Au Canada, un profit sur cryptoactifs est imposé sur la moitié du gain, pas sur les deux tiers. La hausse qui a fait les manchettes en 2024 n’est jamais entrée en vigueur : Ottawa l’a reportée en janvier 2025, puis le premier ministre l’a annulée le 21 mars 2025. Le débat sur le taux est donc clos. Le plus délicat, avec la taxe crypto au Canada, c’est l’étiquette que l’Agence du revenu du Canada (ARC) colle sur votre profit : un gain en capital n’est imposable qu’à moitié, un revenu d’entreprise l’est en entier, et vous ne choisissez pas.
Prenons un profit de 10 000 $ (dollars canadiens) sur du bitcoin. Déclaré comme gain en capital, 5 000 $ s’ajoutent à votre revenu. Déclaré comme revenu d’entreprise, ce sont les 10 000 $. Même opération, même prix, deux fois plus de revenu imposable. L’ARC tranche d’après votre façon d’opérer, pas d’après le nom que vous vous donnez.
Cette leçon fait suite à notre guide de l’impôt crypto en Suisse, où la frontière entre investisseur privé et trader professionnel décide aussi de tout. Le Canada a sa propre version de ce test. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il a aussi des formalités qui touchent des gens qui n’ont rien vendu : la déclaration de cryptoactifs du Québec et, pour les avoirs importants à l’étranger, le formulaire T1135. Le texte est écrit d’abord pour les lecteurs du Québec, ensuite pour les résidents de France qui ont un compte canadien. Montants et règles sont ceux d’octobre 2026 et valent pour les années d’imposition 2025 et 2026, sauf date contraire.
Le Canada impose les cryptos comme un bien : une vente ou un échange est une disposition
L’ARC ne traite pas les cryptos comme de la monnaie. Ses pages d’information pour les utilisateurs de cryptoactifs les considèrent comme des biens, ce qui explique que les règles sur les gains en capital s’y appliquent. L’agence précise que ces pages informent sans lier l’administration et que chaque dossier dépend de ses faits.
Ce qui crée un événement fiscal, c’est une disposition. Selon la page de l’ARC sur la déclaration du revenu tiré de transactions de cryptoactifs, vous disposez d’un cryptoactif quand vous :
- le vendez contre des dollars canadiens ou une autre monnaie d’État ;
- l’échangez contre un autre cryptoactif, par exemple de l’ether contre un stablecoin ;
- l’utilisez pour payer des biens ou des services, ce que l’ARC traite comme du troc ;
- le donnez ou en faites don.
L’ARC écrit que sa liste n’est pas exhaustive. Acheter des cryptos et les conserver n’est pas imposable au niveau fédéral. Déplacer des jetons entre des portefeuilles qui vous appartiennent n’est en général pas une disposition non plus. Les récompenses forment un cas à part : le minage et le staking sont imposables à la réception, comme on le verra plus bas.
Chaque événement imposable exige une valeur en dollars canadiens au moment où il survient. La page de l’ARC sur la détermination de la valeur des cryptoactifs demande une méthode raisonnable, appliquée de façon constante d’une année à l’autre, avec une trace de la façon dont vous l’avez utilisée. Elle ne désigne aucune source de cours officielle : les exemples reposent sur le prix d’une plateforme ou d’un courtier, ou sur une moyenne de plusieurs grandes plateformes. Chaque cryptoactif est évalué séparément.
Les registres comptent plus qu’on ne le croit. L’ARC demande aux utilisateurs de conserver leurs livres et registres pendant au moins six ans après la fin de la dernière année d’imposition visée : nombre et type d’unités de chaque transaction, date et heure, valeur en dollars canadiens, l’autre partie (même une simple adresse), adresses de vos portefeuilles et solde d’ouverture et de clôture de chacun à chaque année. Si vous passez par des plateformes, exportez régulièrement leurs historiques d’opérations et de transferts : les comptes se ferment et les plateformes disparaissent.
Les principes généraux, comme ce qu’est un coût d’acquisition ou pourquoi un échange vaut une vente, sont dans notre introduction à la fiscalité des cryptos. Le reste de cette leçon porte sur le Canada seul.
La moitié d’un gain en capital est imposable : la hausse aux deux tiers a été annulée
Pour un particulier, le taux d’inclusion des gains en capital est de un demi : 50 % du gain en capital net s’ajoute au revenu imposable, où il est taxé à votre taux marginal, fédéral plus provincial. Il n’existe pas de taux forfaitaire propre aux cryptos. Une perte en capital fonctionne à l’inverse : la moitié devient une perte en capital déductible, qui ne s’impute que sur des gains en capital imposables, pas sur votre salaire.
La confusion vient de 2024. Le budget du 16 avril 2024 proposait de porter le taux d’inclusion aux deux tiers pour les sociétés et les fiducies, et pour les particuliers sur la part de leurs gains annuels au-delà de 250 000 $, à compter du 25 juin 2024. La mesure n’a jamais été adoptée. Le 31 janvier 2025, le ministère des Finances l’a reportée au 1er janvier 2026, et le 21 mars 2025, le cabinet du premier ministre a annoncé (page en anglais) que le gouvernement « will cancel the proposed hike » du taux d’inclusion.
| Date | Ce qui s’est passé | Effet sur un gain en crypto |
|---|---|---|
| 16 avril 2024 | Le budget 2024 propose un taux de deux tiers au-delà de 250 000 $ par an pour les particuliers, dès le 25 juin 2024 | Simple proposition |
| 31 janvier 2025 | Les Finances reportent le changement au 1er janvier 2026 | La moitié s’applique encore aux gains de 2024 et 2025 |
| 21 mars 2025 | Le premier ministre annule la hausse | La moitié reste le taux pour tous les gains |
| Année d’imposition 2026 | Aucun nouveau changement proposé en octobre 2026 | Taux d’inclusion de un demi en vigueur |
Un piège subsiste en ligne. Un conseil fiscal de l’ARC daté du 31 janvier 2025 sur les « modifications proposées à l’imposition des gains en capital » décrit encore le report à 2026 comme si le taux de deux tiers allait arriver. L’annulation l’a dépassé : ne le lisez pas comme une règle actuelle. L’exonération cumulative des gains en capital de 1 250 000 $ a été maintenue, mais elle vise les actions de petites entreprises et les biens agricoles et de pêche, pas les cryptos.
Les pertes se reportent bien au Canada. Une perte en capital nette que vous ne pouvez pas utiliser cette année peut être reportée sur les trois années précédentes ou indéfiniment sur les années suivantes, d’après les pages de l’ARC sur les cryptos, et imputée aux gains en capital imposables de ces années.

Gain en capital ou revenu d’entreprise : le test que l’ARC applique
C’est la question qui change la facture. Si votre activité en cryptos constitue une entreprise, ou ce que les tribunaux appellent une affaire ou une opération de caractère commercial, tout le profit est un revenu d’entreprise. Vous pouvez alors déduire des dépenses, mais vous perdez l’inclusion à moitié. Aucun formulaire ne permet de choisir : l’ARC examine les faits, année par année et cas par cas.
Les facteurs que l’ARC énumère sur sa page sur le revenu tiré des cryptos sont ceux, classiques, du droit fiscal canadien :
- la fréquence des achats et des ventes, et le nombre de transactions ;
- la durée de détention, les périodes courtes évoquant le trading ;
- votre connaissance des marchés crypto et le temps que vous consacrez à les étudier ;
- le recours à l’emprunt pour financer les achats ;
- le fait de faire de la publicité ou de se présenter comme acheteur et vendeur de cryptos.
Aucun facteur ne tranche seul. Quelqu’un qui achète quelques jetons, les garde des années et en vend une partie pour financer une maison relève du gain en capital. Quelqu’un qui ouvre des dizaines de positions par semaine, emprunte pour le faire et passe ses journées devant les graphiques s’approche du revenu d’entreprise. L’ARC ajoute un avertissement qui surprend : même une transaction isolée peut être un revenu d’entreprise si elle a été faite dans une visée commerciale, par exemple acheter un jeton en prévoyant de le revendre vite avec profit.
Ce que la différence représente en dollars
Les exemples de l’ARC rendent l’écart concret. Un cryptoactif acheté 3 500 $ en 2018 et vendu 4 000 $ en 2025 donne un gain en capital de 500 $, dont 250 $ sont imposables. Côté entreprise, un trader avec 240 000 $ de ventes, 198 000 $ de coût des produits vendus et 2 000 $ de dépenses déclare 40 000 $ de revenu net d’entreprise, imposable en totalité.
| Même profit de 10 000 $ | Gain en capital | Revenu d’entreprise |
|---|---|---|
| Montant ajouté au revenu | 5 000 $ | 10 000 $ |
| Dépenses déductibles | Seulement les frais liés à la vente | Dépenses d’entreprise, selon les règles habituelles |
| Impôt à un taux marginal combiné supposé de 40 % | 2 000 $ | 4 000 $ |
| Pertes | La moitié déductible, seulement sur des gains imposables | Perte d’entreprise, déductible des autres revenus |
Le taux de 40 % du tableau est une hypothèse qui rend le calcul lisible, pas un taux que vous paierez forcément : votre taux réel dépend de votre revenu et de votre province. Quel que soit le taux, le traitement d’entreprise double le montant imposable d’un profit. Avec une perte, c’est l’inverse : une perte d’entreprise peut réduire le salaire et les autres revenus, alors qu’une perte en capital déductible ne compense que des gains en capital imposables.
Comment se calcule l’impôt sur les cryptos au Canada : prix de base rajusté et coût moyen
Un gain en capital, c’est le produit de disposition, moins le prix de base rajusté (PBR) des unités vendues, moins les dépenses engagées pour la vente. Le Canada applique le coût moyen aux biens identiques : le guide T4037 sur les gains en capital indique que, lorsque vous achetez des biens identiques à des prix différents, vous recalculez le coût moyen après chaque achat, et qu’une vente ne modifie pas le PBR par unité. Deux bitcoins achetés à des prix différents sont donc fondus en une seule moyenne, et non suivis lot par lot en premier entré, premier sorti, comme aux États-Unis.
Un échange crypto contre crypto compte pour deux opérations à la fois. Vous disposez du premier actif à sa juste valeur marchande et vous acquérez le second à cette même valeur, qui devient son coût. Exemple de l’ARC : un échange évalué à 20 600 $ contre un cryptoactif qui avait coûté 15 000 $ donne un gain de 5 600 $, dont 2 800 $ imposables. Si le coût initial avait été de 25 000 $, le résultat serait une perte de 4 400 $, dont 2 200 $ déductibles.
Sur la déclaration, les gains en capital sur cryptoactifs vont à la partie 3 de l’annexe 3, à la ligne des cryptoactifs (ligne 7 dans l’édition 2025 du T4037), avec le total des produits à la ligne 15200 et le gain ou la perte total à la ligne 15301. Le revenu d’entreprise tiré des cryptos suit plutôt le guide T4002 sur le revenu d’entreprise. Nous ne reprenons pas ici les méthodes détaillées : notre guide du calcul des plus-values crypto déroule le coût moyen et d’autres méthodes avec des exemples complets.
Staking, minage, airdrops et DeFi : ce que l’ARC a réellement dit
La page de l’ARC sur le minage et le staking est plus étroite que ne le pensent la plupart des lecteurs. Pour le staking, elle ne couvre qu’un cas : les récompenses gagnées sur une plateforme centralisée sont en général un revenu au moment où elles sont créditées dans votre portefeuille sur la plateforme. Leur valeur en dollars canadiens à ce moment est un revenu, et devient aussi le coût de ces unités quand vous les vendrez plus tard.
Pour le minage, l’ARC écrit que, dans la plupart des cas, elle estimera que vous exploitez une entreprise, vu l’ampleur et les moyens engagés. La valeur des jetons est un revenu d’entreprise au moment où ils sont gagnés, et les mineurs ASIC et les ordinateurs à cartes graphiques peuvent donner droit à la déduction pour amortissement de la catégorie 50. Un non-résident qui mine avec du matériel situé au Canada peut y exploiter une entreprise.
Ce que l’ARC n’a pas publié compte autant. Il n’existe pas, en octobre 2026, de page de l’ARC sur le staking depuis son propre portefeuille (auto-conservation), sur les airdrops, sur les hard forks, sur le prêt DeFi ou les pools de liquidité, ni sur les jetons enveloppés. Les fiscalistes ont des avis sur chacun et les logiciels appliquent des traitements par défaut, mais ce n’est pas la position de l’agence. Si ces revenus pèsent dans votre dossier, notez la méthode retenue et pourquoi, car c’est ce que demandera un vérificateur.
Une autre page de l’ARC traite de la TPS/TVH pour les entreprises qui acceptent ou échangent des cryptos. Elle concerne les taxes de vente, pas l’impôt sur le revenu, et n’a pas d’effet sur la déclaration d’un investisseur particulier.
La perte apparente : une perte que vous ne pouvez peut-être pas encore réclamer
Vendre à perte puis racheter aussitôt pour constater la perte est un classique de fin d’année. Le Canada le bloque pour les immobilisations avec la règle de la perte apparente, exposée au chapitre 5 du guide T4037. Une perte est apparente quand vous, ou une personne affiliée, acquérez le même bien ou un bien identique pendant la période qui commence 30 jours civils avant la vente et se termine 30 jours après, et que vous-même ou cette personne le possédez encore, ou avez le droit de l’acheter, 30 jours après la vente.
Les personnes affiliées comprennent votre conjoint ou conjoint de fait, une société que vous contrôlez ou que contrôle votre conjoint, et certaines sociétés de personnes et fiducies où vous détenez une participation majoritaire. Une perte apparente n’est pas déductible. Elle s’ajoute généralement au prix de base rajusté du bien de remplacement : la perte est donc reportée jusqu’à la disposition de ce bien, et non perdue pour de bon.
Pour les cryptos, il y a un vide. L’ARC n’a publié aucune position propre aux cryptos sur la perte apparente et n’a pas dit quels cryptoactifs sont des biens identiques. Comme les cryptos sont des immobilisations pour la plupart des investisseurs, les fiscalistes appliquent la règle au même jeton racheté sur n’importe quelle plateforme. Les cas plus durs, comme le bitcoin face à un jeton de bitcoin enveloppé, n’ont pas de réponse publiée.
Québec : une deuxième déclaration et un formulaire de cryptoactifs, même sans aucune vente
Le Québec est la seule province qui gère sa propre déclaration de revenus des particuliers. Les résidents produisent un T1 fédéral à l’ARC et une déclaration TP-1 à Revenu Québec. Le test gain en capital ou revenu d’entreprise est le même des deux côtés, et le Québec a lui aussi gardé le taux d’inclusion de un demi : il a suivi le report d’Ottawa en février 2025, puis son ministère des Finances a annoncé dans sa mise à jour économique du 25 novembre 2025 qu’il annulait la hausse, en cohérence avec la décision fédérale. La différence tient aux obligations de déclaration.
Depuis l’année d’imposition 2024, Revenu Québec exige un formulaire dédié : la Déclaration de cryptoactifs, formulaire TP-21.4.39 (page en anglais, TP-21.4.39-V). Revenu Québec l’a annoncé comme nouveau formulaire pour l’année 2024 dans un communiqué du 22 janvier 2025. La ligne 24 de la TP-1 demande si vous avez eu des cryptoactifs pendant l’année. Un oui entraîne le formulaire, à remettre avec la déclaration, à la même date limite.
Le champ est plus large que les règles fédérales. Le formulaire s’adresse aux particuliers, aux particuliers en affaires, aux sociétés et aux fiducies qui, durant une année d’imposition, détiennent, acquièrent, aliènent ou utilisent des cryptoactifs. La page d’aide de Revenu Québec sur la ligne 24 de la déclaration 2025 vise toute personne qui a détenu, reçu ou aliéné des cryptoactifs en 2025, ou les a utilisés dans une transaction. Détenir figure dans les deux listes. Un résident du Québec qui a gardé du bitcoin toute l’année 2025 sans rien vendre a donc tout de même un formulaire à produire pour 2025, alors qu’aucun impôt fédéral n’est dû sur cette détention.
Le formulaire commence par demander si vous déteniez des cryptoactifs au début et à la fin de l’année. Chaque type de cryptoactif compte comme un actif distinct avec sa propre évaluation, et les parties à remplir dépendent de ce que vous avez fait : gain en capital, revenu d’entreprise, revenu de location ou intérêts ont chacun leur section.
Les pénalités sont imprimées dans le formulaire. Dans sa première version, de décembre 2024, le défaut de production coûte 25 $ par jour de retard après la date limite, jusqu’à 2 500 $, et chaque renseignement manquant ou inexact coûte 100 $. Cette version demandait aussi, à qui avait plus d’une transaction, de joindre une liste détaillée pour chaque type de cryptoactif, et elle répartissait les gains en capital de 2024 entre ceux réalisés avant et après le 25 juin 2024, vestige de la hausse de taux qui n’a pas eu lieu. Revenu Québec note que le formulaire a été modifié le 16 avril 2025 : lisez les instructions de la version de votre année d’imposition avant de vous fier à ces détails.
Cryptos détenues à l’étranger : le formulaire T1135 au-delà de 100 000 $
Le formulaire T1135, le Bilan de vérification du revenu étranger, est un formulaire d’information, pas un impôt. Un résident du Canada doit le produire si, à un moment de l’année, le coût total de ses biens étrangers déterminés dépassait 100 000 $. Les questions et réponses de l’ARC sur le T1135 insistent : le coût s’entend en général du prix de base rajusté, pas de la valeur marchande. Un portefeuille qui a coûté 40 000 $ et vaut maintenant 150 000 $ ne franchit pas la barre à lui seul.
Le seuil joint tous les biens étrangers : actions détenues chez un courtier étranger, argent dans un compte bancaire étranger et, selon la lecture courante, cryptos détenues hors du Canada. Entre 100 000 $ et 250 000 $ de coût total, la section simplifiée (partie A) suffit. À partir de 250 000 $, chaque bien doit être détaillé (partie B). Le formulaire est dû avec la déclaration, soit le 30 avril pour la plupart des particuliers et le 15 juin pour les travailleurs autonomes.
Les pénalités sont lourdes pour un formulaire qui ne porte aucun impôt. Le tableau des pénalités de l’ARC (en anglais) prévoit 25 $ par jour de retard, jusqu’à 100 jours, avec un minimum de 100 $ et un maximum de 2 500 $. Omettre sciemment ou par négligence grave de produire le formulaire coûte 500 $ par mois jusqu’à 24 mois (12 000 $ au plus), et 1 000 $ par mois, jusqu’à 24 000 $, quand l’omission suit une mise en demeure. Un T1135 tardif ou absent peut aussi donner à l’ARC trois années de plus pour établir une nouvelle cotisation sur le revenu étranger concerné.
Cryptos et T1135 : le point resté ouvert
Les pages de l’ARC sur le T1135 ne mentionnent nulle part les cryptos, les portefeuilles ou l’auto-conservation. Les directives de l’ARC énumèrent des « fonds ou biens incorporels » situés, déposés ou détenus hors du Canada, et la plupart des fiscalistes y lisent les cryptos. Dans cette lecture, les jetons sur une plateforme étrangère comptent dans les 100 000 $, ceux sur une plateforme canadienne en général pas.
Les cryptos en auto-conservation sont le cas où personne ne peut répondre avec certitude. Une clé privée n’a pas de pays, et l’ARC n’a pas dit comment localiser un cryptoactif gardé dans votre propre portefeuille. Certains conseillers le comptent comme bien étranger par prudence, d’autres non. Si vos avoirs étrangers, cryptos comprises, approchent 100 000 $ de coût, produire le formulaire coûte peu et un avis professionnel vaut la peine, car la pénalité s’applique même quand aucun impôt n’était dû.
Le CARF : les plateformes déclareront vos cryptos à l’ARC
Le fisc a déjà des moyens de voir l’activité crypto. Les plateformes canadiennes recueillent l’identité de leurs clients, et l’agence peut demander à un tribunal une demande péremptoire visant des personnes non désignées. Par une requête à la Cour fédérale déposée en septembre 2025, l’ARC a obtenu une ordonnance sur les données d’environ 2 500 utilisateurs de Dapper Labs, l’entreprise derrière NBA Top Shot, après avoir d’abord visé ses 18 000 principaux utilisateurs, a rapporté The Block (en anglais) le 7 décembre 2025, d’après La Presse canadienne. C’était seulement la deuxième ordonnance de ce type contre une entreprise crypto canadienne, après celle visant la plateforme torontoise Coinsquare.
Le même article donnait un ordre de grandeur : une équipe de vérification crypto de 35 personnes à l’ARC avait travaillé sur plus de 230 dossiers et récupéré plus de 100 millions de dollars en trois ans, sans qu’aucune accusation criminelle n’ait été portée depuis 2020.
Le Cadre de déclaration des cryptoactifs de l’OCDE (CARF) rendra cela routinier. Les prestataires de services crypto résidents du Canada ou qui y exercent des activités déclareront à l’ARC l’identité, la résidence fiscale et les transactions de leurs utilisateurs, et l’ARC échangera ces données avec les pays partenaires. Dans son balado Taxology (en anglais) de juin 2026 consacré aux cryptos, l’ARC a indiqué que 67 pays ont mis en œuvre ou mettront en œuvre le CARF.
La date de départ dépend de la source, voici les deux. Les mesures fiscales du budget 2025 présentent les propositions sur le CARF publiées le 15 août 2025 comme « soumises à une date d’application reportée au 1er janvier 2027 ». Le balado de l’ARC du 24 juin 2026 dit que les obligations de déclaration des prestataires commencent le 1er janvier 2028. Un fiscaliste qui écrit sur Mondaq (en anglais) le 22 octobre 2026 les concilie : selon le projet de loi C-31, la Loi nº 2 d’exécution du budget de 2025 déposée le 6 mai 2026, 2027 est la première année sur laquelle les plateformes déclarent et 2028 la première année où elles produisent. Le même article indique que le projet de loi n’avait pas reçu la sanction royale au 12 octobre 2026 : les dates peuvent encore bouger. Dans l’Union européenne, le système cousin, DAC8, a son propre premier échange de données en 2027.
Pour vous, le CARF n’ajoute aucun formulaire. Il signifie que l’ARC détiendra les chiffres que votre déclaration doit recouper. L’ARC renvoie les contribuables qui ont des omissions passées à son Programme des divulgations volontaires, qui permet de corriger des déclarations antérieures avant qu’elle ne vous contacte, avec une issue décidée au cas par cas.

Résidents de France avec un compte canadien, Français au Québec et convention fiscale
Pour un résident fiscal de France, c’est la résidence qui décide, pas l’endroit où se trouve la plateforme. Avoir un compte chez un courtier ou une plateforme canadienne ne fait pas de vous un contribuable canadien : vous restez imposable en France sur vos plus-values, selon les règles de notre guide de la fiscalité des cryptos en France, qui explique aussi le calcul propre à la France. Le Canada, de son côté, impose les résidents du Canada sur leur revenu mondial, et les non-résidents seulement sur certains revenus de source canadienne.
Côté obligations déclaratives, un compte d’actifs numériques ouvert auprès d’une plateforme établie à l’étranger se signale en France sur le formulaire 3916-bis, joint à la déclaration de revenus. Une plateforme canadienne entre dans ce cas : le compte se déclare même quand vous n’y avez rien vendu. Nous ne détaillons pas ici les sanctions ni les cas particuliers, qui sont dans le guide français et sur impots.gouv.fr.
La France et le Canada ont signé une convention fiscale destinée à éviter la double imposition. Elle règle les conflits entre les deux États, notamment pour les personnes qui pourraient être résidentes des deux pays à la fois : la résidence, définie par des critères de rattachement, détermine quel État peut imposer. Nous ne citons pas d’article précis : le texte de la convention, publié par les deux administrations, fait foi. Si vous êtes dans ce cas, demandez un avis à un conseiller qui connaît les deux systèmes.
Un Français qui s’installe au Québec devient en général résident du Canada, donc imposé au Canada sur son revenu mondial, avec en prime la déclaration de cryptoactifs du Québec décrite plus haut. À l’arrivée, il est en général réputé avoir aliéné puis réacquis la plupart de ses biens à leur juste valeur marchande, ce qui fixe le coût de ses cryptos pour les ventes futures. À l’inverse, quitter la France a ses propres règles, que le guide français aborde. Les deux sorties et entrées ne se compensent pas automatiquement : les règles de résidence de chaque pays décident de la date et du lieu d’imposition du gain.
Si vous comparez avec les voisins de ce parcours, les contrastes sont nets : la Suisse exonère la plupart des gains privés mais taxe la fortune, et la Belgique a introduit un impôt sur les plus-values, comme l’explique notre leçon sur la fiscalité crypto belge. Le Canada se place entre les deux, avec un gain imposé à moitié et sans impôt sur la fortune.
Quitter ou arriver au Canada
Quitter le Canada déclenche ce qu’on appelle souvent l’impôt de départ. D’après la page de l’ARC sur les dispositions de biens lors d’une émigration (en anglais), vous êtes réputé avoir vendu la plupart de vos biens à leur juste valeur marchande le jour où vous cessez d’être résident, puis les avoir rachetés au même montant. Tout gain non réalisé sur des cryptos détenues comme immobilisations est donc imposé à ce moment. Si la juste valeur marchande de l’ensemble de vos biens dépasse 25 000 $ à votre départ, vous produisez aussi le formulaire T1161 qui les énumère, avec des pénalités en cas de retard.
Les cryptos ne sont pas nommées sur cette page, mais rien dans la règle ne les exclut. Les personnes qui arrivent au Canada sont en général réputées avoir aliéné et réacquis la plupart de leurs biens à la date où elles deviennent résidentes, ce qui compte pour le coût retenu lors des ventes futures. Pour un nouvel arrivant, cette remise à zéro fait en général de la juste valeur marchande du jour d’arrivée le coût de chaque actif, point que les questions et réponses de l’ARC sur le T1135 rappellent aussi pour les nouveaux résidents.
Les prochaines étapes sont concrètes : exportez dès maintenant vos historiques de plateformes pour 2026, décidez chiffres en main si votre activité ressemble à de l’investissement ou à du trading, et notez la date limite du 30 avril 2027 pour la déclaration 2026 (15 juin 2027 si vous ou votre conjoint êtes travailleur autonome, le solde restant dû au 30 avril).



