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Euro numérique : Cipollone annonce un plafond de détention, mais aucune limite de paiement

Euro numérique : le plafond de détention limitera le solde, pas les paiements, dit Piero Cipollone (BCE), avec le hors ligne et sept firmes italiennes.

11 min de lecture

Bâtiment de banque stylisé avec un smartphone, un cadenas, un bouclier et des nœuds reliés
Sommaire
  1. Plafond de l’euro numérique : une limite sur le solde, pas sur les dépenses
  2. Euro numérique hors ligne : payer en rapprochant deux appareils
  3. Commerçants : des frais jusqu’à quatre fois plus élevés pour les petits magasins
  4. Deux façons d’y accéder, aucun compte à la BCE, et les banques restent en première ligne
  5. Sept entreprises italiennes dans le pilote, selon la liste même de la BCE
  6. Quand l’euro numérique arrivera-t-il ? Un pilote en 2027, une loi espérée fin 2026
  7. L’entretien en chiffres
  8. Euro numérique et stablecoins en euro : où en est la comparaison
  9. Ce qui reste ouvert

Piero Cipollone, membre italien du directoire de la Banque centrale européenne, affirme que l’euro numérique plafonnera ce qu’une personne peut détenir, mais pas ce qu’elle peut dépenser. Dans un entretien accordé à Milano Finanza, mené par Roberto Sommella le 21 octobre et publié par la BCE le 24 octobre 2026, blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il explique qu’un paiement supérieur au solde du portefeuille serait complété automatiquement depuis le compte bancaire lié. Il décrit aussi des paiements hors ligne entre deux appareils, indique que les petits commerces paient jusqu’à quatre fois plus de frais que les grands opérateurs, et compte 36 entreprises, dont sept italiennes, déjà associées aux travaux préparatoires.

Rien de tout cela n’est encore de la loi. Piero Cipollone a répété que la BCE ne peut décider d’émettre l’euro numérique qu’une fois adopté le règlement en cours de négociation à Bruxelles, adoption qu’il espère d’ici la fin 2026. Ce calendrier n’est pas nouveau : Christine Lagarde a donné la même fenêtre de pilote et le même objectif juridique le 17 octobre, comme nous l’avons raconté dans notre article sur le pilote de 2027 annoncé par Christine Lagarde et la loi qui n’avance pas, qui détaille aussi les points où le Parlement européen et le Conseil divergent encore. L’entretien de Milano Finanza ajoute le fonctionnement concret, côté client qui paie et côté commerçant qui encaisse.

Plafond de l’euro numérique : une limite sur le solde, pas sur les dépenses

À la question de savoir s’il y aura une limite aux avoirs, Piero Cipollone répond : « Oui, mais il n’y aura pas de limites sur les paiements. » Le plafond porte sur la quantité d’euros numériques conservée dans un portefeuille. Il n’empêche pas son titulaire de payer davantage.

Son exemple est l’achat d’une voiture. Si un paiement dépasse le solde disponible, « il sera possible de prélever automatiquement le reste sur le compte courant lié ». L’équipe de la BCE chargée du projet a un nom pour ce mécanisme. Dans une présentation de septembre 2022 au Euro Retail Payments Board, elle l’appelait la « cascade inversée » (« reverse waterfall ») : la somme manquante est tirée du compte bancaire lié, puis le paiement s’achève en euros numériques pour sa valeur totale, sans que l’acheteur ait à recharger son portefeuille à l’avance.

Piero Cipollone n’a évoqué que les sorties d’argent. La même présentation de 2022 décrit le cas inverse, la « cascade » (« waterfall ») : lorsqu’un paiement reçu ferait dépasser le plafond au portefeuille, le paiement est accepté et l’excédent est renvoyé vers le compte bancaire lié. Ce document date de la phase d’investigation, et les règles définitives seront fixées dans le règlement du schéma (le « rulebook »).

Le plafond est donc une borne sur l’épargne détenue en monnaie de banque centrale, pas sur ce que l’euro numérique permet d’acheter. Un achat important ne serait pas refusé faute d’euros numériques, tant que le compte courant derrière le portefeuille contient assez d’argent.

Pourquoi plafonner ? Piero Cipollone relie la limite à la stabilité financière, « en particulier en situation de crise », quand des épargnants pourraient retirer leurs dépôts des banques pour les placer dans un portefeuille de la banque centrale. Selon lui, les analyses de la BCE montrent qu’« avec une limite correctement calibrée, il n’y aura pas d’effets négatifs sur le système bancaire ». Il ne donne aucun montant, et l’entretien ne dit pas qui le fixerait.

Portefeuille stylisé à côté d’un billet, d’une carte de paiement, d’une balance équilibrée et d’un engrenage
Le plafond s’applique au solde du portefeuille ; un paiement plus élevé est complété depuis le compte courant lié.

Euro numérique hors ligne : payer en rapprochant deux appareils

Le deuxième point nouveau concerne les paiements sans connexion. Piero Cipollone assure que l’euro numérique fonctionnerait en magasin pendant une coupure de courant, et dans les zones isolées où internet est faible ou absent. « Il suffira de rapprocher deux appareils, comme on le fait aujourd’hui avec une carte sans contact », dit-il.

Le paiement irait directement du payeur au bénéficiaire, sans passer par internet, et les commerçants pourraient donc continuer à encaisser quand les autres moyens de paiement numériques sont indisponibles. Il le présente aussi comme une protection de la vie privée : hors ligne, les détails de l’opération « restent exclusivement entre le payeur et le bénéficiaire », à la manière des espèces.

La promesse est plus étroite qu’un anonymat complet. L’entretien ne traite que de l’usage hors ligne et ne dit rien des données que les banques ou l’Eurosystème verraient lors des paiements en ligne.

Commerçants : des frais jusqu’à quatre fois plus élevés pour les petits magasins

L’argument en faveur des commerçants porte le chiffre le plus frappant de l’entretien. D’après Piero Cipollone, les frais que paie aujourd’hui un petit commerce « peuvent être jusqu’à quatre fois supérieurs à ceux payés par les grands opérateurs ». Il n’indique ni les moyens de paiement visés, ni l’origine de la comparaison.

Selon lui, l’euro numérique ajouterait un concurrent européen et « les plafonds de coûts fixés par la loi » contribueraient à faire baisser les frais de ceux qui ont le moins de poids dans la négociation. Ces plafonds relèvent du règlement encore en discussion, et leur niveau reste donc aussi ouvert que le reste du texte. Une boulangerie de Naples ou de Lyon ne peut pas encore calculer ce qu’elle paierait.

Il relie les frais à une dépendance plus large. Les achats en ligne se règlent normalement par carte, et deux tiers de ces paiements par carte passent, dit-il, par des schémas non européens. Dans la plupart des pays de la zone euro, cette dépendance touche aussi les magasins physiques, faute de schéma national équivalent.

Deux façons d’y accéder, aucun compte à la BCE, et les banques restent en première ligne

Sur l’accès, Piero Cipollone décrit deux voies. Les banques pourraient intégrer l’euro numérique aux applications que leurs clients utilisent déjà, et l’Eurosystème proposerait une application standardisée aux fonctions de base. Même avec l’application de la BCE, dit-il, « votre relation restera néanmoins avec votre propre banque ; la BCE n’ouvrira pas de comptes aux particuliers ».

L’intervieweur lui fait remarquer que les banques craignent d’être mises à l’écart. « L’euro numérique n’a pas été conçu pour remplacer les banques », répond-il, en ajoutant que les banques et d’autres intermédiaires agréés le distribueraient, géreraient les clients et bâtiraient des services par-dessus. Quand on lui demande si, un jour, il ne resterait que l’euro numérique, il dit ne pas le penser : les espèces, l’euro numérique et les services bancaires doivent coexister.

Il n’y aura pas de limite d’émission annuelle comme celle fixée pour les billets et les pièces ; l’usage dépendra de la demande des particuliers et des entreprises. Et l’euro numérique sera un moyen de paiement, « pas un outil que la BCE pourra utiliser pour dire aux gens comment dépenser leur propre argent ». Ses exemples : un café, un achat en ligne, une facture et un virement vers une autre personne.

Sur la sécurité, il évoque le chiffrement, la séparation des données et des simulations d’attaques régulières, avec une infrastructure répartie sur plusieurs régions européennes pour que le service continue si une partie tombe en panne. La plateforme, ajoute-t-il, est développée exclusivement par des prestataires européens.

Sept entreprises italiennes dans le pilote, selon la liste même de la BCE

Milano Finanza est un journal italien, et les détails italiens ressortent. Piero Cipollone affirme que « 36 opérateurs de marché, dont sept italiens, collaborent déjà aux travaux préparatoires ». La BCE appelle désormais aussi les opérateurs du commerce en ligne et du commerce mobile à participer.

Le chiffre de sept correspond au tableau de la BCE. L’annexe de son communiqué du 14 juillet indique pour chaque prestataire son pays de candidature, et sept portent l’Italie : Banca Monte dei Paschi di Siena, Banca Sella, isybank, Nexi Payments, Numia, Poste Italiane et UniCredit. Aucun autre pays n’en compte autant ; l’Allemagne en a cinq. Plusieurs médias italiens, dont 9colonne et Il Sole 24 Ore, en avaient compté huit en juillet en ajoutant Satispay, entreprise italienne dont la filiale Satispay Europe a candidaté depuis le Luxembourg, comme le notait Il Sole 24 Ore à l’époque.

Il donne aussi un chiffre sur la vitesse à laquelle les Italiens passent au numérique. Selon « les dernières données disponibles », les paiements en ligne en Italie sont passés de 6 % du total en 2019 à 24 % en 2024, et il s’attend à ce qu’ils aient encore progressé depuis. L’Italie, souligne-t-il, dispose de Bancomat, un schéma national pour payer dans les commerces de proximité, que la plupart des pays de la zone euro n’ont pas.

Piero Cipollone s’exprimait juste après une réunion du comité exécutif de l’Association bancaire italienne (ABI). Il dit y avoir surtout parlé de tokenisation, et avoir fait aux banquiers un point sur la législation et sur les préparatifs de l’Eurosystème.

Silhouette de ville stylisée avec un drapeau, une poignée de main et une carte de paiement
Sept des 36 prestataires du pilote de l’euro numérique ont candidaté depuis l’Italie, plus que tout autre pays.

Quand l’euro numérique arrivera-t-il ? Un pilote en 2027, une loi espérée fin 2026

« En 2027, nous lancerons déjà un pilote fondé sur des transactions réelles », déclare Piero Cipollone. Il sera mené par le personnel de la BCE et des banques centrales nationales. La page de la BCE consacrée au pilote fixe le début au second semestre 2027, pour 12 mois, avec des agents de la BCE et de 19 banques centrales nationales qui testent aux côtés des 36 prestataires et de commerçants sélectionnés. Les commerçants du e-commerce et du commerce mobile ont jusqu’au 27 octobre 2026 pour manifester leur intérêt.

Sur la décision de fond, il reste prudent. « La décision ne peut être prise qu’une fois conclues les négociations législatives en cours à Bruxelles », dit-il. Il espère que le règlement sera adopté d’ici la fin de l’année, afin que le Conseil des gouverneurs puisse prendre une décision formelle sur l’émission.

Même alors, une décision ne mettrait pas des euros numériques dans les portefeuilles dès le lendemain. La loi permettrait d’achever le rulebook, le recueil des règles techniques, et les banques, les opérateurs de paiement et les commerçants auront besoin de temps pour adapter leurs systèmes, précise-t-il. L’intervieweur a évoqué un déploiement dès 2029 si la loi passe cette année. Piero Cipollone n’a répondu que sur l’ordre des étapes, la loi d’abord et la décision ensuite, sans confirmer l’année.

Il présente le projet comme une manière de ne pas dépendre des autres pour un service essentiel. « Ces dernières années, l’Europe a appris que, pour certains services essentiels, nous ne pouvons pas compter uniquement sur des tiers », dit-il, citant l’énergie et la défense. Et d’ajouter : « La souveraineté ne signifie pas exclure les tiers. »

L’entretien en chiffres

PointCe que Piero Cipollone a dit (21 octobre 2026)
Plafond de détentionOui, sur le solde du portefeuille ; montant non précisé
Plafond de paiementAucun ; l’excédent est prélevé sur le compte courant lié
Entreprises dans les travaux préparatoires36, dont 7 italiennes (conforme à la liste de la BCE de juillet, par pays de candidature)
Frais des petits commercesJusqu’à 4 fois ceux des grands opérateurs
Paiements en ligne en Italie6 % du total en 2019, 24 % en 2024
Paiements en ligne par carte sur des schémas non européensDeux tiers
Pilote2027, transactions réelles par le personnel de la BCE et des banques centrales nationales
Limite d’émission annuelleAucune, l’usage dépend de la demande
LoiEspérée d’ici fin 2026 ; décision d’émission seulement après

Euro numérique et stablecoins en euro : où en est la comparaison

Piero Cipollone n’a pas parlé de stablecoins dans l’entretien : rien ici n’est donc son avis sur EURC ni sur Qivalis, le consortium bancaire qui a obtenu son agrément néerlandais d’établissement de monnaie électronique mais n’a pas encore de date de lancement. La comparaison qui suit est celle de Coindaro. Un portefeuille plafonné, rechargé automatiquement depuis un compte bancaire, est conçu pour payer, pas pour conserver de gros soldes, usage qui est aujourd’hui celui des stablecoins en euro régulés par MiCA, sur les plateformes d’échange et dans la DeFi. Le point de rencontre possible, ce sont les paiements du quotidien, le terrain que les cartes occupent aujourd’hui. Notre guide des stablecoins couvre le versant privé ; notre guide sur la monnaie fiduciaire et la gestion de l’euro par les banques centrales explique le versant public.

Ce qui reste ouvert

L’entretien laisse les principaux chiffres aux législateurs. Le montant du plafond de détention, le niveau des plafonds de frais pour les commerçants et les règles sur les données des paiements en ligne dépendent du texte que le Parlement européen et le Conseil négocient encore. Qu’ils s’accordent avant le 31 décembre, comme l’espère Piero Cipollone, on ne le sait pas.

La première échéance côté BCE est plus proche : l’appel aux commerçants pour le pilote se termine le 27 octobre. Le pilote lui-même doit démarrer au second semestre 2027 et durer 12 mois.

Sources

  1. BCE, Entretien avec Piero Cipollone, mené par Roberto Sommella et publié dans Milano Finanza (24 octobre 2026) (en anglais) ecb.europa.eu
  2. BCE, Projet pilote de l’euro numérique (page du pilote, en anglais) ecb.europa.eu
  3. BCE, La BCE sélectionne 36 prestataires de services de paiement pour le pilote de l’euro numérique (14 juillet 2026), avec l’annexe listant les prestataires (en anglais) ecb.europa.eu
  4. BCE, Fonctionnalités de financement et de retrait, présentation au Euro Retail Payments Board (1er septembre 2022) (en anglais) ecb.europa.eu
  5. Il Sole 24 Ore, ECB selects 36 providers for digital euro pilot project, eight are Italian (14 juillet 2026) en.ilsole24ore.com

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