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Circle veut porter l’USDC dans une quarantaine de marchés émergents : « les banques ne sont plus aux commandes »

Circle veut implanter son stablecoin USDC dans une quarantaine de pays émergents, sans les nommer. Ce qu'a dit Allaire, Tazapay et l'écart avec l'USDT.

Mis à jour 12 min de lecture

Illustration d'une pièce, d'un globe, d'une fusée et d'un groupe de personnes
Sommaire
  1. Circle USDC stablecoin : ce qu’Allaire a dit à Bangkok, et ce qu’il a passé sous silence
  2. Asie du Sud-Est, Amérique latine, Afrique, Moyen-Orient : là où la demande de dollars est la plus forte
  3. Tazapay : un rachat à 400 millions de dollars et des circuits de versement dans plus de 100 marchés
  4. Stablecoin USDC vs USDT : Circle détient environ 24 % du marché des stablecoins en dollars
  5. Comment fonctionne un stablecoin dollar comme l’USDC
  6. De l’entrée en Bourse à la banque fiduciaire et à sa propre blockchain : seize mois chez Circle
  7. Ce que cela change pour les détenteurs d’USDC et d’EURC en France et dans l’UE
  8. Encore inconnus : les pays, le calendrier et le coût
  9. Prochaines dates : questions des actionnaires dès le 28 octobre, résultats le 4 novembre

Circle, l’émetteur du stablecoin USDC, veut s’implanter dans une quarantaine de marchés émergents et en développement. Son directeur général, Jeremy Allaire, a présenté ce projet dans une interview à Reuters le vendredi 16 octobre, accordée à Bangkok en marge des assemblées du FMI et de la Banque mondiale. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il a cité quatre régions : l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine, l’Afrique et le Moyen-Orient. Pas un seul pays, en revanche, ni calendrier, ni budget.

Pour le stablecoin USDC de Circle, il s’agit d’une déclaration d’intention, pas d’un lancement. Aucun communiqué ni billet de blog de Circle n’a accompagné l’entretien, et l’entreprise n’a publié à ce stade aucune liste de marchés. Ce qui existe, c’est la lecture qu’Allaire fait de l’avenir des stablecoins, et une série d’accords déjà signés par Circle qui rendraient une telle expansion possible.

Son diagnostic est sans détour. Pendant des années, a-t-il dit, « le secteur bancaire s’est battu avec succès pour empêcher les autres d’entrer ». Désormais, « ils ne sont plus aux commandes, et l’heure des innovateurs est venue », selon le compte rendu de l’entretien publié par CoinDesk.

Circle USDC stablecoin : ce qu’Allaire a dit à Bangkok, et ce qu’il a passé sous silence

Allaire décrit un secteur qui passe « de la phase des premiers utilisateurs de la technologie blockchain à la phase de déploiement à grande échelle », a rapporté CoinDesk. Selon ses propres mots : « Nous traversons en quelque sorte un point d’inflexion… une transition, en ce moment même. »

Il avance deux raisons. D’abord, les grandes institutions financières et les sociétés de paiement dépassent le stade des projets pilotes et commencent à se servir des stablecoins pour régler des transactions transfrontalières. Ensuite, un usage plus récent : des agents d’IA qui se paient entre eux en USDC pour de petites transactions de machine à machine, un cas qu’il a cité à côté de l’usage institutionnel, d’après PANews et CoinDesk.

Sur la réglementation, il estime que des règles plus claires, comme le GENIUS Act américain, encouragent l’adoption. Il a aussi salué le fait que des banques développent leurs propres monnaies numériques, ce qui cadre assez mal avec sa formule sur des banques qui ne seraient plus aux commandes. Lues ensemble, les deux remarques laissent penser que Circle compte disputer les flux transfrontaliers aux banques et aux sociétés de paiement, tout en continuant à vendre son infrastructure à certaines d’entre elles.

Le chiffre lui-même n’est pas arrêté. Le titre de Reuters et PANews parlent tous deux d’environ 40 marchés. Le titre de CoinDesk dit aussi 40, mais une phrase dans le corps de son article avance un chiffre différent, plus élevé, et aucun des articles n’explique l’écart. Nous retenons ici celui de Reuters, rattaché à l’interview d’origine.

Asie du Sud-Est, Amérique latine, Afrique, Moyen-Orient : là où la demande de dollars est la plus forte

Ces quatre régions ont un point commun. Dans beaucoup de leurs pays, la monnaie locale a perdu de sa valeur face au dollar, les banques facturent cher les virements internationaux et de nombreuses familles dépendent de l’argent envoyé par des proches installés à l’étranger. Un stablecoin en dollars conservé sur un téléphone permet de contourner à moindre coût à la fois la monnaie locale et les frais de transfert, du moins en théorie. C’est pour cela que les émetteurs se disputent ces marchés avec le plus d’acharnement.

Circle y arriverait en challenger. L’USDT de Tether domine déjà l’usage par les particuliers dans les pays émergents, en grande partie sur le réseau Tron et dans les échanges de gré à gré entre particuliers. L’USDC de Circle est le deuxième stablecoin en dollars, loin derrière. S’implanter dans 40 marchés reviendrait à aller chercher Tether sur son propre terrain.

Reste à savoir ce que « s’implanter » veut dire. Cela peut passer par des demandes de licences locales, des partenariats avec des banques et des sociétés de paiement du pays, l’émission de stablecoins en monnaie locale, ou simplement un USDC plus facile à acheter et à dépenser dans des applications existantes. Allaire n’a pas tranché, et chaque option suppose un coût et un rythme très différents.

Illustration d'un trophée, d'un camembert, d'un smartphone et de nœuds reliés
Circle a cité quatre régions pour son offensive, sans préciser dans quels pays elle s'implantera.

Tazapay : un rachat à 400 millions de dollars et des circuits de versement dans plus de 100 marchés

L’indice le plus clair de la méthode possible remonte à début septembre. Circle a accepté de racheter Tazapay, une société de paiements transfrontaliers basée à Singapour, pour 400 millions de dollars payés en actions de classe A. Ce prix, ajusté de la trésorerie, de la dette et des frais de transaction de Tazapay, figurait dans un document déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme boursier américain, et non dans l’annonce elle-même, a rapporté DealStreetAsia.

Tazapay apporte la tuyauterie dont aurait besoin une offensive sur 40 marchés. Au 31 juillet 2026, la société traitait plus de 25 milliards de dollars de volume de paiements annualisé, travaillait avec plus de 60 partenaires bancaires et fintech et exploitait des circuits de versement locaux dans plus de 100 marchés, selon les articles de The Defiant, DealStreetAsia et American Banker consacrés à ce document. Environ 60 % de son volume de transactions passait déjà par des stablecoins, d’après DealStreetAsia.

L’opération n’est pas bouclée. Sa finalisation est attendue en 2027 et dépend d’autorisations réglementaires, dont celle de l’Autorité monétaire de Singapour (MAS). D’ici là, les licences et les banques partenaires de Tazapay n’appartiennent pas à Circle, et rien n’a été dit sur la reprise de toutes ces licences une fois l’opération conclue.

Stablecoin USDC vs USDT : Circle détient environ 24 % du marché des stablecoins en dollars

Cette ambition s’affiche alors que l’offre d’USDC stagne, voire recule légèrement. Vers 13 h 50 UTC le 16 octobre, 72,60 milliards de dollars d’USDC étaient en circulation, selon les données de DefiLlama sur les stablecoins. C’est environ 0,9 % de moins qu’une semaine plus tôt (73,26 milliards) et 1,4 % de moins qu’un mois plus tôt (73,66 milliards).

L’USDT, à 183,48 milliards de dollars, pèse deux fois et demie plus lourd. Sur 305,99 milliards de dollars de stablecoins indexés sur le dollar suivis par DefiLlama, l’USDC représente environ 23,7 % et l’USDT environ 60 %. Ces parts sont des calculs de Coindaro à partir des chiffres de DefiLlama.

IndicateurValeurSource, heure
USDC en circulation72,60 Md$DefiLlama, 16 oct. 2026, vers 13 h 50 UTC
USDC il y a une semaine / un mois73,26 Md$ / 73,66 Md$DefiLlama
USDT en circulation183,48 Md$DefiLlama, 16 oct. 2026, vers 13 h 50 UTC
Ensemble des stablecoins indexés sur le dollar305,99 Md$DefiLlama, 16 oct. 2026, vers 13 h 50 UTC
Part de l’USDC / de l’USDTenv. 23,7 % / env. 60,0 %Calcul Coindaro d’après DefiLlama
EURC en circulation498,6 M€ (450,6 M€ il y a un mois)DefiLlama, 16 oct. 2026
EURCV de SG-Forge, pour comparaison189,3 M€DefiLlama, 16 oct. 2026
Rachat de Tazapay (en cours)400 M$ en actions ; plus de 25 Md$ de volume annualisé ; plus de 100 marchés de versementArticles sur le formulaire 8-K, sept. 2026

L’encours n’est qu’une façon de mesurer un stablecoin. Sur certains indicateurs d’usage, Circle s’en sort mieux : selon Bernstein, la part de l’USDC dans le volume ajusté des transactions en stablecoins est passée d’environ 40 % en 2025 à plus de 60 % depuis le début de 2026, d’après l’article de Cointelegraph sur la note du courtier. Ce chiffre est celui de Bernstein, et le volume de transactions peut bouger vite sans que l’encours suive.

Côté euro, la croissance est plus rapide. L’EURC, le stablecoin en euros de Circle, a gagné environ 10,7 % en un mois, à 498,6 millions d’euros. C’est le premier stablecoin en euros de la liste de DefiLlama, loin devant l’EURCV de SG-Forge, la filiale crypto de la Société Générale, à 189,3 millions d’euros. Les montants restent modestes à côté de l’USDC, mais la tendance va dans l’autre sens.

Comment fonctionne un stablecoin dollar comme l’USDC

L’USDC est un stablecoin adossé à une monnaie fiduciaire : chaque jeton doit pouvoir être remboursé à raison d’un pour un contre un dollar américain, et Circle détient en face des réserves en liquidités et en bons du Trésor américain à court terme. Leur montant est confirmé par des attestations mensuelles. Circle publie les chiffres des réserves et les rapports d’attestation sur sa page de transparence.

La demande pour ce type de jeton est la plus forte là où les gens veulent des dollars et ne peuvent pas facilement en obtenir auprès d’une banque, ce qui est le cas dans bon nombre de la quarantaine de marchés visés par Circle. Pour qui débute, notre guide des stablecoins pour débutants explique comment fonctionnent les différentes familles et ce qui peut mal tourner avec chacune.

De l’entrée en Bourse à la banque fiduciaire et à sa propre blockchain : seize mois chez Circle

Le projet des 40 marchés arrive après une série de décisions qui ont changé la nature même de l’entreprise.

Circle est entrée en Bourse en juin 2025. Elle a fixé le prix de son introduction à 31 dollars par action le 4 juin, en cédant 34 millions de titres, et a commencé à coter le lendemain à la Bourse de New York sous le symbole CRCL, a rapporté Fortune. Le GENIUS Act, la loi fédérale américaine qui encadre les stablecoins en dollars, a été promulgué en juillet 2025.

Le 10 juillet 2026, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), l’un des régulateurs bancaires américains, a donné son feu vert définitif à First National Digital Currency Bank, N.A., une banque fiduciaire nationale que Circle appelle Circle National Trust. La demande avait été déposée le 30 juin 2025, et un accord conditionnel obtenu en décembre 2025. Dans un premier temps, la banque assure la garde des actifs numériques de Circle elle-même. Sa licence ne l’autorise ni à recevoir des dépôts ni à accorder des prêts. La gestion de la réserve de l’USDC, que l’accord de décembre plaçait au cœur du projet, n’est désormais prévue que dans un second temps, selon FinTech Global et The Defiant.

Sont ensuite venus Tazapay début septembre puis, le 16 septembre, l’ouverture du réseau principal (mainnet) public d’Arc, la blockchain de couche 1 de Circle pensée pour les paiements. Arc est compatible avec les outils d’Ethereum et utilise l’USDC pour régler les frais de réseau. Circle a désigné 11 validateurs fondateurs le 5 août, parmi lesquels BlackRock, Visa, Mastercard, DTCC, ICE, Standard Chartered et SBI Group, et The Block a indiqué qu’ils rejoignent le réseau par étapes. La société a créé 10 milliards de jetons ARC la semaine du lancement, en présentant l’opération comme une étape technique et non comme un engagement à les mettre à la disposition du public. Elle étudie un passage de la preuve d’autorité (proof-of-authority) à la preuve d’enjeu (proof-of-stake) en 2027.

Mises bout à bout, ces décisions ressemblent à un travail de fondations. Arc est un réseau de règlement que Circle contrôle. Tazapay, si l’opération est autorisée, lui apporterait des partenaires de versement locaux dans plus de 100 marchés, soit plus du double du nombre qu’avance aujourd’hui Allaire. Visa, l’un des validateurs d’Arc, fait l’objet d’un autre article de Coindaro ce jour, sur son recours à l’USDC pour préfinancer des versements.

Illustration de blocs, d'un document signé, d'une poignée de main et d'une banque
Circle National Trust a reçu le feu vert définitif de l'OCC le 10 juillet 2026, deux mois avant le lancement d'Arc.

Ce que cela change pour les détenteurs d’USDC et d’EURC en France et dans l’UE

Pour les lecteurs de l’Union européenne, cette expansion ne change rien à court terme. En Europe, l’USDC et l’EURC sont émis par la filiale française de Circle, qui a obtenu le 1er juillet 2024 un agrément d’établissement de monnaie électronique auprès de l’ACPR, le superviseur bancaire français adossé à la Banque de France. Les deux jetons sont ainsi devenus des jetons de monnaie électronique au sens de MiCA, et Circle se présentait alors comme le premier émetteur mondial de stablecoins en conformité avec le règlement européen.

Ce statut compte davantage à mesure que les régulateurs européens se montrent plus stricts. L’ESMA a demandé aux prestataires crypto de cesser de proposer les stablecoins non conformes à MiCA, tels que l’USDT, ainsi que nous l’avons rapporté dans notre article sur l’échéance de janvier fixée par l’ESMA aux stablecoins non conformes à MiCA. Notre guide du règlement MiCA détaille ce que ces règles exigent des émetteurs.

Côté fiscalité française, échanger un crypto-actif contre un autre, stablecoin compris, ne déclenche pas d’imposition ; la vente contre des euros, elle, est imposable. Le même passeport MiCA vaut ailleurs dans l’UE : en Italie, les utilisateurs accèdent à l’USDC et à l’EURC émis depuis la France, sous la supervision de la Consob et de la Banque d’Italie.

Encore inconnus : les pays, le calendrier et le coût

Les zones d’ombre pèsent plus lourd que les faits. Après l’interview, ces points restent ouverts :

  • Quels pays. Aucune liste n’a été publiée par Circle ni rapportée par un média.
  • Quand, et pour quel coût. Allaire n’a donné ni calendrier ni budget.
  • Sous quelle forme : licences, partenaires locaux, stablecoins en monnaie locale ou simple élargissement de la distribution de l’USDC.
  • Si les licences de Tazapay, dont ses autorisations à Singapour, passeront à Circle, et quand. La finalisation n’est pas attendue avant 2027.

À 14 h UTC le 16 octobre, aucune réaction de Tether, des régulateurs ou des banques centrales des régions visées n’avait été rapportée. Leur réponse dira jusqu’où un émetteur américain peut aller.

Prochaines dates : questions des actionnaires dès le 28 octobre, résultats le 4 novembre

Une première occasion d’en savoir plus arrive vite. Circle publiera ses résultats du troisième trimestre 2026 le mercredi 4 novembre, avec une webdiffusion à 8 h, heure de New York. Les actionnaires peuvent envoyer leurs questions à partir du 28 octobre à 9 h (heure de New York) et jusqu’au 3 novembre, une fenêtre pendant laquelle les investisseurs pourront réclamer la liste des pays.

Ensuite, le calendrier bascule en 2027 : la finalisation attendue du rachat de Tazapay, sous réserve de l’accord de l’Autorité monétaire de Singapour, et le passage prévu d’Arc à la preuve d’enjeu.

Sources

  1. Reuters (reprise) : Stablecoin issuer Circle to push into 40 new markets, CEO says 1027wbow.com
  2. CoinDesk : Circle targets 40 new markets as stablecoin demand grows globally coindesk.com
  3. PANews : Circle plans to enter about 40 emerging and developing markets panews.io
  4. Circle : Circle to announce Q3 2026 financial results on November 4, 2026 circle.com
  5. Circle : Circle is first global stablecoin issuer to comply with MiCA circle.com
  6. DefiLlama : données sur les stablecoins stablecoins.llama.fi

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