Kalshi, la plateforme américaine de marchés de prédiction régulée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), a annoncé jeudi 29 octobre 2026 avoir levé 1 milliard de dollars lors d’un tour de table de série G, pour une valorisation post-money de 40 milliards de dollars. Wellington et Sequoia codirigent l’opération, selon l’annonce de Kalshi elle-même, qui cite dix autres investisseurs. La nouvelle valorisation de Kalshi dépasse d’environ 82 % celle de 22 milliards de dollars atteinte en mai, lors d’une autre levée d’un milliard, d’après Bitcoin.com News, qui cite Reuters.
Le calendrier est délicat pour une entreprise qui demande à des investisseurs de chiffrer son avenir. Dans les neuf jours précédant l’annonce, l’État de l’Utah a assigné Kalshi au civil, le gouvernement fédéral et la CFTC ont attaqué l’Utah en justice pour bloquer cette procédure, puis le procureur général de l’Utah a déposé des poursuites pénales contre Kalshi et ses deux cofondateurs. Kalshi a annoncé sa levée dès le lendemain.
« Aujourd’hui, nous annonçons une série G de 1 milliard de dollars pour une valorisation post-money de 40 milliards de dollars, codirigée par Wellington et Sequoia », écrit l’entreprise dans son billet, qui ne porte aucun nom d’auteur. Le texte ne mentionne ni l’Utah, ni la plainte de la CFTC, ni aucune procédure d’un État.
Kalshi a profité de l’annonce pour publier une série de chiffres d’activité : plus de 1 milliard de dollars de revenus annualisés hors paris sportifs, un volume d’échanges annualisé supérieur à 1 000 milliards de dollars et, pour le lectorat crypto, environ 140 milliards de dollars par an échangés sur des contrats liés aux cryptomonnaies. Tous ces chiffres sont ceux de l’entreprise. Kalshi n’a donné ni chiffre d’affaires total, ni résultat, ni comptes audités.
Valorisation de Kalshi : d’environ 5 à 40 milliards de dollars en un an
Kalshi a été valorisée quatre fois en douze mois environ, chaque fois à peu près le double de la précédente. Bitcoin.com News situe la valorisation à environ 5 milliards de dollars en octobre 2025, puis à 11 milliards en décembre 2025. En mai 2026, Kalshi a levé 1 milliard de dollars en série F, menée par Coatue, à 22 milliards de dollars, un tour rapporté par Cointelegraph comme par Bitcoin.com. The Block indique que Sequoia, Andreessen Horowitz (a16z), IVP, Paradigm, Morgan Stanley et Ark Invest figuraient parmi les participants.
| Date | Tour | Montant | Valorisation | Chef de file |
|---|---|---|---|---|
| Octobre 2025 | Non précisé | Non précisé | Environ 5 milliards de dollars | Non précisé |
| Décembre 2025 | Non précisé | Non précisé | 11 milliards de dollars | Non précisé |
| Mai 2026 | Série F | 1 milliard de dollars | 22 milliards de dollars | Coatue |
| 29 octobre 2026 | Série G | 1 milliard de dollars | 40 milliards de dollars (post-money) | Wellington et Sequoia |
Sources : Kalshi pour la série G ; Cointelegraph et Bitcoin.com News (29 octobre 2026) pour les tours précédents. Les chiffres d’octobre et de décembre 2025 viennent de la presse, pas de Kalshi.
Un document réglementaire avait donné un premier aperçu des fonds de mai. Un formulaire D examiné par The Block le 26 août faisait état de 1,12 milliard de dollars de titres vendus depuis le 3 avril 2026, sur une offre de près de 1,5 milliard. The Block précisait que ce total pouvait inclure la série F.
Le prix circulait dans la presse depuis quatre mois. Le 24 juin, le Financial Times a rapporté, et The Block a relayé, que Kalshi discutait d’une valorisation de 40 milliards de dollars, avec une clôture possible dès le troisième trimestre. À la mi-août, The Information évoquait des négociations avancées avec Sequoia et Wellington pour au moins 750 millions de dollars, ce qui serait le premier investissement de Wellington dans Kalshi. Selon Cointelegraph, la taille de 1 milliard de dollars avait été rapportée pour la première fois en septembre. L’accord est finalement tombé en octobre, après la fenêtre avancée par le FT ; le montant définitif et la lettre du tour, série G, sont ceux du billet de Kalshi.

Qui a investi : douze noms, et deux absents
Outre les deux chefs de file, Kalshi nomme dix coinvestisseurs : Baillie Gifford, Stripes, Andreessen Horowitz, Coatue, Layer Global, Morgan Stanley Investment Management, Sequoia Global Equities, CapitalG, Hudson River Trading et Balyasny Asset Management. Coatue avait mené le tour de mai, et Sequoia comme Andreessen Horowitz y avaient participé, d’après The Block : une partie de cet argent vient donc d’actionnaires existants qui rachètent des titres à une valorisation presque deux fois supérieure à celle payée blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il y a cinq mois.
Bitcoin.com News, citant Reuters, écrit que Tiger Global Management et Dragoneer ont aussi participé. Aucune des deux sociétés ne figure dans la liste de Kalshi, Cointelegraph ne les nomme pas, et Coindaro n’a pas pu confirmer qu’elles aient investi. Tant que Kalshi ou ces deux fonds ne l’auront pas dit, leur participation reste une information de presse. Kalshi n’a pas indiqué le montant apporté par chaque investisseur.
Ce que Kalshi dit échanger et gagner
L’annonce tient autant du document commercial que de l’avis de levée de fonds. Elle détaille la croissance par ligne d’activité, toujours en rythme annualisé, c’est-à-dire une période récente extrapolée sur douze mois. Cette méthode avantage une entreprise en forte croissance, et aucun de ces chiffres n’a été audité ni vérifié par un tiers.
| Ligne d’activité (chiffres de Kalshi, 29 octobre 2026) | Indicateur annoncé |
|---|---|
| Ensemble de la plateforme | Plus de 1 000 milliards de dollars de volume d’échanges annualisé |
| Marchés hors sport | Plus de 1 milliard de dollars de revenus annualisés |
| Crypto | Environ 140 milliards de dollars de volume d’échanges annualisé |
| Contrats perpétuels | 83 milliards de dollars de volume et plus de 500 000 traders depuis le lancement, il y a quelques mois |
| Matières premières | Plus de 100 millions de dollars de frais de transaction annualisés, atteints en trois mois environ |
| Clientèle internationale de particuliers (plus de 140 pays, lancée il y a environ un an) | Près de 100 millions de dollars de frais de transaction annualisés |
| Politique | Plus de 8 milliards de dollars de volume d’échanges annualisé |
| Comptes | Plus de 30 millions créés |
| Institutionnels | Environ 500 entités actives en septembre ; hors teneurs de marché, environ 25 % du volume |
| Part de marché | Plus de 75 % du volume des marchés de prédiction |
Deux données extérieures aident à relativiser. Cointelegraph cite environ 15,8 milliards de dollars d’échanges sur Kalshi en 30 jours, d’après les données de DefiLlama. Bitcoin.com News attribue à Kalshi une part de marché d’environ 72 % au troisième trimestre 2026, un peu en dessous des « plus de 75 % » que revendique la plateforme. Les deux séries sont mesurées différemment et sur des périodes différentes : elles ne se vérifient pas l’une l’autre.
Le sport pèse encore lourd dans les comptes
Le chiffre de revenus mis en avant ne couvre que les marchés hors sport. Cointelegraph, qui cite aussi le Wall Street Journal pour ce chiffre, rappelle que lors du tour de mai Kalshi avait déclaré un rythme de revenus annualisé supérieur à 1,5 milliard de dollars pour l’ensemble de l’activité. Bitcoin.com News a rapporté que le sport représentait environ 65 % des revenus à certains moments. Kalshi n’a pas publié de total à jour : l’annonce ne permet donc pas de connaître la taille de l’activité sportive, celle qui est au cœur de toutes les poursuites des États.
Mettre en avant les revenus hors sport permet à Kalshi de montrer aux investisseurs une activité qui survivrait si certains États obtenaient gain de cause. La politique, les matières premières et la crypto sont les lignes qu’elle met en avant, et aucune n’est visée par les procédures de l’Utah.
La crypto pèse 140 milliards de dollars chez Kalshi, sans jeton
Les 140 milliards de dollars ne signifient pas que Kalshi détient autant en cryptomonnaies, et Coindaro n’a trouvé ni jeton Kalshi, ni rôle d’une blockchain dans cette levée. L’activité crypto repose sur des contrats portant sur le cours des cryptomonnaies : des contrats d’événement du type « le bitcoin sera-t-il au-dessus d’un niveau donné à une heure donnée ? » et, depuis quelques mois, des contrats perpétuels. Kalshi affirme que ces perpétuels ont généré 83 milliards de dollars de volume auprès de plus de 500 000 traders.
Un contrat perpétuel est un produit dérivé sans date d’échéance. Son prix reste proche du cours au comptant grâce à un taux de financement qu’une partie verse à l’autre à intervalles réguliers, et les traders peuvent y recourir à l’effet de levier. Les perpétuels sont donc bien plus risqués que l’achat de la cryptomonnaie elle-même : un petit mouvement défavorable sur une position à effet de levier peut effacer toute la marge déposée.
Kalshi a annoncé qu’elle laisserait les traders emprunter contre leurs bitcoins pour déposer la marge de ces perpétuels, mais, comme nous l’avons rapporté dans notre article sur le projet de marge en bitcoin de Kalshi, elle n’avait alors fixé ni taux, ni ratio prêt/valeur, ni date de lancement. Les contrats de très courte durée représentent une grande part de l’activité. Une newsletter de Bloomberg chiffrait à 2,7 milliards de dollars le volume notionnel hebdomadaire des contrats d’événement crypto sur Kalshi et Polymarket en octobre, surtout des paris de 15 minutes sur la hausse ou la baisse du bitcoin ; Coindaro n’a pas pu recouper ce chiffre avec un jeu de données public.
Kalshi a aussi un pied dans la blockchain. Le 1er décembre 2025, elle a commencé à proposer des versions tokenisées de milliers de ses marchés sur Solana, avec les protocoles Solana DFlow et Jupiter, et a ajouté des codes « builder » permettant aux développeurs de gagner de l’argent avec des applications bâties sur sa liquidité, a rapporté The Block. Le 12 décembre 2025, le portefeuille Phantom a ajouté ces positions tokenisées, achetées en SOL ou avec le stablecoin CASH, et le 23 octobre 2026 il a ouvert les marchés Kalshi à ses utilisateurs aux États-Unis.
Rien de tout cela ne fait de Kalshi une entreprise crypto au sens où l’est Polymarket. Son cœur reste une plateforme régulée par la CFTC qui règle en dollars. La crypto est une ligne de produits, et, d’après les chiffres de Kalshi, une ligne importante : environ un septième du volume annualisé de mille milliards de dollars qu’elle revendique.
Le contentieux derrière l’argent : poursuites de l’Utah et plainte de la CFTC
La levée a été annoncée au terme de la séquence judiciaire la plus chargée de l’histoire de Kalshi. L’Utah a assigné Kalshi et deux sociétés de Susquehanna au civil le 20 octobre, en soutenant que le teneur de marché joue le rôle de la maison. Le 27 octobre, les États-Unis et la CFTC ont annoncé une plainte fédérale demandant à un juge de bloquer les mesures d’application de l’Utah contre Kalshi, comme nous l’avons raconté dans notre article sur la plainte des États-Unis et de la CFTC contre l’Utah.
Puis, dans un acte d’accusation daté du 28 octobre, le procureur général de l’Utah a déposé 14 chefs d’accusation pénaux contre KalshiEX LLC, avec les cofondateurs Tarek Mansour et Luana Lopes Lara comme coaccusés. L’affaire repose sur douze paris sportifs de 4 à 30 dollars placés par un agent infiltré de l’État, détaillés dans notre article sur les poursuites pénales de l’Utah. Ces poursuites sont des accusations ; Kalshi les a qualifiées d’abus de pouvoir et a dit qu’elle les contesterait devant le tribunal.

Le différend de fond est le même dans toutes les affaires. Kalshi soutient que ses contrats sportifs sont des swaps au sens du droit fédéral des produits dérivés, placés sous la seule supervision de la CFTC. Les États y voient des paris relevant de leur droit des jeux d’argent. Certaines décisions d’appel ont donné raison aux États, a noté Bitcoin.com News, et Tarek Mansour a laissé entendre que la question pourrait aller jusqu’à la Cour suprême.
Le lundi 26 octobre, la NBA a désigné Kalshi et Polymarket comme ses « plateformes de marchés de prédiction privilégiées », a rapporté Cointelegraph, signe qu’au moins une grande ligue préfère désormais travailler avec ces plateformes plutôt que contre elles.
Aucun investisseur n’a dit publiquement comment il avait pesé le risque juridique, et le billet de Kalshi n’y fait pas allusion. Le prix laisse deux lectures : les chefs de file comptent sur la victoire du droit fédéral, ou bien ils valorisent l’activité hors sport à ce niveau même si certains États maintiennent les contrats sportifs à l’écart.
Valorisation de Kalshi et de Polymarket : l’écart
Le principal rival de Kalshi est Polymarket, une plateforme née dans la crypto et soutenue par ICE. La valorisation de Polymarket n’est connue que par des informations de presse, dont aucune ne date de cette semaine.
- En octobre 2025, Intercontinental Exchange (ICE), propriétaire de la Bourse de New York, a accepté d’investir jusqu’à 2 milliards de dollars dans Polymarket sur une base d’environ 8 milliards de dollars avant l’apport, soit environ 9 milliards après, a rapporté The Block.
- En avril 2026, Polymarket cherchait 400 millions de dollars supplémentaires à environ 15 milliards de dollars, selon une information relayée par Dealroom le 22 avril. Un article ultérieur de Finance Magnates, citant Bloomberg, a indiqué que le tour s’était clos avec D.E. Shaw et G Squared comme nouveaux investisseurs.
- En août 2026, Polymarket aurait entamé des discussions pour lever environ 1 milliard de dollars à plus de 20 milliards. Aucune information trouvée par Coindaro ne dit que ce tour est bouclé.
Selon ces informations, Kalshi est désormais valorisée à plus du double du dernier prix conclu par Polymarket. La comparaison a ses limites : les chiffres de Polymarket sont de seconde main et vieux de plusieurs mois, alors que ceux de Kalshi viennent de son propre billet de cette semaine. Le modèle du concurrent est présenté plus en détail sur notre page consacrée au projet Polymarket.
À quoi serviront les 1 milliard de dollars selon Kalshi
Kalshi indique qu’elle utilisera ces fonds pour développer sa plateforme, ajouter de nouveaux actifs et élargir l’accès. Le billet cite quatre axes :
- De nouveaux produits : des indices construits avec S&P sur les marchés de prédiction, des contrats perpétuels sur actions individuelles et des marchés sur le prix de la puissance de calcul.
- La vente aux institutionnels, la distribution et le développement de produits, en s’appuyant sur les quelque 500 institutions actives en septembre selon l’entreprise.
- La croissance de son activité de marchés de prédiction et de l’adoption par les institutionnels.
- L’expansion internationale, en priorité l’Amérique latine et l’Europe.
Kalshi énumère aussi les partenaires déjà branchés sur ses marchés : Interactive Brokers, Marex, Clear Street, Cantor Fitzgerald, S&P, Nasdaq, Stripe, Public.com, Plus500, Wealthsimple, Alpaca, PayPal et Block. Bitcoin.com News ajoute que Kalshi s’est étendue aux indices boursiers et aux métaux, et prévoit des contrats d’événement à effet de levier.
Pour les lecteurs européens, le mot « Europe » est le seul détail fourni. Kalshi n’a nommé ni pays, ni régulateur, ni licence, et Coindaro n’a trouvé aucune source sur une démarche en France, en Italie ou dans un autre État de l’Union. En France, les paris sportifs en ligne relèvent d’un agrément national, délivré par l’Autorité nationale des jeux (ANJ), et l’AMF a toujours traité de façon restrictive les produits de type options binaires non autorisés ; Kalshi n’a rien dit de la façon dont ses contrats sportifs seraient qualifiés en France ni de la manière dont elle compte y entrer.
Une introduction en Bourse n’est pas à l’ordre du jour. Tarek Mansour a écarté une cotation en 2026, selon Bitcoin.com News ; des commentaires plus récents évoquent 2027 ou 2028, mais l’entreprise n’a fixé aucune date.
Ce que l’annonce ne dit pas
Plusieurs chiffres de base manquent. Kalshi n’a donné aucun revenu total, seulement celui hors sport, ni bénéfice ou perte. Elle n’a pas dit si une partie des fonds financera sa défense juridique dans l’Utah et dans d’autres États, ni combien chaque investisseur a apporté. La présence de Tiger Global et de Dragoneer reste non confirmée : un média l’a rapporté en citant Reuters, et la liste de Kalshi ne les mentionne pas.
Les prochaines dates viendront des tribunaux. Aucune audience n’a encore été signalée dans la plainte fédérale contre l’Utah (affaire 2:26-cv-01055), ni dans la procédure pénale devant la Third Judicial District Court du comté de Salt Lake, où les fondateurs ont reçu des convocations, a rapporté FOX 13. Une décision sur la nature des contrats sportifs, swaps ou paris, aurait des conséquences sur l’activité qui, à certains moments, a représenté environ 65 % des revenus de Kalshi, selon Bitcoin.com News.
