En 2020, l’Université de Lille a commencé à délivrer ses diplômes avec une empreinte numérique inscrite sur une blockchain, et la Commission européenne affirme aujourd’hui que le PDF a disparu de la procédure depuis 2023. Trois ans plus tôt, à l’été 2017, 111 diplômés du MIT avaient reçu un second diplôme sous forme de fichier, dans une application mobile, avec une empreinte dans une transaction Bitcoin : n’importe qui pouvait vérifier que le document n’avait pas été modifié sans appeler le secrétariat. Ces deux expériences ont lancé l’idée des blockchain diplômes. En octobre 2026, elle reste une niche. Le titre numérique que les Français rencontreront vraiment est un portefeuille sur le téléphone, pour la pièce d’identité, le permis de conduire et, plus tard, les diplômes, que chaque pays de l’Union européenne doit proposer d’ici la fin de 2026. smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il ne repose pas sur une blockchain.
Cette leçon suit notre leçon sur la blockchain dans la chaîne logistique et la même limite s’applique : une chaîne prouve qu’un enregistrement n’a pas été modifié après son écriture, pas qu’il était vrai au moment de son entrée. Notre panorama des usages de la blockchain donne la version courte pour chaque secteur.
Un diplôme est une déclaration, et une empreinte sur une chaîne n’en prouve qu’une partie
Le papier d’un diplôme dit une chose : cet établissement certifie que cette personne a obtenu ce titre. Un employeur se pose alors deux questions. Le document a-t-il été modifié depuis sa délivrance ? Et l’émetteur est-il bien un établissement habilité à le délivrer ? Le papier répond mal à la première question et pas du tout à la seconde.
Les faux diplômes forment un vrai marché. Au Royaume-Uni, le service officiel de vérification s’appelle Prospects Hedd et fait partie de Jisc, l’organisme des technologies de l’éducation. Sur son site en octobre 2026, Hedd se présente comme le centre officiel de vérification des diplômes britanniques et indique détenir les coordonnées de 471 établissements reconnus et de 243 établissements bidons, avec des tarifs pour les employeurs à partir de 14 £. Une vérification reste une demande adressée à l’université, avec l’accord du diplômé, et une attente.
C’est là qu’intervient la blockchain. L’émetteur calcule le hash du diplôme, une courte empreinte qui change entièrement si un seul caractère du fichier change (notre guide de la cryptographie explique les fonctions de hachage). Il inscrit ce hash, ou une valeur construite à partir de nombreux hashs, dans une transaction. Comme un bloc confirmé est très difficile à réécrire, ce que montre notre page sur l’immuabilité de la blockchain, la transaction devient une preuve horodatée que ce fichier précis existait à cette date.
Ce que la chaîne ne prouve pas compte autant. Elle ne prouve pas que l’auteur de la transaction est une université. Elle ne prouve pas que l’étudiant a réussi ses examens. Ces faits viennent de l’extérieur de la chaîne, le même problème que celui d’un oracle qui transmet des prix à un contrat intelligent. Tout système sérieux ajoute donc une seconde étape : relier la clé qui a signé la transaction à un établissement connu.
Les premiers diplômes sur blockchain, de Nicosie au MIT
Université de Nicosie : des certificats sur Bitcoin dès le milieu des années 2010
L’Université de Nicosie, à Chypre, a été précoce. Sa page sur les certifications fondées sur la blockchain indique qu’elle a délivré ses premiers certificats sur la blockchain Bitcoin en 2015, aux étudiants de DFIN-511, son cours d’introduction aux monnaies numériques, et qu’elle délivre tous ses diplômes de cette façon depuis 2017. L’université se présente comme la première au monde à émettre des certificats académiques vérifiables sur la blockchain Bitcoin ; aucun organisme indépendant n’a confirmé cette affirmation.
MIT et Learning Machine : 111 diplômés en 2017, 619 un an plus tard
L’expérience qui a rendu l’idée célèbre vient de Cambridge, dans le Massachusetts. Selon MIT News du 17 octobre 2017, 111 diplômés y ont participé cet été-là : 85 du master en finance et 26 du master en arts et sciences des médias. Le service de la scolarité a travaillé avec Learning Machine, un éditeur de logiciels local. Seuls un hash à sens unique et une transaction horodatée ont été inscrits sur la blockchain Bitcoin. Le diplôme lui-même, avec le nom du diplômé, est resté hors chaîne.
Le standard ouvert derrière ce projet s’appelle Blockcerts, développé par le MIT Media Lab et Learning Machine. Son guide décrit des bibliothèques open source et un portefeuille mobile pour émettre et vérifier des titres, sur n’importe quelle blockchain, avec l’accent mis sur le contrôle par le destinataire et sur ce que le projet appelle la vérification sans confiance.
Au printemps suivant, l’expérience avait grandi. La MIT Technology Review a rapporté le 25 avril 2018 que 619 diplômés du MIT avaient pu choisir un diplôme numérique au cours de l’année écoulée, et que 214 avaient téléchargé l’application Blockcerts Wallet en mars 2018. Philipp Schmidt, directeur de l’innovation pédagogique au Media Lab, a déclaré au magazine : « Bitcoin blockchain lets us give the data back to the individual recipients » (en français : la blockchain Bitcoin nous permet de rendre les données à chaque destinataire).
L’entreprise n’est pas restée indépendante. Hyland, un groupe américain de logiciels, a annoncé le 5 février 2020 avoir racheté Learning Machine, avec effet au 1er février. Le communiqué ne mentionne ni Blockcerts ni le MIT, et aucun des deux articles sur le MIT n’explique ce qui se passe quand un diplôme doit être retiré, ou quand un diplômé perd le téléphone qui contient sa clé.
Blockchain diplômes : comment un diplôme est vérifié, étape par étape
La méthode a peu changé depuis 2015. Voici la séquence décrite par l’Université de Nicosie et utilisée par les systèmes de type Blockcerts, de l’émission à la vérification :
- L’université produit le diplôme numérique, un fichier qui contient le nom du diplômé, le titre et la date.
- Elle calcule le hash de chaque diplôme d’une promotion et range ces hashs dans un arbre de Merkle, une structure qui combine de nombreuses empreintes en une seule valeur appelée racine.
- Elle inscrit la racine dans une seule transaction sur une chaîne publique, Bitcoin pour le MIT et pour Nicosie. Une transaction ancre des centaines de diplômes.
- Chaque diplômé reçoit son diplôme avec un reçu : la preuve de Merkle, la racine et l’identifiant de la transaction. Dans l’expérience du MIT, l’application générait aussi une paire de clés pour le diplômé, de sorte que le diplôme était lié à une clé que l’étudiant contrôlait (notre guide des clés privées et publiques explique le fonctionnement d’une paire de clés).
- L’employeur, ou tout vérificateur, calcule le hash du fichier reçu, reconstitue le chemin jusqu’à la racine avec la preuve de Merkle et compare cette racine à celle qui est stockée dans la transaction sur la chaîne.
- Si les valeurs concordent, le fichier est bien celui qui a été ancré à cette date. Le vérificateur doit encore s’assurer que l’adresse qui a envoyé la transaction appartient à l’université, en général grâce à une clé publique que l’établissement publie sur son propre site.
L’étape 6 est le point faible. La chaîne déplace la confiance, elle ne la supprime pas. Si un fraudeur monte un faux site d’université avec sa propre clé, les mathématiques confirmeront sans broncher un faux diplôme ancré par un faux émetteur.
Deux autres faits comptent pour le lecteur. D’abord, le contenu du diplôme n’est jamais sur la chaîne dans ces montages, seulement l’empreinte, ce qui explique pourquoi les règles de protection des données les autorisent (voir la section sur le RGPD plus bas). Ensuite, le diplômé n’a besoin d’aucune cryptomonnaie : l’université paie les frais de transaction. Le diplôme est un justificatif, pas un jeton que l’on peut revendre, donc pas un actif numérique.

Université de Lille et BCdiploma : des dizaines de milliers de diplômes, et les critiques
Le cas français le mieux documenté est celui de l’Université de Lille, associée à la start-up française BCdiploma. D’après l’étude de cas Interoperable Europe de la Commission européenne, le premier test, en 2019, a porté sur 248 certificats du diplôme de langues CLES. La page indique que l’université a délivré depuis 2020 plus de 60 000 diplômes numériques fondés sur la blockchain et que, dès 2023, la délivrance numérique avait entièrement remplacé les certificats PDF. Parmi les obstacles cités figurent le financement à long terme, la reconnaissance juridique et la réticence de certains gestionnaires.
Le site spécialisé Next.ink rapportait le 11 octobre 2022 qu’environ 30 000 diplômes avaient été délivrés pour les promotions 2020 et 2021. Les diplômés reçoivent un lien personnel par courriel et décident de le partager ou non. L’université aurait obtenu entre 150 000 et 200 000 euros grâce à des appels à projets et à des fonds. Elle a choisi le réseau Avalanche, alors que BCdiploma avait d’abord travaillé sur Ethereum, et prévoyait de passer à l’EBSI, l’infrastructure européenne de services blockchain. Lille pilote aussi fr.EBSI, un projet lancé en 2021 pour émettre des attestations vérifiables du W3C sur l’EBSI, et participe au projet européen EBSI-VECTOR.
Le même article de Next.ink donnait la parole aux critiques. La page de vérification intègre un cadre hébergé par BCdiploma : une fausse page bien imitée pourrait donc tromper un employeur peu averti. Pablo Rauzy, chercheur en informatique à Paris 8, soutenait qu’une blockchain n’est nécessaire que lorsque personne n’est digne de confiance et qu’aucun système de permissions n’existe, et qu’une chaîne de certificats, voire un dépôt versionné, ferait l’affaire. Il décrivait le projet comme parti de la technologie plutôt que d’un problème.
Nous n’avons trouvé aucune autre université française dotée d’un programme vérifié et documenté de ce type. BCdiploma dit travailler avec environ 120 établissements dans 19 pays, un chiffre de l’entreprise repris par le Centre Inffo en 2022 que nous n’avons pas pu contrôler. Quel réseau Lille utilise en octobre 2026, Avalanche ou EBSI, les sources que nous avons pu ouvrir ne le disent pas.
Si vous cherchez l’adresse d’un diplôme sur blockchain pour la vérifier, retenez la règle de la liste plus bas : le lien doit se trouver sur le domaine de l’établissement, et la clé qui a ancré le titre doit être reliée à lui.
Un exemple italien, utile aux étudiants étrangers : CIMEA et Diplome
L’exemple italien est plus étroit, mais il intéresse les Français qui étudient ou travaillent en Italie. Le CIMEA, centre italien du réseau ENIC-NARIC chargé d’évaluer les titres étrangers, délivre sa déclaration de comparabilité par une plateforme appelée Diplome. L’Université de Milan-Bicocca explique que le PDF arrive dans le compte MyDiplome de l’étudiant puis est publié dans un portefeuille numérique. Elle précise aussi que la déclaration est un avis qui ne lie pas les universités, et que la plateforme n’existe qu’en anglais.
Un article d’Agenda Digitale du 30 avril 2019 décrivait Diplome comme un écosystème blockchain gratuit, promu par le ministère de l’Éducation (MIUR), l’agence numérique AgID et le CIMEA, bâti sur un réseau à permissions où les titres sont signés par l’émetteur et conservés dans un portefeuille. L’auteure soutenait que le modèle échappe au RGPD ; c’est sa lecture, pas une décision d’une autorité. Les diplômes universitaires italiens eux-mêmes ne sont pas délivrés sur Diplome : seules les attestations du CIMEA sur des titres étrangers le sont. Nous n’avons trouvé aucun chiffre d’adoption.
Des empreintes sur une chaîne aux attestations vérifiables du W3C
Le résultat le plus durable de la vague de 2016 à 2018 est un standard, pas une chaîne. Le World Wide Web Consortium (W3C) a publié le modèle de données Verifiable Credentials 2.0 comme recommandation le 15 mai 2025. Il définit une attestation vérifiable comme une attestation infalsifiable dont l’auteur peut être contrôlé par la cryptographie, et nomme trois rôles : l’émetteur (une université), le titulaire (le diplômé) et le vérificateur (un employeur). Il exige aussi que les contrôles de statut, par exemple pour savoir si un diplôme a été révoqué, ne permettent pas de suivre les individus, et il décrit la divulgation sélective et les techniques à divulgation nulle de connaissance.
Les identifiants viennent d’un second standard, les identifiants décentralisés (DID) 1.0, recommandation du W3C depuis le 19 juillet 2022. Un DID ressemble à did:méthode:identifiant. La spécification précise qu’elle ne présuppose aucune technologie particulière : beaucoup de méthodes DID utilisent un registre distribué, beaucoup d’autres non. Le standard issu des travaux sur l’identité par blockchain traite donc la blockchain comme facultative.
Les travaux ultérieurs du MIT ont suivi la même pente. Le Digital Credentials Consortium, un groupe universitaire fondé en 2018 pour rendre les titres académiques portables et vérifiables, décrit son action comme centrée sur des technologies open source et des standards ; en juillet 2026, MIT Open Learning l’a confié à la Strada Education Foundation, qui l’a rebaptisé Digital Credentials Commons. L’Union européenne a bâti son propre système sans chaîne : les European Digital Credentials for Learning d’Europass, lancés fin 2021, portent un cachet électronique avancé ou qualifié que l’émetteur achète à un prestataire de services de confiance dans le cadre du règlement eIDAS. Europass a indiqué le 21 octobre 2024 que plus de 35 000 de ces attestations avaient été délivrées dans les portefeuilles d’apprenants. Un fichier signé, contrôlé par rapport à un registre d’émetteurs de confiance, offre la même détection de modification qu’un hash sur une chaîne publique.
Identité numérique et blockchain : qu’est-ce que l’identité auto-souveraine (SSI) ?
L’identité auto-souveraine, ou SSI (self-sovereign identity), est l’idée qui sous-tend tout cela : vous détenez vos propres attestations et vous les montrez quand vous le décidez, au lieu qu’un intermédiaire détienne votre identité et la confirme à chaque fois. La définition la plus citée vient du développeur Christopher Allen, qui a présenté dix principes lors d’un atelier sur l’identité à Consensus 2016, résumés par Phil Windley le 11 mai 2016. L’identité d’un utilisateur doit exister indépendamment, rester sous son contrôle, lui donner accès à ses propres données, reposer sur des systèmes transparents, durer dans le temps, être portable, être interopérable, exiger son consentement, ne divulguer que le minimum nécessaire et protéger ses droits.
En pratique, la SSI fonctionne comme un triangle. L’émetteur signe une attestation et la remet au titulaire. Le titulaire la range dans une application de portefeuille. Quand un vérificateur la demande, le titulaire la présente, parfois en partie seulement, et le vérificateur contrôle la signature de l’émetteur sans le contacter. Une blockchain peut servir de registre public où les émetteurs publient leurs clés, mais un nom de domaine ou une liste de confiance gérée par un État peut jouer le même rôle.
Quatre façons de contrôler un diplôme, côte à côte :
| Méthode | Qui se porte garant de l’émetteur | Blockchain nécessaire | Exemple |
|---|---|---|---|
| Appel téléphonique ou service de vérification | Le service lui-même | Non | Hedd au Royaume-Uni, à partir de 14 £ (octobre 2026) |
| Hash ancré sur une chaîne publique | La clé publiée par l’université | Oui | Nicosie depuis 2015, MIT en 2017 |
| Attestation vérifiable avec un DID | Clé dans un document DID ou une liste de confiance | Facultative | fr.EBSI, standard du W3C de mai 2025 |
| Cachet électronique eIDAS | Prestataire de services de confiance de l’UE | Non | Attestations Europass depuis 2021 |
La blockchain d’identité auto-souveraine la plus connue n’a pas survécu. Le 8 février 2025, le conseil de la Sovrin Foundation a annoncé que son registre MainNet serait probablement arrêté au plus tard le 31 mars 2025. Il invoquait la baisse d’usage (aucun nouveau valideur de transactions n’avait rejoint le réseau en 2024), l’incertitude réglementaire autour de l’identité décentralisée, le temps du personnel prévu pour mettre à jour les nœuds du réseau principal et consacré à réparer le réseau de test, et une charge de gouvernance portée par quelques administrateurs qui avaient aussi hérité d’une dette de 2 millions de dollars de l’ancien conseil. « The Sovrin Foundation has been a pioneer, but challenges have made ongoing operations unsustainable », écrivait le conseil. Un billet postérieur, daté du 20 janvier 2026, indique que l’État de l’Utah a dissous la fondation le 21 mai 2025 à la demande du conseil, et que le registre subsiste comme archive en lecture seule, l’entreprise Trinsic en étant la gardienne. Aucune nouvelle attestation ne peut y être ancrée.
Portefeuille européen d’identité numérique : une échéance en 2026 et aucune blockchain à l’intérieur
Ce que prévoit le règlement (UE) 2024/1183
Le règlement européen sur l’identité numérique, souvent appelé eIDAS 2, est le règlement (UE) 2024/1183. Il modifie le règlement eIDAS de 2014, a été publié au Journal officiel le 30 avril 2024 et est entré en vigueur le 20 mai 2024. Chaque État membre doit fournir au moins un portefeuille européen d’identité numérique dans les 24 mois suivant l’entrée en vigueur des premiers actes d’exécution. Les questions-réponses de la Commission sur l’identité numérique résument : un portefeuille dans chaque État membre d’ici la fin de 2026.
Le jour exact découle des actes d’exécution. Selon le cabinet d’avocats Garrigues (30 septembre 2026), les cinq premiers ont été publiés le 4 décembre 2024 et sont entrés en application le 24 décembre 2024, ce qui place l’échéance des États au 24 décembre 2026. Les entreprises des secteurs désignés par la loi, ainsi que les très grandes plateformes en ligne, devront accepter le portefeuille comme moyen d’authentification d’ici le 24 décembre 2027 ; les micro et petites entreprises en sont exemptées.
Son usage ne sera pas obligatoire. Les questions-réponses de la Commission indiquent qu’il n’y aura aucune obligation d’utiliser un portefeuille, et qu’il sera gratuit. L’utilisateur décide quelles données quittent son téléphone.
Ce que le portefeuille contient, diplômes compris
Le portefeuille est une application sur le téléphone. Il contiendra un jeu de données d’identification de la personne et, à côté, des attestations émises par des organismes publics et privés. La Commission cite parmi elles les titres de formation, avec l’exemple d’un diplôme rangé dans le portefeuille et présenté à un employeur. Quatre projets pilotes à grande échelle ont testé ces usages, l’éducation figurant parmi les scénarios.
La fonction la plus utile est la divulgation sélective. Un site ou un bar qui doit savoir que vous avez plus de 18 ans peut recevoir ce seul fait, sans votre nom ni votre date de naissance. Le portefeuille offre aussi un moyen de voir et de contrôler ce qui a été partagé, et avec qui.

Portefeuille européen d’identité numérique en France : où en est France Identité
À deux mois de l’échéance, l’avancement est inégal. En France, la brique de départ est France Identité, l’application publique gérée par France Titres (l’ANTS), qui range sur le téléphone la nouvelle carte nationale d’identité. D’après le site de l’application, consulté le 26 octobre 2026, elle permet de se connecter à plus de 1 800 services via FranceConnect sans identifiant ni mot de passe, de produire une preuve d’identité pour une location plutôt que de photocopier la carte, et, depuis le 24 juin 2026, de s’enregistrer et d’embarquer dans les aéroports français. Elle revendique plus de 5 millions d’utilisateurs, sans donner de date. Le site ne parle ni du portefeuille européen ni de diplômes.
Nous n’avons trouvé aucun lien officiel entre l’application et le portefeuille européen, ni aucune date de lancement de ce rôle, ni aucune annonce de diplômes dans l’application. Euronews citait le 15 septembre 2026 l’Italie, la France, la Finlande et la Bulgarie parmi les États les plus avancés, l’Allemagne en étant encore au prototype.
L’Italie, voisine utile pour comparer, a déjà une application nationale très utilisée. Son IT Wallet, intégré à l’application IO du gouvernement, est ouvert à tous les citoyens depuis le 4 décembre 2024 et contient le permis de conduire, la carte de santé et la carte européenne du handicap ; l’activation passe par un compte SPID ou la carte d’identité électronique. Money.it a rapporté 10,1 millions d’activations et 17,3 millions de documents chargés le 17 février 2026, et cité le sous-secrétaire Alessio Butti pour 12 millions le 23 juillet 2026. Les diplômes et les certificats scolaires n’y sont pas encore disponibles, et aucune date de lancement n’était fixée au 10 septembre 2026.
L’Allemagne a prévu son portefeuille pour le 2 janvier 2027, donc après l’échéance. Un suivi publié le 15 octobre 2026 par l’éditeur d’identité numérique eideasy recensait des environnements de test en service au Danemark, en France, en Allemagne, en Italie, en Pologne et en Norvège, tout en précisant que cela ne confirme ni la certification ni la disponibilité en production d’aucun d’eux. Ces suivis restent indicatifs.
Le portefeuille n’est pas une blockchain, et l’EBSI est un réseau distinct
C’est le point que la plupart des articles brouillent. Le portefeuille européen conserve sur votre appareil des attestations signées et les présente aux vérificateurs. Ni les questions-réponses de la Commission ni ses pages sur le portefeuille ne décrivent de blockchain dans la conception. La confiance vient de listes d’émetteurs enregistrés et de prestataires de services de confiance qualifiés, comme pour les cachets électroniques des attestations Europass.
L’Union européenne exploite bien une blockchain, mais c’est un autre projet. L’EBSI, l’infrastructure européenne de services blockchain, est un réseau de nœuds tenus par des organismes publics, utilisé pour des essais comme fr.EBSI, le projet de diplômes piloté par Lille. Depuis une décision de la Commission de mai 2024, elle est gouvernée par Europeum-EDIC, un consortium d’États membres que le site de l’EBSI présente comme son seul opérateur. Un diplôme ancré sur l’EBSI pourrait un jour être présenté par un portefeuille, mais le portefeuille lui-même n’a pas besoin de l’EBSI.
Blockchain et RGPD : la CNIL face à un registre qui n’oublie jamais
Le droit européen de la protection des données donne aux personnes le droit de faire rectifier ou effacer leurs données. Une blockchain publique est conçue pour que personne ne puisse faire ni l’un ni l’autre. La CNIL a abordé ce conflit dans sa publication du 20 septembre 2018 : une blockchain est une technologie, pas un traitement en soi ; les responsables ne devraient pas stocker de données personnelles en clair sur la chaîne ; et des techniques comme les empreintes à clé, les engagements cryptographiques ou le chiffrement se rapprochent de l’effacement sans produire exactement les mêmes effets.
Les autorités européennes de protection des données sont allées plus loin. Le Comité européen de la protection des données (CEPD) a publié en avril 2025 un projet de lignes directrices 02/2025 sur la blockchain et, après une consultation publique, a adopté la version finale le 7 juillet 2026. Le texte final déconseille de stocker des données personnelles sur une chaîne, déconseille fortement le texte en clair et demande des hashs salés ou à clé, les données d’origine et le secret restant hors chaîne. Il rappelle que les hashs et les données chiffrées restent des données personnelles. Il préfère les chaînes à permissions, n’admet les chaînes publiques que lorsque l’accès public est nécessaire à une finalité, et attend une analyse d’impact quand les risques sont élevés, y compris sur la question de savoir si une blockchain est nécessaire. L’impossibilité technique n’est pas acceptée comme excuse pour ignorer un droit.
Pour les diplômes, cela signifie que les montages du MIT et de Lille, qui ne mettent que des empreintes sur la chaîne, correspondent au schéma acceptable ; un diplôme écrit en clair sur une chaîne publique, non. Cela signifie aussi que le hash d’un diplôme n’est pas automatiquement anonyme.
Le portefeuille soulève d’autres inquiétudes. Euronews en a listé plusieurs le 15 septembre 2026 : le téléphone volé comme point de défaillance unique, la trace de qui a contrôlé quoi, la pression exercée sur les utilisateurs pour qu’ils révèlent leur vrai nom, et des techniques de protection de la vie privée encore en maturation. La réponse des standards est la divulgation sélective et, plus loin, les preuves à divulgation nulle de connaissance, qui permettent de prouver une affirmation (majeur, titulaire d’un master) sans révéler les données qui la fondent.
Ce que cela change pour un lecteur en France
Pour un étudiant, un salarié ou un recruteur en France, la réponse tient en peu de lignes. Obtenir un diplôme sur blockchain n’est possible que si votre établissement a choisi un prestataire : Lille est le cas documenté, et nous n’avons pas trouvé d’autre université française vérifiée. Rien ne se vend ni ne s’échange dans ces systèmes, donc l’AMF, l’ACPR et la fiscalité des cryptoactifs n’interviennent pas : le diplôme est un justificatif, pas un actif. Côté université, Lille aurait réuni entre 150 000 et 200 000 euros de financements pour son projet, selon Next.ink en 2022 ; le diplômé, lui, ne paie rien.
Sur l’identité, la marche à suivre ne passe pas par une blockchain. Si vous avez déjà la nouvelle carte d’identité, France Identité est l’application à connaître. Pour les diplômes dans le portefeuille européen, aucune date n’est annoncée en France à notre connaissance.
À l’étranger, deux repères. Aux États-Unis, il n’existe pas de dispositif fédéral de diplômes sur blockchain : l’expérience du MIT et le standard Blockcerts viennent d’universités et d’une entreprise. Pour l’identité, les États délivrent des permis de conduire mobiles qui vivent dans des portefeuilles de téléphone, et la TSA indique accepter les pièces d’identité numériques d’Apple Wallet, Google Wallet, Samsung Wallet ou d’applications d’État agréées dans plus de 250 aéroports, tout en exigeant que chaque passager porte encore une pièce physique conforme. Au Royaume-Uni, les vérifications de diplômes passent toujours par Hedd, et le projet d’identité numérique nationale est abandonné. The Register a rapporté le 14 janvier 2026 que le projet de rendre l’identité numérique obligatoire pour prouver le droit de travailler, annoncé en septembre 2025 pour 2029, avait été abandonné ; un porte-parole du gouvernement affirmait alors maintenir des contrôles numériques obligatoires du droit de travailler. Le 18 juillet 2026, un porte-parole d’Andy Burnham, tout juste élu à la tête du Parti travailliste, a dit qu’il abandonnerait le projet en arrivant au pouvoir comme Premier ministre le 20 juillet, selon Reuters. LexisNexis a rapporté le 18 septembre 2026 que la réponse du gouvernement à la commission des affaires intérieures confirmait que le programme national n’ira pas à son terme, y compris l’usage obligatoire de l’identité numérique pour les contrôles du droit de travailler, tandis que les travaux se poursuivent sur GOV.UK One Login, le GOV.UK Wallet et les services de vérification numérique certifiés. Aucun de ces systèmes britanniques n’est décrit comme une blockchain.
Les chiffres datés
| Élément | Chiffre | Date | Source |
|---|---|---|---|
| Diplômés du pilote du MIT | 111 (85 en finance, 26 en arts des médias) | Été 2017 | MIT News, 17 octobre 2017 |
| Diplômés du MIT ayant eu un diplôme numérique | 619, dont 214 ont téléchargé le portefeuille | Année jusqu’en mars 2018 | MIT Technology Review, 25 avril 2018 |
| Premier test de Lille | 248 certificats CLES | 2019 | Interoperable Europe |
| Diplômes délivrés par Lille | Environ 30 000 (promotions 2020 et 2021) | Octobre 2022 | Next.ink |
| Diplômes délivrés par Lille | Plus de 60 000 depuis 2020 | Page non datée, consultée en octobre 2026 | Interoperable Europe |
| Attestations numériques Europass | Plus de 35 000 délivrées | 21 octobre 2024 | Europass |
| Activations de l’IT Wallet italien | 10,1 millions ; 12 millions | 17 février 2026 ; 23 juillet 2026 | Money.it |
| Établissements bidons sur la liste de Hedd | 243 | Octobre 2026 | Hedd |
| Échéance du portefeuille européen pour les États | 24 décembre 2026 | Fixée par le règlement (UE) 2024/1183 | Garrigues, Commission |
| Acceptation par les entreprises réglementées | 24 décembre 2027 | Même règlement | Garrigues |
Quand la blockchain aide un diplôme, et quand un fichier signé suffit
Après dix ans, le bilan permet de tracer une ligne. Un hash sur une chaîne publique aide quand l’émetteur risque de disparaître, puisque la preuve survit à une université fermée ou à un site mort, et quand des vérificateurs de pays différents ne partagent pas de registre de confiance. Il apporte peu quand un registre national ou un cachet eIDAS existe déjà, ce qui est la direction prise par l’Union européenne. Notre page sur les blockchains publiques et privées explique pourquoi les réseaux à permissions comme l’EBSI ou Diplome sont un compromis entre les deux.
Avant de croire une promesse de « certification blockchain », posez quatre questions :
- Où est hébergée la page de vérification, et se trouve-t-elle sur le domaine de l’université ?
- Comment savoir que la clé ou l’adresse qui a ancré le diplôme appartient à l’émetteur ?
- Des données personnelles sont-elles écrites sur la chaîne, ou seulement une empreinte ?
- Que se passe-t-il si le diplôme est révoqué ou si le diplômé perd le téléphone qui contient l’attestation ?
Un portefeuille d’identité n’est pas non plus un portefeuille crypto. Notre guide des portefeuilles crypto traite des applications qui détiennent les clés de cryptomonnaies ; le portefeuille européen contient des documents signés et aucun argent. La prochaine date à surveiller est le 24 décembre 2026, où chaque pays de l’Union doit avoir son portefeuille prêt. Une prochaine leçon de ce parcours examine un autre usage public où les promesses de la blockchain rencontrent des limites sévères : le vote.



