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Stablecoins au Canada : un remboursement en trois jours ouvrables, pour des frais d’au plus 1 %

Réglementation des stablecoins au Canada : remboursement à parité en trois jours ouvrables, frais plafonnés à 1 %. Comparaison avec MiCA et les États-Unis.

12 min de lecture

Drapeau abstrait au-dessus d’un bâtiment de banque, avec des pièces empilées et un bouclier
Sommaire
  1. Rembourser un stablecoin au Canada : tout montant, trois jours ouvrables, plafond de 1 %
    1. Pourquoi 1 % et non 0,1 %
  2. Ce que la réglementation canadienne des stablecoins exige d’autre des émetteurs
  3. Qui est visé, et la Banque du Canada comme superviseur
  4. Le Canada, les États-Unis et l’Union européenne : la comparaison
  5. Ce qui reste ouvert d’ici l’automne 2027

Le ministère des Finances du Canada a publié un projet de règlement sur les stablecoins dans la Gazette du Canada, Partie I, le samedi 24 octobre 2026, et c’est la règle de remboursement que les détenteurs retiendront. Selon la réglementation canadienne des stablecoins telle que proposée, un émetteur devrait racheter son jeton à tout détenteur qui le demande, quel que soit le montant, dans un délai de trois jours ouvrables, et pourrait prélever des frais d’au plus 1 % de la somme remboursée. La Banque du Canada immatriculerait et superviserait les émetteurs. Le texte est soumis à commentaires pendant 60 jours à compter de sa publication le 24 octobre, soit, d’après notre calcul, jusqu’au 23 décembre, et le gouvernement vise une entrée en vigueur à l’automne 2027.

Ce règlement s’inscrit dans la loi sur les stablecoins (Stablecoin Act), adoptée dans le cadre du budget de 2025. L’avis selon lequel le gouverneur en conseil se propose de prendre le règlement est daté du 9 octobre, et le texte a été mis en consultation quinze jours plus tard. Rien de tout cela ne s’applique encore.

La presse spécialisée y voit une victoire pour les petits porteurs. La lecture est trop étroite. Le texte vise tous les détenteurs, de l’utilisateur particulier qui possède quelques dollars d’USDC au fonds qui en détient des millions, et blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il ne fixe aucun seuil minimal. Ce que le projet apporte, par rapport aux États-Unis et à l’Union européenne, c’est un chiffre sur les frais : un plafond de 1 %, là où Bruxelles n’en autorise aucun et où Washington demande seulement que les frais soient communiqués.

Rembourser un stablecoin au Canada : tout montant, trois jours ouvrables, plafond de 1 %

L’obligation de remboursement figure à l’article 15 du projet. L’émetteur doit racheter le stablecoin en circulation à la demande de n’importe quel détenteur, « quelle que soit la valeur » (traduction de la formule du projet), et le faire dans un délai de trois jours ouvrables. Les frais qu’il prélève pour cela ne peuvent pas dépasser 1 % du montant remboursé.

Un jour ouvrable, au sens du projet, est tout jour autre qu’un samedi ou un jour férié (article 15(4)). Précision utile pour un lecteur français, chez qui le samedi compte parmi les jours ouvrables. Le remboursement se fait à parité, un pour un, dans la monnaie de référence du jeton. Selon ce libellé, un stablecoin en dollars américains serait remboursé en dollars américains, et non converti en dollars canadiens (C$) ; le projet ne dit pas sur quel type de compte les fonds doivent être versés.

En argent, le plafond se lit facilement. Sur 10 000 dollars canadiens (C$) remboursés, les frais ne pourraient pas dépasser 100 C$. Sur un solde de 50 C$, le maximum est de 50 cents. L’émetteur qui veut commencer à prélever des frais, ou les relever, doit afficher un avis sur son site au moins sept jours avant (article 15(3)). Les émetteurs devraient aussi publier une politique de remboursement, en anglais et en français et en langage clair, qui décrit la procédure, les modes de paiement et les cas où des plafonds quotidiens peuvent s’appliquer (article 16).

Il existe une soupape. L’article 15(2) autorise l’émetteur à limiter le montant remboursé chaque jour, mais seulement lorsqu’un manque de liquidité sur les marchés où se négocient ses actifs de réserve l’empêche de satisfaire toutes les demandes. Le projet ne donne aucun chiffre pour cette limite, et le plafond de 1 % sur les frais continue de s’appliquer ces jours-là.

Sablier abstrait à côté de billets, d’une page de calendrier et d’une balance équilibrée
Le projet donne trois jours ouvrables aux émetteurs pour payer et plafonne les frais de remboursement à 1 %.

Pourquoi 1 % et non 0,1 %

Le ministère des Finances explique ce chiffre dans le résumé de l’étude d’impact de la réglementation joint au projet. Il note que le marché a tendance à plafonner les frais de remboursement autour de 0,1 %, et estime que fixer le plafond à ce niveau « pourrait être trop restrictif pour les émetteurs émergents ou de plus petite taille » (traduction). Le 1 % est donc un plafond choisi pour laisser de la place aux nouveaux entrants, et non le reflet de ce que facturent aujourd’hui les grands émetteurs.

Dans l’autre sens, c’est une permission. Un émetteur pourrait, dans le respect des règles, facturer dix fois le niveau que le ministère décrit lui-même comme la norme du marché, pourvu qu’il prévienne sept jours à l’avance.

Ce que la réglementation canadienne des stablecoins exige d’autre des émetteurs

Le remboursement n’a de sens que si l’argent est là. Le projet impose un test quotidien : à la fin de chaque jour, la valeur de marché de la réserve doit être au moins égale à la valeur nominale des jetons en circulation (article 17). Les actifs admissibles sont les espèces et les dépôts à vue, la dette publique d’échéance de trois mois ou moins, les prises en pension d’un jour ouvrable et les fonds monétaires qui ne détiennent que de tels actifs.

La réserve serait détenue par un dépositaire qualifié constitué sous le régime d’une loi fédérale ou provinciale, sur un compte distinct protégé en cas de faillite. L’émetteur pourrait conclure une mise en pension d’un jour sur sa dette publique, mais seulement pour se procurer la monnaie de référence nécessaire aux remboursements. Les revenus de la réserve peuvent être retirés tant que la valeur reste égale ou supérieure à la valeur nominale.

Deux autres articles protègent la promesse côté marketing. Les articles 13 et 14 interdisent à l’émetteur de présenter son jeton comme rémunéré par des intérêts ou un rendement, comme ayant cours légal, comme un dépôt ou comme garanti par l’État ; une récompense liée à une transaction, et non à la détention du jeton, n’est pas traitée comme un intérêt.

L’article 22 ajoute une politique de rétablissement et de résolution, qui doit expliquer comment les détenteurs seraient payés si l’émetteur devenait insolvable ou décidait d’arrêter d’émettre le jeton.

Les sanctions sont dimensionnées pour la promesse de remboursement. Les sanctions administratives pécuniaires iraient jusqu’à 1 million de dollars canadiens (C$) pour une violation grave et 10 millions pour une violation très grave, catégorie qui comprend le fait de ne pas détenir de réserves suffisantes ou de ne pas rembourser à parité.

Qui est visé, et la Banque du Canada comme superviseur

La loi vise les émetteurs qui ne sont pas des institutions financières soumises à une réglementation prudentielle. Les banques, les sociétés de fiducie, de prêt et d’assurance, les caisses de crédit et les institutions financières étrangères en sont exclues. Les jetons en circuit fermé aussi : ils ne permettent d’acheter des biens ou des services qu’auprès d’un commerçant ou d’un groupe de commerçants donné, et ne sont remboursables en monnaie légale que par eux ou par une société affiliée à l’émetteur.

Un jeton entre dans le champ lorsqu’il est acheté par une personne dont la résidence habituelle, le siège ou l’établissement principal se trouve au Canada. C’est ainsi que des jetons étrangers utilisés par des Canadiens, comme l’USDT de Tether ou l’USDC de Circle, entrent dans le tableau ; notre comparatif USDT et USDC explique ce qui distingue les deux. L’analyse des coûts du ministère suppose que le régime s’appliquerait à cinq émetteurs.

La Banque du Canada serait l’autorité de contrôle. Elle immatriculerait les émetteurs non bancaires, les superviserait et prendrait les mesures d’application. Ce mandat est venu avec la loi de mise en œuvre du budget de 2025, le projet de loi C-15, qui a reçu la sanction royale le 26 mars 2026, comme l’a résumé DLA Piper en avril. Le ministre des Finances conserve des pouvoirs en matière de sécurité nationale, dont celui de refuser une demande, d’imposer des conditions ou d’interdire l’émission.

Les émetteurs existants bénéficient d’une passerelle. Ceux qui demandent leur immatriculation dans les 30 jours suivant l’entrée en vigueur de la loi pourraient continuer à émettre jusqu’à la décision de la Banque ; ceux qui manquent la fenêtre devraient s’arrêter. Ce répit ne concerne que l’immatriculation. Il ne suspend pas les obligations de remboursement dès que les règles s’appliquent.

Le Canada, les États-Unis et l’Union européenne : la comparaison

Trois grands marchés ont désormais des règles écrites de remboursement, et elles diffèrent sur les points qui comptent pour un détenteur. Le volet américain ci-dessous combine le GENIUS Act et la règle définitive de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), qui s’applique aux émetteurs que l’OCC supervise.

Canada (projet, 24 octobre 2026)États-Unis (GENIUS Act, règle de l’OCC)Union européenne (MiCA, jetons de monnaie électronique)
Qui peut demander le remboursementTout détenteur, quelle que soit la valeurRègle de l’OCC : tout nombre de jetons à partir d’un seul, après vérification du client et ouverture de la relationTout détenteur, à tout moment, à parité
DélaiTrois jours ouvrablesRègle de l’OCC : au plus deux jours ouvrables après la demandePas de nombre de jours dans l’article 49 ; « à tout moment »
FraisAutorisés, plafonnés à 1 % du montant ; préavis de 7 jours avant d’en prélever ou de les releverAutorisés, à communiquer en langage clair ; préavis d’au moins 7 jours en cas de changement (sept jours calendaires dans la règle de l’OCC)Aucuns frais (article 49(6)), sans préjudice des règles de plan de rétablissement de l’article 46
Limites en cas de tensionPlafond quotidien admis si les marchés des actifs de réserve manquent de liquiditéAu-delà de 10 % des jetons en circulation remboursés en 24 heures : informer l’OCC sous 24 heures, qui peut accorder une prolongationLe plan de rétablissement (articles 46 et 55) doit lister des options, dont des frais de liquidité sur les remboursements, des plafonds quotidiens et la suspension
SuperviseurBanque du CanadaOCC, Réserve fédérale, FDIC ou régulateurs des ÉtatsAutorités nationales (ACPR en France pour les émetteurs de jetons de monnaie électronique, AMF pour les prestataires de services sur crypto-actifs, Banca d’Italia et Consob en Italie)
StatutProjet ; commentaires pendant 60 jours à partir du 24 octobre ; cible : automne 2027Loi et règle de l’OCC en vigueur le 18 janvier 2027En vigueur

Le texte américain lui-même est avare de chiffres. L’article 4(a)(1)(B) du GENIUS Act exige une politique de remboursement publiée, avec des « procédures claires et visibles pour un remboursement dans des délais raisonnables » (traduction), la communication en langage clair de tous les frais et un préavis d’au moins sept jours avant tout changement. Il ne définit pas ce délai. L’OCC a comblé ce vide dans sa règle définitive du 21 octobre, qui limite le retard à deux jours ouvrables et interdit aux émetteurs de refuser des montants d’un jeton ou plus ; le détail est dans notre article sur la règle définitive de l’OCC.

L’Europe est allée plus loin sur les frais. L’article 49 de MiCA, tel que publié dans le règlement unique interactif de l’ESMA, prévoit que l’émetteur d’un jeton de monnaie électronique le rembourse à la demande du détenteur, à tout moment et à la valeur nominale, et que ce remboursement ne peut donner lieu à aucuns frais. La phrase s’ouvre sur « sans préjudice de l’article 46 ». Cet article, que l’article 55 rend applicable aux émetteurs de jetons de monnaie électronique, impose un plan de rétablissement pour le cas où la réserve ne respecte plus les règles, et les options du plan comprennent des frais de liquidité sur les remboursements, des limites aux remboursements quotidiens et la suspension. Des frais sont donc possibles dans l’Union, mais comme outil de crise, pas comme prélèvement permanent. Notre guide du règlement MiCA couvre le reste du régime européen.

Pour un lecteur français, le cadre d’application compte autant que la règle. Pour un jeton de monnaie électronique comme l’EURC, l’émetteur est un établissement de crédit ou un établissement de monnaie électronique, et c’est en France l’ACPR qui l’agrée et le contrôle ; l’AMF, elle, régit les prestataires de services sur crypto-actifs, comme les plateformes où l’on achète et revend ces jetons. Le droit de se faire rembourser sans frais est un droit contre l’émetteur, pas contre la plateforme, dont le barème reste libre.

Globe abstrait entouré d’un document, d’une poignée de main et d’un marteau de juge
Le Canada, les États-Unis et l’Union européenne fixent des délais et des frais différents pour le remboursement des stablecoins.

Côte à côte, le Canada est plus serré que la loi américaine sur le calendrier, puisqu’il inscrit une horloge fixe dans la réglementation, mais d’un jour plus lent que l’OCC. Il est plus lâche que l’Union sur le coût. Un jeton de monnaie électronique en euros ou en dollars vendu en France ou en Italie ne peut rien facturer au remboursement ; pour les lecteurs français et italiens qui détiennent de l’EURC ou de l’USDC sous MiCA, un plafond de 1 % serait un pas en arrière. Sur 10 000 €, il autoriserait jusqu’à 100 € de frais, quand MiCA en prévoit zéro. Pour un détenteur canadien, les conditions de remboursement sont pour l’instant celles que chaque émetteur écrit dans sa propre politique, la loi sur les stablecoins n’étant pas encore en vigueur.

Ce qui reste ouvert d’ici l’automne 2027

Plusieurs points ne sont pas tranchés par le texte. Le projet ne dit pas si un remboursement en dollars américains doit être versé sur un compte bancaire canadien. Il ne fixe aucun chiffre pour le plafond quotidien admis en cas de tension. Aucun émetteur n’avait dit publiquement, lundi matin, s’il comptait s’immatriculer auprès de la Banque du Canada, et nous n’avons trouvé aucun commentaire publié de Circle, de Tether ou de PayPal sur le projet.

Les commentaires vont au ministère des Finances, de préférence par le site de la Gazette du Canada, ou par courriel ou par la poste à Gloria Wong, directrice, Actifs numériques. Chaque contribution, pièces jointes comprises, sera publiée sur le site de la Gazette. La fenêtre est de 60 jours à partir de la publication, le 24 octobre. Ensuite, le gouvernement peut modifier le texte avant de le rendre définitif ; la cible d’entrée en vigueur est l’automne 2027, par décret du gouverneur en conseil.

Pour les bases, comment un jeton tient son ancrage et ce qu’est une réserve, notre guide Qu’est-ce qu’un stablecoin ? est le point de départ.

Sources

  1. Gazette du Canada, Partie I, vol. 160, no 43 : Stablecoin Regulations (projet), 24 octobre 2026 gazette.gc.ca
  2. DLA Piper: Canada enacts framework to regulate stablecoin in Bill C-15, 20 April 2026 dlapiper.com
  3. GENIUS Act, Public Law 119-27, section 4 (congress.gov) congress.gov
  4. OCC final rule implementing the GENIUS Act, 21 October 2026 (section 15.12, redemption) occ.gov
  5. ESMA interactive single rulebook: MiCA article 49 (with articles 46 and 55 on recovery plans) esma.europa.eu
  6. CryptoSlate: Canada proposes direct stablecoin cash-outs with a 1% fee cap, 26 October 2026 cryptoslate.com

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