bas.
Comment déclarer ses cryptos : formulaires 2086 et 3916-bis
Deux formulaires distincts, deux obligations distinctes. Le premier concerne les gains, le second concerne les comptes.
- Le formulaire 2086 récapitule vos cessions de l’année : prix de cession, valeur globale du portefeuille, prix d’acquisition, plus-value ou moins-value. Il s’annexe à la déclaration de revenus 2042 C, et son total se reporte en case 3AN (plus-value) ou 3BN (moins-value). Les plus-values de l’année précédente se déclarent au printemps.
- Le formulaire 3916-bis recense les comptes d’actifs numériques ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger pendant l’année. Il se joint à la déclaration même si le compte n’a servi à aucune opération.
L’administration prévoit une amende par compte non déclaré ; reportez-vous à sa page sur les comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger pour les montants en vigueur. Le formulaire concerne les comptes ouverts auprès de prestataires établis à l’étranger. Un portefeuille que vous gérez vous-même n’est pas un compte auprès d’un prestataire, et pour savoir si une plateforme précise est établie en France ou ailleurs, il faut regarder ses conditions d’utilisation. Notre leçon sur les portefeuilles crypto, avec ou sans garde par un tiers, explique où se trouve chaque type d’historique.
Doit-on déclarer ses cryptos si on n’a pas vendu ?
Souvent moins qu’on ne le craint, rarement rien du tout. Posséder des cryptos ne crée aucun impôt sur les gains. Les obligations qui restent portent sur la déclaration, et elles dépendent de votre cas.
En France, une année sans vente contre euros ni paiement ne donne lieu à aucun formulaire 2086. En revanche, le formulaire 3916-bis reste obligatoire pour chaque compte ouvert auprès d’un prestataire établi à l’étranger, utilisé ou non. Un échange crypto contre crypto avec sursis n’appelle pas non plus de déclaration de plus-value, mais conservez-en la trace : vous en aurez besoin au moment de la conversion en euros. Les récompenses reçues pendant l’année (staking, minage, certains airdrops) sont en revanche des revenus à déclarer, même sans vente.
Pour comparer : un résident américain répond tout de même à la question sur les actifs numériques du formulaire 1040. S’il s’est borné à acheter avec des dollars, à conserver ou à déplacer des jetons entre ses propres portefeuilles sans payer de frais en crypto, la réponse est non ; s’il a reçu du staking, miné ou échangé quoi que ce soit, c’est oui. Au Royaume-Uni, la simple détention ne crée rien à déclarer, mais un échange compte comme une cession même sans vente contre des livres, ce qui est le piège le plus fréquent. En Italie, quiconque détient des cryptoactifs via des portefeuilles ou des comptes remplit le cadre RW, et un impôt de 2 pour mille (0,2 %) sur la valeur à la fin de l’année est dû même sans vente, lorsqu’aucun intermédiaire italien n’a déjà prélevé le droit de timbre sur ces actifs.
Staking, airdrops, minage : les revenus en bref
Certaines cryptos arrivent sans aucune vente. Les administrations les traitent en général comme un revenu à la réception, valorisé à son cours du jour, puis comme un nouvel actif ayant cette valeur pour coût.
- En France, le staking et les récompenses du même type sont traités comme des revenus et non comme des plus-values de cession ; ils ne vont pas sur le formulaire 2086, et la catégorie exacte de revenus dépend du cas. Les sources officielles consultées pour cette leçon n’en disent pas davantage, et une leçon ultérieure y reviendra.
- Aux États-Unis, les récompenses de staking et de minage sont un revenu ordinaire dès que vous en prenez le contrôle (Revenue Ruling 2023-14 pour le staking), tout comme les nouveaux jetons reçus après un hard fork. Elles figurent sur l’annexe 1 du formulaire 1040, pas sur le formulaire 8949.
- Le HMRC britannique traite les jetons issus du minage, du staking ou du prêt, y compris via la DeFi, comme un autre revenu imposable quand vous n’exercez pas une activité de trading. Leur vente ultérieure déclenche l’impôt sur les plus-values pour la hausse depuis leur réception.
- En Italie, les règles sont moins stabilisées : le classement des récompenses de staking reste débattu.
L’airdrop est le cas le plus difficile. L’IRS traite comme un revenu les jetons reçus lors d’un airdrop lié à un hard fork ; la page du HMRC sur la réception de jetons n’évoque pas les airdrops ; en France comme en Italie, tout dépend des circonstances. Une leçon ultérieure détaillera les récompenses.
Les justificatifs à conserver
Dans tous les systèmes décrits ici, la charge de la preuve pèse sur vous. Pour chaque événement, conservez :
- la date et l’heure, l’actif et la quantité ;
- la valeur en euros à ce moment, et la source de ce cours ;
- les frais payés et dans quel actif ;
- la plateforme ou l’adresse de portefeuille concernée, et l’autre partie de l’opération quand il y en a une ;
- le motif : achat, vente, échange, paiement, récompense, don ou transfert entre vos propres portefeuilles.
Le relevé annuel d’une plateforme est un point de départ, pas un calcul d’impôt. Il ignore les cryptos achetées ailleurs puis transférées, ce qui explique que les formulaires américains affichent souvent un produit sans coût. En France, le calcul de la plus-value suppose de connaître la valeur de tout le portefeuille, plateformes étrangères et supports hors ligne compris, à chaque vente : sans historique complet, la formule est impossible à reconstituer. Exportez votre historique de chaque plateforme au moins une fois par an, car des comptes se ferment et des plateformes disparaissent. Notez aussi les transferts entre vos propres portefeuilles : sans cela, un dépôt peut être lu comme un achat, un retrait comme une vente. La durée de conservation dépend du délai de reprise de chaque pays ; garder ses pièces plusieurs années après la dernière vente est une habitude sûre.
Pourquoi le fisc en saura plus : DAC8, CARF et formulaire 1099-DA
Jusqu’à récemment, les administrations apprenaient l’existence des gains crypto surtout par ceux qui les déclaraient. Trois dispositifs de déclaration changent cela à partir de 2025 et 2026.
Dans l’Union européenne : la directive DAC8
La directive (UE) 2023/2226, dite DAC8, a été adoptée le 17 octobre 2023. Les États membres devaient la transposer avant le 31 décembre 2025 et elle s’applique depuis le 1er janvier 2026, selon la Commission européenne (en anglais). Les prestataires de services sur cryptoactifs recueillent l’identité et les transactions de leurs clients pour 2026, les déclarent à leur administration nationale, et les administrations s’échangent ces données entre États membres avant le 30 septembre 2027. L’année 2026 est donc la première couverte, mais les premiers échanges ont lieu en 2027. Notre fiche sur le premier échange DAC8 suit cette échéance.
Dans le monde : le CARF de l’OCDE
DAC8 s’appuie sur le cadre de déclaration des cryptoactifs (CARF) que l’OCDE a finalisé en juillet 2023. Les pays qui s’y rallient font collecter le même type de données par leurs prestataires et se les échangent. Une liste publiée par l’administration fiscale irlandaise, Revenue (en anglais), arrêtée au 10 juin 2026, recense 48 juridictions partenaires qui procèdent à de premiers échanges d’ici 2027 sur les données de 2026, dont tous les autres États membres de l’UE, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud, le Brésil et la Norvège. L’Australie, le Canada, Hong Kong, Singapour, la Suisse et les Émirats arabes unis figurent parmi ceux listés pour 2028. Les États-Unis ne sont pas sur cette liste.
Au Royaume-Uni, les règles s’appliquent depuis le 1er janvier 2026. Les prestataires demandent désormais à leurs clients britanniques leur nom, leur date de naissance, leur adresse et leur numéro fiscal, par exemple le National Insurance number, et celui qui fournit des informations inexactes ou aucune s’expose à une pénalité pouvant atteindre 300 £, selon gov.uk. Les premiers rapports sur 2026 sont déposés auprès du HMRC avant le 31 mai 2027.
Aux États-Unis : le formulaire 1099-DA
Les États-Unis ont leur propre système. Les courtiers, dont les plateformes centralisées et certains autres acteurs, doivent déclarer le produit brut des opérations réalisées à partir du 1er janvier 2025 sur le formulaire 1099-DA, et la base de coût de certaines opérations réalisées à partir du 1er janvier 2026, selon l’IRS. Deux limites comptent. Le formulaire ne couvre pas les récompenses de staking. Et les cryptos achetées avant 2026 ou transférées depuis un autre portefeuille arrivent en général sans base de coût : il faut la reconstituer. Notre leçon sur le fonctionnement des plateformes d’échange centralisées explique pourquoi la plateforme ne voit que ce qui passe dans ses propres livres.

Rien de tout cela ne crée un nouvel impôt. En revanche, la probabilité qu’une vente ou un échange non déclaré soit repéré augmente, et vos justificatifs deviennent plus importants, pas moins.
Et dans les autres pays ? Comparatif avec les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Italie
Le tableau résume les quatre systèmes en octobre 2026. Les taux et les seuils portent leur année fiscale ; consultez la page officielle avant de vous y fier.
| France | États-Unis | Royaume-Uni | Italie | |
|---|---|---|---|---|
| Vente contre monnaie légale | Imposable | Imposable | Imposable | Imposable |
| Échange crypto contre crypto | Sursis jusqu’à la conversion en euros ou au paiement d’un bien | Imposable | Imposable | Selon les actifs échangés |
| Paiement d’un bien | Imposable | Imposable | Imposable | Imposable |
| Taux sur les gains | 12,8 % d’impôt sur le revenu plus prélèvements sociaux : 31,4 % au total selon la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (année de première application débattue) | Court terme : taux de l’impôt sur le revenu ; long terme : 0 %, 15 % ou 20 % (seuils 2025) | 18 % ou 24 % (2025-2026 et 2026-2027) | 26 % sur les gains de 2025 ; 33 % sur les gains à partir du 1er janvier 2026 (26 % pour les jetons de monnaie électronique en euros) |
| Montant exonéré | Cessions totalisant 305 € ou moins dans l’année | Aucun | 3 000 £ par an (2025-2026) | Aucun depuis 2025 |
| Principaux formulaires | 2086 ; 3916-bis pour les comptes étrangers | 8949, annexe D, annexe 1 | Self Assessment ou service d’impôt sur les plus-values en temps réel | Cadres RT et RW |
Si vous résidez aux États-Unis ou au Royaume-Uni
Aux États-Unis, les gains se divisent entre court terme (cryptos détenues un an ou moins, imposées aux taux ordinaires) et long terme (plus d’un an, imposées à 0 %, 15 % ou 20 %). Pour l’année d’imposition 2025, un contribuable célibataire payait 0 % sur ses gains à long terme jusqu’à 48 350 $ de revenu imposable et 15 % jusqu’à 533 400 $, puis 20 % au-delà, selon la fiche 409 de l’IRS (en anglais). Les pertes nettes compensent d’abord les gains, puis jusqu’à 3 000 $ par an (1 500 $ pour un conjoint déclarant séparément) peuvent réduire les autres revenus, le reste étant reporté. Le prix d’acquisition se mesure en dollars, unité par unité ou selon la règle du premier entré, premier sorti, portefeuille par portefeuille depuis 2025. L’IRS précise aussi qu’il ne demande pas d’enregistrer ses cryptos sur des portails extérieurs : les faux courriers fiscaux sont un piège connu, traité dans notre guide pour éviter les arnaques crypto.
Au Royaume-Uni, l’année fiscale court du 6 avril au 5 avril. Chaque personne dispose d’un montant annuel exonéré de 3 000 £ pour 2024-2025, 2025-2026 et 2026-2027, contre 6 000 £ en 2023-2024 et 12 300 £ en 2022-2023, d’après la page des taux de gov.uk (en anglais). Au-delà, les gains sont imposés à 18 % ou 24 % pour les cessions à partir du 30 octobre 2024 et en 2026-2027, selon le revenu imposable total. Les coûts sont regroupés par type de jeton, avec les règles du jour même et des 30 jours. Contrairement à la France, aucune formule sur la valeur du portefeuille entier n’intervient : les jetons du même type sont regroupés à leur coût moyen.
Si vous avez un lien avec l’Italie
L’Italie a taxé à 26 % les gains réalisés en 2025. Pour les gains réalisés à partir du 1er janvier 2026, le taux est de 33 %, d’après l’article 1, alinéa 24, de la loi 207 de 2024 (en italien), la loi de finances 2025. La loi de finances 2026 (loi 199 de 2025, article 1, alinéa 28, en italien) a ajouté une exception : les revenus de la détention, de la vente ou de l’usage de jetons de monnaie électronique libellés en euros, les stablecoins en euros définis par MiCA, restent à 26 %, et la simple conversion d’euros en un tel jeton, ou l’inverse, n’est pas un gain réalisé. Les stablecoins en dollars ne sont pas concernés. Pour les échanges, l’article 67 du code des impôts italien (TUIR) dit qu’un échange entre cryptoactifs de mêmes caractéristiques et fonctions n’est pas un événement imposable, sans définir ces termes ; selon les commentateurs fiscaux italiens qui résument la circulaire 30/E d’octobre 2023, l’Agenzia delle Entrate traite l’échange d’une cryptomonnaie contre un jeton de monnaie électronique comme imposable, mais pas l’échange entre deux cryptomonnaies ordinaires. Les gains vont dans le cadre RT et les avoirs dans le cadre RW, d’après les instructions 2026 de l’Agenzia delle Entrate (en italien). Notre leçon sur le règlement MiCA explique ce qu’est un jeton de monnaie électronique.
Côté pertes, les États-Unis et le Royaume-Uni permettent un report (au Royaume-Uni, à condition de déclarer la perte au HMRC dans les quatre ans suivant la fin de l’année fiscale de la cession), l’Italie autorise le report jusqu’au quatrième exercice suivant si la perte figure dans la déclaration de l’année où elle est survenue, et la France n’autorise que l’imputation sur la même année. Sur les coûts, l’Italie retient le coût documenté des cryptos vendues ; sans preuve précise, le coût est considéré comme nul et tout le produit de la vente est imposé. Des leçons détaillées pour la France, l’Italie et les États-Unis viennent plus tard dans ce parcours.
Les erreurs qui posent problème
Les règles ci-dessus conduisent à quelques erreurs prévisibles. La première est d’oublier le seuil de 305 € ou de le comprendre comme un montant de gain : c’est le total des prix de cession de l’année qui compte, et au-dessus, l’impôt porte sur toute la plus-value. La deuxième est de recopier le relevé de la plateforme comme s’il valait déclaration, alors qu’il ignore les cryptos achetées ailleurs et laisse souvent le coût en blanc.
La troisième est d’oublier les comptes étrangers. Un compte ouvert chez une plateforme établie dans un autre pays se déclare sur le formulaire 3916-bis, et depuis 2026 la plateforme elle-même déclare à son administration, qui transmet les données. Avant d’ouvrir un compte, regardez dans quel pays la plateforme est établie. La quatrième est d’ignorer les petites récompenses, comme quelques jetons de staking chaque semaine, qui s’additionnent en un revenu à déclarer. La dernière est de perdre ses justificatifs : sans eux, la formule française ne peut pas être refaite, l’Italie impose tout le prix de vente, et partout ailleurs c’est à vous de prouver le coût.
Si vous découvrez une ancienne erreur, la plupart des administrations offrent un moyen de la corriger. En France, il s’agit d’une déclaration rectificative. Au Royaume-Uni, le HMRC gère un service de divulgation des cryptoactifs pour les impôts non payés, et prévient que celui qui ne se dénonce pas peut risquer une pénalité allant jusqu’à 100 % de l’impôt dû, plus des intérêts.
La suite du parcours fiscalité
Voici la première leçon du parcours fiscalité. Les suivantes passent pays par pays, avec les formulaires ligne par ligne pour la France, l’Italie et les États-Unis, et couvrent le staking, la DeFi et les dons. Coindaro explique le fonctionnement des règles ; il ne prépare pas de déclarations et ne fournit pas de conseil fiscal, et seule votre administration fiscale ou un conseiller peut confirmer ce que vous devez. La prochaine échéance fixe est le 31 mai 2027, date à laquelle les prestataires britanniques adressent au HMRC leurs premiers rapports sur 2026, suivie des premiers échanges DAC8 entre administrations de l’UE avant le 30 septembre 2027.



