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Blockchain en Afrique : à quoi sert-elle ? Adoption, règles et projets

Blockchain Afrique : le Nigeria 3e à l'indice Chainalysis 2026, la loi bitcoin de la RCA abrogée, l'eNaira à la peine, les stablecoins sur le mobile money.

Débutant 25 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Blockchain et musique : royalties, horodatage et ce qui a vraiment marché
Un globe, un smartphone, une pièce et une courbe ascendante sur fond uni
Sommaire
  1. Blockchain en Afrique : de l’argent qui garde sa valeur et qui circule
  2. Crypto en Afrique : le Nigeria et l’Afrique du Sud en tête de l’indice Chainalysis
    1. Nigeria : premier mondial en pair à pair et en flux transfrontaliers
    2. Afrique du Sud, Éthiopie, Kenya et Ghana
    3. Ce que l’indice ne voit pas
  3. Le bitcoin en République centrafricaine : onze mois entre la loi et l’abrogation
    1. Le projet Sango et la décision de la Cour
    2. L’abrogation de mars 2023
  4. L’eNaira : la première monnaie numérique de banque centrale d’Afrique
  5. Crypto en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya : les règles en bref
  6. Mobile money : là où la crypto rencontre les paiements du quotidien
  7. Yellow Card, Bitnob et Kotani Pay : les entreprises qui bâtissent les passerelles
    1. Yellow Card : agréée dans certains pays, enregistrée dans d’autres
    2. Bitnob : de l’application bitcoin à l’infrastructure de paiement
    3. Kotani Pay : l’argent de Tether pour une rampe kényane
  8. Au-delà des paiements : terres, santé et identité
  9. Les risques pour ceux qui utilisent la crypto en Afrique
  10. Les dates à suivre d’ici la fin 2026

Le Nigeria arrive troisième de l’indice mondial d’adoption des cryptos que Chainalysis a publié le 23 septembre 2026, derrière le Brésil et les États-Unis et devant le Japon et l’Inde. L’Afrique du Sud est neuvième. Aucun autre pays africain n’entre dans les vingt premiers, et pourtant le même rapport écrit que l’Afrique subsaharienne « a mené le monde en croissance grâce à une activité de pair à pair exceptionnellement forte » (notre traduction). Toute réponse honnête à la question de la blockchain en Afrique commence là : on y utilise la crypto pour accomplir une tâche précise.

Cette tâche touche surtout à l’argent : garder des dollars quand le naira ou le shilling perd de sa valeur, et envoyer de l’argent au pays par-delà les frontières. Les projets portés par les États ont fait moins bien. La République centrafricaine a érigé le bitcoin en monnaie de référence en avril 2022 et son Parlement a rétropédalé en mars 2023. L’eNaira du Nigeria, lancé en octobre 2021, n’a jamais atteint l’usage courant et se transforme en tuyauterie d’arrière-plan. Ce qui a grandi est privé : des sociétés qui convertissent des stablecoins en dollars en monnaie locale et se branchent sur les portefeuilles de mobile money comme M-Pesa.

Cette leçon suit celle sur la blockchain pour la propriété intellectuelle et les droits musicaux, dans le parcours des usages. C’est la première qui regarde un continent plutôt qu’un secteur, et elle s’adresse d’abord aux lecteurs d’Afrique francophone (Cameroun, Sénégal, Côte d’Ivoire, zones du franc CFA), puis à ceux de France et de la diaspora. Chaque chiffre porte sa date, l’état des lieux est celui d’octobre 2026, et les citations tirées de sources en anglais sont traduites par nos soins.

Blockchain en Afrique : de l’argent qui garde sa valeur et qui circule

Chainalysis, la société d’analyse de blockchains, donne les raisons dans son rapport de septembre 2025 sur l’Afrique subsaharienne. Le volume on-chain de la région a atteint près de 25 milliards de dollars en mars 2025 à lui seul, ce que Chainalysis attribue en grande partie à l’activité des plateformes nigérianes après « une dévaluation soudaine de la monnaie ». Une inflation persistante et un accès limité aux devises étrangères font des stablecoins, ces jetons calés sur le dollar américain, un substitut séduisant à un compte en dollars. Pour l’ensemble de la région, la société souligne la forte proportion d’adultes sans compte bancaire et un secteur interentreprises en croissance, qui règle ses échanges transfrontaliers en stablecoins.

Les transferts d’argent des migrants sont le deuxième usage. La Banque mondiale estime qu’envoyer de l’argent au sein de la région ou vers elle coûte en moyenne près de 8 % du montant envoyé, selon un article d’Ecofin de juillet 2026 (en anglais). Un transfert en stablecoin coûte une fraction de cette somme sur la chaîne ; la partie chère, c’est la reconversion en cedis, en shillings ou en francs à l’arrivée, et c’est pourquoi les entreprises de conversion comptent plus que la blockchain elle-même.

Le troisième usage est un lien entre le mobile money, que des centaines de millions d’Africains utilisent déjà, et les rails mondiaux du dollar sur lesquels circulent les stablecoins. Le quatrième est plus ancien et plus modeste : des projets civils pour les titres fonciers, le suivi des médicaments et l’identité, restés pour la plupart au stade pilote. Ils ont leurs propres leçons et une courte section en fin d’article.

Le mécanisme n’est pas le même dans les zones du franc CFA qu’au Nigeria. Le franc CFA est arrimé à l’euro à parité fixe (1 € vaut 655,957 F CFA, pour les deux zones), et les chiffres de Chainalysis cités plus haut décrivent un pays dont la monnaie flotte et a été dévaluée. Les données ne permettent pas de les transposer à Douala, à Dakar ou à Abidjan : l’indice ne classe aucun pays de la CEMAC ni de l’UEMOA parmi les vingt premiers, et aucun chiffre d’adoption fiable pour ces zones n’apparaît dans les sources que nous avons ouvertes.

Si les stablecoins vous sont nouveaux, notre explication sur les stablecoins montre comment l’USDT et l’USDC tiennent leur parité et ce qui peut la casser. Les gestes pratiques de l’achat en pair à pair (P2P) et par mobile money sont dans le guide cité dans la section sur les règles, plus bas.

Crypto en Afrique : le Nigeria et l’Afrique du Sud en tête de l’indice Chainalysis

L’indice Chainalysis ne compte pas combien de personnes possèdent des cryptos. smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il note chaque pays selon quatre mesures : la valeur reçue par les plateformes d’échange et la finance décentralisée (DeFi), les transferts entre portefeuilles personnels à l’intérieur du pays, les transferts transfrontaliers et les soldes des portefeuilles. Chacune est pondérée par le pouvoir d’achat et ramenée entre 0 et 1, et le score global est la moyenne géométrique des quatre, qui récompense les pays bons sur tous les plans. La société présente ses chiffres comme une borne basse prudente.

Nigeria : premier mondial en pair à pair et en flux transfrontaliers

Le Nigeria était sixième sur 151 pays dans l’indice 2025, publié le 2 septembre 2025, et troisième sur 117 pays dans l’édition 2026, qui couvre de juillet 2025 à juin 2026. Le détail est parlant. Le pays est premier au monde pour le sous-indice P2P et premier pour les flux transfrontaliers, mais seulement 18e pour les flux totaux et 18e pour les soldes. En clair, les Nigérians font circuler beaucoup de crypto entre eux et par-delà les frontières, et en gardent relativement peu au repos dans des portefeuilles.

En valeur, le Nigeria a reçu plus de 92,1 milliards de dollars on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, soit environ trois fois l’Afrique du Sud, le pays suivant dans la région. Sur un total régional supérieur à 205 milliards, en hausse d’environ 52 % sur un an, l’Afrique subsaharienne était la troisième région du monde à la croissance la plus rapide sur la période, derrière l’Asie-Pacifique et l’Amérique latine. Sur les plateformes centralisées nigérianes, le bitcoin représentait 89 % des achats faits en monnaie locale, contre 51 % dans le groupe de pays qui achètent en dollars américains ; l’USDT pesait 7 %, contre 5 % dans ce groupe en dollars.

Un graphique en barres, des personnes, des billets et un trophée sur fond uni
Le Nigeria est troisième à l'indice Chainalysis 2026 et premier en flux de pair à pair, après avoir reçu plus de 92,1 milliards de dollars on-chain en 2024-2025.

Afrique du Sud, Éthiopie, Kenya et Ghana

L’Afrique du Sud est l’autre nom africain de la liste mondiale : hors du top 20 en 2025, neuvième en 2026. Son profil diffère de celui du Nigeria. Elle est quatrième en P2P et troisième en flux transfrontaliers, mais 33e en flux totaux et 16e en soldes. Chainalysis décrit un marché plus institutionnel, appuyé sur un « cadre réglementaire avancé » et des centaines de prestataires enregistrés, et note que la banque Absa développe des produits crypto institutionnels. Le bitcoin représentait 74 % des achats en rands sur les plateformes centralisées.

L’Éthiopie était 12e dans l’indice 2025 et ne figure plus dans le top 20 de 2026. Le Kenya et le Ghana ne sont dans aucun des deux. Dans l’analyse régionale de 2025, Chainalysis cite l’Éthiopie, le Kenya et le Ghana comme les pays qui « complètent le top cinq » de l’Afrique subsaharienne en valeur reçue, derrière le Nigeria et l’Afrique du Sud, sans les classer entre eux. Dire que le Kenya compte parmi les grands adoptants mondiaux, l’indice ne le permet pas.

PaysIndice 2025 (151 pays, 2 sept. 2025)Indice 2026 (117 pays, 23 sept. 2026)Remarque
Nigeria6e3e1er en P2P et en flux transfrontaliers en 2026
Afrique du SudHors du top 209e4e en P2P, 3e en flux transfrontaliers en 2026
Éthiopie12eHors du top 20Top 5 de la région en valeur reçue, juillet 2024 à juin 2025 (non classé)
KenyaHors du top 20Hors du top 20Cinq premiers de la région en valeur reçue (juillet 2024 à juin 2025), rang non précisé
GhanaHors du top 20Hors du top 20Région : cinq premiers en valeur reçue, de juillet 2024 à juin 2025, sans rang précis

Ce que l’indice ne voit pas

Les parts du bitcoin et des stablecoins citées plus haut viennent des seules données des plateformes centralisées. Chainalysis précise qu’elles excluent les échanges informels, interentreprises et de gré à gré, très répandus en Afrique : des comptoirs P2P sur les messageries, des commerçants qui règlent en espèces, des entreprises qui paient leurs fournisseurs en USDT. Le rang dépend aussi de la mesure : le Nigeria est troisième au classement général et 18e pour les flux totaux dans le même rapport. L’indice dit où l’activité progresse, il ne recense pas les utilisateurs.

Le bitcoin en République centrafricaine : onze mois entre la loi et l’abrogation

La République centrafricaine (RCA) est le seul État africain à avoir tenté de donner au bitcoin un rôle monétaire officiel. La loi n° 22.004 du 22 avril 2022 sur les cryptomonnaies, dont Digital Business Africa a publié le texte, dispose dans son article 1 que le bitcoin est une « monnaie de référence ». L’article 10 oblige tout agent économique à accepter les cryptomonnaies comme moyen de paiement lorsqu’elles lui sont proposées pour un bien ou un service. L’article 9 maintient la monnaie légale, le franc CFA, comme référence comptable. La presse a résumé cela par « cours légal », ce qui est proche de l’effet mais n’est pas la formule de la loi.

La présidence a annoncé la mesure le 27 avril 2022. Des articles de l’époque, dont ceux de Bloomberg, ont présenté la RCA comme le deuxième pays après le Salvador à donner cours légal au bitcoin, et le premier à le tenter au sein d’une union monétaire. La RCA utilise le franc CFA d’Afrique centrale, émis par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour six pays.

La BEAC s’y est opposée aussitôt. Dans une lettre datée du 29 avril 2022 au ministre centrafricain des Finances, rapportée par Voice of America (en anglais), le gouverneur a estimé que la loi violait les règles de la banque, pouvait nuire à la stabilité monétaire de la région et concurrencer le franc CFA, et a demandé au gouvernement de l’annuler. Dans une déclaration envoyée par courriel à Bloomberg et rapportée par Coin Bureau le 4 mai 2022 (en anglais), le Fonds monétaire international a jugé que cette adoption « soulève des défis juridiques, de transparence et de politique économique majeurs » (notre traduction). Selon le même article, la BEAC a découvert la loi en même temps que le public.

Le projet Sango et la décision de la Cour

Le président Faustin-Archange Touadéra a lancé le 3 juillet 2022 Sango Coin, un jeton national, et les ventes ont ouvert le 25 juillet. Le projet visait près d’un milliard de dollars, selon Cointelegraph, avec en échange de cryptos la citoyenneté, la résidence électronique et des terrains. La Cour constitutionnelle a stoppé les volets les plus contestés fin août 2022 : selon ITWeb Africa (31 août 2022, en anglais), elle a jugé inconstitutionnelle la vente de la nationalité centrafricaine et a aussi invalidé le programme de résidence électronique et les ventes de terrains payées en crypto. La décision n’était pas susceptible d’appel.

La demande est restée faible. Au 29 août 2022, environ 7,5 % des 210 millions de Sango Coins proposés avaient été vendus, soit environ 1,5 million de dollars pour un objectif de 21 millions dans la première phase, rapporte ITWeb. Le 20 décembre 2022, Cointelegraph (en anglais) a indiqué que le gouvernement avait reporté l’inscription du jeton sur des plateformes d’échange, en invoquant les conditions de marché, et que le site du projet affichait 1,66 million de dollars vendus. Aucune donnée vérifiée n’établit un usage du bitcoin pour les paiements courants en RCA sur cette période.

L’abrogation de mars 2023

Le 23 mars 2023, le Parlement centrafricain a adopté à l’unanimité une loi modifiant le texte d’avril 2022 et supprimant le statut légal du bitcoin et des autres cryptomonnaies, a rapporté Central Banking le 27 mars 2023 (en anglais). La revue spécialisée y voit une concession aux partenaires du pays dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). De la promulgation à l’abrogation, l’épisode a duré onze mois.

La zone CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Centrafrique et Guinée équatoriale) est traitée en détail dans notre leçon sur la crypto au Cameroun et dans la zone CEMAC : le rôle de la BEAC, du superviseur bancaire COBAC et du régulateur de marché COSUMAF, ce que disent les textes régionaux sur les prestataires de services en crypto, et comment l’impôt et le contrôle des changes s’appliquent.

L’Afrique de l’Ouest a un système jumeau. Les huit États de l’UEMOA partagent le franc CFA d’Afrique de l’Ouest, émis par la BCEAO, et leurs règles, mises en garde et traitements fiscaux de la crypto, avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire comme cas principaux, sont dans notre leçon sur la crypto au Sénégal, en Côte d’Ivoire et dans la zone UEMOA.

L’eNaira : la première monnaie numérique de banque centrale d’Afrique

L’autre voie, c’est le Nigeria qui l’a prise. Au lieu d’adopter la cryptomonnaie de quelqu’un d’autre, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a émis son propre naira numérique. Le président Muhammadu Buhari a lancé l’eNaira le 25 octobre 2021, faisant du Nigeria le premier pays africain à déployer une monnaie numérique de banque centrale (MNBC). Contrairement au bitcoin, l’eNaira est émis par la banque centrale elle-même et vaut exactement un naira.

L’usage est resté faible. Dans un document de travail publié le 16 mai 2023, Nigeria’s eNaira, One Year After (en anglais), les équipes du FMI ont constaté que l’adoption n’avait pas dépassé une première vague limitée et ont pointé de faibles effets de réseau : un moyen de paiement n’est utile que si ceux que vous payez l’utilisent aussi. BusinessDay a rapporté plus tard que le FMI avait indiqué en mai 2023 que 98,5 % des portefeuilles eNaira étaient inactifs.

Les chiffres ultérieurs confirment le tableau. BusinessDay a rapporté le 10 mai 2024 (en anglais), d’après le rapport 2024 du FMI au titre de l’article IV sur le Nigeria, que l’eNaira avait traité 854 512 transactions depuis son lancement, surtout de consommateurs à commerçants, pour un total de 29,3 milliards de nairas. Environ 13 millions de portefeuilles avaient été créés, la plupart inactifs. À titre de comparaison, les paiements électroniques du Nigeria ont atteint 611,06 billions de nairas en 2023. La CBN a chiffré l’eNaira en circulation à 9,78 milliards de nairas en août 2023 et à 13,98 milliards fin 2023. Le nombre de portefeuilles cité par les responsables a beaucoup varié au fil des ans : méfiez-vous de tout chiffre d’adoption isolé.

La CBN n’a pas abandonné le projet. Le 1er juin 2026, elle a présenté sa Payments System Vision 2028, un plan de trois ans pour le système de paiement du pays. Selon la lecture du plan par WeeTracker (9 juin 2026, en anglais), la banque reconnaît une adoption lente, invoque une « mobilisation et une adhésion limitées des parties prenantes » (notre traduction) pendant la conception et le déploiement, et fait passer l’eNaira d’un portefeuille grand public à une infrastructure d’arrière-plan : paiements de l’État aux particuliers, comme les aides sociales, et règlement transfrontalier. Les prochains chiffres publiés par la CBN diront si cela marche.

Une alternative privée est apparue en parallèle. Le cNGN est un stablecoin en naira émis par Wrapped CBDC Ltd et adossé un pour un à des nairas détenus dans des banques nigérianes et à des instruments à court terme, d’après son émetteur. Ce n’est pas un produit agréé : en octobre 2026, son émetteur détiendrait une approbation de principe conditionnelle dans le programme d’incubation réglementaire accéléré de la Commission des titres et des marchés du Nigeria (SEC), une étape de bac à sable que le régulateur lui-même ne tient pas pour une licence définitive.

Crypto en Afrique du Sud, au Nigeria et au Kenya : les règles en bref

Notre guide pour acheter de la crypto en Afrique résume déjà les règles pays par pays, avec les gestes d’achat en P2P et par mobile money. Le rappel ci-dessous n’ajoute que ce qui a changé en 2025 et 2026 et que nous avons pu confirmer.

Au Nigeria, l’Investments and Securities Act 2025 a remplacé la loi de 2007. Selon l’ICIR (29 mars 2025, en anglais), la SEC a annoncé la signature ce jour-là ; la loi reconnaît les actifs virtuels et numériques comme des valeurs mobilières et place sous l’autorité de la SEC les prestataires de services sur actifs virtuels, les opérateurs d’actifs numériques et les plateformes d’échange. La SEC admet les sociétés par étapes dans ses programmes d’incubation ; une approbation de principe y est conditionnelle, pas une licence complète.

Le Kenya a sa loi sur les prestataires de services d’actifs virtuels (VASP Act 2025, loi n° 20 de 2025), qui a reçu l’assentiment présidentiel le 15 octobre 2025 et est entrée en vigueur le 4 novembre 2025. Elle répartit la supervision par activité entre la Banque centrale du Kenya (CBK) et l’Autorité des marchés de capitaux (CMA). Les licences attendaient les règlements d’application, que le Trésor a publiés au journal officiel le 22 juillet 2026 sous la référence Legal Notice No. 134, d’après un résumé d’Afriwise (en anglais). Ils visent les sociétés qui ciblent des clients kényans même sans bureau dans le pays, et interdisent aux émetteurs de stablecoins de verser des intérêts ou des récompenses pour la détention de leurs jetons. La période transitoire des sociétés déjà en activité prend fin le 4 novembre 2026 ; ensuite, une licence de la CBK ou de la CMA est obligatoire, comme le note Digital Policy Alert (en anglais) ; voir notre page sur l’échéance de licence VASP au Kenya.

En Afrique du Sud, l’Autorité de conduite du secteur financier (FSCA) a déclaré les cryptoactifs produit financier au sens de la loi FAIS dans l’avis général 1350 du 19 octobre 2022, ce que le cabinet Cliffe Dekker Hofmeyr a expliqué le lendemain (en anglais). Les prestataires déjà en activité disposaient d’une fenêtre, ouverte le 1er juin 2023, pour demander une licence. Au 12 décembre 2025, la FSCA avait reçu 512 demandes, en avait approuvé 300, refusé 14 et vu 121 retirées, d’après sa mise à jour rapportée par Moonstone (en anglais). Une licence couvre le conseil, l’intermédiation et la gestion de placements portant sur des cryptoactifs ; elle ne fait pas de la crypto une monnaie ayant cours légal.

Le Ghana va dans la même direction : la Banque du Ghana enregistre les prestataires de services d’actifs virtuels et la SEC du Ghana gère un bac à sable pour les actifs numériques, comme le montre la page d’enregistrement de Yellow Card elle-même.

Pour un lecteur qui vit en France, une plateforme africaine ne change pas les règles du pays de résidence. Notre guide de la fiscalité des cryptos en France détaille ce qui se déclare, y compris pour les comptes ouverts sur des plateformes à l’étranger, et notre explication du règlement MiCA décrit le cadre européen des prestataires de services sur cryptoactifs. Nous n’avons pas vérifié, pour cet article, de règle française propre aux transferts vers l’Afrique : pour ce point, ces deux guides font foi.

Les lecteurs de la diaspora installés aux États-Unis ou au Royaume-Uni restent eux aussi soumis aux règles de leur pays de résidence, présentées dans nos guides sur la fiscalité des cryptos aux États-Unis et au Royaume-Uni ; les sociétés crypto qui font des affaires au Royaume-Uni doivent s’enregistrer auprès de la FCA.

Mobile money : là où la crypto rencontre les paiements du quotidien

Le mobile money est le système de paiement que la plupart des Africains utilisent réellement, et M-Pesa en est le nom le plus connu. Les résultats de Safaricom pour l’exercice clos le 31 mars 2026, rapportés par HapaKenya (en anglais), font état de 43,69 millions d’utilisateurs actifs de M-Pesa au niveau du groupe, en hausse de 18 % par rapport aux 37,03 millions un an plus tôt. M-Pesa a rapporté 182,73 milliards de shillings kényans (KSh) de revenus au Kenya, soit 45,6 % des revenus de services kényans de Safaricom. En Éthiopie, M-Pesa comptait 5,2 millions de clients sur 90 jours.

Le premier pas de M-Pesa vers la blockchain date de janvier 2026. Business Day a rapporté le 13 janvier 2026 (en anglais) que M-Pesa, la plateforme de Vodacom et de Safaricom, avait signé un partenariat avec ADI Foundation, une entreprise technologique basée à Abou Dhabi qui, citant Semafor, voudrait apporter la blockchain d’ADI à des millions d’Africains. Le journal chiffre la clientèle de M-Pesa à 60 millions de personnes. Aucun stablecoin et aucune date de lancement n’ont été cités. Le même article affirme, sans nommer de source, que M-Pesa a traité plus de 90 % des transferts d’argent vers le Kenya durant l’exercice 2024.

Les passerelles qui fonctionnent aujourd’hui sont dans les coulisses. Onafriq, un réseau de paiement dont les API relient les portefeuilles M-Pesa, Airtel Money et Orange Money, a dit au Africa Fintech Summit de février 2026 qu’il travaillerait avec Conduit, une plateforme américaine de paiements transfrontaliers, pour encaisser des paiements via l’USDC et gérer sa trésorerie en stablecoins. Quand Ecofin l’a examiné le 2 juillet 2026, aucune date de mise en service n’avait été donnée. Ecofin a aussi vérifié une rumeur de projet pilote conjoint de stablecoin au Congo et n’en a trouvé aucun : « il n’existe aucun projet pilote de stablecoin annoncé conjointement qui réunisse Visa, M-Pesa et Onafriq » (notre traduction). Ce qui a bien été lancé, en septembre 2025, c’est Visa Pay avec Onafriq en RDC, qui permet d’alimenter des portefeuilles Visa depuis le mobile money, sans stablecoins.

La République démocratique du Congo illustre la tension. La GSMA projetait pour 2025 une valeur de transactions de paiement mobile congolais de 3,85 milliards de dollars. Le gouverneur de la banque centrale, André Wameso, en poste depuis août 2025, a déploré que près de 80 % des transactions du pays se font en devises étrangères, a rapporté Ecofin, citant Financial Afrik. Des stablecoins en dollars transportés par le mobile money peuvent faciliter la détention de dollars, ce que ne souhaite précisément pas une banque centrale qui lutte contre la dollarisation. Le même argument explique en grande partie la prudence de la BEAC, de la BCEAO et de la CBN.

Un pont, un éclair, une carte de paiement et une poignée de main
M-Pesa a signé un partenariat blockchain avec ADI Foundation en janvier 2026, et Onafriq a annoncé son intention de régler des paiements en USDC avec Conduit.

Yellow Card, Bitnob et Kotani Pay : les entreprises qui bâtissent les passerelles

Une rampe d’entrée convertit de l’argent local en crypto ; une rampe de sortie fait l’inverse. En Afrique, le plus dur est le maillon local : banques partenaires, intégrations de mobile money, conformité dans chaque pays. Yellow Card, Bitnob et Kotani Pay en sont à des stades différents.

Yellow Card : agréée dans certains pays, enregistrée dans d’autres

Yellow Card a démarré au Nigeria en 2019, selon l’annonce de financement de l’entreprise elle-même en octobre 2024, comme application grand public pour acheter des stablecoins et du bitcoin. En octobre 2024, elle a levé 33 millions de dollars en série C menée par Blockchain Capital, avec Polychain Capital, Block, Galaxy Ventures et Winklevoss Capital parmi les investisseurs ; l’entreprise a chiffré à 85 millions de dollars ses financements en capital au total, d’après The Block (17 octobre 2024, en anglais). Les fonds étaient destinés aux API et aux widgets qui, selon la société, permettent à des entreprises internationales comme Coinbase et Block d’atteindre des clients africains. Visa a signé un accord d’exploration des stablecoins avec Yellow Card en juin 2025, selon Ecofin.

Sa page des licences et enregistrements (en anglais) montre à quel point les règles restent inégales. La plupart des lignes sont des enregistrements de lutte contre le blanchiment, pas des licences :

PaysAutoritéStatutDate
BotswanaNBFIRALicence de prestataire de services d’actifs virtuels29 septembre 2022
Afrique du SudFSCAPrestataire de services financiers de catégorie I, cryptoactifs (FSP 53790)Non précisée
Afrique du SudSous le parrainage de Standard Bank et de NedbankAutorisations de prestataire de paiements tiers22 janvier et 30 mars 2026
GhanaBanque du Ghana ; SEC GhanaEnregistrement VASP ; bac à sable des actifs numériquesAoût 2025 ; 8 avril 2026
ZambieBanque de ZambieEnregistrement VASPMars 2026
NigeriaSEC NigeriaApprobation de principe conditionnelle (programme d’incubation)14 août 2026
TanzanieBanque de TanzanieDemande de bac à sable en attenteEn attente

Bitnob : de l’application bitcoin à l’infrastructure de paiement

Bitnob est née en 2021 comme application bitcoin grand public et a lancé Bitnob Business en 2022. En juin 2026, elle a ajouté Bitnob Enterprise, une pile d’infrastructure non dépositaire pour les organisations et les développeurs qui veulent gérer eux-mêmes la garde, les clés et la trésorerie, et a étendu sa couverture de sortie à plus de 110 pays, selon ThisDay (en anglais). L’entreprise affirme que plus de 4,5 milliards de dollars sont passés par son infrastructure ; ce chiffre est le sien et n’a pas été audité de façon indépendante. Son fondateur et directeur général est Bernard Parah. Le matériel de lancement ne cite aucune licence ni levée de fonds récente, et nous n’avons trouvé aucune source vérifiable pour une levée plus tardive.

Kotani Pay : l’argent de Tether pour une rampe kényane

Kotani Pay est une société basée au Kenya qui exploite des services de rampe d’entrée et de sortie entre stablecoins et canaux de paiement locaux dans toute l’Afrique. Le 21 octobre 2025, Tether, l’émetteur de l’USDT, a annoncé un investissement stratégique dans l’entreprise, rapporté par Citizen Digital (en anglais) ; le montant n’a pas été divulgué. Son statut de licence sous le nouveau régime VASP du Kenya n’était pas public en octobre 2026 et, comme tous les opérateurs du pays, elle fait face à l’échéance du 4 novembre 2026.

Au-delà des paiements : terres, santé et identité

Des projets de blockchain en Afrique qui n’ont rien à voir avec l’argent existent, mais peu ont dépassé le stade pilote. Notre leçon sur les registres fonciers sur blockchain vérifie ce qui s’est vraiment passé au Ghana et au Rwanda, deux pays souvent cités pour les titres de propriété ; cette leçon n’a trouvé aucun registre foncier africain sur blockchain en production que nous puissions vérifier. Pour les médicaments, notre leçon sur la blockchain dans la santé explique pourquoi le suivi des boîtes de médicaments est l’endroit où un registre peut aider, et où il ne le peut pas. Les papiers d’identité et les diplômes font l’objet de notre leçon sur la blockchain pour l’identité numérique et les diplômes, et le panorama des usages de la blockchain met tous ces secteurs côte à côte.

Les risques pour ceux qui utilisent la crypto en Afrique

La politique d’un État peut se retourner vite. La RCA a voté une loi sur le bitcoin et l’a défaite en moins d’un an ; l’échéance de licence du Kenya peut pousser certaines plateformes à cesser de servir les Kényans. Une société inscrite auprès d’une cellule de renseignement financier n’est pas pour autant agréée pour détenir votre argent, et une approbation en bac à sable n’est pas une licence.

Le P2P comporte un risque de contrepartie : l’autre partie peut ne pas payer, ou payer avec des fonds volés, ce qui peut faire geler un compte bancaire ou de mobile money. Les stablecoins en dollars protègent d’une monnaie locale qui chute, mais ils dépendent des réserves de l’émetteur, et la reconversion en nairas, en shillings ou en francs CFA peut coûter plus cher que le transfert lui-même.

La fraude suit l’adoption. Fausses plateformes d’investissement, schémas de « doublement » vendus sur les messageries et faux agents de plateformes sont courants ; notre guide pour éviter les arnaques crypto en liste les signaux d’alerte. Rien dans cette leçon n’est une recommandation d’acheter un actif.

Les dates à suivre d’ici la fin 2026

Le 4 novembre 2026, la période transitoire du Kenya prend fin et les services d’actifs virtuels sans licence deviennent illégaux dans le pays. Au Nigeria, les sociétés admises aux programmes d’incubation de la SEC, dont Yellow Card et l’émetteur du cNGN, attendent de savoir si les approbations conditionnelles deviendront des licences. L’Africa Stablecoin Summit se tient au Cap les 12 et 13 novembre 2026. Reste enfin à voir si la CBN publie des chiffres de l’eNaira qui montreraient si le virage vers les paiements publics fonctionne.

Sources

  1. Chainalysis : indice mondial d'adoption des cryptos 2026, 23 septembre 2026 (en anglais) chainalysis.com
  2. Chainalysis : adoption des cryptos en Afrique subsaharienne, 10 septembre 2025 (en anglais) chainalysis.com
  3. Loi n° 22.004 du 22 avril 2022 sur les cryptomonnaies en République centrafricaine (texte, Digital Business Africa) digitalbusiness.africa
  4. Central Banking : la RCA abandonne le cours légal de la crypto, 27 mars 2023 (en anglais) centralbanking.com
  5. Document de travail du FMI : Nigeria's eNaira, One Year After, 16 mai 2023 (en anglais) imf.org
  6. BusinessDay : trois ans après, l'eNaira peine, 10 mai 2024 (en anglais) businessday.ng
  7. Banque centrale du Nigeria : Payments System Vision 2028 (en anglais) cbn.gov.ng
  8. Digital Policy Alert : fin de la période transitoire de la loi VASP du Kenya, 4 novembre 2026 (en anglais) digitalpolicyalert.org
  9. Yellow Card : licences et enregistrements (en anglais) yellowcard.io
  10. Ecofin : la RDC, banc d'essai du mobile money réglé en dollars, 2 juillet 2026 (en anglais) ecofinagency.com
  11. Chainalysis : indice mondial d'adoption des cryptos 2025, 2 septembre 2025 (en anglais) chainalysis.com
  12. Voice of America : la BEAC presse la RCA d'annuler le bitcoin comme monnaie, 11 mai 2022 (en anglais) voanews.com
  13. Coin Bureau : le FMI juge que l'adoption du bitcoin en Centrafrique pose de graves problèmes, mai 2022 (en anglais) coinbureau.com
  14. ITWeb Africa : Sango frappé par un revers juridique en Centrafrique, 31 août 2022 (en anglais) itweb.africa
  15. Cointelegraph : l'inscription de Sango Coin reportée, 20 décembre 2022 (en anglais) cointelegraph.com
  16. WeeTracker : la CBN repositionne l'eNaira, 9 juin 2026 (en anglais) weetracker.com
  17. ICIR : Tinubu promulgue la loi sur les investissements et les valeurs mobilières, 29 mars 2025 (en anglais) icirnigeria.org
  18. Afriwise : règlement VASP 2026 du Kenya, points clés (en anglais) afriwise.com
  19. Moonstone : la FSCA agrée la plupart des prestataires crypto candidats, 18 décembre 2025 (en anglais) moonstone.co.za
  20. HapaKenya : résultats de Safaricom pour l'exercice 2026, 7 mai 2026 (en anglais) hapakenya.com
  21. Business Day : partenariat entre M-Pesa et ADI Foundation, 13 janvier 2026 (en anglais) businessday.co.za
  22. The Block : Blockchain Capital mène la série C de 33 millions de dollars de Yellow Card, 17 octobre 2024 (en anglais) theblock.co
  23. ThisDay : Bitnob dévoile Bitnob Enterprise, juin 2026 (en anglais) thisdaylive.com
  24. Citizen Digital : Tether soutient Kotani Pay, 21 octobre 2025 (en anglais) citizen.digital
Rédaction de Coindaro

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