Les particuliers russes pourront acheter du bitcoin, de l’ether et l’USDT de Tether auprès d’intermédiaires agréés dès le 17 novembre, dans la limite de 300 000 roubles par an et par intermédiaire, a annoncé la Banque de Russie ce vendredi 6 novembre. Le communiqué de la banque centrale résume l’instruction qui fixe les nouvelles règles du bitcoin en Russie pour les clients non professionnels : quelles monnaies ils peuvent détenir et combien ils peuvent y consacrer. Interfax a indiqué à 16 h 01, heure de Moscou (13 h 01 UTC), que le ministère de la Justice avait enregistré le texte, étape qui lui permet d’entrer en vigueur.
Ces règles tombent trois semaines avant le projet de la Bourse de Moscou (MOEX) d’ouvrir la négociation des trois mêmes monnaies. Selon Reuters, dans une dépêche reprise par The Moscow Times le 2 novembre, la plateforme démarrerait le 1er décembre. MOEX est sous sanctions américaines depuis juin 2024 et sous gel des avoirs de l’Union européenne depuis juillet 2026 : ce nouveau marché russe du bitcoin est donc une affaire intérieure, en roubles, que les plateformes occidentales ne peuvent pas atteindre.
Les marchés n’ont pas réagi à la nouvelle russe. Le bitcoin s’échangeait vers 75 600 $ à 14 h 13 UTC, en baisse de 4,7 % sur 24 heures, et l’ether vers 2 230 $, en recul de 6,2 %, selon les données de marché de Coindaro. L’ensemble du marché crypto a perdu environ 7 % en une journée, et aucune source ne relie cette chute à Moscou.
Règles du bitcoin en Russie : trois monnaies et un plafond de 300 000 roubles par an
Les investisseurs non qualifiés, c’est ainsi que le droit russe désigne les clients de détail ordinaires, disposent d’une liste courte : Bitcoin, Ethereum et Tether USDT. La Banque de Russie affirme les avoir retenus parce qu’ils sont les plus liquides. Chaque achat passe par un intermédiaire, et le plafond de 300 000 roubles s’applique par intermédiaire et par an. Cointelegraph a converti ce montant à environ 3 700 $.
Les investisseurs qualifiés n’ont aucune limite de montant. Mais la banque centrale a gardé une règle valable pour tous, quel que soit leur statut : avant une première opération, l’investisseur doit réussir un test et lire une description des risques.
À partir du 17 novembre, selon le communiqué, les bourses pourront admettre ces actifs à la circulation publique. Klerk.ru, un site russe d’actualité comptable, a rapporté les mêmes paramètres et énuméré les canaux : courtiers, gestionnaires d’actifs et plateformes d’échange de cryptomonnaies, en bourse ou de gré à gré.
Deux éléments manquent encore. Le communiqué ne donne ni le numéro officiel de l’instruction ni la date de sa signature, et l’article d’Interfax ne précise pas non plus la date d’enregistrement. Le texte publié par la banque centrale est un résumé, pas l’instruction elle-même.
La Banque de Russie avait soumis un projet à consultation le 11 août, avec des commentaires ouverts jusqu’au 24 août. Le communiqué final reprend les critères de sélection de ce projet : capitalisation boursière, volume moyen d’échanges quotidiens et au moins cinq ans d’historique de prix sur des plateformes étrangères. Dès juin, le premier vice-gouverneur Vladimir Tchistiukhin avait déclaré à RBC que la liste commencerait par BTC, ETH et USDT et que le régulateur ne prévoyait pas de relever le plafond de 300 000 roubles, a rapporté ForkLog. Son argument : ce montant dépasse déjà le solde moyen d’un compte de courtage ou de gestion fiduciaire, et le plafond limite ce qu’un client peut perdre.
Qui peut investir, et comment fonctionne le test
Les clients de détail ont droit à trois monnaies et au plafond ; les investisseurs qualifiés peuvent acheter n’importe quel actif crypto négocié en bourse ou de gré à gré, sans limite de montant.
Le plafond se compte par intermédiaire, non par personne sur l’ensemble du marché. La banque centrale n’a pas dit publiquement si elle surveillerait les clients qui ouvrent des comptes chez plusieurs courtiers.
Le test lui-même n’a pas été publié. Mail.ru Finance a rapporté le 2 novembre qu’un standard avait été rédigé et transmis au comité des normes de base de la Banque de Russie. Selon la NAUFOR, l’association des courtiers, les courtiers feront passer les tests en premier et la réussite sera reconnue sur toutes les plateformes réglementées. Les investisseurs qualifiés passent une version plus difficile, centrée sur les actifs à haut risque, selon la même source, ce qui correspond à la déclaration de la banque centrale vendredi : le test concerne tout le monde.
La détention diffère de ce que connaissent les utilisateurs de crypto à l’étranger. D’après le même article de Mail.ru Finance, les monnaies sont conservées sur des comptes de dépositaire. La loi n’interdit pas les retraits d’un dépositaire vers une plateforme étrangère réglementée, mais elle ne prévoit ni retrait vers un portefeuille personnel ni virement entre les comptes de deux particuliers. En pratique, l’acheteur russe obtient une exposition détenue par un intermédiaire, un modèle proche de celui décrit dans notre guide sur la conservation et le KYC des plateformes centralisées.

Bourse de Moscou : bitcoin, ether et USDT annoncés pour le 1er décembre
MOEX tiendra ses séances crypto de 6 h 50 à 23 h 50, heure de Moscou, soit les horaires de son marché actions, selon la dépêche de Reuters publiée par The Moscow Times. La négociation utilisera la technologie du marché actions, avec une compensation unifiée au Centre national de compensation (NCC), la chambre de compensation de la bourse.
Le règlement-livraison se fera le jour même ou le lendemain (TOD et TOM dans le jargon boursier), avec des swaps en plus. La première phase se limite à des opérations pilotes, les participants rejoignant le marché progressivement. MOEX ne demandera pas de licence de dépositaire crypto et passera par un dépositaire numérique partenaire. La liste des monnaies doit s’allonger ensuite, avec des instruments internationaux et russes, selon la dépêche.
« Nous commençons par trois monnaies clés », a déclaré Boris Blokhine, directeur général senior de MOEX chargé des ventes et du développement commercial, lors de la conférence Smart-Lab le 31 octobre, selon une citation en russe du journal économique dp.ru. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il a ajouté que la bourse prévoit des échanges sur carnet d’ordres et des swaps, et que sa licence actuelle d’organisateur de marché suffit. Aucune source que nous avons lue ne mentionne de contrats à terme pour le lancement du 1er décembre.
Nous n’avons pu récupérer aucun communiqué de MOEX sur la date de lancement ; le démarrage au 1er décembre repose sur la dépêche de Reuters et sur Cointelegraph, qui a rapporté le 3 novembre les mêmes horaires et le plafond de 300 000 roubles par courtier pour les particuliers.
La loi derrière ces règles, de la signature d’août aux plateformes agréées
L’instruction applique une loi fédérale. Vladimir Poutine a signé la loi « Sur les monnaies numériques et les droits numériques » le 4 août 2026, selon Interfax le jour même. Elle est entrée en vigueur le 1er septembre, sauf pour les dispositions dotées de leur propre calendrier. La plus importante : à partir du 1er juillet 2027, les cryptomonnaies ne pourront être négociées que par des intermédiaires agréés.
La loi maintient l’interdiction de payer des biens et services en crypto à l’intérieur de la Russie, avec des exceptions comme les règlements de commerce extérieur avec des non-résidents, les récompenses de minage et les frais de réseau. Une plateforme d’échange de cryptomonnaies doit être une société russe disposant d’au moins 15 millions de roubles de fonds propres. Pour être négociée publiquement en bourse, une monnaie doit afficher une capitalisation moyenne supérieure à 5 000 milliards de roubles et un volume quotidien moyen supérieur à 1 000 milliard de roubles sur deux ans ; le conseil de la banque centrale peut en admettre d’autres pour six mois au plus, a rapporté Interfax en août.
Le dispositif s’étoffe. Les règles applicables aux prestataires de services crypto sont entrées en vigueur le 5 octobre, et 23 plateformes d’échange et huit dépositaires ont été enregistrés en quatre semaines, selon Mail.ru Finance le 2 novembre ; la NAUFOR est devenue le 29 octobre le premier organisme d’autorégulation, et les prestataires crypto ont 90 jours pour en rejoindre un. Notre décompte précédent, 17 plateformes agréées et les projets de Sberbank et de VTB pour les particuliers, date du 23 octobre, avant les derniers enregistrements.
Les résidents fiscaux russes doivent aussi déclarer au fisc fédéral les cryptomonnaies détenues sur des plateformes étrangères et dans des portefeuilles non dépositaires, selon le même article.
Les plateformes étrangères sont en train de partir. Mail.ru Finance range Bitget, MEXC et KuCoin parmi les acteurs qui ont annoncé leur retrait de Russie fin octobre. Bitget a laissé aux utilisateurs russes et biélorusses jusqu’au 21 octobre pour fermer leurs positions, et KuCoin a mis fin à ses services dans les deux pays avec effet immédiat. Selon la nouvelle loi, une plateforme étrangère pourrait revenir en enregistrant une filiale russe qui remplit les mêmes conditions, a noté Mail.ru Finance.
Les sanctions ferment le marché russe du bitcoin aux plateformes occidentales
Les États-Unis ont ouvert la voie. L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor a inscrit la Bourse de Moscou, le Centre national de compensation et le Dépositaire national de règlement le 12 juin 2024 en vertu du décret 14024, avec des licences générales pour dénouer les opérations en cours, selon les consignes publiées par l’OFAC et un article d’Interfax du 13 juin 2024. Le Royaume-Uni a sanctionné la bourse le même mois, a noté Cointelegraph.
L’Union européenne a suivi cette année. Son 21e paquet de sanctions, adopté le 23 juillet 2026, a ajouté 218 inscriptions, dont 94 banques et institutions financières « y compris la Bourse de Moscou », soumises à un gel des avoirs, a écrit le cabinet d’avocats Cooley le 4 août. Un gel des avoirs signifie que les opérateurs de l’UE ne peuvent pas mettre de fonds à la disposition de l’entité visée.
La crypto avait déjà été touchée trois mois plus tôt. Le 20e paquet, adopté le 23 avril, a interdit à compter du 24 mai 2026 les transactions avec tout prestataire de services sur actifs numériques établi en Russie ou au Bélarus, selon la société d’analyse de blockchain TRM Labs. Le 21e paquet a ensuite étendu l’interdiction de transaction à 14 plateformes crypto en Géorgie, au Panama, aux Émirats arabes unis, aux îles Marshall, au Kirghizistan et au Bélarus, d’après le décompte de Cooley, et interdit aux ressortissants et résidents russes de posséder une entreprise européenne d’actifs numériques ou de siéger à son conseil à partir du 25 août. Il a aussi créé une base juridique pour couper les prestataires crypto de tout pays tiers que le Conseil jugerait complice du contournement des sanctions ; aucun pays n’a encore été désigné.
Les deux marchés restent donc séparés. Les courtiers russes pourront acheter du bitcoin sur MOEX à partir du 1er décembre, mais une plateforme, un fonds ou un courtier de l’UE ne peut y router d’ordre, régler avec le NCC ou ouvrir un compte chez un prestataire installé en Russie sans enfreindre les sanctions.

Ce que cela change pour les lecteurs en France, en Europe et aux États-Unis
Pour un acheteur à Paris, Lyon, Milan, Londres ou New York, rien de nouveau ne s’ouvre. Les règles russes s’appliquent aux intermédiaires russes et à leurs clients, et les sanctions occidentales interdisent aux entreprises occidentales l’accès à la bourse qui accueillera les échanges.
Pour les entreprises crypto européennes, le travail est celui de la conformité. L’interdiction visant les prestataires russes s’applique aux personnes de l’UE, et TRM Labs estime qu’elle « accorde une prime à la vigilance sur les contreparties » : une entreprise doit savoir si la plateforme en face est établie en Russie ou au Bélarus. L’interdiction touchant l’actionnariat et les conseils ajoute un contrôle sur ceux qui se trouvent derrière l’entreprise elle-même. Ces obligations s’ajoutent au régime d’agrément expliqué dans notre guide du règlement MiCA. Nous n’avons trouvé aucune déclaration sur les règles russes de l’AMF en France, de la Consob ou de l’OAM en Italie, ni de la FCA au Royaume-Uni.
Une question ouverte compte au-delà de la Russie : le prix. Des acteurs du marché craignent que l’étiquetage occidental de la crypto russe n’entraîne une décote des cours de Moscou par rapport aux places étrangères, selon la dépêche de Reuters. Sergueï Mendeleïev, fondateur de la plateforme russe de paiements transfrontaliers Exved, a dit à Cointelegraph qu’il doute d’une forte demande sur une bourse sanctionnée et mis en garde contre des « écarts absolument scandaleux » pour les clients de détail. Il voit plutôt un usage pour les importateurs et exportateurs qui échangent directement de la crypto. Aucun de ces avis n’est encore une mesure : les premières transactions sur MOEX montreront si un écart apparaît.
Dates et chiffres clés des règles russes sur la crypto
| Date | Étape | Source |
|---|---|---|
| 12 juin 2024 | L’OFAC inscrit la Bourse de Moscou, le NCC et le NSD | OFAC, Interfax |
| 23 avril 2026 | 20e paquet de l’UE : interdiction des transactions avec les prestataires crypto russes (à partir du 24 mai) | TRM Labs |
| 23 juillet 2026 | 21e paquet de l’UE : gel des avoirs de la Bourse de Moscou | Cooley |
| 4 août 2026 | Poutine signe la loi sur les monnaies numériques | Interfax |
| 1er septembre 2026 | Entrée en vigueur de la loi (l’essentiel des dispositions) | Interfax |
| 5 octobre 2026 | Entrée en vigueur des règles pour les prestataires de services crypto | Mail.ru Finance |
| 6 novembre 2026 | Publication de l’instruction, enregistrement signalé ; plafond de 300 000 roubles par an et par intermédiaire | Banque de Russie, Interfax |
| 17 novembre 2026 | Entrée en vigueur de l’instruction ; les bourses peuvent admettre BTC, ETH, USDT | Banque de Russie |
| 1er décembre 2026 | MOEX lance la négociation de BTC, ETH et USDT, opérations pilotes d’abord | Reuters via The Moscow Times |
| 1er juillet 2027 | Négociation des cryptomonnaies uniquement via des intermédiaires agréés | Interfax |
Questions ouvertes avant le 17 novembre et le 1er décembre
Plusieurs points qui décideront du bon fonctionnement du marché ne sont pas publics. Aucune source ne liste les courtiers qui se connecteront à MOEX le 1er décembre, et personne n’a avancé de prévision de volumes. On ignore si Sberbank et VTB, les deux banques qui ont annoncé des projets crypto pour les particuliers, seront prêtes pour la première séance.
Les questions du test n’ont pas été publiées, ni le numéro de l’instruction ni sa date d’enregistrement. La liste des monnaies pourrait s’allonger : la loi permet au conseil de la banque centrale d’admettre d’autres actifs pour six mois au plus, et MOEX dit vouloir ajouter des instruments plus tard.
La prochaine étape est fixée. Le 17 novembre, l’instruction entre en vigueur et les bourses russes peuvent coter les trois monnaies pour la négociation publique ; le 1er décembre, si la dépêche de Reuters se confirme, la Bourse de Moscou réalise ses premières opérations pilotes.
