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Polymarket affirme avoir enquêté sur « des dizaines » de paris des mi-mandat, dont deux transmis à la CFTC

Polymarket dit à NPR avoir examiné des dizaines de paris sur les mi-mandat, dont deux au moins transmis à la CFTC. Aucun cas, compte ni issue n’est cité.

11 min de lecture

Loupe abstraite au-dessus d’une urne à côté d’un œil et d’un panneau d’avertissement
Sommaire
  1. Ce que Shana Bautista a dit à NPR sur le délit d’initié sur Polymarket
  2. Comment fonctionne la surveillance des élections sur Polymarket
  3. Deux plateformes, une seule équipe d’enquête
  4. Ce que le reportage de NPR ne dit pas
  5. Pourquoi les marchés électoraux peu liquides se manipulent facilement
  6. Kalshi bannit les candidats, mais un collaborateur a contourné son blocage
  7. Une autorité qui laisse la police aux plateformes
  8. Polymarket en France : un site bloqué par l’ANJ
  9. À surveiller avant et après le 3 novembre

Polymarket a enquêté sur « des dizaines » de paris placés sur ses marchés consacrés aux élections de mi-mandat américaines du 3 novembre, pour de possibles délits d’initié et manipulations, a déclaré Shana Bautista, sa responsable mondiale du renseignement et des enquêtes, à NPR dans un reportage publié le mardi 27 octobre. Deux de ces dossiers au moins ont été transmis à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le gendarme américain des marchés dérivés, selon NPR, qui cite une personne au fait des enquêtes et non autorisée à s’exprimer publiquement. Ce chiffre ne vient donc pas de Polymarket, officiellement.

L’annonce, signée du journaliste de NPR Luke Garrett, tombe une semaine avant le scrutin. Elle est aussi mince. NPR ne précise ni les marchés concernés, ni l’identité des parieurs, ni les sommes en jeu, ni le sort des comptes visés. Rien dans le reportage n’évoque une inculpation, une amende ou une action publique de la CFTC sur les deux transmissions.

Le texte offre en revanche un rare aperçu de la façon dont la plateforme de paris sur l’actualité, adossée aux cryptomonnaies, dit surveiller les transactions électorales, par une ancienne du FBI qui pilote ce travail depuis juin. La fiche Polymarket de Coindaro explique le fonctionnement de la plateforme et son cadre réglementaire.

Ce que Shana Bautista a dit à NPR sur le délit d’initié sur Polymarket

Ancienne responsable du FBI et analyste en cryptomonnaies, Shana Bautista a indiqué à NPR qu’une équipe de 16 personnes et un nouveau système de surveillance des élections encadrent les paris avant le vote. Son avertissement à ceux qui détiendraient des informations confidentielles de campagne est sans détour : « Si vous avez une information que vous avez le devoir de protéger, ne pariez pas dessus », a-t-elle dit, d’après NPR.

Elle ajoute qu’un tel comportement viole les conditions d’utilisation de Polymarket sur ses deux plateformes, ainsi que la loi. Puis : « Si vous pensez être plus malin et pouvoir le faire, nous vous retrouverons. »

NPR présente les enquêtes comme portant sur d’éventuels délits d’initié et manipulations électoraux. Le média ne ventile pas les « dizaines » entre les deux catégories, et Shana Bautista n’a décrit aucun dossier en particulier.

Comment fonctionne la surveillance des élections sur Polymarket

Selon NPR, le système aspire des « gigaoctets » de données sur chaque utilisateur. Parmi les sources citées par Shana Bautista : les réseaux sociaux, les registres de la Commission électorale fédérale américaine (FEC), des sociétés de cryptomonnaies, les partenaires bancaires de Polymarket, des modèles statistiques et d’autres informations publiques. Quand un utilisateur déclenche assez de signaux d’alerte définis en interne, une notification arrive sur le téléphone de la responsable.

« Nous recevons des centaines d’alertes par jour », a-t-elle confié à NPR. Elle a refusé de donner les critères ou les seuils de détection, au nom de la sécurité du système.

Elle a en revanche décrit un schéma que son équipe traque lorsque quelqu’un tente de pousser un marché électoral dans un sens : plusieurs comptes ouverts, des transactions placées par rafales courtes, et les mêmes identifiants d’appareil qui reviennent sur des ordres passés coup sur coup depuis de nouveaux portefeuilles, répartis sur quatre ou cinq comptes. Une fois un dossier de ce type traité, ses enseignements nourrissent les détections. Son message de fond à NPR : délit d’initié et manipulation de marché se ressemblent partout, et les marchés de prédiction voient de vieilles tactiques appliquées à un nouveau terrain.

Œil abstrait et loupe au-dessus d’une baie de serveurs et d’un groupe de personnes
Shana Bautista affirme qu’une équipe de 16 personnes et un nouveau système génèrent des centaines d’alertes par jour sur les paris électoraux.

Polymarket avait déjà annoncé ce dispositif. Dans un entretien accordé à Reuters fin août, repris par PYMNTS le 31 août, Shana Bautista affirmait que l’entreprise avait « les systèmes en place pour identifier une activité anormale quand les élections de mi-mandat arriveront », et annonçait une page web décrivant son programme d’intégrité des marchés.

Deux plateformes, une seule équipe d’enquête

Shana Bautista supervise les informations des deux versions de l’entreprise. Polymarket US est la plateforme américaine régulée, où les utilisateurs doivent justifier de leur identité. Polymarket International, la plus grande des deux, est décrite par NPR comme pratiquement non régulée, avec des échanges anonymes en cryptomonnaie.

C’est sur cette seconde plateforme que les questions d’anonymat se posent d’ordinaire. Shana Bautista soutient que les transactions en crypto sont rarement totalement anonymes. « Nous n’avons jamais traité un dossier dans lequel nous n’avons pas pu identifier, potentiellement, qui étaient ces personnes », a-t-elle dit à NPR. Le mot « potentiellement » compte : elle n’a pas affirmé que tous les suspects avaient été identifiés, seulement que son équipe avait toujours trouvé des pistes.

L’entreprise s’est fait aider de l’extérieur. Decrypt rapporte le 27 octobre qu’elle s’est associée en avril à la société d’analyse de blockchains Chainalysis pour la surveillance de ses marchés. Quelques jours plus tard, un soldat de l’armée américaine en service actif était inculpé pour avoir utilisé des informations classifiées sur le raid de capture de Nicolás Maduro afin de parier sur Polymarket : plus de 33 000 dollars misés, près de 410 000 dollars gagnés, selon Decrypt. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il a plaidé non coupable ; Polymarket affirme avoir détecté l’activité et l’avoir signalée aux autorités avant l’arrestation. Bitcoin.com, dans son article du 27 octobre sur le reportage de NPR, indique que Polymarket a transmis plus de 100 dossiers, tous marchés confondus, aux forces de l’ordre.

Ce que le reportage de NPR ne dit pas

Le reportage repose sur deux chiffres, et aucun n’est solide. Le nombre d’enquêtes tient dans un mot vague, « des dizaines », pas dans une donnée. Les deux transmissions à la CFTC viennent d’une source anonyme, ni de l’entreprise ni du régulateur. Rien n’indique que ces transmissions aient entraîné une enquête de la CFTC.

NPR ne dit pas non plus combien des « centaines » d’alertes quotidiennes sont devenues des enquêtes, ni combien d’enquêtes se sont closes sans suite. Coindaro n’a trouvé aucune déclaration publiée par Polymarket en marge de l’entretien. Enfin, NPR ne précise pas si les dossiers concernent Polymarket US, Polymarket International ou les deux.

Pourquoi les marchés électoraux peu liquides se manipulent facilement

Les marchés électoraux comportent un risque qu’un pari sur le score d’un match n’a pas. Rajiv Sethi, professeur d’économie à Barnard College (université Columbia), qui étudie les marchés de prédiction depuis des décennies, a déclaré à NPR que ces marchés « peuvent devenir une prophétie autoréalisatrice ». Si un candidat semble perdre de l’élan, électeurs et donateurs peuvent réagir à cette impression.

L’essentiel de l’argent se concentre dans très peu de mains. Une analyse de l’Anti-Corruption Data Collective (ACDC), publiée le 17 août 2026 avec des données arrêtées au 10 août, relève les chiffres du tableau ci-dessous.

Indicateur (ACDC, données au 10 août 2026)Chiffre
Parié sur les courses à la Chambre et au Sénat en 2026133 millions de dollars
Parié sur les courses au Congrès sur tout le cycle 202492,4 millions de dollars
Marchés du Congrès sur Kalshi, Polymarket et Polymarket US7 466
Portefeuilles Polymarket ayant parié sur des courses au Congrès39 820
Part du volume des 1 % de portefeuilles les plus actifs de Polymarket Global68 %
Part du volume des 10 premiers portefeuilles17 %
Sièges où ces 10 portefeuilles ont parié, sur 470426
Marchés Polymarket avec moins de 100 portefeuilles80 %

La plupart des marchés du Congrès sur Polymarket n’attirent qu’une poignée de traders, et quelques portefeuilles sont présents presque partout. C’est le cadre dans lequel quelques mises modestes suffisent à déplacer les cotes affichées d’une course. Les grands marchés sont plus profonds : Bitcoin.com chiffre le marché Polymarket sur le contrôle de la Chambre à environ 24 millions de dollars de volume, et celui du Sénat à environ 9 millions de dollars au 27 octobre, sur 506 marchés électoraux ouverts sur la plateforme.

Kalshi bannit les candidats, mais un collaborateur a contourné son blocage

Polymarket n’est pas seul dans ce cas. Son grand rival, Kalshi, la plateforme de prédiction régulée par la CFTC, a banni et sanctionné en avril une poignée de candidats qui pariaient sur eux-mêmes, rapporte NPR. En mai, NPR avait révélé que des collaborateurs de campagne avaient gagné « des milliers » de dollars en pariant sur leur propre candidat avec des informations de sondages internes, sur des plateformes comme Polymarket et PredictIt, dans un reportage publié le 7 mai.

Toujours en mai, Kalshi a lancé son propre système de surveillance électorale, fondé sur les données de la FEC et destiné à empêcher tout collaborateur de campagne recensé par la FEC de parier sur des élections. En juillet, la plateforme disait avoir bloqué « des dizaines » de collaborateurs. L’un d’eux au moins a raconté à NPR avoir contourné le blocage, et a transmis au média, sous couvert d’anonymat, des relevés de transactions récentes. Decrypt ajoute que Kalshi affirme avoir ouvert plus de 150 enquêtes en un an et transmis plus de 20 dossiers aux forces de l’ordre, des chiffres qui viennent de l’entreprise.

Les deux sociétés publient désormais des décomptes d’enquêtes et de transmissions. Ni l’un ni l’autre ne dit, à lui seul, combien d’abus sont passés entre les mailles.

Une autorité qui laisse la police aux plateformes

Les dossiers sont transmis à une agence qui, selon NPR, a fait peu pour encadrer les marchés de prédiction durant leur essor des deux dernières années, en laissant l’essentiel du travail aux entreprises. C’est le contexte du « au moins deux » : une transmission remet le dossier à un régulateur qui s’est jusqu’ici reposé sur les plateformes pour surveiller.

La CFTC a agi sur des risques précis. Le 22 septembre, sa division de surveillance des marchés (Division of Market Oversight) a publié un avis de ses services alertant que les contrats dits « mention markets », qui paient selon qu’une personne prononce ou non un mot donné, peuvent présenter un risque accru de manipulation, a rapporté The Block. Selon Decrypt, l’agence a sanctionné un opérateur de prompteur de la Maison-Blanche qui pariait sur des discours qu’il avait déjà lus, trois semaines avant cet avis.

Document abstrait et sablier à côté d’un marteau de juge et d’un panneau d’avertissement
Les dossiers vont à une CFTC qui, selon NPR, a largement laissé la police des marchés de prédiction aux entreprises.

L’entreprise et l’agence se connaissent. Le 3 janvier 2022, la CFTC a ordonné à Blockratize Inc., qui exploite Polymarket, de payer une pénalité civile de 1,4 million de dollars pour avoir proposé des options binaires sur événements sans enregistrement, et de fermer les marchés non conformes. Quatre ans plus tard, c’est Polymarket qui adresse à ce régulateur des soupçons d’abus.

La pression monte aussi ailleurs dans l’appareil d’État. Le 23 octobre, le Pentagone a interdit aux militaires de parier sur des opérations avec des informations non publiques, en nommant Polymarket et Kalshi, et le 26 octobre, la NBA a signé avec la CFTC un pacte sur les marchés de prédiction qui cite les deux plateformes.

Polymarket en France : un site bloqué par l’ANJ

Pour un lecteur français, ces enquêtes se lisent à distance : Polymarket n’est pas légalement accessible en France. Le 16 juillet 2026, le président de l’Autorité nationale des jeux (ANJ) a ordonné aux fournisseurs d’accès à internet de bloquer le site, au motif qu’il fait la promotion de services de jeux d’argent non autorisés, selon le communiqué de l’ANJ. L’autorité avait déjà indiqué en février 2026 que les sites de prédiction sont des sites de jeux illégaux en France.

Parmi ses motifs, l’ANJ cite l’absence de vérification d’identité (KYC) sur les plateformes accessibles aux utilisateurs français et européens, des paris sur la météo qui laissent penser à un piratage de capteurs, et un blocage géographique mis en place après une mise en demeure de 2024 mais contourné. Elle relève 205 057 visiteurs uniques en France en juin. Le pôle cybercriminalité du parquet de Paris a par ailleurs ouvert une enquête le 4 mai 2026. L’ANJ rappelle que faire la publicité d’un site de paris non autorisé est un délit, puni de 100 000 euros d’amende.

À surveiller avant et après le 3 novembre

Les élections de mi-mandat ont lieu le mardi 3 novembre. Les marchés électoraux se dénouent sur les résultats, et certaines courses serrées peuvent mettre des jours à être tranchées : la période pendant laquelle une information confidentielle vaut la peine d’être exploitée ne s’arrête donc pas à la nuit électorale.

Une déclaration de la CFTC ou une action d’exécution liée aux dossiers transmis donnerait plus de poids au reportage de NPR. Il en irait de même si Polymarket détaillait ses résultats : combien de comptes sanctionnés, sur quels marchés, ou encore la répartition entre la plateforme américaine régulée et l’internationale anonyme. D’ici là, le dossier repose sur la parole de la responsable des enquêtes de Polymarket et d’une source anonyme, rapportées par NPR.

Sources

  1. NPR (Luke Garrett), Polymarket has investigated 'dozens' of election-related cases, 27 octobre 2026, via WFSU news.wfsu.org
  2. Decrypt, Polymarket has investigated dozens of midterm election bets: report, 27 octobre 2026 decrypt.co
  3. Bitcoin.com News, Polymarket flags suspicious midterm election bets, 27 octobre 2026 news.bitcoin.com
  4. Anti-Corruption Data Collective, analyse des marchés de prédiction du Congrès 2026, 17 août 2026 acdatacollective.org
  5. CFTC, communiqué 8478-22, ordonnance contre Blockratize (Polymarket), 3 janvier 2022 cftc.gov
  6. The Block, avis de la CFTC sur les mention markets et le risque de manipulation, 22 septembre 2026 theblock.co
  7. ANJ, Promotion de services de jeux illégaux : blocage du site Polymarket, 17 juillet 2026 anj.fr

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