Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, interdit aux militaires, aux agents du renseignement et aux civils du département de la Défense d’utiliser des informations gouvernementales non publiques pour parier sur des opérations militaires, et cite nommément les marchés de prédiction Polymarket et Kalshi. Le mémo, d’une page, date du mardi 20 octobre 2026 et n’a pas été publié. CBS News l’a obtenu et révélé en premier le 22 octobre à 15 h 21, heure de l’Est (19 h 21 UTC). DefenseScoop, qui dit qu’une source a confirmé l’authenticité du document, puis l’Associated Press ont relayé le même contenu plus tard dans la journée.
Cette interdiction du Pentagone sur les marchés de prédiction est un ordre interne, pas une loi. Elle ne crée ni infraction ni sanction nouvelle. Elle inscrit en revanche les marchés de prédiction, noms à l’appui, dans les règles militaires et fédérales existantes, six mois après qu’un soldat de l’armée de terre américaine est devenu la première personne poursuivie par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le gendarme américain des marchés de matières premières et de dérivés, pour un délit d’initié sur un contrat d’événement.
Un responsable de la Défense a indiqué à l’AP que le département n’avait rien à ajouter au mémo. Dans les articles consultés, aucune réaction de Polymarket, de Kalshi ou de la CFTC au mémo n’était parue à 05 h 00 UTC le 23 octobre.
Ce que couvre l’interdiction du Pentagone sur les paris
Selon DefenseScoop, le mémo a été adressé à la haute hiérarchie du Pentagone, aux commandants des commandements de combat et aux directeurs des agences et activités de terrain de la Défense. pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">Il interdit de placer des paris financiers à partir d’informations gouvernementales non publiques, aussi bien sur les plateformes de paris traditionnelles que sur des marchés de prédiction « tels que Polymarket ou Kalshi ».
Le point central tient à la classification. « Cette interdiction s’applique que la transaction soit fondée sur des informations classifiées ou non classifiées », a écrit Hegseth, cité par DefenseScoop. La nuance compte : une bonne part de ce que sait un soldat ou un logisticien avant une opération, comme une date de déploiement, une commande de carburant ou l’annulation de permissions, n’est pas classifiée mais n’est pas non plus publique.
Les personnes visées sont énumérées dans le mémo lui-même : « membre des forces américaines, professionnel du renseignement ou autre civil du département », d’après la formulation citée par CBS News et l’AP. Aucun article ne précise si les sous-traitants, les proches ou les retraités sont concernés. Aucun ne décrit non plus une interdiction générale de parier : l’ordre cible l’usage d’informations non publiques.
Des sanctions qui relèvent du droit existant
« Les violations peuvent entraîner des mesures administratives, disciplinaires et, le cas échéant, pénales », indique le mémo, au titre du code uniforme de justice militaire (UCMJ) ou du droit fédéral applicable, selon DefenseScoop. Aucun des trois articles ne cite un article du UCMJ ni une fourchette de peine. Ils n’expliquent pas davantage comment le département pourrait remonter jusqu’à un pari placé depuis un portefeuille crypto sans nom.

« Nos ennemis observent les mouvements de ces marchés »
Hegseth avance deux raisons. La première est la sécurité opérationnelle. « Nos ennemis observent les mouvements de ces marchés », a-t-il écrit, dans une phrase reprise par CBS News, DefenseScoop et l’AP. Selon CBS, son raisonnement est qu’un militaire qui mise sur l’issue d’une opération crée un signal, et que des services de renseignement étrangers pourraient étudier l’activité de paris pour anticiper des opérations, des cibles et un calendrier.
La seconde est le jugement. « Au-delà de la sécurité opérationnelle, les enjeux financiers peuvent altérer le jugement », a écrit Hegseth, d’après l’AP, avant d’ajouter : « Un logisticien qui a de l’argent en jeu sur une date de frappe a un intérêt à cette date. »
C’est le risque propre aux contrats d’événement par rapport aux actions. Un contrat sur Polymarket peut poser une question à réponse oui ou non sur une date, une cible ou un cessez-le-feu. Celui qui contribue à fixer cette date peut, en principe, connaître la réponse et agir sur elle.
L’affaire Van Dyke : première accusation de délit d’initié sur un contrat d’événement
Derrière l’ordre, il y a une affaire toujours en cours devant les tribunaux. Le 23 avril 2026, la CFTC a assigné Gannon Ken Van Dyke, militaire de l’armée de terre en activité, devant le tribunal du district sud de New York. Le régulateur affirme qu’il a participé à la planification et à l’exécution de l’« opération Absolute Resolve », celle de la capture du Vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, puis qu’il a joué sur Polymarket sous le pseudonyme « Burdensome-Mix » à partir d’informations non publiques sur cette opération.
D’après la CFTC, entre le 30 décembre 2025 et le 2 janvier 2026, il a acheté plus de 436 000 parts « Oui » du contrat « Maduro Out by January 31, 2026? » et réalisé plus de 404 000 $ de profit. L’agence parle de sa première accusation de délit d’initié portant sur des contrats d’événement et de la première application de la « règle Eddie Murphy » sur l’usage détourné d’informations gouvernementales. Elle réclame restitution, remise des gains, sanctions civiles, interdictions de négocier et une injonction.
Les procureurs fédéraux du même district ont rendu public le même jour un acte d’accusation pénal. L’AP décrit Van Dyke comme un sergent-major de 38 ans des forces spéciales. Il a plaidé non coupable de toutes les charges, rapporte Cointelegraph, et DefenseScoop précise qu’il a été libéré sous caution. Il est présumé innocent et aucune des accusations n’a été prouvée devant un tribunal.
Mise et profit : deux chiffres différents
Les articles sur l’affaire mélangent souvent deux montants. La somme qu’il est accusé d’avoir misée dépasse 32 500 $ selon l’AP, et 33 000 $ selon CBS News. L’essentiel a été placé dans la nuit du 2 janvier, quelques heures avant les premiers missiles sur Caracas, d’après l’AP. Le gain présumé est environ douze fois plus élevé : plus de 404 000 $ dans la plainte de la CFTC. CBS situe ses gains présumés au-dessus de 409 000 $ et DefenseScoop le profit présumé à près de 410 000 $. L’introduction de l’AP parle de plus de 400 000 $ « gagnés », ce qui désigne le gain, pas la mise. Tout cela reste de l’ordre des allégations.
| Montant | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Mise présumée sur Polymarket | Plus de 32 500 $ | AP, 22 octobre 2026 |
| Mise présumée sur Polymarket | Plus de 33 000 $ | CBS News, 22 octobre 2026 |
| Parts « Oui » achetées, du 30 déc. 2025 au 2 janv. 2026 | Plus de 436 000 | Plainte de la CFTC, 23 avril 2026 |
| Profit présumé | Plus de 404 000 $ | Plainte de la CFTC, 23 avril 2026 |
| Gains présumés | Plus de 409 000 $ | CBS News, 22 octobre 2026 |
| Profit présumé | Près de 410 000 $ | DefenseScoop, 22 octobre 2026 |
Un contrat Polymarket est-il un « swap » ?
L’affaire pourrait se jouer sur une question de droit plus que sur les transactions. Van Dyke a demandé au tribunal d’annuler l’acte d’accusation pour plusieurs motifs, dont l’ambiguïté de la qualification de « swaps » que la CFTC applique aux contrats d’événement, a rapporté Cointelegraph le 10 août. Le juge Andrew Carter a suspendu la procédure civile de la CFTC jusqu’à la fin du procès pénal. Un procès pourrait avoir lieu fin 2026 ou début 2027 ; aucune date n’était confirmée dans les articles lus.
Si le tribunal retenait cet argument, les chefs d’accusation relevant du droit des matières premières seraient plus difficiles à soutenir. Une règle disciplinaire interne à l’armée, elle, ne dépend pas de la façon dont un contrat est classé au regard du Commodity Exchange Act.

Paris sur l’Iran, portefeuilles et parrainages : pourquoi cet ordre arrive maintenant
Le Venezuela n’est pas le seul épisode. Le 7 avril 2026, quelques heures avant que le président Trump n’annonce un cessez-le-feu avec l’Iran sur Truth Social, au moins 50 comptes Polymarket ont placé d’importants paris « Oui » sur cet événement, a rapporté Euronews à partir de données publiques de la blockchain. Un compte créé le jour même a misé environ 72 000 $ et affichait un profit de 200 000 $ ; un autre avait été ouvert 12 minutes avant le message. Les données de la blockchain ne disent pas qui contrôle ces portefeuilles, et Euronews n’a fait état d’aucune inculpation.
En février, les autorités israéliennes ont inculpé un réserviste et un civil accusés d’avoir utilisé des informations classifiées pour parier sur Polymarket au sujet de frappes israéliennes contre l’Iran, selon Cointelegraph.
L’ampleur du phénomène reste floue. DefenseScoop rappelle que CNN a rapporté en août que plus de 150 portefeuilles Polymarket auraient pu miser à partir d’informations militaires privilégiées, en citant des recherches de l’Anti-Corruption Data Collective, et que Reuters a indiqué le même mois que Polymarket avait signalé « des dizaines » de cas possibles de délit d’initié militaire au ministère de la Justice. Nous n’avons pas vu le rapport d’origine.
Washington avait déjà bougé avant le Pentagone. Un courriel de la Maison-Blanche au personnel, daté du 24 mars, révélé d’abord par le Wall Street Journal puis par CNN le 10 avril, rappelait que « c’est une infraction pénale pour quiconque d’utiliser des informations non publiques pour acheter ou vendre ces contrats », et nommait Kalshi et Polymarket. En mai, le président de la commission de surveillance de la Chambre, James Comer, a écrit au directeur de Polymarket, Shayne Coplan, et à celui de Kalshi, Tarek Mansour, pour obtenir leurs dossiers sur les délits d’initiés, en soulignant que « plus de 80 transactions suspectes par leur calendrier ont été passées avant des opérations militaires en Iran », a rapporté Cointelegraph le 22 mai.
Ce que disent pour l’instant les plateformes et le Congrès
Aucune des deux plateformes n’a commenté le mémo de Hegseth dans les articles que nous avons trouvés. Leurs réponses antérieures à Comer étaient brèves : Polymarket disait « maintenir un dispositif complet d’intégrité des marchés », et Kalshi se disait « fier de [ses] protections complètes contre le délit d’initié ».
Les deux fonctionnent sous des règles différentes. Kalshi est une plateforme réglementée par la CFTC et, en avril, elle a sanctionné et suspendu trois candidats au Congrès qui, selon elle, avaient parié sur leur propre élection, rapporte l’AP. Le site international de Polymarket fonctionne sur une blockchain, ce qui rend les transactions publiques mais l’identité des détenteurs de portefeuilles difficile à établir. Kalshi se bat aussi contre plusieurs États américains au sujet de ses contrats sportifs, comme dans le cas de la plainte de l’Utah contre Kalshi et deux sociétés de Susquehanna.
Au Congrès, le représentant Ritchie Torres a dit en janvier qu’il soutiendrait un texte intitulé « Public Integrity in Financial Prediction Markets Act of 2026 ». Tel que Bitcoin.com le décrivait le 5 janvier, il interdirait ces contrats aux élus, aux nommés politiques et aux agents de l’exécutif lorsqu’ils détiennent, ou peuvent obtenir par leurs fonctions, des informations privilégiées non publiques. Nous n’avons pas pu confirmer l’état d’avancement du projet.
Ce qui reste ouvert
Le texte de l’ordre, son intitulé officiel et sa date d’entrée en vigueur ne sont pas publics, et le Pentagone n’a pas dit s’il les publierait. Rien dans les articles n’indique si le département demandera des données aux plateformes, travaillera avec la CFTC ou contrôlera les comptes de son personnel. La CFTC n’a rien dit du mémo.
La prochaine étape se joue dans le district sud de New York, où le juge Carter doit statuer sur la requête de Van Dyke visant à faire annuler l’accusation, y compris sur l’argument selon lequel un contrat sur le départ de Maduro n’est pas clairement un wallet senza affidare la custodia dei fondi a una società.">swap. Aucune date d’audience n’avait été annoncée au 23 octobre.
