Si vous avez vendu du bitcoin ou une autre crypto-monnaie en 2025 en étant résident fiscal en Italie, la plus-value est taxée à 26 %, et la déclaration qui la mentionne, le formulaire Redditi Persone Fisiche 2026 (la déclaration de revenus des personnes physiques), doit parvenir en ligne à l’Agenzia delle Entrate (l’administration fiscale italienne) au plus tard le lundi 2 novembre 2026. Tout ce que vous vendez à partir du 1er janvier 2026 est taxé à 33 %, avec une exception pour les stablecoins en euros. Voilà, en résumé, la taxe crypto en Italie en octobre 2026.
Le détail compte, car deux autres obligations touchent des personnes qui n’ont pas vendu un seul jeton. Tout résident italien qui détient des cryptos doit les inscrire dans la partie « suivi fiscal » de la déclaration (le quadro RW, ou le quadro W du formulaire 730), et la plupart doivent aussi un impôt annuel de 0,2 % sur la valeur de leurs avoirs. L’amende pour un RW oublié est un pourcentage du montant omis, pas un forfait.
Cette leçon explique les règles italiennes à un lecteur français : quel taux s’applique à quelle année, ce qui constitue un fait générateur, ce qui se remplit dans chaque partie de la déclaration, ce que le fisc italien reçoit déjà sur vous et ce qui change quand les plateformes commencent à déclarer au titre de la directive européenne DAC8. Une section est consacrée au cas qui concerne le plus les lecteurs de ce site : celui d’un résident français qui ouvre un compte chez un prestataire italien, d’un frontalier, ou de quelqu’un qui s’installe de l’autre côté des Alpes. Les principes généraux (pourquoi un échange peut être une cession, pourquoi l’historique compte) sont dans notre introduction à la fiscalité des cryptos, et le système français a fait l’objet de la leçon précédente de ce parcours. Rien de tout cela n’est un conseil fiscal : les règles ci-dessous sont générales, et un commercialista (expert-comptable italien) ou un conseil fiscal doit examiner votre situation.
Taxe crypto en Italie : une catégorie à part, avec son propre taux
Depuis la loi de finances pour 2023 (loi 197/2022), l’Italie applique une règle spécifique aux crypto-actifs. Les plus-values de vente, d’échange ou d’autre cession, et les revenus tirés de leur détention, relèvent des redditi diversi (« revenus divers ») de l’article 67, alinéa 1, lettre c-sexies du code des impôts sur le revenu, le TUIR (dans sa version applicable aux revenus 2025 et 2026). Ils ne s’ajoutent pas à votre salaire et ne sont pas soumis à votre taux marginal d’IRPEF (l’impôt progressif italien sur le revenu). Ils supportent une imposta sostitutiva, un impôt libératoire à taux fixe, calculé sur la seule plus-value nette.
Le champ est celui des crypto-actifs au sens large utilisé par le règlement européen MiCA : cryptomonnaies comme le bitcoin et l’ether, jetons utilitaires, stablecoins et NFT. L’Agenzia delle Entrate a exposé sa lecture de la loi dans une circulaire de 118 pages, la n° 30/E du 27 octobre 2023, qui reste la référence pour l’application de l’impôt.
Ce qui détermine les règles applicables, c’est la résidence fiscale, pas la nationalité. L’article 2 du TUIR, réécrit à partir de 2024, considère comme résident quiconque, pendant la majeure partie de l’année fiscale, a sa résidence ou son domicile au sens du droit civil en Italie, ou y est présent physiquement. Le domicile désigne désormais le lieu où se situent principalement vos relations personnelles et familiales. Les personnes inscrites au registre de la population (l’anagrafe) pendant la majeure partie de l’année sont présumées résidentes, sauf preuve contraire. Un résident italien est imposé sur ses plus-values crypto où que se trouvent la plateforme ou le portefeuille.
Détenir des jetons ne déclenche pas l’impôt sur les plus-values (l’impôt distinct de 0,2 % sur la valeur est expliqué plus bas), pas plus que le transfert de jetons entre deux portefeuilles qui vous appartiennent. L’impôt naît quand vous réalisez un gain : vente contre euros ou une autre monnaie, paiement d’un bien ou d’un service en crypto, ou échange contre un actif qui n’a pas les mêmes caractéristiques et fonctions (voir plus bas). Les revenus de détention, comme les récompenses de staking ou les intérêts de prêt, sont aussi imposés, pour leur montant brut : les instructions de la déclaration précisent que ces revenus sont taxés « senza alcuna deduzione », c’est-à-dire sans aucune déduction.
Impôts crypto en Italie : 26 % pour les ventes de 2025, 33 % dès le 1er janvier 2026
L’Italie a changé deux fois en deux ans le prix d’une vente de crypto. La loi de finances pour 2025 (loi 207 du 30 décembre 2024) a fait deux choses. L’alinéa 25 de son article 1 a supprimé la franchise annuelle de 2 000 euros pour les ventes réalisées à partir du 1er janvier 2025 : chaque euro de plus-value est désormais imposable. L’alinéa 24 a fixé le taux à 33 % pour les gains « realizzati a decorrere dal 1° gennaio 2026 », c’est-à-dire réalisés à compter du 1er janvier 2026.
La loi de finances pour 2026 (loi 199 du 30 décembre 2025, article 1, alinéa 28) a conservé les 33 % mais en a exclu les jetons de monnaie électronique libellés en euros, qui restent à 26 %. Une proposition du parti Lega, en janvier 2026, visant à repousser les 33 % à 2027 a été déposée sous forme d’amendement au décret annuel « Milleproroghe » ; nous n’avons trouvé aucune trace de son adoption, et les textes officiels indiquent toujours 33 % pour 2026.
| Quand la plus-value est réalisée | Taux | Franchise de 2 000 euros | Déclarée dans |
|---|---|---|---|
| 2023 et 2024 | 26 % | Oui, seulement au-delà de 2 000 euros par an | Déclarations déposées en 2024 et 2025 |
| Du 1er janvier au 31 décembre 2025 | 26 % | Non (supprimée) | Redditi PF 2026, à déposer avant le 2 novembre 2026 |
| Depuis le 1er janvier 2026, cryptos en général | 33 % | Non | Déclaration déposée en 2027 |
| Depuis le 1er janvier 2026, jetons de monnaie électronique en euros | 26 % | Non | Déclaration déposée en 2027 |
Sources : loi 197/2022, loi 207/2024 article 1 alinéas 24 et 25, loi 199/2025 article 1 alinéa 28, instructions de la déclaration Redditi PF 2026 (mises à jour le 13 mai 2026). Sur une plus-value de 10 000 euros, l’écart est de 700 euros : 2 600 euros d’impôt pour une vente de décembre 2025, 3 300 euros pour la même vente en janvier 2026.

Les stablecoins en euros ont gardé le taux de 26 %
L’exception ajoutée pour 2026 est étroite. Elle vise les revenus de détention, de vente ou d’utilisation de jetons de monnaie électronique libellés en euros, au sens de MiCA. La loi les définit comme des jetons dont la valeur est stablement liée à l’euro et dont les réserves sont intégralement placées en actifs en euros auprès d’établissements autorisés dans l’Union européenne. Pour ces jetons, le taux reste à 26 %. Le même alinéa précise que le simple fait de convertir des euros en jetons de monnaie électronique en euros, ou de les racheter en euros à leur valeur nominale, n’est pas une cession.
Les stablecoins en dollars ne sont pas couverts, même lorsqu’blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il s’agit de jetons de monnaie électronique autorisés dans l’Union. Pour mieux distinguer les types de jetons, voyez notre guide sur ce que sont les stablecoins et comment ils tiennent leur parité.
Pourquoi les bases juridiques italiennes affichent la clause des 33 % comme abrogée
Un lecteur qui ouvre la loi 207/2024 sur Normattiva, le portail officiel du droit italien, peut voir l’alinéa 24 marqué « abrogato » (abrogé) par le décret législatif 117 du 19 juin 2026. Ce décret est un nouveau code consolidé de l’impôt sur le revenu (Testo unico delle imposte sui redditi), publié à la Gazzetta Ufficiale le 3 juillet 2026, qui rassemble des dispositions fiscales dispersées en un seul texte et s’applique à partir du 1er janvier 2027. Nous avons vérifié l’historique des versions du portail : l’alinéa 24, avec le taux de 33 % et l’exception pour les jetons en euros, apparaît en vigueur au 31 décembre 2026 et abrogé seulement à partir du 1er janvier 2027, quand le nouveau code prend le relais.
En pratique, les 33 % s’appliquent aux plus-values crypto réalisées en 2026, sous les anciens numéros d’article. À partir de l’année fiscale 2027, les règles figureront dans le nouveau code sous d’autres numéros. Les commentateurs décrivent ce code comme une compilation qui ne modifie pas les taux, mais nous n’avons pas pu lire en entier ses articles sur les cryptos et n’avons pas vérifié où se trouvent désormais les 33 % : tant que l’Agenzia n’a pas publié des instructions à jour, considérez tout nouveau numéro d’article que vous croiseriez comme non confirmé.
Quelles opérations sont imposées, et quels échanges crypto contre crypto ne le sont pas
L’Italie est plus généreuse que beaucoup de pays sur les échanges. La loi dit qu’un échange entre crypto-actifs aux « eguali caratteristiche e funzioni » (caractéristiques et fonctions identiques) n’est pas un fait générateur. Dans la circulaire 30/E, l’Agenzia donne deux exemples : acheter de l’ether avec du bitcoin n’est pas une cession, ni l’échange d’un NFT contre un autre. Le jeton reçu reprend le coût en euros du jeton cédé : la plus-value n’est donc que repoussée jusqu’à une cession imposable.
La frontière tient à la fonction, et non au simple fait que les deux côtés soient des jetons. C’est une vraie différence avec la France, où, comme l’explique notre leçon sur l’impôt crypto en France, un échange entre crypto-actifs sans soulte en euros est placé en report quels que soient les jetons, stablecoins compris d’après la loi en vigueur en octobre 2026. En Italie, le même passage vers un stablecoin peut déjà être imposable.
D’autres échanges sont imposés parce que les deux actifs n’ont pas le même rôle :
- L’achat d’un NFT avec une cryptomonnaie est un échange imposable, selon la circulaire.
- L’échange d’une cryptomonnaie contre un jeton de monnaie électronique (un stablecoin qui donne droit au remboursement à la valeur nominale dans une monnaie officielle, comme l’USDC ou l’EURC) est imposable, car le jeton compte comme de la monnaie électronique.
- L’échange d’une cryptomonnaie contre un jeton se référant à des actifs (adossé à un panier d’actifs) n’est pas imposable, selon la même circulaire.
- Dépenser des cryptos pour payer un bien ou un service est une cession, à la valeur de ce que vous avez reçu.
Une question reste ouverte dans la loi : quand vous échangez du bitcoin contre un jeton de monnaie électronique en euros en 2026, la plus-value est-elle taxée à 33 % (le gain est né sur le bitcoin) ou à 26 % (l’opération porte sur un jeton en euros) ? La loi de finances 2026 ne le dit pas. Tant que l’Agenzia n’a pas publié de position, demandez à votre conseil ou à votre intermédiaire quel taux il applique.
Les pertes sont elles aussi traitées de façon asymétrique. La circulaire indique que la perte ou le vol des clés privées n’est pas une perte fiscalement pertinente : les jetons perdus par une phrase de récupération oubliée ou par un piratage ne sont donc pas déductibles.
Comment la plus-value imposable est calculée
La plus-value est la différence entre ce que vous avez reçu (le prix en euros, ou la valeur normale de ce que vous avez obtenu dans un échange imposable) et ce que l’actif vous a coûté. Trois points piègent les débutants :
- Le coût doit être documenté « avec des éléments certains et précis », selon les termes des instructions ; si vous ne pouvez pas le prouver, le coût est nul et tout le prix de vente est imposé.
- Contrairement aux actions, les frais et commissions sur cryptos ne peuvent pas s’ajouter au coût d’acquisition, en vertu de l’article 68, alinéa 9-bis du TUIR.
- Les jetons reçus par succession prennent la valeur déclarée pour les droits de succession ; ceux reçus par donation conservent le coût du donateur.
Gains et pertes d’une même année se compensent. Une perte nette peut être reportée sur les plus-values crypto des quatre années fiscales suivantes, à condition d’avoir été déclarée dans la déclaration de l’année où elle est survenue. Pour les pertes réalisées à partir de 2025, l’ancien plancher de 2 000 euros ne s’applique plus. La méthode de calcul détaillée, avec des chiffres pour l’Italie, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, fait l’objet d’une leçon ultérieure de ce parcours.
Déclaration ou intermédiaire italien : qui paie l’impôt libératoire
Par défaut, vous déclarez et payez l’impôt vous-même par votre déclaration. Les résidents italiens qui conservent leurs cryptos chez un intermédiaire italien peuvent opter pour le régime du risparmio amministrato (« épargne gérée »), dans lequel l’intermédiaire applique l’impôt libératoire à chaque vente et le verse pour vous. La circulaire précise que les intermédiaires de ce régime utilisent le coût moyen pondéré des jetons. Quand l’intermédiaire a prélevé l’impôt, les avoirs qu’il gère sortent aussi de l’obligation de suivi décrite plus bas, en vertu de l’article 4, alinéa 3 du décret-loi 167/1990.
Les plateformes étrangères n’agissent pas comme agents payeurs italiens, et personne ne prélève rien sur un portefeuille matériel. Pour les jetons détenus ainsi, la déclaration est la seule voie. Notre guide sur le fonctionnement des plateformes centralisées explique la différence entre la conservation chez une plateforme et la garde de ses propres clés.
Quadro RW : déclarer ses cryptos même sans avoir rien vendu
Le quadro RW est la partie de la déclaration Redditi consacrée au monitoraggio fiscale, le suivi fiscal des investissements à l’étranger. Depuis le 1er janvier 2023, l’article 4 du décret-loi 167/1990 inclut expressément les crypto-actifs : les résidents qui en détiennent doivent les inscrire dans leur déclaration, de même que les bénéficiaires effectifs qui ne les détiennent pas directement. La position de l’Agenzia, confirmée dans la circulaire 30/E, est que l’obligation s’applique quel que soit le mode de conservation et que les jetons soient détenus en Italie ou à l’étranger. Pour un lecteur français, c’est l’équivalent, en plus large, de notre formulaire 3916-bis, avec une différence de taille : le RW vise aussi les avoirs conservés en Italie.
Concrètement, d’après les instructions de la déclaration Redditi PF 2026 et la circulaire :
- Une ligne par portefeuille ou compte numérique, avec la valeur au début et à la fin de l’année (ou à la date où vous vous en êtes séparé).
- Chaque ligne porte le code d’investissement 21 (« cripto-attività ») dans les instructions actuelles, qui a remplacé le code 14 mentionné dans la circulaire de 2023 ; le code du pays est facultatif pour les cryptos, de sorte que les jetons sur une clé USB, un téléphone ou un ordinateur sont déclarés aussi et que la garde autonome n’est pas une échappatoire au RW.
- L’obligation vaut même si vous avez tout vendu pendant l’année : vous déclarez quand même ce que vous déteniez et pendant combien de jours.
- L’exonération de 15 000 euros prévue par la loi ne vaut que pour les dépôts et comptes bancaires détenus à l’étranger, pas pour les cryptos. Il n’existe aucun montant minimal pour les cryptos.
- Un portefeuille chez un intermédiaire italien qui n’a pas prélevé l’impôt figure quand même au RW.
Ceux qui déposent le formulaire simplifié 730 au lieu du Redditi PF peuvent déclarer les mêmes avoirs dans le quadro W, que l’Agenzia décrit comme couvrant les crypto-actifs détenus par des portefeuilles, comptes numériques ou autres systèmes de conservation, ainsi que l’impôt sur la valeur ci-dessous. Les données à saisir suivent les instructions du RW.
Le RW déclare ce que vous détenez, pas ce que vous avez gagné. Un résident qui a acheté 3 000 euros de bitcoin en 2025 et n’a rien fait d’autre doit quand même le remplir. Notre guide sur les portefeuilles crypto explique la différence entre comptes en dépôt et portefeuilles que vous contrôlez, ce qui permet de savoir combien de lignes il vous faut.

L’impôt de 0,2 % sur la valeur des cryptos
C’est aussi dans le RW que la plupart des détenteurs paient l’imposta sul valore delle cripto-attività, un impôt sur la valeur des crypto-actifs, souvent abrégé IVCA dans les guides italiens (l’Agenzia n’emploie pas le sigle). Il a été créé par la loi de finances pour 2023, qui a modifié l’article 19 du décret-loi 201/2011. Ce n’est pas l’IVAFE, l’ancien impôt sur les actifs financiers détenus à l’étranger : la circulaire 30/E relève que les cryptos étaient hors du champ de l’IVAFE avant 2023, et cet impôt comble ce vide.
L’impôt est de 2 pour mille (0,2 %) de la valeur au 31 décembre. Les instructions en fixent les règles :
- La valeur est celle indiquée par la plateforme où vous avez acheté les jetons ; à défaut, celle d’une plateforme comparable ou d’un site de données de marché ; à défaut, le prix d’achat.
- Le montant est proportionnel au nombre de jours de détention et à votre quote-part si les jetons sont détenus en commun.
- Tout résident détenant des cryptos le doit, sauf si un intermédiaire a déjà prélevé le droit de timbre équivalent, lui aussi de 2 pour mille : il n’y a donc pas de double prélèvement.
- Le paiement passe par un formulaire F24 sous le code tributaire 1727, aux mêmes dates que l’impôt sur le revenu, acomptes compris (codes 1728 et 1729), avec un crédit pour un impôt équivalent sur la fortune payé à l’étranger sur les mêmes jetons.
- Le total calculé à la ligne RW8, pour toutes vos cryptos ensemble, n’est pas payé lorsqu’il ne dépasse pas 12 euros.
Quelques exemples de calcul : 20 000 euros détenus toute l’année en nom propre coûtent 40 euros ; le même portefeuille détenu à 50 % en commun coûte 20 euros. Si votre seule crypto est un portefeuille de 5 000 euros, l’impôt est de 10 euros, sous la limite de 12 euros : rien n’est payé, mais le portefeuille doit quand même être déclaré. Cet impôt est dû que vous ayez réalisé une plus-value ou non.
Certains blogs confondent cet impôt avec la taxe italienne sur les transactions financières appliquée aux actions, que la loi de finances 2026 a doublée de 0,2 % à 0,4 %. Cette hausse ne concerne pas les cryptos.
Monitoraggio fiscale : ce que l’Agenzia delle Entrate voit déjà
Le suivi fonctionne dans les deux sens. De votre côté, le quadro RW. De l’autre, les banques, établissements de paiement, prestataires d’échange de cryptos et fournisseurs de portefeuilles en dépôt établis en Italie doivent signaler à l’Agenzia les transferts vers et depuis l’étranger qu’ils traitent pour leurs clients, y compris en monnaie virtuelle, à partir de 5 000 euros (le seuil a été abaissé de 15 000 euros en juin 2022, comme le note la circulaire 30/E). Avant l’arrivée des agréments MiCA, les prestataires de services crypto actifs en Italie devaient figurer dans un registre tenu par l’OAM, l’organisme qui supervise aussi les agents financiers ; ils ont désormais besoin d’un agrément MiCA.
Les sanctions pour le contribuable sont fixées par l’article 5 du décret-loi 167/1990, dans la version en vigueur le 24 octobre 2026 :
- De 3 % à 15 % des montants non déclarés, pour un RW absent ou incomplet.
- De 6 % à 30 % lorsque les actifs sont détenus dans un pays figurant sur la liste italienne des régimes fiscaux privilégiés.
- Un forfait de 258 euros si la déclaration est déposée dans les 90 jours suivant l’échéance.
- Pour les intermédiaires qui omettent de signaler les transferts, de 10 % à 25 % du montant non signalé.
Pour donner l’échelle : omettre un portefeuille de 50 000 euros du RW expose à une amende de 1 500 à 7 500 euros, avant tout impôt dû sur les plus-values ou sur la valeur. Le droit italien permet aussi une régularisation tardive à pénalités réduites (ravvedimento operoso) tant que l’administration n’a pas notifié d’avis formel ; un commercialista peut en chiffrer le montant.
DAC8 : dès 2026, les plateformes déclarent votre activité crypto au fisc
Le suivi s’élargit beaucoup à partir de 2026. La directive européenne dite DAC8 (directive 2023/2226) oblige les prestataires de services sur crypto-actifs à collecter et à transmettre des données sur leurs clients résidents de l’Union. L’Italie l’a transposée par le décret législatif 194 du 10 décembre 2025, en vigueur depuis le 6 janvier 2026.
L’article 13 du décret italien prévoit qu’à partir de la période de déclaration ouverte le 1er janvier 2026, les prestataires transmettent leurs données à l’Agenzia avant le 30 juin de l’année suivante : les premiers rapports italiens sont donc attendus pour le 30 juin 2027. Pour chaque client, ils indiquent l’identité, la résidence fiscale et le numéro fiscal, et pour chaque crypto-actif les totaux annuels des achats et ventes contre monnaie officielle, des échanges contre d’autres cryptos, des paiements de détail et des transferts, y compris vers des adresses de portefeuille non rattachées à un prestataire connu. La Commission européenne indique que les premiers échanges entre autorités fiscales de l’Union auront lieu avant le 30 septembre 2027 (voir notre page de l’événement sur le premier échange DAC8).
Les clients existants doivent remettre à leur prestataire une auto-certification fiscale avant le 1er janvier 2027 ; selon l’article 14, un client qui ne l’a toujours pas fait après deux relances et 60 jours est bloqué pour les opérations devant être déclarées. Et DAC8 ne crée aucune nouvelle obligation déclarative pour vous : le RW, l’impôt sur la valeur et les plus-values du RT restent exactement ce qu’ils étaient. Ce qui change, c’est que l’Agenzia pourra comparer votre déclaration à ce que dit votre plateforme.
Où et quand déclarer : Redditi PF 2026 avant le 2 novembre 2026
Pour les gains et avoirs de 2025, le formulaire principal est le Redditi Persone Fisiche 2026. Les plus-values vont dans le quadro RT (section V-A, à 26 %), les avoirs et l’impôt sur la valeur dans le quadro RW. La date limite de dépôt en ligne est le 2 novembre 2026, parce que le 31 octobre tombe un samedi ; la voie papier au bureau de poste a fermé le 30 juin 2026. Les contribuables qui ont utilisé le 730 peuvent déclarer les plus-values crypto dans le quadro T et les avoirs dans le quadro W.
Le solde de l’impôt était dû au 30 juin 2026, ou au 30 juillet 2026 avec une majoration de 0,40 %. Les deux dates sont passées : quiconque paie maintenant paie en retard et doit se renseigner sur le ravvedimento operoso. Pour les gains de 2026, la déclaration sera déposée en 2027 ; les formulaires correspondants n’étaient pas publiés en octobre 2026, et ils devraient distinguer les plus-values à 33 % et à 26 %.
Résidents français : compte en Italie, frontaliers, installation en Italie
Cette section remplace, pour le lecteur français, ce qu’on lirait ailleurs sur les expatriés. Tout dépend d’une question : dans quel pays êtes-vous résident fiscal ? Ce n’est ni votre nationalité, ni le lieu de votre travail, ni le pays de votre plateforme. Il s’agit d’une description des règles, pas d’un conseil : ces situations demandent un conseil des deux côtés de la frontière.
Vous vivez en France et avez un compte chez un prestataire italien
Vous restez résident fiscal français. Les règles italiennes de cette leçon (26 % ou 33 %, quadro RW, impôt de 0,2 %) s’adressent aux résidents italiens et ne s’appliquent pas à vous du simple fait que votre plateforme est italienne. Vos plus-values sont déclarées en France, selon les règles de notre leçon sur l’impôt crypto en France, qui donne aussi les taux et les formulaires : nous ne les répétons pas ici.
Côté obligations déclaratives, le compte ouvert chez une entité établie hors de France est, du point de vue français, un compte à l’étranger : il se signale sur le formulaire 3916-bis, joint à la déclaration de revenus, chaque année et pour chaque compte, même sans opération. La leçon sur la France détaille ce formulaire et ses amendes. Ce qui compte est l’entité avec laquelle vous avez contracté, indiquée dans les conditions d’utilisation, plus que la marque de la plateforme : vérifiez-la. À l’inverse, le prestataire italien est soumis à l’Italie : à partir de 2026, il collecte l’identité, la résidence fiscale et le numéro fiscal de ses clients de l’Union et déclare à l’Agenzia, qui échangera ensuite avec les autorités des autres États membres, la France comprise, à partir de 2027 selon le calendrier de la Commission. Autrement dit, ne comptez pas sur la discrétion d’un compte italien.
Vous êtes frontalier
La règle est la même : le lieu de travail ne décide pas du pays où les plus-values sont déclarées. Un frontalier qui habite en France et travaille en Italie reste, pour ses cryptos, dans le système fiscal du pays où il est résident, à condition de n’être résident que d’un seul. Son salaire est une autre affaire, régie par la convention fiscale, et n’est pas traité ici. Si vous habitez en Italie et travaillez en France, c’est l’inverse : les règles de cette leçon vous concernent, quadro RW compris, puisque vous êtes résident italien au sens de l’article 2 du TUIR décrit plus haut.
Vous vous installez en Italie, ou vous en partez
À partir du moment où vous devenez résident fiscal italien, tout ce qui précède vous concerne : le taux de l’année de vente (pas le prélèvement forfaitaire français), le RW pour chaque portefeuille détenu, y compris ceux ouverts en France ou gardés sur une clé, et l’impôt de 0,2 %. Les deux fenêtres de réévaluation du coût d’acquisition (voir plus bas) sont closes. L’année du déménagement, la résidence italienne se juge sur la majeure partie de l’année : il faut regarder les deux pays avant de déclarer.
Entre la France et l’Italie, la double imposition est traitée par la convention fiscale franco-italienne, signée à Venise le 5 octobre 1989 (texte publié par l’administration fiscale française). Nous n’avons pas pu en lire les articles pour cette leçon, le site de l’administration française étant en maintenance le jour de la rédaction : nous n’indiquons donc aucun numéro d’article et nous ne disons pas comment elle traite les plus-values sur cryptos. Si vous êtes dans l’un de ces cas, demandez à un conseil qui connaît les deux systèmes de lire cette convention avec vous avant de déclarer.
Fenêtres de réévaluation, ISEE et ce qui reste flou
Deux fenêtres passées ont permis aux détenteurs de remplacer leur prix d’achat par la valeur de marché à une date donnée contre un impôt forfaitaire : 14 % sur la valeur au 1er janvier 2023 (loi 197/2022), et 18 % sur la valeur au 1er janvier 2025 (loi 207/2024, alinéas 26 à 29), payable avant le 30 novembre 2025 en jusqu’à trois annuités. Les deux sont closes, et aucune nouvelle fenêtre ne figure dans les lois en vigueur au 24 octobre 2026. Utiliser une valeur réévaluée ne produit jamais de perte déductible.
La loi de finances 2026 prévoit aussi que les cryptos compteront parmi les actifs financiers retenus pour l’ISEE, l’indicateur de ressources qui conditionne de nombreuses aides italiennes, une fois un décret d’application adopté. En octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun décret de ce type.
Voici les points que nous n’avons pas pu trancher à partir des textes officiels, et qu’il faut soumettre à un conseil s’ils vous concernent :
- Le taux applicable à une plus-value réalisée en échangeant des cryptos contre un jeton de monnaie électronique en euros en 2026.
- Le taux d’une vente réalisée fin 2025 dont le prix est encaissé en 2026 : les instructions renvoient à l’année fiscale d’encaissement de la contrepartie, alors que les 33 % visent les gains « réalisés » à partir de 2026.
- Les numéros d’article des règles crypto dans le nouveau code des impôts sur le revenu applicable à partir de 2027.
- Le point de savoir si la loi de finances 2027 modifiera les taux : aucun texte n’était disponible en octobre 2026.
Les prochaines dates à surveiller sont le 2 novembre 2026 pour le Redditi PF, le 1er janvier 2027 pour le nouveau code fiscal et pour la date limite d’auto-certification DAC8, et le 30 juin 2027 pour les premiers rapports DAC8. Pour un débutant, l’ordre de travail est le même chaque année : conserver l’historique de chaque achat, vente et échange avec les dates et les valeurs en euros, inscrire chaque portefeuille au RW, vérifier l’impôt de 0,2 %, puis déclarer les plus-values au taux de l’année de vente.



