Capitalisation 2,63 T $ −1,41 % sur 24 heuresVolume 24 h 61,69 Md $Dominance BTC 59,3 %ETH 10,6 %Fear & Greed 26 PeurCryptos 22 751

Comment acheter du bitcoin en Afrique : P2P, mobile money et Lightning

Comment acheter du bitcoin ou de l'USDT en Afrique en 2026 : P2P avec Orange Money ou M-Pesa, Lightning, coûts réels, arnaques et règles pays par pays.

Débutant 27 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Comment fonctionne un exchange crypto centralisé ? KYC, garde des fonds et leçons de FTX
Un smartphone avec des billets, un globe et un groupe de personnes autour
Sommaire
  1. Pourquoi acheter des cryptos en Afrique fonctionne autrement
  2. Les voies d’entrée et de sortie, comparées
    1. Carte bancaire et virement sur une plateforme
    2. Les places de marché P2P : comment fonctionne le séquestre
    3. Le mobile money : M-Pesa, MTN MoMo, Orange Money, Airtel Money
    4. Vendre contre de l’argent local est le sens le plus risqué
  3. Les plateformes que vous croiserez, et celle qui est partie
  4. Du bitcoin par Lightning sur un téléphone basique ou par M-Pesa
  5. Frais, écarts de prix et coût réel d’un achat en P2P
  6. Les arnaques au P2P et comment les éviter
  7. Acheter des cryptos en Afrique pas à pas, avec une première petite somme
  8. Ce que dit le droit, pays par pays
    1. CEMAC : une interdiction pour les banques, pas pour les particuliers
    2. UEMOA : pas encore de loi crypto, seulement des mises en garde
    3. Nigeria : les actifs numériques sont des valeurs mobilières
    4. Kenya : l’année de transition de la loi VASP s’achève le 4 novembre 2026
    5. Afrique du Sud : prestataires agréés et règle de voyage
  9. Comparaison avec l’achat de cryptos en France et en Europe

L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 205 milliards de dollars de valeur crypto en transactions on-chain entre juillet 2024 et juin 2025, soit environ 52 % de plus que l’année précédente, selon Chainalysis (en anglais). Le Nigeria à lui seul en a capté plus de 92,1 milliards, près de trois fois l’Afrique du Sud, deuxième du classement. Les petits paiements pèsent plus lourd qu’ailleurs : plus de 8 % de la valeur transite par des transferts de moins de 10 000 dollars, contre 6 % dans le reste du monde.

Alors, comment acheter du bitcoin quand on vit à Douala, à Dakar, à Abidjan ou à Kinshasa ? Le plus difficile est rarement le choix de la crypto. C’est de faire arriver des francs CFA (FCFA), des nairas ou des shillings sur une plateforme sans en perdre en route. Les banques d’Afrique centrale n’ont plus le droit de toucher aux cryptos depuis 2022, les banques nigérianes ont reçu en 2021 l’ordre de fermer les comptes liés aux cryptos, et pour beaucoup de gens le compte du quotidien est de toute façon un portefeuille de mobile money. L’une des applis locales les plus connues, Yellow Card, a cessé de servir les particuliers le 1er janvier 2026.

Les réponses ci-dessous sont datées d’octobre 2026. Elles couvrent les voies d’entrée (carte et virement, places de marché P2P, mobile money, applis Lightning), le coût caché de chacune, les arnaques qui visent les débutants en P2P, un premier achat avec une petite somme, et le droit en zone CEMAC, en zone UEMOA, au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud. Rien de tout cela n’est un conseil en investissement : acheter ou non reste votre décision, et le cours des cryptos peut chuter fortement en quelques jours. Les lecteurs d’Europe qui envoient de l’argent au pays trouveront à la fin une comparaison avec l’achat en France et en Europe.

Pourquoi acheter des cryptos en Afrique fonctionne autrement

Une plateforme d’échange centralisée met en relation acheteurs et vendeurs, garde les fonds des clients et vérifie les identités. Notre leçon sur le fonctionnement des plateformes d’échange centralisées détaille carnets d’ordres, conservation et retraits, nous n’y revenons pas. En Europe, le lien entre votre argent et la plateforme est simple : un paiement par carte ou un virement, en général réglé le jour même.

Dans une grande partie de l’Afrique, ce lien est le point faible. Le compte du quotidien est souvent un portefeuille de mobile money plutôt qu’un compte bancaire : M-Pesa au Kenya, MTN MoMo et Orange Money en Afrique de l’Ouest et du Centre, Airtel Money dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et du Centre. Les plateformes mondiales n’ont pas été conçues autour de ces portefeuilles, et toute une couche d’intermédiaires s’est installée entre les deux : des particuliers qui vendent sur des places de marché P2P, des sociétés de paiement partenaires, et quelques applis qui marchent sur un téléphone basique.

L’actif acheté en premier n’est d’ailleurs souvent pas le bitcoin. Beaucoup de premiers achats portent sur le tether (USDT), un jeton censé suivre le dollar américain. Chainalysis parle du « rôle croissant des stablecoins comme substitut au dollar » (traduction libre) et relève que l’USDT représentait 7 % des achats de cryptos contre monnaie locale au Nigeria, contre 5 % pour les acheteurs payant en dollars. Un jeton indexé sur le dollar reste un actif crypto : son émetteur peut geler des adresses, ce n’est pas un dépôt bancaire, et notre guide sur les stablecoins en explique les risques.

Gardez en tête une distinction avant de lire le moindre titre sur une « interdiction des cryptos ». Les textes séparent généralement trois situations : un particulier qui achète ou détient des cryptos, une entreprise qui propose des services crypto, et une banque ou un établissement de paiement qui manie de l’argent lié aux cryptos. Une règle peut frapper le troisième groupe sans rien dire du premier. C’est ce qui s’est passé en Afrique centrale en 2022, quand le régulateur bancaire a fermé les cryptos aux banques sans mentionner les particuliers.

Les voies d’entrée et de sortie, comparées

blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il existe cinq façons concrètes de transformer de l’argent local en cryptos, et la plupart fonctionnent aussi dans l’autre sens. Elles diffèrent par la personne qui détient vos cryptos pendant l’opération et par l’endroit où le coût se cache.

VoieTrajet de votre argentQui détient les cryptos pendant l’opérationRisque principalOù se cache le coût
Carte bancaire sur une plateformePaiement par carte à la plateformeLa plateformeCarte refusée, frais de traitement de la carteFrais de carte plus le prix de la plateforme
Virement vers une plateforme localeVirement en monnaie locale (EFT en Afrique du Sud)La plateformePlateforme sans licence là où elle est exigéeFrais de dépôt, frais de trading
Place de marché P2PVous payez directement un vendeur, par banque ou mobile moneyLe séquestre (escrow) de la plateformeFausses preuves de paiement, paiements par un tiersPrix de l’annonce au-dessus du marché, frais du mobile money
Mobile money via une fonction partenaireMobile money vers le partenaire local de la plateformeLa plateformeDisponibilité variable selon les paysTaux de change proposé, frais du partenaire
Appli Lightning sur téléphone basiqueBitcoin envoyé et reçu par menus USSD ou SMSLe fournisseur de l’appliService en garde, petits soldes seulementFrais du fournisseur, taux de change

Carte bancaire et virement sur une plateforme

Là où les banques traitent ouvertement avec les plateformes crypto, c’est la voie la plus simple. L’Afrique du Sud en est le cas le plus net. VALR et Luno, les deux plateformes locales que les débutants rencontrent d’abord, ont toutes deux reçu des agréments de l’Autorité de conduite du secteur financier (FSCA) en avril 2024, selon TechPoint Africa (en anglais). Le guide de VALR indique que les dépôts en rands par virement (EFT) sont « généralement gratuits », alors que des frais de traitement de 3,9 % s’appliquent aux dépôts par carte (en anglais). La carte est plus rapide, le virement moins cher. Hors d’Afrique du Sud, nous n’avons trouvé aucune règle générale sourcée : savoir si telle carte fonctionne sur telle plateforme, seul un tout petit test vous le dira.

Le Nigeria montre à quelle vitesse cette voie peut s’ouvrir puis se refermer. En février 2021, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a demandé aux banques de fermer les comptes liés au trading de cryptos. Ses lignes directrices du 22 décembre 2023 ont inversé la mesure : les banques peuvent de nouveau ouvrir des comptes aux prestataires de services d’actifs virtuels, mais elles ne peuvent toujours ni détenir ni échanger des cryptos elles-mêmes, a rapporté ICIR (en anglais).

Les places de marché P2P : comment fonctionne le séquestre

Une place de marché P2P (pair à pair) ne vous vend pas de cryptos : elle permet à un autre utilisateur de vous en vendre. Le vendeur publie une annonce avec un prix, des limites et les moyens de paiement qu’il accepte. Quand vous ouvrez un ordre, la plateforme bloque les cryptos du vendeur en séquestre. Vous payez le vendeur en dehors de la plateforme, par virement ou mobile money, puis vous marquez l’ordre comme payé. Le vendeur vérifie que l’argent est bien arrivé et libère les cryptos, qui passent du séquestre à votre compte.

Sur Binance P2P, la plus grande de ces places de marché, le délai de paiement fixé par le vendeur va de 15 minutes à 6 heures, et la plateforme recense plus de 1 000 moyens de paiement pour plus de 125 devises, d’après son guide du débutant sur le P2P (en anglais). Des frais sont prélevés sur le « maker » ou le « taker » des ordres terminés et varient selon les marchés ; votre banque ou votre opérateur de mobile money peut ajouter les siens. La même page prévient que les paiements sont définitifs une fois effectués.

En cas de problème, chaque partie peut ouvrir un litige. Les cryptos restent bloquées pendant que le support examine les preuves : relevés de paiement, historique du chat, noms des comptes. Ce séquestre est tout l’intérêt d’une place de marché par rapport à un inconnu rencontré dans un groupe Telegram. Si vous sortez de la plateforme, la protection disparaît.

Deux mains qui se serrent à côté d'un smartphone, d'une pile de pièces et d'un cadenas
Sur une place de marché P2P, les cryptos du vendeur restent bloquées en séquestre jusqu'à l'arrivée du paiement de l'acheteur.

Le mobile money : M-Pesa, MTN MoMo, Orange Money, Airtel Money

Le mobile money mène aux cryptos de trois façons, et il vaut mieux savoir laquelle vous utilisez.

La première, et la plus courante, passe par le P2P. Un vendeur d’une place de marché indique Orange Money, MTN MoMo, M-Pesa ou Airtel Money parmi les moyens qu’il accepte, et vous lui envoyez de l’argent depuis votre portefeuille. C’est la réponse à la question que beaucoup de lecteurs tapent, comment acheter de l’USDT avec Orange Money : vous cherchez une annonce P2P dans votre devise qui mentionne Orange Money. Le moyen de paiement est choisi par le vendeur, il n’est pas proposé par la plateforme comme un produit à elle, et les annonces disponibles changent d’un pays et d’un jour à l’autre. Nous n’avons trouvé aucune source désignant Orange Money ou MTN MoMo comme un canal de paiement officiel de Binance.

La deuxième est une fonction partenaire au sein d’une plateforme. En octobre 2024, Binance a ajouté une option d’achat uniquement, pour les utilisateurs de mobile money au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Togo et au Sénégal, accessible par le bouton « Add Funds » et opérée via ce qu’elle appelait des « partenariats locaux », a rapporté TechPoint Africa le 17 octobre 2024 (en anglais). Les partenaires n’étaient pas nommés, et nous n’avons pas pu confirmer la liste des pays en 2026 : ouvrez l’appli et regardez quelles devises et quels moyens elle vous propose aujourd’hui.

La troisième est une appli Lightning qui convertit entre bitcoin et mobile money, traitée dans sa propre section plus bas. Un point vaut pour les trois : nous n’avons trouvé aucune politique publiée d’Orange, de MTN ou de Safaricom sur les paiements liés aux cryptos. Lisez les conditions de votre opérateur et gardez chaque transfert dans vos plafonds habituels.

Vendre contre de l’argent local est le sens le plus risqué

Encaisser inverse les rôles. En vendeur, vous libérez les cryptos quand l’acheteur dit avoir payé, et toutes les arnaques du P2P visent à vous faire libérer avant que l’argent soit réellement à vous. Un paiement peut aussi être contesté ou annulé après la libération, et un compte récepteur peut être gelé. En avril 2026, Binance a confirmé à Business Daily (en anglais) avoir restreint des comptes d’utilisateurs kényans, ce qui, selon ce que les clients ont appris, a été fait « à la demande des forces de l’ordre ». Une lettre d’information de la Human Rights Foundation du 30 avril 2026 affirme que les demandes émanaient de la Direction des enquêtes criminelles et que certains comptes étaient inaccessibles depuis plus de deux mois, sans poursuites formelles ni décision de justice. La vente et l’encaissement auront plus tard leur propre leçon dans ce parcours.

Les plateformes que vous croiserez, et celle qui est partie

Yellow Card a longtemps été le premier nom que rencontraient les débutants africains. Elle ne sert plus les particuliers. L’entreprise a écrit aux utilisateurs le 29 octobre 2025, leur a laissé jusqu’à la fin de l’année pour retirer leurs fonds, et a fermé l’appli grand public le 1er janvier 2026, a rapporté Mariblock (en anglais) le 12 novembre 2025. Un porte-parole a parlé d’une décision stratégique pour se concentrer sur les paiements en stablecoins destinés aux entreprises, et la société a dit que la réglementation n’en était pas la cause. Quiconque avait encore un solde ne doit traiter qu’avec les canaux officiels du support, jamais avec quelqu’un qui propose son aide sur les réseaux sociaux.

Binance tient des marchés P2P dans de nombreuses devises africaines, mais pas en naira. Les annonces en naira ont disparu de son marché P2P le 28 février 2024. Le 5 mars 2024, la plateforme a arrêté les dépôts en naira, laissé aux utilisateurs jusqu’au 8 mars pour retirer, puis converti le solde restant en USDT à 1 515 nairas par jeton, a rapporté TechPoint Africa (en anglais). Ce départ est survenu en plein bras de fer avec les autorités nigérianes, qui avaient placé en détention deux dirigeants de Binance fin février.

Au Nigeria, Quidax, qui fait partie du programme d’incubation réglementaire accélérée de la Commission des titres et des investissements (SEC), a fermé sa place de marché P2P fin janvier 2026, après environ cinq mois d’activité, en conservant les dépôts, les retraits et le trading au comptant, a rapporté TechBuild Africa (en anglais). D’autres plateformes mondiales tiennent des marchés P2P en naira ; avant d’en utiliser une, vérifiez si elle figure sur la liste des opérateurs enregistrés ou approuvés par la SEC. Notre guide pour choisir une plateforme d’échange crypto liste les contrôles valables partout.

En Afrique du Sud, le point de départ est différent : cherchez la plateforme sur la liste des prestataires de services d’actifs crypto autorisés publiée par la FSCA. VALR et Luno y figurent tous deux depuis 2024.

Du bitcoin par Lightning sur un téléphone basique ou par M-Pesa

Lightning est un réseau de paiement construit au-dessus du bitcoin, qui règle de petits paiements en quelques secondes avec des frais de réseau très inférieurs à ceux d’une transaction bitcoin ordinaire. Notre leçon sur les réseaux de couche 1 et de couche 2 explique sa place par rapport à la chaîne principale. En Afrique, deux services se distinguent parce qu’ils fonctionnent avec les téléphones et les comptes que les gens ont déjà.

Machankura fait tourner un portefeuille bitcoin à travers des menus USSD, ces codes courts qui marchent sur n’importe quel mobile sans internet. D’après son site (en anglais), on y accède par USSD en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Kenya, au Malawi, en Namibie, au Nigeria et en Zambie, par SMS en Tanzanie et en Ouganda, et par une adresse web en Afrique du Sud. Chaque numéro de téléphone reçoit une adresse Lightning en 8333.mobi, si bien que n’importe qui peut lui envoyer du bitcoin. Le service garde les pièces pour vous : CoinDesk l’a décrit en mars 2024 (en anglais) comme un service Lightning « uniquement custodial pour l’instant », et un projet de conserver les clés sur la carte SIM n’avait pas été lancé à notre connaissance. Considérez-le comme un portefeuille en garde et n’y laissez que de petites sommes.

Tando, au Kenya, n’est pas un moyen d’acheter du bitcoin. Il fait l’inverse : quelqu’un paie depuis un portefeuille Lightning comme Strike, Phoenix, Blink ou Wallet of Satoshi vers un numéro de téléphone kényan, et Tando convertit le bitcoin en shillings et crédite le compte M-Pesa du destinataire. Le destinataire n’a besoin d’aucun portefeuille crypto. Selon la description de Coinspeaker (en anglais) du 15 mai 2026, le service était en version bêta, ne fonctionnait qu’en shillings kényans, ne facturait rien au-delà des tarifs M-Pesa habituels parce qu’il absorbait ses coûts pendant une phase d’adoption, et n’affichait pas le nom du destinataire avant la confirmation : une faute de frappe dans le numéro envoie l’argent à un inconnu.

Tando concerne donc aussi les lecteurs d’Europe qui envoient de l’argent au pays : l’expéditeur a besoin de bitcoin, la famille reçoit des shillings. Les frais de Lightning lui-même sont minuscules, mais chaque appli fixe son propre taux de change et ses propres frais ; comparez les shillings reçus avec ce qu’une société de transfert d’argent livrerait pour les mêmes dollars.

Frais, écarts de prix et coût réel d’un achat en P2P

« Zéro frais » sur une annonce P2P veut rarement dire un échange gratuit. Ce que vous payez est la somme de quatre éléments :

  • l’écart de prix (spread), c’est-à-dire la distance entre le prix de l’annonce et le prix de marché de l’USDT ou du bitcoin à cet instant, là où se cache en général l’essentiel du coût ;
  • la commission de la plateforme, prélevée sur le « maker » ou le « taker » selon le marché et indiqués sur la page des frais ;
  • le prélèvement de votre banque ou de votre opérateur de mobile money pour le transfert vers le vendeur ;
  • les frais de réseau, quand vous retirerez ensuite les cryptos vers un portefeuille, parfois élevés par rapport à un très petit achat.

Un exemple hypothétique, avec des chiffres ronds choisis uniquement pour montrer le calcul : vous envoyez l’équivalent de 20 dollars à un vendeur dont l’annonce est affichée 3 % au-dessus du marché, et votre opérateur facture l’équivalent de 0,30 dollar pour le transfert. Vous recevez environ 19,42 USDT pour 20,30 dollars dépensés, soit un coût d’environ 4,3 % avant tout retrait. Si déplacer ces jetons vers votre portefeuille coûte ensuite 1 USDT de frais de réseau et de retrait, le total dépasse 9 %. Sur de petits montants, les frais fixes font le plus mal.

Comparez donc les annonces sur le montant final reçu, pas sur le prix affiché, et consultez la page des frais de la plateforme et le tarif de votre opérateur avant le premier ordre. Les prix des marchés P2P bougent dans la journée ; seules comptent les annonces à l’écran.

Les arnaques au P2P et comment les éviter

Notre panorama des arnaques crypto décrit les grandes familles de fraude. Sur les places de marché P2P, les ruses sont plus modestes et plus répétitives, et presque toutes cherchent à casser le séquestre ou les règles de concordance des noms :

  • Un acheteur envoie une capture d’écran ou un faux SMS qui imite une confirmation de banque ou de mobile money, puis presse le vendeur de libérer. La seule preuve, c’est l’argent visible dans votre propre appli.
  • Un interlocuteur vous demande de payer un autre compte, « le numéro de mon frère » ou un compte d’entreprise, ou vous paie depuis un compte à un autre nom.
  • Quelqu’un propose de passer la conversation sur WhatsApp ou Telegram et de payer « en direct » pour économiser les frais, ce qui sort l’échange du séquestre.
  • Un acheteur clique sur « payé » avant d’avoir payé, puis submerge le vendeur de messages pour qu’il libère vite.
  • Un faux « agent du support » vous contacte pendant un litige et réclame votre mot de passe, un code ou votre phrase de récupération. Le vrai support n’a jamais besoin de votre phrase de récupération.
  • Une publication promet des USDT gratuits ou un concours aux nouveaux utilisateurs du P2P ; notre leçon sur les faux airdrops et les faux giveaways explique comment ces promesses vident les portefeuilles.

Les règles de noms sont strictes. D’après les règles de traitement des litiges de Binance (en anglais), si le nom du compte de paiement de l’acheteur ne correspond pas au nom vérifié sur Binance, l’accès P2P de l’acheteur est suspendu et le vendeur est invité à rembourser. Si un acheteur paie un autre compte que celui de l’ordre, ou un tiers, Binance précise qu’elle « n’est pas responsable des pertes qui en résultent et qu’un remboursement n’est pas garanti » (traduction libre). Pour les moyens instantanés, le support contacte un vendeur qui n’a pas libéré au bout de 15 minutes ; pour les moyens plus lents, le vendeur est invité à libérer sous deux jours ouvrés.

Choisissez des interlocuteurs au long historique : les profils affichent le nombre d’ordres terminés, le taux de réussite et le délai moyen de libération. Lisez les conditions de l’annonce avant d’ouvrir l’ordre. Si vous avez été escroqué malgré tout, notre guide pour récupérer des cryptos volées explique quoi faire en premier, en commençant par un litige tant que l’ordre est encore ouvert.

Un panneau d'alerte et une silhouette à capuche à côté d'un œil et d'un document
Les fausses preuves de paiement et les demandes de payer un autre compte sont les ruses les plus fréquentes du P2P.

Acheter des cryptos en Afrique pas à pas, avec une première petite somme

Ces étapes supposent un achat d’USDT en P2P payé par mobile money, le cas le plus courant, avec des remarques pour les autres voies. Commencez par une somme que vous pouvez perdre entièrement, par exemple l’équivalent de 10 à 20 dollars, et ne recommencez qu’une fois le premier échange passé sans accroc.

  1. Vérifiez les règles de votre pays dans la section juridique plus bas, et regardez si votre pays encadre les plateformes crypto par des licences (c’est le cas de l’Afrique du Sud et du Nigeria ; au Kenya, les licences viennent à peine de s’ouvrir).
  2. Choisissez une plateforme qui sert votre devise aujourd’hui : ouvrez l’appli, regardez les devises et les moyens de paiement proposés, et consultez la liste du régulateur quand il en existe une.
  3. Créez le compte avec votre vraie identité et passez la vérification d’identité (KYC) avec une pièce d’identité et un selfie. Utilisez le même nom que sur votre compte de mobile money ou votre compte bancaire.
  4. Activez l’authentification à deux facteurs avec une appli d’authentification et réglez le code anti-hameçonnage de la plateforme si elle en propose un.
  5. Allez dans la section P2P, choisissez « Acheter », votre devise et l’actif, puis filtrez par moyen de paiement (par exemple Orange Money ou M-Pesa) et par montant.
  6. Comparez les annonces sur le montant final d’USDT reçu, et regardez pour chaque vendeur les ordres terminés, le taux de réussite et le délai moyen de libération. Lisez les conditions de l’annonce.
  7. Ouvrez l’ordre et notez le délai de paiement. Les cryptos du vendeur sont maintenant bloquées en séquestre.
  8. Payez depuis votre propre portefeuille ou compte, au numéro et au nom exacts indiqués dans l’ordre, et gardez la référence de la transaction. Ne payez jamais un autre numéro, même si le vendeur le demande dans le chat.
  9. Marquez l’ordre comme payé seulement après que l’argent a réellement quitté votre compte, et gardez tous les messages dans le chat de l’ordre.
  10. Attendez la libération. Si le délai expire sans rien, ouvrez un litige avec votre preuve de paiement ; n’annulez pas un ordre que vous avez déjà payé.
  11. Vérifiez que les USDT sont arrivés dans le solde de votre plateforme. Pour un achat par carte ou par virement sur une plateforme d’échange, les étapes 5 à 10 sont remplacées par un dépôt et un ordre au marché.
  12. Quand le montant justifie des frais de retrait, déplacez les cryptos vers un portefeuille que vous contrôlez, en choisissant le même réseau des deux côtés. Notre guide sur les portefeuilles crypto présente les options.
  13. Gardez une trace de chaque échange (date, montant, prix, frais). Le traitement fiscal dépend de votre pays.

Un premier échange prend en général de quelques minutes à la durée du délai de paiement, de 15 minutes à 6 heures sur Binance P2P. Le mobile money est rapide ; les virements bancaires peuvent être plus longs en dehors des heures d’ouverture des banques.

Ce que dit le droit, pays par pays

Les règles évoluent vite sur les marchés africains. Le tableau donne la situation en octobre 2026 ; les sections qui suivent ajoutent le détail et les dates.

ZoneAutorité principaleTexte clé et dateCe qui est viséSituation en octobre 2026
CEMAC (6 pays, franc CFA d’Afrique centrale)COBAC (commission bancaire)Décision D-2022/071, 6 mai 2022Banques, microfinance et établissements de paiementEn vigueur ; aucune règle crypto propre aux particuliers
UEMOA (8 pays, franc CFA d’Afrique de l’Ouest)BCEAOPas de loi cryptoMises en garde publiques seulementFeuille de route en préparation
NigeriaSEC Nigeria, Banque centraleInvestments and Securities Act, mars 2025 ; lignes directrices de la CBN, 22 déc. 2023Les opérateurs doivent être enregistrés auprès de la SECEn vigueur
KenyaBanque centrale du Kenya et Capital Markets AuthorityLoi VASP 2025 (en vigueur le 4 nov. 2025) ; règlement du 22 juil. 2026Les prestataires de services crypto doivent avoir une licenceL’année de transition s’achève le 4 nov. 2026
Afrique du SudFSCA, Centre de renseignement financierCryptoactifs produit financier depuis 2022 ; règle de voyage depuis le 30 avr. 2025Prestataires de services d’actifs crypto agréés310 agréments accordés au 31 mars 2026

CEMAC : une interdiction pour les banques, pas pour les particuliers

Dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Tchad, Congo, Guinée équatoriale et Gabon), la commission bancaire COBAC a adopté le 6 mai 2022 la décision D-2022/071. Elle interdit aux établissements qu’elle supervise (banques, établissements financiers, établissements de microfinance et de paiement) et à leurs partenaires techniques en services de paiement de détenir des cryptos pour eux-mêmes ou pour leurs clients, de les échanger ou de les convertir, ou de régler des transactions en cryptos en francs CFA ou en devises, selon le texte rapporté par Droit, Médias et Finance. Telle qu’elle est rapportée, la décision s’adresse aux établissements supervisés et à leurs partenaires et ne dit rien des particuliers.

« Les cryptos sont illégales au Cameroun » n’est donc pas ce que dit le texte. Ce qu’il implique, c’est que les canaux d’argent réglementés ne sont pas censés servir les cryptos. Le régulateur régional du marché financier, la COSUMAF, travaille sur une autre voie : un règlement de la CEMAC du 21 juillet 2022 a créé le statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN) et exige l’agrément de la COSUMAF, d’après l’analyse du juriste Albert Landry Mballa. En octobre 2022, le média sénégalais Osiris notait que la COSUMAF devait encore rédiger le texte d’application de ces agréments. Nous n’avons trouvé aucun prestataire qu’elle ait agréé, ni aucune politique publiée des opérateurs de mobile money de la région sur les transferts liés aux cryptos.

UEMOA : pas encore de loi crypto, seulement des mises en garde

Dans les huit pays qui partagent le franc CFA d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), aucune réglementation propre aux actifs crypto n’est en vigueur. La banque centrale, la BCEAO, prévient que les cryptoactifs privés ne bénéficient d’aucune garantie publique et exposent leurs détenteurs à de lourdes pertes. Elle a tenu à Dakar, le 8 mai 2026, une conférence internationale sur les cryptoactifs où des banquiers centraux ont appelé à un cadre réglementaire, et une feuille de route censée mener à des propositions de réglementation était en préparation, a rapporté Financial Afrik le 23 juillet 2026. Acheter des cryptos n’est donc ni soumis à licence ni expressément interdit, et aucune plateforme locale ne détient de licence crypto régionale.

Nigeria : les actifs numériques sont des valeurs mobilières

L’Investments and Securities Act 2025, promulguée par le président Bola Tinubu en mars 2025, a remplacé la loi de 2007 et traite les actifs numériques comme des valeurs mobilières placées sous la supervision de la SEC. Les plateformes d’échange et les autres opérateurs d’actifs numériques doivent être enregistrés auprès de la SEC. La loi et les déclarations de la SEC portent sur les opérateurs ; nous n’avons trouvé aucune source faisant de l’achat de cryptos par un particulier une infraction, ni aucune confirmant que toutes les plateformes utilisées par les Nigérians ont l’agrément de la SEC.

Les lignes directrices de la Banque centrale de décembre 2023 permettent aux banques d’ouvrir des comptes aux entreprises crypto agréées mais leur interdisent toujours de négocier ou de détenir elles-mêmes des cryptos. En pratique, les utilisateurs de nairas passent par des plateformes locales supervisées par la SEC ou par les marchés P2P de plateformes mondiales, les services en naira de Binance ayant disparu depuis mars 2024.

Kenya : l’année de transition de la loi VASP s’achève le 4 novembre 2026

La loi de 2025 sur les prestataires de services d’actifs virtuels (VASP Act) (n° 20 de 2025, en anglais) est entrée en vigueur le 4 novembre 2025. La Banque centrale du Kenya donne licence aux prestataires de portefeuilles en garde, aux processeurs de paiement et aux émetteurs de stablecoins ; la Capital Markets Authority aux plateformes d’échange, aux courtiers et aux plateformes de jetons. Dans un avis public du 18 novembre 2025, les deux régulateurs ont indiqué que l’octroi des licences commencerait une fois que le Trésor national aurait publié les règlements. Ces règlements ont été publiés au journal officiel le 22 juillet 2026.

L’article 47 de la loi accorde à ceux qui fournissent déjà des services d’actifs virtuels un an à compter de l’entrée en vigueur pour se mettre en conformité, ce qui fixe l’échéance au 4 novembre 2026. Exercer une telle activité sans licence est une infraction : selon l’article 40(3), une société risque une amende pouvant atteindre 25 millions de KES, et un particulier jusqu’à 10 millions de KES ou cinq ans de prison. Ces sanctions visent ceux qui exploitent une activité crypto, pas ceux qui achètent. Nous n’avons trouvé aucune annonce de licence au 25 octobre 2026 ; notre page sur l’échéance des licences VASP au Kenya suit le dossier.

Afrique du Sud : prestataires agréés et règle de voyage

L’Afrique du Sud a déclaré en 2022 les cryptoactifs produit financier, si bien que les prestataires doivent obtenir une licence de la FSCA. Au 31 mars 2026, le régulateur avait reçu 533 demandes, en avait approuvé 310, rejeté 17, et 124 avaient été retirées. Il avait aussi ouvert 81 enquêtes sur des prestataires soupçonnés d’exercer sans licence, dont 30 closes et 51 en cours, selon sa mise à jour du 15 avril 2026 (en anglais).

Depuis le 30 avril 2025, la directive 9 du Centre de renseignement financier applique la règle de voyage aux transferts de cryptos, sans aucune exemption : une plateforme agréée doit recueillir et transmettre des informations sur l’expéditeur et le destinataire. Attendez-vous à des questions sur le propriétaire du portefeuille lors d’un retrait. Par ailleurs, un projet de règles de contrôle des changes couvrant les cryptos, publié en avril 2026, n’est pas en vigueur, et le ministre des Finances a annoncé un second projet le 21 octobre 2026, comme nous l’avons rapporté dans notre article d’actualité.

Comparaison avec l’achat de cryptos en France et en Europe

Les lecteurs d’Europe, et en particulier de France, sautent en général presque tout ce qui précède. Une carte bancaire ou un virement (SEPA dans la zone euro) part directement vers une grande plateforme dans leur propre monnaie, l’échange se fait sur un carnet d’ordres, et aucun inconnu ne se tient entre l’acheteur et les cryptos. Notre guide pour acheter des cryptos détaille cette voie.

Le cadre juridique est aussi plus uniforme. Dans l’Union européenne, les prestataires de services sur crypto-actifs (CASP, en français PSCA) ont besoin d’un agrément au titre du règlement MiCA, présenté dans notre explication du règlement MiCA ; en France, c’est l’Autorité des marchés financiers (AMF) qui tient ce rôle, et l’ancien statut de PSAN, le même sigle que celui créé pour la CEMAC, correspond à l’enregistrement qu’elle délivrait avant MiCA. Les voies africaines échangent cette simplicité contre de la portée : le P2P et le mobile money marchent là où les banques ne vont pas, au prix d’un écart de prix plus large et des risques d’arnaque décrits plus haut.

Le prochain rendez-vous à surveiller est le 4 novembre 2026, date de la fin de l’année de transition au Kenya, après laquelle les premières licences de la loi VASP pourraient être délivrées.

Sources

  1. Chainalysis : adoption des cryptos en Afrique subsaharienne en 2025 (en anglais) chainalysis.com
  2. Binance : règles de traitement des litiges P2P (en anglais) binance.com
  3. Binance : guide du débutant pour acheter et vendre en sécurité en P2P (en anglais) binance.com
  4. Mariblock : pourquoi Yellow Card a fermé son activité grand public (en anglais) mariblock.com
  5. TechPoint Africa : les utilisateurs de Binance dans six pays africains peuvent acheter des cryptos par mobile money, 17 octobre 2024 (en anglais) techpoint.africa
  6. Machankura : pays et codes d'accès (en anglais) 8333.mobi
  7. Coinspeaker : Tando relie les paiements Lightning à M-Pesa au Kenya, mis à jour le 15 mai 2026 (en anglais) coinspeaker.com
  8. Droit, Médias et Finance : la décision COBAC D-2022/071 interdit les cryptoactifs aux banques et assimilés droitmediasfinance.com
  9. Droit, Médias et Finance : les prestataires de services sur actifs numériques dans la zone CEMAC (tribune d'Albert Landry Mballa) droitmediasfinance.com
  10. Financial Afrik : la BCEAO avance avec prudence sur la monnaie numérique, 23 juillet 2026 financialafrik.com
  11. Loi de 2025 sur les prestataires de services d'actifs virtuels (n° 20 de 2025), Kenya Law (en anglais) new.kenyalaw.org
  12. FSCA : point sur l'octroi des licences aux prestataires de services d'actifs crypto, 15 avril 2026, via FAnews (en anglais) fanews.co.za
Rédaction de Coindaro

Qui a écrit cet article

Équipe de rédaction

Guides, avis et glossaire vérifiés auprès des sources primaires

  • Formation crypto
  • Avis de plateformes
  • Portefeuilles
  • Glossaire

La rédaction de Coindaro recherche et écrit chaque article, avis et guide publié sur Coindaro. Chaque fait est vérifié auprès de sources primaires (documents officiels, régulateurs, documentation des projets) et chaque page cite ses sources. Nous couvrons les marchés crypto, la technologie et la régulation pour les lecteurs d’Europe et d’Amérique du Nord, en toute indépendance et sans contenu payé.

Continuer à apprendre