Le projet Appia de la BCE a reçu 127 réponses, et le rapport publié le 28 octobre montre un large soutien à la monnaie de banque centrale comme ancrage d’un système financier européen tokenisé. Les réponses divergent en revanche sur le nombre de réseaux appelés à la porter. Les participants se partagent entre un réseau unique, plusieurs réseaux et une liste restreinte de réseaux éligibles, selon le rapport de l’Eurosystème.
« Aucune décision n’a été prise à ce stade », a écrit la BCE dans sa note d’information. Le rapport de 21 pages va plus loin : blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il précise qu’il ne retranscrit que les retours du marché et qu’il « ne reflète aucune préférence de l’Eurosystème » sur la conception ou l’architecture. Ces choix restent ouverts et seront examinés dans les travaux menant à un plan directeur attendu d’ici 2028.
Le document consigne ce que le marché a demandé, sans fixer de politique. Appia est l’initiative de la BCE, des banques centrales nationales de la zone euro et de la Danmarks Nationalbank pour concevoir un système financier tokenisé en Europe. La feuille de route est parue le 11 mars 2026 et la consultation a couru jusqu’au 22 avril, avec 18 questions ouvertes. Les réponses à la première partie sont publiées sur le site de la BCE. Celles de la seconde partie, qui invitait à proposer une contribution, restent confidentielles.
Le rapport n’attribue aucune position à une entreprise nommée et ne donne aucun pourcentage pour les différentes thèses. Il écrit « nombreux », « la plupart » et « plusieurs », et deux camps opposés peuvent chacun être « nombreux ».
Qui a répondu au projet Appia de la BCE : 30 fournisseurs techniques et de données, 27 banques et teneurs de marché, 3 investisseurs
Les fournisseurs de technologie et de données forment le premier groupe, devant les banques et les teneurs de marché. La BCE précise avoir classé les répondants au mieux de ses moyens : les catégories restent donc approximatives.
| Groupe de répondants | Réponses |
|---|---|
| Fournisseurs techniques et de données | 30 |
| Banques et teneurs de marché | 27 |
| Associations et initiatives de normalisation | 13 |
| Actifs de règlement privés et infrastructures de paiement | 11 |
| Plateformes de négociation | 8 |
| Universitaires | 7 |
| Autres | 7 |
| Conseil | 6 |
| Titre personnel | 6 |
| Infrastructures de post-marché et intermédiaires | 5 |
| Investisseurs et gestion d’actifs | 3 |
| Émetteurs | 3 |
| Autorités publiques | 1 |
| Total | 127 |
Investisseurs et émetteurs ont envoyé ensemble six réponses sur 127, moins que les huit des plateformes de négociation. Les seuls fournisseurs techniques et de données en ont envoyé cinq fois plus. Le rapport note aussi une mise en garde sur la phase suivante : plusieurs répondants ont averti qu’un appui trop marqué sur quelques contributeurs individuels pourrait fausser le processus, et ont présenté la diversité et la représentativité comme un garde-fou contre les intérêts particuliers.
Côté géographie, 85 réponses (67 %) viennent de l’Union européenne, avec les parts les plus importantes pour l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas. Les États-Unis en ont envoyé 21 (17 %), davantage que les 14 (11 %) de l’Europe hors UE, où la Suisse et le Royaume-Uni arrivent en tête. Le reste du monde pèse sept réponses (5 %). La France figure donc parmi les cinq premiers pays répondants.
Monnaie de banque centrale par défaut, stablecoins en complément
Le message le plus net concerne l’actif de règlement. Les répondants veulent que la monnaie de banque centrale reste l’actif de règlement final d’un marché tokenisé, et qu’elle soit proposée « par défaut, plutôt que comme un module additionnel ». Les raisons avancées sont la souveraineté monétaire, le caractère définitif du règlement, la sécurité juridique et la résilience. Pour comprendre ce qui distingue cette monnaie d’un solde de banque commerciale, notre guide sur la création monétaire par les banques et la monnaie de banque centrale fait le point.
Ils voient aussi un rôle de la banque centrale au-delà du règlement. Pour les garanties, il s’agit d’accepter et de mobiliser des actifs tokenisés dans les opérations de crédit. Pour la liquidité, il s’agit de permettre aux soldes de monnaie de banque centrale de circuler efficacement entre les plateformes DLT et les services TARGET existants, afin que les fonds ne restent pas bloqués sur des places séparées.
Les jetons privés trouvent leur place, un cran plus bas. Beaucoup de répondants privilégient un système à deux niveaux, qui associe monnaie de banque centrale tokenisée et actifs de règlement privés, jugé plus réaliste et plus favorable à l’innovation. Les dépôts tokenisés et les stablecoins en euro sont décrits comme des actifs complémentaires, capables de soutenir des usages supplémentaires ou plus avancés. La condition est posée noir sur blanc : « l’unicité de la monnaie doit être garantie et la hiérarchie des actifs doit rester claire ».
Certains sont allés plus loin et ont demandé que stablecoins en euro et dépôts tokenisés soient pris en charge aux côtés de la monnaie de banque centrale tokenisée, pour qu’un large éventail d’options de règlement en euros existe. Le rapport ne chiffre pas ce point de vue et ne nomme ni stablecoin ni émetteur.
Les répondants ont également estimé que la transmission de la politique monétaire pourrait en pâtir si le marché venait à dépendre de monnaies ou de réserves de liquidité libellées en devises étrangères. Le texte ne cite ni monnaie ni jeton. Pour mesurer où en est aujourd’hui la négociation des stablecoins face à l’euro, lisez notre article sur la part de l’USDC dans les échanges de stablecoins en euro, d’après les données de Kaiko.
Le vrai clivage du projet Appia de la BCE : un réseau, plusieurs, ou une courte liste
Sur ce point, le texte est clair : les répondants n’ont pas convergé vers un modèle unique. Ils décrivent un arbitrage, d’où ressortent trois positions.
Un réseau unique
Beaucoup de répondants voient dans le règlement sur un seul réseau le moyen le plus efficace de réduire la fragmentation, de concentrer la liquidité, de simplifier la gouvernance et d’uniformiser les processus. Les coûts qu’ils énumèrent sont la concentration de l’activité, un réseau devenu systémique, la dépendance à une technologie ou à un fournisseur, et une incitation plus faible à innover.
Plusieurs réseaux
Beaucoup d’autres jugent un système multi-réseaux plus probable côté marché, et le mieux placé pour maintenir la monnaie de banque centrale comme ancrage sur de nouveaux réseaux. Il serait plus résilient et s’adapterait à davantage de modèles économiques. En contrepartie, il exige plus d’interopérabilité et accroît le risque de fragmenter la liquidité, les garanties et la conformité.
Une liste restreinte de réseaux éligibles
La troisième option vient des répondants eux-mêmes. La monnaie de banque centrale serait réglée sur un nombre limité de réseaux, choisis selon des critères d’éligibilité transparents et des normes communes. Pour les uns, c’est une configuration réaliste à moyen terme, pour les autres une cible crédible à long terme. Le principal danger, selon eux : sans normes contraignantes, le dispositif devient « un ensemble de silos ».

Plusieurs répondants mettent en garde contre une monnaie de banque centrale limitée à un seul réseau, ou à un ensemble trop étroit pour répondre aux besoins du marché. Dans ce cas, disent-ils, des actifs de règlement qui ne sont pas ancrés dans la monnaie de banque centrale pourraient servir ces besoins sur d’autres réseaux, ce qui affaiblirait l’ancrage. Le rapport ne nomme pas ces actifs. Les stablecoins correspondraient à la description, mais c’est notre lecture, pas la formulation du rapport.
Deux questions restent ouvertes. La première porte sur le contrôle : savoir si la monnaie de banque centrale peut être réglée sur plus d’un réseau tout en restant sous le contrôle de l’Eurosystème reste, selon le rapport, à évaluer. La seconde porte sur la propriété. Les répondants n’ont pas tranché entre un réseau exploité par l’Eurosystème et des services proposés sur des réseaux exploités par le marché. Ils concluent que la propriété compte moins que la capacité à garantir le contrôle de la banque centrale, la neutralité et l’accès ouvert.
Le rapport ne nomme aucune blockchain, et les chaînes publiques n’ont pas de vote
Qui cherche un verdict sur Ethereum ou sur une autre chaîne publique ne le trouvera pas. Le rapport ne nomme aucune blockchain et n’oppose pas registres publics et privés.
Le passage le plus proche traite de l’autonomie stratégique. Plusieurs répondants souhaitent une gouvernance européenne des infrastructures centrales, ou au moins une majorité européenne au capital et dans les organes de décision. D’autres jugent qu’il peut suffire de bâtir au-dessus de réseaux mondiaux, à condition de réduire la dépendance par des normes ouvertes, des données portables et des stratégies de sortie claires. Le consensus et la validation, les données et l’identité sont les fonctions signalées comme devant relever d’entités européennes.
Le code ouvert reçoit un traitement comparable. Les répondants l’apprécient parce qu’il peut être audité et dupliqué, mais disent que sa contribution à l’autonomie dépend de la participation d’Européens à la gouvernance et à la maintenance des projets. La confidentialité crée une autre tension : les positions doivent rester cachées aux autres participants, alors que superviseurs et auditeurs doivent pouvoir vérifier les transactions. Plusieurs répondants proposent la divulgation sélective, une visibilité sous permission ou des preuves à divulgation nulle de connaissance.
L’autonomie ne signifie pas l’isolement. Beaucoup de répondants insistent sur le fait que les liens avec le reste du monde restent essentiels, y compris pour l’attractivité de l’euro.
Les normes ont suscité le plus d’offres de contribution
L’intérêt pour contribuer a été fort : 103 répondants (81 %) ont soumis plusieurs propositions, 11 (9 %) une seule, et 13 (10 %) aucune. Le module consacré à l’interopérabilité des actifs et aux normes a attiré plus de 70 % des répondants, tandis que chacun des cinq autres en a mobilisé environ la moitié.
Sur la méthode, les répondants demandent une approche par étapes, en commençant par les fondations avant d’aborder les domaines plus difficiles à mesure que l’expérience s’accumule. Là où les pratiques de marché ont déjà convergé, ils veulent les inscrire dans un recueil de règles Appia. Là où ce n’est pas le cas, ils préfèrent des expérimentations à une action prescriptive des autorités publiques. L’identité apparaît comme un point sensible, avec des exigences contradictoires en matière de connaissance du client et de lutte contre le blanchiment, et plusieurs répondants voient dans la certification des actifs tokenisés au niveau du réseau, plutôt que par auto-certification, un avantage potentiellement majeur.
Le cadre juridique reste lui aussi inachevé. Les répondants demandent des précisions sur l’articulation d’Appia avec MiCA, le règlement sur les dépositaires centraux de titres et la directive sur le caractère définitif du règlement, et jugent que de nouveaux textes seront nécessaires dans certains domaines.
Calendrier du projet Appia : travaux avec le marché avant fin 2026, tests en 2027, plan directeur d’ici 2028
Les prochaines étapes sont listées, mais seules certaines portent une date.
| Quand | Quoi | Source |
|---|---|---|
| 11 mars au 22 avril 2026 | Publication de la feuille de route Appia, consultation publique | Rapport |
| 30 mars 2026 | L’Eurosystème commence à accepter comme garanties les actifs émis en DLT auprès de dépositaires centraux de titres | BCE, communiqué de janvier |
| Septembre 2026 | Début des travaux du groupe de contact Appia, dont les membres ont été annoncés en août | Rapport |
| 21 septembre 2026 | Lancement de Pontes : monnaie de banque centrale tokenisée pour le règlement de gros | Rapport, communiqué de la BCE |
| 28 octobre 2026 | Publication du rapport sur la consultation | Note d’information de la BCE |
| Avant fin 2026 | Début des travaux analytiques et pratiques avec les acteurs du marché | Rapport |
| 2027 | Tests plus complexes et transversaux | Rapport |
| D’ici 2028 | Remise du plan directeur Appia ; mise en œuvre complète de Pontes attendue | Rapport, communiqué de la BCE |
Pontes est la partie qui fonctionne déjà. Il relie les plateformes DLT du marché aux services TARGET, et l’Eurosystème fournit de la monnaie de banque centrale tokenisée par ce canal depuis le 21 septembre. Le communiqué de la BCE citait 13 acteurs du marché, parmi lesquels Deutsche Bank, Santander et Société Générale, ainsi qu’Axiology, Cashlink, Clearstream et SWIAT comme opérateurs DLT de marché. Il indiquait que des fonctions enrichies et des horaires d’ouverture plus longs arriveraient progressivement, avec une mise en œuvre complète attendue d’ici 2028. L’Eurosystème accepte aussi des titres tokenisés comme garanties depuis le 30 mars. Selon son communiqué de janvier, cela couvre les actifs négociables émis dans des dépositaires centraux de titres via des services fondés sur la DLT, tandis que les travaux se poursuivaient pour savoir si des actifs émis et réglés entièrement sur des réseaux DLT pourraient être admis.
La prochaine étape visible est un appel aux parties prenantes sur trois sujets prioritaires : dépôts tokenisés et paiements, titres tokenisés, et gouvernance partagée du réseau. L’Eurosystème dit que le périmètre et la sélection des participants seront communiqués en temps utile. Un groupe distinct de parties prenantes sur les normes de marché à l’échelle européenne est en cours de constitution, avec un appel à candidatures également annoncé en temps utile. Les conclusions de ces groupes et des points d’avancement réguliers doivent paraître sur le site de la BCE.

La Banca d’Italia a repris l’essentiel le 29 octobre dans sa propre note : le rapport ne prend pas position sur les modèles d’architecture, et le plan directeur est prévu pour 2028.
Ce que change le rapport Appia pour l’instant
Pour qui détient des cryptos, rien ne change aujourd’hui. Le rapport ne décrit aucun produit ni jeton destiné au public, ne fixe aucune règle et ne retire aucune option. Appia et Pontes concernent des opérations de gros, tandis que l’euro numérique est un projet de détail distinct, que le rapport ne mentionne pas.
Pour les émetteurs de stablecoins, les banques et les plateformes de tokenisation, les questions qui les concernent restent ouvertes. Les jetons privés en euro entrent dans la discussion comme compléments, sous la monnaie de banque centrale, mais aucune règle d’éligibilité des réseaux n’existe encore. L’Eurosystème ne donne aucune date de décision avant le plan directeur de 2028.
Le prochain engagement daté est le lancement des travaux avec le marché, prévu avant la fin de 2026. L’Eurosystème n’a pas encore dit qui sera retenu ni comment.
