Jusqu’à la fin de 2025, l’imposition des cryptos en Belgique était simple pour la plupart des gens : un résident qui vendait du bitcoin avec un gain ne devait en général rien, tant que l’opération relevait de la « gestion normale d’un patrimoine privé ». Cela a changé le 1er janvier 2026. Les plus-values réalisées sur les crypto-actifs depuis cette date sont taxées à 10 % au-delà d’une exonération annuelle. La loi l’écrit 4.855 euros, un montant de base que l’indexation porte à environ 10 000 euros pour les revenus de 2026, selon l’exposé des motifs du gouvernement. La première déclaration qui fera apparaître ces gains est celle de 2027. Personne ne retient cet impôt à votre place sur les cryptos : vous le calculez et vous le déclarez vous-même.
Ce guide présente ce que taxe la loi du 6 avril 2026, comment fonctionnent l’exonération et la valeur de référence du 31 décembre 2025, ce qu’est devenue l’ancienne règle des 33 % pour la spéculation, et ce qui reste incertain en octobre 2026. Les chiffres viennent du texte publié au Moniteur belge et de l’exposé des motifs déposé avec le projet de loi. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il est écrit d’abord pour les lecteurs de Wallonie et de Bruxelles, puis, vers la fin, pour les résidents de France qui ont des comptes en Belgique. Rien de tout cela ne constitue un conseil fiscal : un conseiller fiscal belge doit examiner votre situation.
Les principes généraux (pourquoi un échange peut être une vente, pourquoi les justificatifs comptent) sont dans notre introduction à la fiscalité des cryptos, et les méthodes de calcul d’une plus-value, FIFO comprise, sont détaillées dans notre guide du calcul des plus-values crypto. La leçon précédente de ce parcours portait sur l’impôt crypto au Royaume-Uni ; ici, il n’est question que de la Belgique.
Taxe crypto en Belgique : tout dépend de la manière dont vous agissez, pas de ce que vous détenez
La Belgique n’a pas de chapitre de son code fiscal écrit pour les seules cryptos. Le Code des impôts sur les revenus 1992 (CIR 92) range un gain selon le type d’activité qui l’a produit, et depuis 2026 les crypto-actifs figurent parmi les « actifs financiers » du nouveau régime des plus-values, à côté des actions, des fonds, de certains contrats d’assurance, des devises et de l’or d’investissement.
La loi définit les crypto-actifs de manière large : toute représentation numérique d’une valeur ou d’un droit pouvant être transférée et stockée de manière électronique, au moyen de la technologie des registres distribués ou d’une technologie similaire. La définition suit celle du règlement MiCA et de la directive de reporting DAC8. Elle englobe aussi les NFT, mais seulement ceux qui peuvent servir à des fins de paiement ou d’investissement. Une œuvre d’art numérique unique ou un objet de collection qui ne peut pas jouer ce rôle reste en dehors du régime à 10 %, d’après l’exposé des motifs.
Le gain crypto d’un résident belge atterrit donc dans l’une de quatre cases. Avant 2026, il n’y en avait que trois : la gestion normale (non taxée), la spéculation (taxée) et le revenu professionnel. La réforme n’en a supprimé aucune. Elle a transformé la première, jusque-là exonérée, en case taxable à 10 %.
| Situation (résident belge, personne physique) | Traitement fiscal | Base légale | Statut en octobre 2026 |
|---|---|---|---|
| Plus-value réalisée depuis le 1er janvier 2026 dans le cadre d’une gestion normale d’un patrimoine privé | 10 % sur la part au-delà de l’exonération annuelle | Art. 90, al. 1er, 9°, c) et art. 269, § 1er, 5° CIR 92 (loi du 6 avril 2026) | En vigueur, effets au 1er janvier 2026 |
| Même plus-value, jusqu’à l’exonération annuelle | 0 % sur la première tranche : 4.855 euros dans la loi, environ 10 000 euros après indexation pour l’exercice d’imposition 2027 (revenus 2026), selon l’exposé des motifs | Art. 96/2 CIR 92 ; exposé des motifs | En vigueur |
| Plus-value acquise avant le 1er janvier 2026 | Non taxée : la valeur au 31 décembre 2025 sert de point de départ | Art. 102, § 4 CIR 92 | En vigueur |
| Opération spéculative ou anormale, hors gestion normale | 33 % plus les centimes additionnels communaux | Art. 90, al. 1er, 1° et art. 171 CIR 92 | Inchangé par la réforme |
| Activité professionnelle | Barème progressif de l’impôt des personnes physiques | Règles des revenus professionnels | Inchangé par la réforme |
Gestion normale, spéculation, activité professionnelle : les trois cases
La frontière entre les cases ne tient ni à un nombre d’opérations ni à une durée de détention écrits dans la loi. C’est une question de fait, jugée au cas par cas. C’est pourquoi elle compte davantage que le taux de 10 % : une même plus-value de 20 000 euros peut coûter 1 000 euros, 6 600 euros ou davantage selon la case où elle tombe.
La gestion normale d’un patrimoine privé : la case à 10 %
La gestion normale consiste à gérer son épargne comme le ferait un investisseur privé prudent : acheter avec son propre argent, conserver un temps, vendre de temps en temps, sans faire du trading son métier. Depuis 2026, c’est là que doit se situer la plupart des détenteurs particuliers, et c’est la seule case qui bénéficie du taux de 10 % et de l’exonération annuelle.
Pour les cryptos, l’exposé des motifs énumère quatre critères que l’administration peut examiner pour juger du caractère anormal d’une opération : la part du patrimoine mobilier investie en crypto-actifs, le recours ou non à un financement pour acheter, le fait de s’appuyer sur un processus automatisé ou un logiciel pour acheter, et le nombre de transactions effectuées. Aucun n’est un seuil. Quelqu’un qui garde une part modeste de son épargne en bitcoin et en ether, achetés avec ses fonds propres et revendus quelques fois par an, correspond bien mieux à la gestion normale que celui qui fait tourner un robot de trading avec de l’argent emprunté.
Opérations spéculatives ou anormales : toujours 33 %
Les gains d’opérations qui sortent de la gestion normale, ou qui relèvent de la spéculation, restent des « revenus divers » au sens de l’article 90, alinéa 1er, 1° du code, taxés au taux distinct de 33 %, auquel s’ajoutent les centimes additionnels communaux fixés par votre commune. L’exposé des motifs le dit sans détour : dans ce cas, « le contribuable sera imposé au taux de 33 p.c. ». La nouvelle loi n’a pas touché à cette règle ; elle a seulement placé le régime à 10 % devant elle, comme une règle spéciale.
Le critère, d’après l’exposé des motifs, est la gestion telle qu’elle serait effectuée par une « personne normalement prudente dans la situation du contribuable ». Plusieurs conseillers belges, dont KPMG Belgique, écrivent que l’administration doit prouver le caractère spéculatif avant d’appliquer le taux de 33 %. KPMG indique aussi que la circulaire laisse par défaut le trading de cryptos dans le régime à 10 % et que seule une combinaison d’indices, et non un seul, peut conduire à la spéculation. Cette lecture vient de résumés de conseillers sur la circulaire de juillet 2026, que nous n’avons pas pu consulter nous-mêmes : à prendre comme leur interprétation.
Activité professionnelle : le barème progressif
Quand le trading de cryptos devient une occupation (organisée, fréquente, avec des moyens professionnels, parfois comme source principale de revenus), les gains peuvent être taxés comme revenus professionnels au barème progressif ordinaire de l’impôt des personnes physiques, celui des salaires, avec les centimes additionnels communaux et, pour les indépendants, les cotisations sociales. Cette case est rare chez les investisseurs privés, mais elle existe et la nouvelle loi la confirme : le régime à 10 % ne vaut que pour les plus-values réalisées en dehors d’une activité professionnelle.
La leçon pratique est que la case à 10 % est un avantage lié au comportement. L’effet de levier, les robots, une grande part du patrimoine en cryptos et des centaines d’opérations par an poussent vers la case à 33 % ou au-delà.
La taxe sur les plus-values depuis le 1er janvier 2026
L’impôt vient de la loi du 6 avril 2026 « introduisant un impôt sur les plus-values sur les actifs financiers », publiée au Moniteur belge le 21 avril 2026. Son article 35 la rend applicable à partir du 1er janvier 2026 : les plus-values de toute l’année civile 2026 sont donc concernées, bien que le texte ait été publié en avril. Le taux de 10 % est inscrit à l’article 269 du code. Le texte lui-même fixe seulement la date à laquelle la loi « produit ses effets », le 1er janvier 2026 ; Deloitte et KPMG retiennent le 1er mai 2026 comme date importante pour les personnes qui ont quitté le pays (voir plus bas). Nous n’avons trouvé aucune modification ultérieure sur ces points dans les travaux de la Chambre en octobre 2026.
Ce qui compte comme une vente : échanges et achats compris
L’impôt frappe le gain réalisé quand vous cédez un crypto-actif à titre onéreux. L’exposé des motifs confirme que toute conversion compte : cryptos contre euros, mais aussi cryptos contre un autre crypto-actif. Échanger du bitcoin contre de l’ether, ou de l’ether contre un stablecoin, est une réalisation. Payer des biens ou des services en cryptos aussi ; l’exemple de l’exposé des motifs est l’achat d’une pizza.
Déplacer des jetons entre vos propres portefeuilles n’est pas une vente. L’exposé des motifs précise que, dans ce cas, « il n’y a pas de réalisation ». Envoyer du bitcoin depuis une plateforme vers votre portefeuille matériel en autogarde ne déclenche donc rien, mais conservez les relevés qui montrent que les deux adresses vous appartiennent.
Comment la plus-value est calculée
La plus-value est le prix ou la valeur reçus (en espèces, en autres actifs ou sous toute autre forme) moins la valeur d’acquisition, c’est-à-dire le prix que vous avez payé. Les montants en devise, comme une vente en dollars, sont convertis en euros au cours du jour de l’achat et du jour de la vente. Quand vous avez acheté la même crypto en plusieurs fois, la loi applique le principe du premier entré, premier sorti (FIFO) : la première unité achetée est réputée la première vendue.
Deux détails méritent l’attention. Si vous ne pouvez pas prouver ce que vous avez payé, la totalité du prix de vente devient imposable. Les frais n’aident pas non plus : l’exposé des motifs indique que le paiement de frais ou de taxes, de quelque nature que ce soit, n’est pas pris en compte dans le calcul de la plus-value, ce qui vise aussi la taxe sur les opérations de bourse. Selon cette lecture, les frais de transaction d’une plateforme ne s’ajoutent ni au prix d’achat ni ne se déduisent du prix de vente. Le résumé de la circulaire de juillet 2026 par Deloitte dit la même chose des frais d’acquisition.
Le taux de 10 % et l’exonération d’environ 10 000 euros
Le taux est de 10 %. Avant son application, chaque contribuable bénéficie d’une exonération annuelle. L’article 96/2 du code, tel que le rédige la loi, exonère « la première tranche de 4.855 euros » de ces revenus, parce que les montants de l’impôt des personnes physiques belge sont écrits à un niveau de base puis indexés chaque année. D’après l’exposé des motifs, le montant indexé est de 10 000 euros pour l’exercice d’imposition 2027, c’est-à-dire les revenus de 2026 : environ 10 000 euros est donc le chiffre à attendre pour les gains de 2026. Le montant des années suivantes sera à nouveau indexé et publié séparément.
L’exonération couvre ensemble toutes les plus-values ordinaires de la même catégorie. Dans la structure de la loi, les cryptos relèvent de la même catégorie que les actions cotées, les fonds et les autres actifs financiers du régime : un gain sur des actions et un gain sur du bitcoin puisent donc dans une seule exonération de 10 000 euros, pas deux. Les actionnaires qui détiennent 20 % ou plus d’une société relèvent d’un régime distinct qui ne concerne pas les cryptos.
L’exonération non utilisée peut être reportée, mais en partie seulement. Si vous n’utilisez pas les premiers 1 000 euros de l’exonération au cours d’une année, la part non utilisée de ces 1 000 euros s’ajoute à l’exonération de l’année suivante. Au plus 1 000 euros peuvent être reportés par an, en provenance des quatre années précédentes, de sorte que l’exonération totale ne peut jamais dépasser la base augmentée de cinq fois 1 000 euros : 15 000 euros, selon l’exposé des motifs (la loi écrit le plafond comme 2.426 euros d’exonération supplémentaire avant indexation). Qui ne vend rien pendant cinq ans peut donc exonérer 15 000 euros la sixième année. Chaque conjoint a sa propre exonération : un couple qui investit avec des biens communs peut atteindre 30 000 euros au total après cinq ans sans vente. Utiliser l’exonération chaque année à dessein est permis : l’exposé des motifs affirme que son utilisation optimale peut « difficilement être considérée comme un abus ».

Les plus-values d’avant 2026 ne sont pas imposées
La réforme ne remonte pas dans le temps. Pour tout actif acquis avant le 1er janvier 2026, la loi remplace le prix d’achat par la valeur de l’actif au 31 décembre 2025, que l’exposé des motifs appelle la date de référence. Une crypto achetée 5 000 euros en 2021, valant 30 000 euros fin 2025 et vendue 32 000 euros en 2026, produit une plus-value imposable de 2 000 euros ; les 25 000 euros gagnés avant 2026 restent hors impôt.
Le cas inverse est prévu aussi. Pour les ventes jusqu’au 31 décembre 2030, vous pouvez demander à utiliser le prix d’acquisition que vous prouvez à la place de la valeur du 31 décembre 2025 quand il est plus élevé. Quelqu’un qui a acheté à 60 000 euros, vu la crypto tomber à 40 000 euros fin 2025 et la vend 50 000 euros en 2026 afficherait sinon un gain de 10 000 euros sur le papier. Avec le prix d’acquisition prouvé de 60 000 euros, la plus-value imposable tombe à zéro. Elle ne devient pas une moins-value déductible, car pour les actifs acquis avant 2026 la loi mesure les moins-values à partir de la valeur du 31 décembre 2025, et 50 000 dépasse 40 000. Avec cette option, la loi retient la valeur d’acquisition moyenne des unités détenues avant le 31 décembre 2025.
Valoriser une crypto au 31 décembre 2025 est moins clair que pour des actions. Pour les actifs cotés sur un marché réglementé ou un autre marché actif, la loi retient le dernier cours de clôture de 2025 ; les cryptos s’échangent jour et nuit et n’ont pas de clôture officielle. Nous n’avons trouvé aucune règle publiée sur la source de prix à utiliser. En pratique, le bon réflexe est de conserver, pour chaque crypto détenue, un cours daté tiré du relevé de la plateforme ou d’un agrégateur de prix reconnu, avec vos positions à cette date. Ces documents peuvent être votre seule preuve dans plusieurs années.
Les moins-values : même année, même catégorie
Les moins-values réduisent les plus-values, à deux conditions fixées par la loi : la perte doit être réalisée par le même contribuable la même année d’imposition, et dans la même catégorie d’actifs financiers. Une moins-value que vous ne pouvez pas utiliser en 2026 ne se reporte pas sur 2027. Elle doit aussi être prouvée par toutes voies de droit commun, sauf le serment, et pour les actifs détenus avant 2026 elle se mesure à partir de la valeur du 31 décembre 2025.
Un exemple chiffré, illustratif et aux montants inventés. En 2026, vous vendez 26 000 euros la crypto A, achetée en 2023 et valant 20 000 euros au 31 décembre 2025 : plus-value de 6 000 euros. Plus tard dans l’année, vous vendez la crypto B, achetée en février 2026, avec un gain de 9 000 euros, et la crypto C avec une perte de 2 000 euros. Gain net : 6 000 + 9 000 – 2 000 = 13 000 euros. Après une exonération de 10 000 euros, 3 000 euros sont taxés à 10 %, soit 300 euros d’impôt. Si la vente de la crypto B avait été jugée spéculative, son gain de 9 000 euros serait taxé à 33 % sans exonération : 2 970 euros avant les centimes additionnels communaux. La valeur de référence du 31 décembre 2025 et l’exonération appartiennent au régime à 10 % : une vente spéculative de la crypto A se mesurerait donc à partir de son prix d’achat réel de 2023.
Comment déclarer ses cryptos en Belgique
C’est ici que les cryptos se distinguent le plus des actions. Depuis le 1er juin 2026, les banques et courtiers belges retiennent le précompte mobilier de 10 % sur les plus-values réalisées sur des instruments financiers et certains contrats d’assurance détenus chez eux, sauf si le client a choisi de ne pas l’appliquer. La retenue ne couvre pas les crypto-actifs. L’exposé des motifs explique ce choix : la plupart des plateformes actives dans ce secteur ne sont pas situées en Belgique, de sorte qu’une retenue à la source a été jugée disproportionnée.
Vous calculez et déclarez l’impôt vous-même
Pour les cryptos, les 10 % se règlent par la déclaration à l’impôt des personnes physiques de l’année de la vente. Les gains de 2026 vont dans la déclaration de l’exercice d’imposition 2027 (revenus 2026), déposée en 2027 via Tax-on-web ou sur papier. Vous y reportez la plus-value nette imposable après moins-values, vous demandez l’exonération et vous gardez les preuves : justificatifs d’achat, relevés de plateformes, adresses de portefeuilles et valeurs au 31 décembre 2025.
Si vous détenez aussi des actions chez une banque belge qui a retenu 10 % sur leurs plus-values, la déclaration est l’endroit où la loi vous fait réclamer l’exonération, le prix d’acquisition plus élevé pour les actifs d’avant 2026 et vos moins-values, et demander l’imputation ou le remboursement du précompte, pièces justificatives conservées pour l’administration. Les banques retiennent sans appliquer l’exonération ni les pertes ; cette étape compte donc pour qui possède à la fois des actions et des cryptos : les deux partagent une seule exonération, et seule la déclaration les réunit.
Ce qui n’est pas encore publié
En octobre 2026, la case et le code exacts de la déclaration 2027 pour les nouvelles plus-values à 10 % n’ont pas été publiés, et nous n’avons pas trouvé le formulaire. Les gains taxés à 33 % comme revenus divers spéculatifs se déclarent depuis longtemps dans la partie des revenus divers, et les gains professionnels dans les rubriques des revenus professionnels, mais la ligne du nouveau régime ne sera connue que lorsque le SPF Finances publiera les formulaires 2027. Ne vous fiez pas à un code lu sur un forum avant cette date.
Le SPF Finances a publié en juillet 2026 une circulaire administrative sur le nouvel impôt : circulaire 2026/C/74 du 22 juillet 2026, d’après Deloitte et KPMG. Nous n’avons pas pu consulter la circulaire elle-même ; les points qu’elle peut traiter pour les cryptos (traitement des frais, source du cours au 31 décembre 2025, plateformes étrangères) sont donc présentés ici comme non tranchés.

Ce que l’administration verra de toute façon
Déclarer soi-même ne veut pas dire rester invisible. La directive européenne DAC8 (directive (UE) 2023/2226) oblige les prestataires de services sur crypto-actifs à collecter, depuis le 1er janvier 2026, les données des transactions de leurs clients dans l’UE et à les transmettre aux administrations fiscales, qui les échangent entre États membres. La Chambre belge a approuvé en mars 2026 le projet qui la transpose, selon Bloomberg Tax. Les premières déclarations, portant sur 2026, sont attendues en 2027 (voir notre fiche sur les premiers échanges DAC8). Le cadre de l’OCDE sur la déclaration des crypto-actifs (CARF) étend la même logique aux pays hors UE. Le jour où une déclaration belge de 2026 sera contrôlée, le SPF Finances disposera peut-être déjà des chiffres de la plateforme.
Staking, prêt, airdrops et minage : ce que le nouvel impôt ne règle pas
Le régime à 10 % taxe la plus-value réalisée en cédant un crypto-actif : prix reçu moins valeur d’acquisition. Il ne dit rien des revenus perçus pendant la détention, comme les récompenses de staking, les intérêts des plateformes de prêt ou le minage. Ni la loi ni l’exposé des motifs, dans les passages que nous avons examinés, ne traitent du staking.
Les airdrops tiennent en une phrase. Quand vous recevez des jetons par airdrop, l’exposé des motifs fixe leur valeur d’acquisition à leur valeur au moment où ils vous sont octroyés. Quand vous les vendez plus tard, la plus-value se mesure à partir de cette valeur : conservez-en une trace datée. Le point de savoir si l’airdrop est lui-même un revenu à la réception n’est pas traité.
Des conseillers belges renvoient à des décisions anticipées rendues en 2022 par le Service des décisions anticipées, qui auraient traité certaines récompenses de staking et de liquidité comme des revenus mobiliers taxés à 30 %. Nous n’avons pas pu ouvrir ces décisions, et une décision n’engage l’administration que pour celui qui l’a demandée. En octobre 2026, nous n’avons trouvé aucune position officielle du SPF Finances sur les récompenses de staking ou les forks sous le nouveau régime.
Deux conséquences sont assez claires. D’abord, une récompense reçue puis vendue peut compter deux fois : peut-être comme revenu à la réception, puis comme plus-value à la cession, où la question de sa valeur d’acquisition se pose. Ensuite, un minage à grande échelle avec du matériel dédié ressemble davantage à une activité professionnelle qu’à une gestion normale. Au-delà de petits montants de staking, demandez conseil à un conseiller belge ou une décision anticipée.
S’installer en Belgique ou la quitter
Le régime fait partie de l’impôt des personnes physiques des résidents belges. Si vous venez vivre en Belgique, la loi fixe votre valeur d’acquisition à la valeur de l’actif le premier jour de votre imposition en Belgique : les gains réalisés avant votre arrivée ne sont pas taxés ici.
Le départ est traité autrement. La loi assimile le transfert du domicile ou du siège de la fortune hors de Belgique à une vente, à la valeur des actifs le jour du départ : une taxe de sortie sur des plus-values non encore réalisées. Le paiement est différé automatiquement si vous partez dans un autre État de l’UE ou de l’EEE, ou dans un pays dont la convention fiscale avec la Belgique prévoit l’échange de renseignements et l’assistance au recouvrement ; ailleurs, le report exige une garantie suffisante. Il prend fin si vous vendez les actifs. D’après l’exposé des motifs, l’impôt n’est finalement dû que si vous vendez dans les deux ans du départ, et l’obligation s’éteint si vous revenez en Belgique pendant cette période. Une attestation annuelle maintient le report ; son contenu est renvoyé à un arrêté royal.
Pour le calendrier, Deloitte et KPMG écrivent que les résidents partis avant le 1er mai 2026 sont hors du nouvel impôt, tandis que ceux qui sont partis plus tard sont rattrapés pour les gains réalisés avant leur départ et par les règles de sortie. Deloitte ajoute que ces personnes ne peuvent pas déclarer les gains dans la déclaration spéciale des non-résidents, qui n’inclut pas encore le nouveau régime. Qui prévoit un déménagement doit se faire conseiller avant de partir.
Les non-résidents sont, selon les mêmes conseillers, hors du nouvel impôt.
Résidents de France, frontaliers et Français installés en Belgique
Cette section s’adresse aux lecteurs français. Le principe commun est que la résidence fiscale décide, pas la nationalité, ni le lieu où se trouve la plateforme, ni celui où vous travaillez. Pour le détail de la fiscalité française des cryptos, lisez notre guide de l’impôt crypto en France.
Résident de France avec un compte ou une plateforme en Belgique
Selon les conseillers cités plus haut, les non-résidents sont hors du nouvel impôt belge : un résident de France qui vend ses cryptos depuis une plateforme établie en Belgique n’est en principe pas taxé en Belgique sur ces gains. Il reste imposable en France, selon les règles françaises, en euros. Un compte ouvert auprès d’une plateforme à l’étranger doit aussi figurer sur le formulaire 3916-bis de la déclaration française. Vérifiez ces deux obligations, la déclaration des gains et celle du compte, dans notre guide sur la France.
Français qui s’installent en Belgique
Dès que vous devenez résident belge, vos cryptos entrent dans le régime décrit plus haut. Votre valeur d’acquisition est la valeur au premier jour de votre imposition en Belgique : les gains accumulés avant l’arrivée ne sont pas taxés en Belgique. La date, les cours et les justificatifs de ce jour-là sont donc à conserver. Les règles françaises de départ et de déclaration à la sortie relèvent du côté français : nous ne les traitons pas ici.
Frontaliers et convention fiscale franco-belge
Un frontalier qui habite en France et travaille en Belgique, ou l’inverse, ne change pas de pays d’imposition pour ses cryptos du seul fait de son lieu de travail : c’est la résidence fiscale qui décide, et la convention fiscale entre la France et la Belgique sert à départager les cas où chaque État se croit compétent. Nous n’avons pas vérifié comment cette convention traite précisément les plus-values sur crypto-actifs, et nous n’en citons donc aucun article. Si votre situation est mixte (logement dans un pays, famille ou foyer dans l’autre, déménagement en cours d’année), un conseiller transfrontalier est la bonne personne à consulter.
Les erreurs qui coûtent cher en 2026 et en 2027
La plus coûteuse est de ne pas conserver les valeurs du 31 décembre 2025. Sans elles, il faut reconstituer des cours à partir de relevés incomplets, et si vous ne pouvez pas prouver une valeur d’acquisition, tout le prix de vente peut être taxé.
La deuxième est de croire qu’une plateforme retient l’impôt. Les banques belges retiennent sur les actions et les fonds ; personne ne retient sur les cryptos. Si vous avez vendu en 2026, la déclaration vous revient.
La troisième est d’oublier qu’un échange est une vente. Une année de va-et-vient entre altcoins et stablecoins, sans jamais retirer en euros, peut quand même produire une plus-value imposable fin 2026.
La quatrième touche les moins-values. Une perte de 2027 ne peut pas réduire un gain de 2026, et une perte de 2026 ne se reporte pas sur les années suivantes. Choisir la bonne année civile pour une vente est le seul levier.
La dernière concerne le comportement. Emprunter pour acheter des cryptos, utiliser des robots, mettre l’essentiel de son patrimoine en cryptos et opérer des centaines de fois par an sont précisément les indices que nomme l’exposé des motifs. Ils peuvent vous faire sortir de la case à 10 % pour la case à 33 %, sans exonération.
Pour la prochaine campagne de déclarations, les dates à surveiller sont la publication des formulaires 2027 par le SPF Finances et le montant indexé de l’exonération pour les revenus 2027.



