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Impôt crypto en Suisse : fortune au 31 décembre, gains privés, statut de professionnel

Impôt crypto en Suisse : fortune imposée au 31 décembre, gains privés exonérés, staking taxé, statut de professionnel. Pour Romands et résidents de France.

Débutant 27 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Imposition crypto en Belgique : la taxe de 10 %, la règle des 33 % et la déclaration
Un drapeau sobre, des pièces empilées, une banque et un document fiscal
Sommaire
  1. L’impôt crypto en Suisse : la fortune est taxée, les gains privés ne le sont pas
  2. Impôt sur la fortune : vos cryptos au 31 décembre
    1. La valeur qui compte est la valeur vénale à la fin de l’année
    2. Un exemple chiffré avec des avoirs fictifs
    3. Combien coûte l’impôt sur la fortune : cela dépend du canton, de la commune et de la fortune totale
  3. Les gains en cryptos sont-ils exonérés d’impôt en Suisse pour un particulier ?
    1. La règle : gains en capital privés exonérés, pertes non déductibles
    2. Ce qui reste imposable même pour un investisseur privé
  4. Quand un particulier devient un commerçant professionnel de titres
    1. Les cinq critères de la circulaire n° 36
    2. Échouer à un critère n’est pas un verdict
    3. Ce que coûte la requalification
    4. Pourquoi le trading de cryptos peut faire échouer la liste plus vite que celui d’actions
  5. Staking, minage et airdrops : des revenus imposables
    1. Récompenses de staking : un revenu au moment où vous les recevez
    2. Minage et frais de transaction
    3. Airdrops
    4. Prêt, DeFi, NFT et forks : pas de texte fédéral
    5. Frais déductibles et non déductibles
  6. Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Valais, Jura : même principe, lignes de formulaire différentes
  7. Échange de données : ce que les plateformes suisses transmettent à l’étranger, et quand
  8. Résidents de France, frontaliers et Français installés en Suisse
    1. Résident de France avec un compte en Suisse
    2. Frontaliers
    3. Français installés en Suisse

Un bitcoin détenu par un résident suisse valait 85 926,49 CHF aux yeux du fisc au 31 décembre 2024, puis 69 571,99 CHF un an plus tard, selon les valeurs de fin d’année que l’Administration fédérale des contributions (AFC) publie sur sa plateforme ICTax. Personne n’a eu besoin de vendre un seul jeton pour que ces chiffres comptent. L’impôt crypto en Suisse fonctionne à l’inverse de ce que la plupart des lecteurs imaginent : le gain qu’un particulier réalise en vendant est en principe exonéré, alors que les jetons eux-mêmes entrent chaque année dans la fortune imposable, à leur valeur au 31 décembre.

Un détenteur suisse se pose donc trois questions, dans cet ordre. Que faut-il déclarer au 31 décembre ? Quelles recettes comptent comme un revenu, du staking à un salaire versé en bitcoins ? Et à partir de quand l’administration cesse-t-elle de voir un investisseur privé pour y voir un commerçant professionnel de titres, dont les gains sont imposés comme un bénéfice d’entreprise ? Viennent ensuite les différences entre cantons, avec Genève et Vaud en tête, puis l’échange international de données sur les comptes crypto, qui ne peut pas commencer en Suisse avant le 1er janvier 2027. Un chapitre final s’adresse aux résidents de France qui ont un compte en Suisse, aux frontaliers et aux Français installés de l’autre côté de la frontière.

Si des notions comme cession, prix de revient ou fait générateur vous sont nouvelles, commencez par notre introduction à la fiscalité des cryptos. La leçon précédente de ce parcours portait sur l’impôt crypto en Belgique ; la Suisse est un système très différent, et peu de choses s’y transposent.

L’impôt crypto en Suisse : la fortune est taxée, les gains privés ne le sont pas

La Suisse n’a pas de loi sur l’imposition des cryptos. Le texte de référence est un document de travail de l’AFC, daté de Berne, 14 décembre 2021, intitulé « Les cryptomonnaies et les initial coin/token offerings (ICO/ITO) comme objet de l’impôt sur la fortune, le revenu et le bénéfice, l’impôt anticipé et les droits de timbre ». blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il remplace une première version du 27 août 2019 et reflète, selon ses propres termes, la pratique sur les cas soumis à l’AFC jusqu’à fin décembre 2020. En octobre 2026, la page de l’AFC consacrée aux cryptos ne mentionne aucune version plus récente. Le document de travail est un PDF libre d’accès, disponible en français.

Les jetons se répartissent en trois groupes, repris du guide pratique de la FINMA de février 2018 : les jetons de paiement (le bitcoin et les monnaies du même type), les jetons d’investissement et les jetons d’utilité. Pour qui achète et conserve simplement des cryptomonnaies, c’est la partie sur les jetons de paiement qui s’applique, et sa logique est simple. Les jetons de paiement sont traités comme des monnaies étrangères. Les détenir, c’est posséder de la fortune. Les acheter et les vendre, pour une personne privée, produit des gains en capital en principe non imposables, et des pertes en capital non déductibles.

Deux niveaux de collectivités interviennent. La Confédération perçoit un impôt sur le revenu, mais aucun impôt sur la fortune : celui-ci est exclusivement cantonal, perçu avec l’impôt communal. L’impôt sur le revenu, lui, est dû à la fois à la Confédération (impôt fédéral direct), au canton et à la commune. C’est pourquoi le taux que vous payez sur vos jetons dépend de votre lieu de domicile, alors que les principes sont les mêmes dans les 26 cantons.

Deux autres textes complètent le tableau. Le premier est la circulaire n° 36 de l’AFC du 27 juillet 2012 sur le commerce professionnel de titres. Elle a été écrite pour les actions et les obligations, pas pour les cryptos, et elle ne s’applique aux cryptos que par analogie : le document de travail le dit en note de bas de page, et les cantons de Zoug, de Zurich et d’Argovie le répètent. Le second est la pratique propre à chaque canton, qui décide de la ligne du formulaire et de la source de cours pour les jetons sans valeur officielle.

De vastes domaines ne sont couverts par aucun texte fédéral. Une recherche dans l’ensemble du document de travail ne trouve rien sur le prêt de cryptos, les hard forks, les NFT ou les positions de DeFi. Quand cette leçon en parle, l’information vient d’un canton, et c’est signalé.

Impôt sur la fortune : vos cryptos au 31 décembre

La valeur qui compte est la valeur vénale à la fin de l’année

L’AFC range les jetons de paiement parmi les valeurs patrimoniales évaluables, mobilières, négociables et immatérielles, soumises à l’impôt cantonal sur la fortune et à déclarer à leur valeur vénale à la fin de la période fiscale. Pour une personne physique, la période fiscale est l’année civile, et le canton de Zurich l’écrit sans détour : la fortune imposable est celle qui existe à la fin de l’année. Ce que vous déteniez au 1er mars ou en juillet n’a pas d’importance ; l’instantané est pris le 31 décembre.

Quel cours retenir ? Pour les cryptomonnaies les plus répandues, l’AFC publie une valeur officielle de fin d’année dans sa liste des cours sur ICTax. Le canton de Genève précise que ces valeurs sont une moyenne de cours relevés sur plusieurs plateformes de négociation. Une consultation de la plateforme ICTax le 25 octobre 2026 a donné des valeurs pour cinq jetons à chacune des trois dernières fins d’année : le bitcoin, l’ether, le litecoin, le bitcoin cash et le XRP.

Jeton31 déc. 2023 (CHF)31 déc. 2024 (CHF)31 déc. 2025 (CHF)
Bitcoin (BTC)35 541,6385 926,4969 571,99
Ether (ETH)1 948,013 083,562 364,08
Litecoin (LTC)63,5194,4061,24
Bitcoin Cash (BCH)219,59406,35470,57
XRP0,521,921,47

Source : AFC, liste des cours ICTax, valeurs par unité arrondies au centime, consultées le 25 octobre 2026. Sur le site, choisissez l’année, puis la rubrique des cryptomonnaies dans la liste.

Pour un jeton absent de la liste, l’AFC admet la valeur de marché relevée sur l’une des principales plateformes de négociation. Si aucun cours ne peut être trouvé, le jeton est déclaré à son prix d’achat initial converti en francs suisses. Zoug, Argovie et Genève appliquent cet ordre ; la note zurichoise de 2017 n’en donne que les deux premiers échelons. La section sur les cantons détaille les différences. La preuve est simple : Zoug, Zurich et l’Argovie acceptent une copie d’écran ou un relevé du solde du portefeuille ou du compte à la fin de l’année, alors conservez une capture datée ou un relevé au 31 décembre, pour vos portefeuilles en auto-conservation comme pour vos comptes sur une plateforme.

Le tableau montre aussi que l’assiette bouge toute seule. La valeur AFC du bitcoin a augmenté d’environ 142 % entre les fins d’année 2023 et 2024, puis baissé d’environ 19 % entre 2024 et 2025. Le détenteur d’un bitcoin a ainsi déclaré environ 16 350 CHF de fortune en moins pour 2025 que pour 2024, sans rien faire. L’inverse est vrai aussi : l’impôt sur la fortune est dû une année où le cours a reculé, car il regarde la valeur à la fin de l’année, pas le fait d’avoir gagné de l’argent. Les valeurs au 31 décembre 2026 n’existeront qu’une fois l’année terminée.

Un calendrier, un graphique en barres, un portefeuille ouvert et des billets
L'impôt sur la fortune ne regarde que ce que le portefeuille contient au 31 décembre, évalué en francs.

Un exemple chiffré avec des avoirs fictifs

Prenons un résident fictif qui détenait 1,5 BTC et 10 ETH au 31 décembre 2025, et rien d’autre en cryptos. Avec les valeurs AFC du tableau, le bitcoin compte pour 1,5 × 69 571,99 = 104 357,98 CHF et l’ether pour 10 × 2 364,08 = 23 640,81 CHF (calculé sur la valeur non arrondie). Le total, environ 128 000 CHF, s’ajoute au reste de la fortune imposable de la personne (comptes bancaires, titres, immobilier, moins les dettes) dans la déclaration 2025. Si ce résident avait aussi détenu un petit jeton que l’AFC ne cote pas, son cours de fin d’année sur une grande plateforme, converti en francs, se serait ajouté de la même façon.

Pour cette partie, il n’est pas nécessaire de reconstituer les opérations de l’année. Ce qui compte, c’est le nombre d’unités détenues au 31 décembre et la valeur officielle ou de marché à cette date.

Combien coûte l’impôt sur la fortune : cela dépend du canton, de la commune et de la fortune totale

Il n’existe pas de taux unique d’impôt sur la fortune en Suisse. Chaque canton a son propre barème et ses propres déductions, et la commune ajoute son coefficient. Zurich illustre bien le mécanisme (et n’est pas un canton romand : pour Genève ou Vaud, consultez le barème de votre administration). Sa présentation officielle des impôts (Kantonales Steueramt, novembre 2023, en allemand) indique que l’« impôt simple d’État » sur la fortune va de 0 à 3 pour mille au maximum. Cet impôt simple est ensuite multiplié par le coefficient cantonal, 99 % pour l’année fiscale 2023, et par le coefficient communal, qui allait de 72 % à 130 % en 2023 pour les particuliers, impôt d’Église exclu.

Revenons au détenteur fictif, avec des hypothèses choisies uniquement pour montrer la méthode. Supposons que le reste de sa fortune le place déjà dans la tranche taxée au maximum de 3 pour mille à Zurich, qu’il vive dans une commune au coefficient de 100 % (dans la fourchette publiée) et que les coefficients de 2023 s’appliquent encore. Chaque franc de cryptos supplémentaire coûterait alors 3 pour mille × (99 % + 100 %) = 5,97 pour mille, de sorte que les 128 000 CHF de jetons ajouteraient environ 764 CHF d’impôt pour l’année, impôt d’Église non compris.

Une fortune plus modeste tombe dans des tranches plus basses, les coefficients sont refixés chaque année et un autre canton a un autre barème. Les 764 CHF sont donc un chiffre hypothétique, pas une estimation pour un contribuable réel.

Un investisseur privé qui ne négocie pas comme un professionnel et ne touche ni staking ni autre rendement ne doit rien d’autre en Suisse sur ses jetons. Cette charge annuelle tombe que le marché ait monté ou baissé.

Les gains en cryptos sont-ils exonérés d’impôt en Suisse pour un particulier ?

La règle : gains en capital privés exonérés, pertes non déductibles

Pour une personne privée, oui, en ce qui concerne les gains. Le document de travail assimile l’achat et la vente de jetons de paiement à des opérations sur monnaies. En vertu de l’article 16, alinéa 3, de la loi sur l’impôt fédéral direct (LIFD), les gains sur la fortune mobilière privée ne sont pas imposables, et le document en conclut que le résultat est, en principe, un gain en capital non imposable ou une perte en capital non déductible. Les cantons reprennent la même règle dans leurs propres lois : Zoug cite le § 23 de sa loi fiscale, l’Argovie le § 33, Zurich le § 16, alinéa 3. Genève la résume en une ligne sur sa page consacrée aux particuliers détenant des crypto-monnaies : les gains réalisés en vendant des cryptos détenues dans la fortune privée ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, et les pertes ne sont pas déductibles.

L’échange d’une cryptomonnaie contre une autre est traité de la même façon, puisque le document assimile ces échanges à des opérations de change. Que vous vendiez du bitcoin contre des francs ou contre de l’ether, un investisseur privé ne doit aucun impôt sur le revenu au titre du gain. Il faut en revanche savoir combien d’unités vous détenez en fin d’année, et garder l’historique de vos opérations reste utile si l’administration vous demande un jour comment une position s’est construite ou conteste votre statut (section suivante). Les méthodes de notre guide sur le calcul des plus-values crypto comptent moins ici qu’en France ou aux États-Unis, mais elles deviennent pertinentes dès que vous êtes classé comme professionnel.

L’AFC dit aussi ce que produit la simple détention : elle « ne génère en principe pas de revenu ou de rendement soumis à l’impôt sur le revenu », selon le chiffre 2.2.2 du document de travail. Détenir est une question de fortune, pas une question de revenu.

Ce qui reste imposable même pour un investisseur privé

L’exonération porte sur les gains en capital, pas sur tout ce qui arrive dans un portefeuille. Un salaire ou un avantage accessoire versé en jetons est un revenu d’activité lucrative ordinaire au sens de l’article 17 de la LIFD. L’employeur le déclare sur le certificat de salaire (chiffre 1 ou 3), à la valeur en francs au moment où le salarié le perçoit. Les paiements qu’un indépendant reçoit en cryptos pour son travail sont un revenu de son activité, comme le rappelle aussi la page du canton d’Argovie.

L’autre grande exception est le rendement : staking, minage, airdrops et, à Genève, prêt de cryptos. Il a sa propre section plus bas, car c’est là que beaucoup de détenteurs qui ne négocient jamais finissent par devoir un impôt sur le revenu.

Quand un particulier devient un commerçant professionnel de titres

L’exonération n’est pas une étiquette que le contribuable choisit. Elle dépend des faits : à quelle fréquence vous négociez, combien de temps vous conservez, si vous empruntez, comment vous organisez l’activité. Si ces faits ressemblent à ceux d’une entreprise, les gains ne sont plus des gains en capital privés mais un revenu d’activité lucrative indépendante au sens de l’article 18 de la LIFD. Le document de travail précise que cela peut arriver selon le type, l’étendue et le financement des opérations, et renvoie, en note de bas de page, à la circulaire n° 36. C’est la notion de « commerçant professionnel de titres » ou, plus couramment, de « quasi-professionnel ».

Les cinq critères de la circulaire n° 36

La circulaire n° 36 du 27 juillet 2012 (en allemand sur le site cantonal que nous citons) prévoit un contrôle préalable. Si les cinq critères ci-dessous sont remplis ensemble, les autorités fiscales admettent dans tous les cas une simple gestion de fortune privée. Lisez « titres » comme « jetons » pour l’appliquer aux cryptos : c’est ce que veut dire l’analogie.

CritèreCondition (les cinq doivent être remplies)
1. Durée de détentionLes actifs vendus ont été détenus au moins 6 mois
2. Volume des transactionsLa somme de tous les prix d’achat et de tous les produits de vente de l’année civile ne dépasse pas 5 fois le montant des titres et avoirs en début de période fiscale
3. Dépendance aux gainsLes gains ne servent pas à remplacer un revenu manquant ou perdu pour vivre, ce qui est régulièrement le cas lorsque les gains réalisés sont inférieurs à 50 % du revenu net de la période
4. EndettementLes placements ne sont pas financés par des dettes, ou le revenu imposable qu’ils produisent (intérêts, dividendes) dépasse les intérêts passifs proportionnels
5. Produits dérivésL’achat et la vente de dérivés (options en particulier) se limitent à la couverture de vos propres positions

Chaque condition est un test par oui ou par non, et la liste est cumulative : un seul « non » vous fait sortir de la zone de sécurité. La circulaire qualifie le recours à des fonds empruntés de signe le plus fort d’un commerce professionnel.

Un sablier à côté de bougies de trading, d'une loupe et d'une balance
Des détentions courtes et un gros volume de transactions figurent parmi les principaux signes qui conduisent un canton à requalifier un investisseur.

Échouer à un critère n’est pas un verdict

En dehors de cette zone de sécurité, la circulaire dit qu’un commerce professionnel ne peut plus être exclu et que les circonstances d’ensemble décident. Elle ne dit pas qu’échouer à un critère fait de vous un professionnel, même si elle ajoute que, dans un cas donné, un seul indice peut suffire. Suivant un arrêt du Tribunal fédéral du 23 octobre 2009 (2C_868/2008), elle hiérarchise les signes. Les indices principaux sont un volume élevé de transactions (opérations fréquentes et durées de détention courtes), le recours à des fonds empruntés importants et un usage de produits dérivés qui dépasse la couverture. Deux indices secondaires, une démarche systématique ou planifiée, comme le réinvestissement des gains dans des actifs semblables, et un lien étroit avec la profession ou des connaissances spéciales de la personne, ne suffisent pas à eux seuls à faire de quelqu’un un professionnel, mais ils renforcent le dossier lorsqu’un indice principal est présent.

Une phrase de la circulaire mérite l’attention : dans certaines circonstances, une seule opération peut suffire. C’est rare, mais cela montre que le test porte sur le caractère de l’activité, pas sur un décompte de transactions. Les textes officiels sur les cryptos s’appuient sur cette jurisprudence relative aux titres ; ils ne fixent aucun seuil propre aux cryptos.

Ce que coûte la requalification

Un quasi-professionnel est imposé comme un indépendant. Les gains deviennent un revenu imposable aux niveaux fédéral, cantonal et communal. La contrepartie est que les pertes deviennent déductibles : Zoug et l’Argovie le disent, et Genève ajoute qu’elles doivent avoir été comptabilisées. Pour l’impôt sur la fortune, les jetons détenus comme actifs de l’entreprise sont portés à leur valeur comptable (Zoug, l’Argovie et Genève le disent), et Zoug comme l’Argovie ajoutent que les variations de cours passent par la comptabilité selon les règles du droit comptable.

Les formalités changent aussi. Genève demande aux indépendants de joindre à leur déclaration des comptes annuels signés (bilan et compte de résultat), ou au moins des états des recettes et des dépenses, de la fortune et des prélèvements et apports privés.

Pourquoi le trading de cryptos peut faire échouer la liste plus vite que celui d’actions

Voici notre lecture des critères, pas une position officielle. Les marchés crypto fonctionnent tous les jours de l’année, et beaucoup de détenteurs passent d’un jeton à l’autre d’une manière que peu d’investisseurs en actions pratiquent. Chaque échange est à la fois une vente et un achat : sur une lecture simple du critère 2, il compte donc deux fois dans le volume annuel. Un détenteur qui possède 50 000 CHF de jetons et de liquidités au début de l’année atteint la limite de cinq fois à 250 000 CHF d’achats et de ventes cumulés. Des positions gardées quelques semaines échouent au critère 1. Un effet de levier sur une plateforme, ou des contrats perpétuels utilisés pour parier plutôt que pour se couvrir, vont à l’encontre des critères 4 et 5. Rien de tout cela ne fait automatiquement d’un détenteur actif un professionnel, mais c’est le genre de profil qui conduit un canton à regarder l’ensemble du tableau.

Staking, minage et airdrops : des revenus imposables

Récompenses de staking : un revenu au moment où vous les recevez

Le staking est l’endroit où la plupart des détenteurs de long terme rencontrent l’impôt suisse sur le revenu. Dans les réseaux en preuve d’enjeu, décrits par le document de travail, des validateurs bloquent des jetons et touchent une récompense, souvent par l’intermédiaire de pools de staking. L’indemnité qu’un pool verse à un investisseur individuel est en principe un revenu de la fortune mobilière au sens de l’article 20, alinéa 1, de la LIFD. Elle est évaluée en francs au moment de sa réalisation, c’est-à-dire quand vous la percevez ou acquérez un droit ferme sur elle.

Si vous faites du staking sans pool et exploitez vous-même un validateur, le document demande d’examiner si cette activité constitue une activité lucrative indépendante ; si oui, les indemnités sont un revenu d’activité indépendante au sens de l’article 18. Pour la plupart des personnes qui stakent via une plateforme ou un pool, le traitement en revenu de la fortune est celui qui s’applique.

La notice zougoise du 22 juillet 2022 (en allemand) détaille la pratique : les revenus de staking, de validateur et de nominateur sont des revenus de la fortune imposables, déclarés par monnaie dans la section B de l’état des titres, évalués au jour de la créance et additionnés pour la période fiscale. Genève range le staking parmi les rendements de cryptos à déclarer comme « rendements de fortune ». Les récompenses sont imposées deux fois en un sens, mais sur des objets différents : une fois comme revenu à leur arrivée, puis, comme n’importe quel autre jeton, comme fortune si vous les détenez encore le 31 décembre.

Minage et frais de transaction

La rémunération du minage en preuve de travail est un revenu imposable au titre de l’article 16, alinéa 1, de la LIFD. Si les critères généraux de l’activité indépendante sont réunis, elle est imposée comme revenu d’une activité lucrative indépendante. Zurich le dit expressément pour le minage, et Zoug ajoute que les frais de transaction perçus sont eux aussi imposables, soit comme revenu d’activité indépendante, soit comme revenu d’activité salariée.

Airdrops

Un airdrop est un revenu au moment de l’attribution des jetons. Le document de travail l’impose à la valeur de marché à cet instant, comme revenu de la fortune mobilière. Un jeton sans marché au moment de l’attribution pose le même problème d’évaluation que toute cryptomonnaie non cotée, et les règles de repli des cantons s’appliquent.

Prêt, DeFi, NFT et forks : pas de texte fédéral

Ici, les consignes officielles s’arrêtent. Le document de l’AFC ne dit rien du prêt de cryptos, de la fourniture de liquidité, du staking liquide, des jetons enveloppés, des NFT ou des hard forks. Genève est le seul des cantons examinés pour cette leçon à nommer le prêt et le liquidity mining, et il les traite, comme le staking et les airdrops, en rendements de fortune. Zoug et l’Argovie indiquent que les jetons assortis de droits supplémentaires, tels que des droits à un dividende, de vote ou à des intérêts, sont appréciés au cas par cas. Si une grande part de votre activité se passe en DeFi, demandez sa pratique à votre administration cantonale avant de déposer votre déclaration, et gardez les relevés on-chain de ce que vous avez reçu et du moment.

Frais déductibles et non déductibles

Sur les revenus de la fortune, le document n’admet que les frais directement liés à l’obtention du revenu et nécessaires à l’administration des biens (article 32, alinéa 1, de la LIFD). Les frais de transaction liés à l’achat, à l’échange ou à la vente de jetons ne sont pas déductibles. Pour un investisseur privé, les frais de plateforme ne réduisent donc rien dans la déclaration.

Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Valais, Jura : même principe, lignes de formulaire différentes

Le droit fédéral fixe les principes ; les cantons gèrent l’impôt sur la fortune, en fixent les taux et décident de la façon dont une cryptomonnaie figure sur le formulaire. Les cinq cantons ci-dessous publient des consignes sur les cryptos que nous avons pu vérifier pour cette leçon : deux sont romands, trois alémaniques. Leurs textes sont d’âges très différents, ce qui est une raison de lire les instructions actuelles de votre canton avant de déclarer.

CantonOù placer les cryptos dans la déclarationJetons sans valeur AFCStaking et autres rendementsTexte et date
GenèveÉtat des titresCours au 31 décembre sur les plateformes de négociation, sinon valeur d’acquisitionMinage, staking, liquidity mining, prêt et airdrops déclarés comme rendements de fortunePage mise à jour le 11 novembre 2025
VaudCode 420, avec les espèces, l’or et les métaux précieuxValeur vénale ; certaines cryptos courantes figurent dans la liste fédéraleAucun passage sur le staking dans les instructions 2025Instructions générales 2025
ZougListe des titres et avoirs, code KR dans la première colonneCours de fin d’année de la plateforme utilisée (CoinMarketCap à titre indicatif), sinon prix d’achat en CHFRevenus de staking, de validateur et de nominateur déclarés par monnaie en section BNotice du 22 juillet 2022
ZurichListe des titres et avoirs, sous « übrige Guthaben » (autres avoirs), avec la monnaie indiquéeCours de fin d’année sur la plateforme la plus courante pour ce jeton (bitcoin à la valeur AFC)Non mentionné ; le minage est un revenu d’activité indépendanteSteuerbuch 16.5, en vigueur depuis le 20 décembre 2017
ArgovieFormulaire 101.05, code KR dans la première colonneCours de fin d’année de la plateforme utilisée, sinon prix d’achat en CHFNon mentionné ; minage et frais imposablesPage web affichant encore la valeur du bitcoin de 2024 en octobre 2026

Sources : administrations fiscales de Genève, Vaud, Zoug (en allemand), Zurich (en allemand) et Argovie (en allemand), consultées en octobre 2026.

À Vaud, les instructions 2025 placent les cryptos sous le code 420, alors que le logiciel VaudTax affiche aussi une rubrique des comptes et livrets, cryptos comprises, sous le code 410. Notre lecture, pas la formulation du canton, est qu’un solde détenu sur un compte de plateforme peut relever du 410 et des jetons en auto-conservation du 420 ; vérifiez auprès du canton en cas de doute.

Pour Neuchâtel, Fribourg, le Valais et le Jura, nous n’avons pas vérifié de page de consignes propre aux cryptos pour cette leçon : le principe fédéral s’y applique (fortune imposée au 31 décembre, gains privés exonérés, rendements imposés), mais la ligne du formulaire et la source de cours à utiliser sont à confirmer auprès de l’administration fiscale de votre canton. Un appel ou un courriel avant de déposer vaut mieux qu’une correction après coup.

Les taux eux-mêmes n’ont rien de propre aux cryptos. Un franc de bitcoin est imposé exactement comme un franc sur un compte d’épargne, au barème d’impôt sur la fortune qu’appliquent votre canton et votre commune. Déménager entre deux communes d’un même canton peut changer la facture, puisque les seuls coefficients communaux zurichois allaient de 72 % à 130 % en 2023.

Échange de données : ce que les plateformes suisses transmettent à l’étranger, et quand

La Suisse échange déjà des données de comptes bancaires avec ses pays partenaires dans le cadre de la norme d’échange automatique de renseignements (EAR) de l’OCDE. Une modification entrée en vigueur le 1er janvier 2026 a étendu la notion d’« actif financier » à certains crypto-actifs et ajouté des règles pour certains produits de monnaie électronique et pour les monnaies numériques de banque centrale, d’après les questions et réponses du Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI) mises à jour le 18 mai 2026.

Le dispositif propre aux cryptos, le Cadre de déclaration des crypto-actifs de l’OCDE (CARF, « EAR crypto-actifs » en français), vient plus tard. L’Assemblée fédérale a approuvé l’accord multilatéral sur le CARF lors du vote final du 26 septembre 2025. Le SFI indique que la Suisse mettra en œuvre le CARF au plus tôt à partir du 1er janvier 2027, et qu’il appartient au Parlement d’en fixer la date. Le Conseil fédéral ne peut ratifier l’accord qu’une fois que le Parlement a approuvé les États partenaires pour cet échange. D’ici là, les dispositions sur le CARF ne s’appliquent pas en Suisse : pas d’obligations de diligence pour les prestataires de services sur crypto-actifs en 2026, et aucune donnée crypto reçue de l’étranger pour l’année civile 2026.

Rien de cela ne change ce que doit faire un contribuable, ni l’impôt crypto en Suisse lui-même. Les avoirs et les revenus vont dans la déclaration que quelqu’un les signale ou non, et un canton peut demander à tout moment des relevés de portefeuille ou de plateforme.

Résidents de France, frontaliers et Français installés en Suisse

L’exonération suisse des gains privés est une règle suisse. Elle ne lie pas l’administration française. C’est la résidence fiscale qui décide quel État vous impose, pas la nationalité ni le pays où se trouve la plateforme, et la convention fiscale entre la France et la Suisse sert à trancher les cas où les deux États pourraient prétendre vous imposer. Nous n’entrons pas ici dans ses articles : en cas de situation mixte, la résidence est le point de départ, et un conseil individuel est nécessaire.

Résident de France avec un compte en Suisse

Si votre domicile fiscal est en France, vos plus-values sur cryptos sont imposées en France, selon les règles françaises, que la plateforme soit suisse ou non. Le fait que la Suisse n’impose pas le gain d’un particulier ne vous en protège pas. Ces règles (cessions imposables, calcul, déclaration en euros) sont détaillées dans notre guide sur l’impôt crypto en France. Le compte ouvert chez une plateforme à l’étranger doit aussi être signalé chaque année à l’administration française sur le formulaire 3916-bis, comme l’explique ce guide. Un compte suisse n’est donc pas invisible : la Suisse échange déjà des données bancaires, et le CARF viendra s’y ajouter.

Frontaliers

Un frontalier qui vit en France et travaille à Genève, dans le canton de Vaud ou ailleurs reste, pour ses cryptos, un résident de France : ses jetons, ses plus-values et ses rendements suivent les règles françaises décrites dans notre guide. Le régime d’imposition de son salaire dépend de la convention et du canton de travail, et ne fait pas l’objet de cette leçon. Un point en revanche vient du droit suisse : si l’employeur verse une partie de la rémunération en jetons, elle est un revenu d’activité lucrative, déclarée sur le certificat de salaire à la valeur en francs au moment de la perception (chiffre 1 ou 3).

Français installés en Suisse

Un Français qui devient résident de Suisse entre dans le système décrit plus haut : impôt sur la fortune sur ses jetons au 31 décembre, gains privés en principe exonérés tant qu’il reste un investisseur privé, revenus de staking et d’airdrops imposés, risque de requalification en quasi-professionnel s’il négocie beaucoup. Le déménagement doit être réel et daté : le moment et le lieu de la résidence se déterminent selon les critères du droit de chaque État, et la convention départage les cas de double résidence. Avant de partir, vérifiez les règles de départ auprès de la DGFiP, en particulier pour les plus-values latentes ou les obligations déclaratives de l’année du changement ; cette leçon ne les détaille pas. Dans les deux sens, gardez des relevés datés de vos avoirs à la date du changement de résidence.

Les prochaines échéances à surveiller sont rapprochées. L’AFC publiera les valeurs au 31 décembre 2026 sur ICTax après la clôture de l’année, et ce sont elles qui serviront pour la déclaration 2026 ; le CARF ne peut pas démarrer en Suisse avant le 1er janvier 2027. Pour le reste de ce parcours, une leçon ultérieure traite du Canada, où la frontière entre gains en capital et revenu d’entreprise décide aussi de la plupart des cas.

Sources

  1. AFC : document de travail sur les cryptomonnaies et les ICO/ITO pour l'impôt sur la fortune, le revenu et le bénéfice, 14 décembre 2021 estv.admin.ch
  2. AFC, ICTax : liste des cours avec les valeurs de fin d'année des jetons (2023, 2024, 2025) ictax.admin.ch
  3. AFC : circulaire n° 36 sur le commerce professionnel de titres, 27 juillet 2012, copie publiée par Bâle-Campagne (en allemand) kanton.baselland.ch
  4. Canton de Zoug : notice sur les cryptomonnaies (bitcoin, ether, jetons), 22 juillet 2022 (en allemand) cdn.zg.ch
  5. Canton de Zurich : Steuerbuch 16.5, imposition des cryptomonnaies, 20 décembre 2017 (en allemand) zh.ch
  6. Canton de Zurich, Kantonales Steueramt : Steuern im Kanton Zürich, eine Kurzübersicht, novembre 2023 (en allemand) internet.zh.ch
  7. Canton d'Argovie : cryptomonnaies dans la déclaration d'impôt (en allemand) ag.ch
  8. Canton de Genève : imposition des particuliers détenant des crypto-monnaies, mise à jour le 11 novembre 2025 ge.ch
  9. Canton de Vaud, ACI : instructions générales 2025 pour la déclaration d'impôt vd.ch
  10. SFI : questions et réponses sur le Cadre de déclaration des crypto-actifs, mise à jour le 18 mai 2026 sif.admin.ch
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