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Qu’est-ce que la cryptographie ? Les bases du crypto

Qu’est-ce que la cryptographie ? Hachage, chiffrement, signatures numériques : ce qu’emploient Bitcoin et Ethereum, et le risque quantique en octobre 2026.

Débutant 25 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Qu’est-ce que la blockchain ? Le guide pour débuter
Un engrenage près d’un document, d’une loupe et de maillons de chaîne
Sommaire
  1. À quoi sert la cryptographie : prouver plus souvent que cacher
    1. Quatre objectifs, dont trois servent à une blockchain
    2. Cryptographie, chiffrement, cryptomonnaie : trois mots qui ne sont pas synonymes
  2. De la lettre de César aux courbes elliptiques : les dates qui comptent
    1. 1976 : le problème de la distribution des clés trouve une réponse
  3. Fonctions de hachage : une empreinte de taille fixe pour n’importe quelle donnée
    1. Quatre propriétés qui rendent un hash utile
    2. Où Bitcoin et Ethereum emploient des hashs
    3. SHA-256 et Keccak-256 ne sont pas la même fonction
  4. Chiffrement : une clé partagée ou une paire de clés
    1. Bitcoin ne chiffre pas vos transactions
  5. Signatures numériques : prouver qu’on peut dépenser sans montrer son secret
    1. ECDSA sur secp256k1, la courbe que partagent Bitcoin et Ethereum
    2. Les signatures de Schnorr et Taproot depuis novembre 2021
  6. Ce que la crypto ne cache pas : un registre public de pseudonymes
    1. Là où la cryptographie peut ajouter de la confidentialité
    2. Ce qu’aucun algorithme ne vous épargne
  7. Ordinateurs quantiques et crypto : où en est-on en octobre 2026 ?
    1. En France : l’avis de l’ANSSI sur la migration post-quantique
  8. À retenir : trois outils, trois missions

Le 23 octobre 2026 à 08 h 46 UTC, la blockchain de Bitcoin en était au bloc 972 744, d’après l’explorateur mempool.space. N’importe qui peut lire chacun de ces blocs avec un simple navigateur. Ouvrez la toute première transaction, dans le bloc 0 : vous y trouvez un titre de journal écrit en clair et la clé publique de 65 octets à laquelle les premières pièces ont été versées. Rien n’y est chiffré. Pourtant, personne ne peut déplacer des pièces verrouillées par une clé de ce type sans un nombre secret qui n’a jamais été écrit sur la chaîne.

Alors, qu’est-ce que la cryptographie ? C’est elle qui crée cet écart entre un registre que tout le monde peut lire et des pièces que seule une personne peut dépenser. Plus précisément, c’est l’ensemble des méthodes mathématiques qui protègent l’information et prouvent qui a fait quoi : qu’un message n’a pas été modifié, qu’pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">il vient bien de la personne qui prétend l’avoir écrit et, au besoin, que seul le destinataire prévu peut le comprendre. Les cryptomonnaies lui doivent leur nom, mais elles n’en utilisent qu’une petite tranche. Les fonctions de hachage donnent à n’importe quelle donnée une courte empreinte de taille fixe. Les signatures numériques prouvent que le détenteur d’une clé a approuvé un paiement.

Cette leçon fait suite à notre introduction sur ce qu’est une blockchain. À la fin, vous saurez distinguer hachage, chiffrement et signature, dire lesquels Bitcoin et Ethereum utilisent et lesquels ils laissent de côté, et lire les titres sur l’informatique quantique avec les bonnes dates en tête. La paire de clés elle-même, c’est-à-dire le chemin qui mène d’une clé privée à une clé publique puis à une adresse, fera l’objet d’une leçon à part plus loin dans ce parcours.

À quoi sert la cryptographie : prouver plus souvent que cacher

Le mot vient du grec kryptos (caché) et graphein (écrire). Pendant l’essentiel de son histoire, il a désigné exactement cela : écrire un message de façon qu’un ennemi qui l’intercepte ne puisse pas le lire. La cryptographie moderne conserve ce rôle et en ajoute d’autres. Les normes de sécurité et les manuels énumèrent d’ordinaire quatre objectifs, chacun avec son outil.

Quatre objectifs, dont trois servent à une blockchain

  • La confidentialité signifie que seul le destinataire prévu peut comprendre un message. Le chiffrement l’assure.
  • L’intégrité signifie que toute modification des données, même d’un seul bit, peut être détectée. Les fonctions de hachage l’assurent.
  • L’authentification signifie que le destinataire peut vérifier qui a envoyé un message. Les signatures numériques et les codes d’authentification de message l’assurent.
  • La non-répudiation signifie que l’expéditeur ne peut pas nier ensuite l’avoir envoyé. Le glossaire du NIST (en anglais) la présente comme une protection contre quelqu’un qui nierait à tort avoir accompli une action. Les signatures numériques l’assurent aussi.

Une blockchain publique a besoin des trois derniers et renonce volontairement au premier. Chaque nœud doit pouvoir vérifier chaque transaction : montants et adresses restent donc lisibles. Ce qui doit être impossible, c’est de modifier un enregistrement passé sans qu’on s’en aperçoive, de dépenser des pièces sans l’accord de leur propriétaire, et pour un propriétaire de nier un paiement qu’il a signé.

Cryptographie, chiffrement, cryptomonnaie : trois mots qui ne sont pas synonymes

Des trois, le chiffrement est le seul outil de la cryptographie qui cache un contenu. La cryptographie est le domaine entier ; elle comprend aussi le hachage et les signatures, qui ne cachent rien du tout. Une cryptomonnaie est un système monétaire construit avec certains de ces outils : le « crypto » de son nom renvoie aux signatures qui la protègent, pas à des transactions secrètes. La cryptologie, mot que l’on rencontre dans des textes plus anciens, recouvre à la fois la cryptographie (fabriquer des codes) et la cryptanalyse (les casser). Si vous cherchiez plutôt la définition de la monnaie elle-même, c’est notre leçon sur la cryptomonnaie qu’il vous faut.

La confusion a un coût concret. Quelqu’un qui croit Bitcoin « chiffré » peut penser que ses paiements sont privés. Ils ne le sont pas, comme le montre plus bas le livre blanc, avec ses propres mots.

De la lettre de César aux courbes elliptiques : les dates qui comptent

Le plus ancien chiffre bien documenté est un simple décalage. L’historien romain Suétone rapporte que Jules César, dans ses lettres confidentielles, écrivait la quatrième lettre de l’alphabet, le D, à la place du A, et ainsi de suite pour les autres (Vie de Jules César, section 56, en anglais ; traduction libre). Celui qui devine l’astuce lit la lettre. Le secret, c’est la méthode elle-même, et avec un alphabet de 26 lettres il n’y a que 25 décalages à essayer.

Pendant des siècles, les chiffres sont restés des variantes de cette idée, avec des substitutions de plus en plus complexes. La machine allemande Enigma les a mécanisées avec des rotors : Arthur Scherbius l’a brevetée en 1918, les premières machines vendues sous le nom d’Enigma datent de 1923, et les forces armées allemandes en ont employé des versions jusqu’en 1945. Marian Rejewski, du Bureau du chiffre polonais, a reconstitué la machine militaire en 1932-1933. Pendant la guerre, les cryptanalystes britanniques de Bletchley Park ont lu le trafic Enigma avec des méthodes manuelles et des Bombes électromécaniques, comme le raconte le Crypto Museum (en anglais).

Les ordinateurs ont changé l’échelle. Le Data Encryption Standard (DES), norme fédérale américaine dont la dernière révision, FIPS 46-3, a été publiée par le NIST le 25 octobre 1999, employait une clé de 56 bits. C’était trop court. En janvier 1999, la machine Deep Crack de l’Electronic Frontier Foundation, aidée par près de 100 000 PC du réseau distributed.net, a trouvé une clé DES en 22 heures et 15 minutes, battant son propre record de 56 heures établi en juillet 1998, a annoncé l’EFF le 19 janvier 1999. Le NIST a retiré la norme FIPS 46-3 le 19 mai 2005.

Son successeur est l’AES, l’Advanced Encryption Standard, publié sous la référence FIPS 197 le 26 novembre 2001. C’est le chiffrement Rijndael, retenu à l’issue d’un concours public ; il travaille sur des blocs de 128 bits avec des clés de 128, 192 ou 256 bits. Le NIST a mis le texte à jour le 9 mai 2023 sans changer l’algorithme.

1976 : le problème de la distribution des clés trouve une réponse

Tous ces chiffres partagent une faiblesse : l’expéditeur et le destinataire doivent déjà détenir la même clé secrète. Armées et banques transportaient les clés par porteur. En novembre 1976, Whitfield Diffie et Martin Hellman, à Stanford, ont publié « New Directions in Cryptography » dans les IEEE Transactions on Information Theory. La première phrase annonce que nous sommes « au bord d’une révolution de la cryptographie » (traduction libre). L’article propose des systèmes qui réduisent le besoin de canaux sûrs pour distribuer les clés et qui fournissent « l’équivalent d’une signature manuscrite » (en anglais).

Ronald Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman, au MIT, ont décrit le premier système pratique de ce genre, RSA, dans un article paru dans les Communications of the ACM en février 1978. Sa sécurité, écrivent-ils, repose en partie sur la difficulté de factoriser un grand nombre publié. Le résumé énonce aussi la propriété sur laquelle les cryptomonnaies s’appuieraient trois décennies plus tard : les signatures ne peuvent pas être falsifiées, et le signataire ne peut pas nier ensuite la validité de sa signature (article RSA, en anglais).

En 1985, Victor Miller, à la conférence CRYPTO ’85, a proposé de bâtir le même type de système sur des courbes elliptiques ; Neal Koblitz a eu l’idée de son côté, dans un article publié en 1987. Les courbes elliptiques offrent une sécurité équivalente avec des clés bien plus courtes. Dans le tableau comparatif de la norme SEC 2, une courbe de 256 bits se situe au même niveau de sécurité qu’une clé RSA de 3 072 bits. La cryptographie sur courbes elliptiques est la branche qu’emploient Bitcoin et Ethereum.

DateÉtape
Ier siècle av. J.-C.Chiffre par décalage de César, décrit plus tard par Suétone
1918Arthur Scherbius dépose le brevet de la machine Enigma
Novembre 1976Diffie et Hellman publient « New Directions in Cryptography »
Février 1978Article RSA dans les Communications of the ACM
1985Victor Miller propose la cryptographie sur courbes elliptiques (Neal Koblitz de façon indépendante, article de 1987)
19 janvier 1999Une clé DES de 56 bits est trouvée en 22 heures 15 minutes
26 novembre 2001L’AES est publié sous la référence FIPS 197
31 octobre 2008Livre blanc de Bitcoin
Août 2015Le SHA-3 est publié sous la référence FIPS 202
14 novembre 2021Taproot (signatures de Schnorr) actif sur Bitcoin, bloc 709 632
13 août 2024Le NIST publie ses trois premières normes post-quantiques

Fonctions de hachage : une empreinte de taille fixe pour n’importe quelle donnée

Une fonction de hachage prend une entrée quelconque, un mot, un contrat ou un film de quatre gigaoctets, et renvoie une courte chaîne de longueur fixe appelée hash, ou empreinte. Le SHA-256, la fonction qu’emploie Bitcoin, renvoie toujours 256 bits, écrits sous la forme de 64 caractères hexadécimaux. Il appartient à la famille SHA-2, que le NIST définit dans la norme FIPS 180-4 (août 2015). Les quatre empreintes ci-dessous ont été calculées le 23 octobre 2026 avec la bibliothèque standard hashlib de Python ; chacun peut les reproduire en quelques secondes.

EntréeEmpreinte SHA-256 (calculée le 23 octobre 2026)
(texte vide)e3b0c44298fc1c149afbf4c8996fb92427ae41e4649b934ca495991b7852b855
abcba7816bf8f01cfea414140de5dae2223b00361a396177a9cb410ff61f20015ad
Coindarocc640dcae7abc17683f609d3e26a2f78a6b4acc85da607e03d8ea99c1b192894
coindaroe8709cf11980229adf58f9b8201b3ee48c83a7a211c419f3af8fecd6183a7580

Comparez les deux dernières lignes. Une seule majuscule change, et les deux empreintes n’ont plus rien de visible en commun. Ce comportement, appelé effet d’avalanche, est voulu. Une petite modification de l’entrée produit une sortie qui semble sans rapport, si bien que personne ne peut retoucher légèrement un document en conservant son hash.

Un engrenage près d’un document, d’une loupe et de maillons de chaîne
Une fonction de hachage transforme n’importe quel document en empreinte de taille fixe : changez une lettre et l’empreinte change complètement.

Quatre propriétés qui rendent un hash utile

  • Il est déterministe : la même entrée donne toujours la même empreinte, sur n’importe quel ordinateur, de sorte que deux inconnus peuvent vérifier qu’ils possèdent le même fichier en comparant 64 caractères.
  • Sa sortie a une taille fixe, 256 bits pour le SHA-256, que l’entrée soit une lettre ou un disque dur entier.
  • Il est à sens unique : à partir d’une empreinte, aucun raccourci connu ne permet de remonter à l’entrée, il reste seulement à deviner des entrées et à hacher chaque essai.
  • Il résiste aux collisions : trouver deux entrées différentes qui donnent la même empreinte doit être pratiquement impossible, alors même que de telles paires existent forcément, puisque les entrées sont illimitées et les sorties non.

Ces propriétés expliquent qu’un hash serve de preuve d’intégrité. Publiez aujourd’hui l’empreinte d’un fichier, et n’importe qui pourra vérifier l’an prochain que le fichier qu’il a entre les mains est bien le même, octet pour octet, sans que vous le renvoyiez.

Où Bitcoin et Ethereum emploient des hashs

Les hashs sont partout dans une blockchain. Chaque bloc enregistre le hash du précédent, et c’est ce qui transforme des blocs séparés en chaîne ; le mécanisme est détaillé dans notre leçon sur le fonctionnement d’une blockchain, on ne le répète donc pas ici.

Le minage est lui aussi du hachage. Le livre blanc de Bitcoin décrit la preuve de travail comme la recherche d’une valeur dont le hash, calculé par exemple avec le SHA-256, commence par un nombre requis de bits à zéro. Les mineurs hachent des blocs candidats encore et encore, en changeant à chaque fois un petit champ, jusqu’à ce qu’une empreinte passe sous la cible. La trouver demande un travail énorme ; la vérifier ne demande qu’un seul hash.

Les adresses viennent aussi de hashs. Une adresse Bitcoin classique, celle qui commence par un 1, s’obtient en hachant la clé publique avec le SHA-256 puis avec une autre fonction, la RIPEMD-160, et en ajoutant une somme de contrôle de quatre octets issue d’un double SHA-256. Cette somme de contrôle sert à repérer une adresse mal recopiée avant que l’argent parte. Sur Ethereum, une adresse s’obtient en « prenant les 20 derniers octets du hash Keccak-256 de la clé publique », explique ethereum.org (traduction libre), et s’écrit sur 42 caractères commençant par 0x. Notre guide sur les adresses crypto présente les formats que vous croiserez dans les portefeuilles.

SHA-256 et Keccak-256 ne sont pas la même fonction

Ethereum a choisi un autre hash. Keccak a remporté le concours organisé par le NIST pour désigner une nouvelle norme, le SHA-3, publiée sous la référence FIPS 202 en août 2015. Ethereum, lancé en juillet 2015, emploie Keccak tel qu’il avait été soumis à ce concours, alors que la norme finale a modifié l’octet de bourrage ajouté à l’entrée avant le hachage (0x06 au lieu de 0x01). Les deux donnent des résultats différents pour la même entrée.

Pour une entrée vide, le SHA3-256 du NIST renvoie a7ffc6f8bf1ed76651c14756a061d662f580ff4de43b49fa82d80a4b80f8434a, tandis que le Keccak-256 d’Ethereum renvoie c5d2460186f7233c927e7db2dcc703c0e500b653ca82273b7bfad8045d85a470. Nous avons calculé les deux le 23 octobre 2026, le second avec une implémentation de référence qui reproduit la sortie officielle du SHA3-256 lorsqu’on lui donne le bourrage de la norme. Un développeur qui appelle la fonction « SHA3 » générique d’une bibliothèque pour dériver une adresse Ethereum obtient une mauvaise adresse.

Chiffrement : une clé partagée ou une paire de clés

La plupart des gens pensent au chiffrement quand ils entendent le mot cryptographie : transformer des données lisibles, le texte clair, en un texte chiffré illisible que seul le détenteur d’une clé peut remettre en clair. Il se décline en deux familles, et la différence entre elles est l’une des questions que les débutants posent le plus.

Le chiffrement symétrique utilise une seule clé secrète dans les deux sens. L’AES en est l’exemple type. Il est rapide, traite de gros volumes de données et sert largement à protéger les fichiers stockés et le trafic réseau. Sa faiblesse est celle que décrivaient Diffie et Hellman en 1976 : les deux parties doivent d’abord obtenir la même clé sans que personne d’autre la voie.

Le chiffrement asymétrique, ou à clé publique, utilise une paire de clés. Une clé publique, que tout le monde peut détenir, chiffre un message ; seule la clé privée correspondante, gardée secrète, le déchiffre. RSA peut fonctionner ainsi. Cela résout le problème de l’échange de clés, mais c’est bien plus lent, si bien que les systèmes réels combinent les deux. Lorsque votre navigateur ouvre une page en HTTPS, la cryptographie à clé publique sert à convenir d’une nouvelle clé symétrique, puis un chiffrement symétrique transporte les données.

Le chiffrement de bout en bout des messageries applique la même idée entre deux téléphones : l’entreprise qui transporte les messages ne détient pas les clés qui les ouvrent. Cela n’a rien à voir avec les cryptomonnaies, malgré le préfixe commun.

Bitcoin ne chiffre pas vos transactions

Une transaction Bitcoin ou Ethereum n’est pas chiffrée sur la chaîne, quoi que suggère le mot « crypto ». L’adresse du destinataire, le montant et les frais sont écrits en clair, parce que chaque nœud doit les vérifier avant d’accepter le bloc. Le chiffrement apparaît autour de la blockchain, pas dedans : un portefeuille logiciel peut chiffrer par mot de passe le fichier qui contient vos clés, et la liaison entre votre application et une plateforme passe par HTTPS. Les pièces elles-mêmes sont gardées par des signatures.

Signatures numériques : prouver qu’on peut dépenser sans montrer son secret

Une signature numérique est un nombre calculé à partir d’un message et d’une clé privée. Quiconque détient la clé publique correspondante peut vérifier que la signature convient à ce message précis et à cette clé, mais ne peut pas en fabriquer une nouvelle. Changez un seul caractère du message et la vérification échoue. C’est l’équivalent de la signature manuscrite que visaient Diffie et Hellman, avec une différence : une signature à la main a le même aspect sur tous les documents, alors qu’une signature numérique est différente pour chaque message, ce qui empêche de la prélever sur un paiement pour la coller sur un autre.

Satoshi Nakamoto a placé les signatures au centre de Bitcoin. Le livre blanc, daté du 31 octobre 2008, le dit en une ligne : « We define an electronic coin as a chain of digital signatures », soit, en français, une pièce électronique définie comme une chaîne de signatures numériques. Chaque propriétaire transmet la pièce en signant le hash de la transaction précédente avec la clé publique du propriétaire suivant. Notre leçon sur le livre blanc de Bitcoin parcourt le document section par section.

ECDSA sur secp256k1, la courbe que partagent Bitcoin et Ethereum

Le livre blanc ne nomme aucun algorithme ; le logiciel, si. Selon le guide du développeur Bitcoin (en anglais), Bitcoin emploie l’algorithme de signature numérique à courbe elliptique, l’ECDSA, sur une courbe appelée secp256k1. Ethereum a fait le même choix : sa spécification formelle, l’Ethereum Yellow Paper, indique que les transactions sont signées par des signatures ECDSA « récupérables » sur la courbe SECP-256k1 (annexe F).

La courbe secp256k1 est définie dans SEC 2, un document du Standards for Efficient Cryptography Group, qui la classe parmi les courbes de Koblitz. Son équation est courte, y² = x³ + 7, sur un corps de nombres de 256 bits. Ce n’est pas le NIST qui l’a conçue. Ses propres courbes, comme la P-256, ont été générées à partir de graines publiées ; secp256k1 n’apparaît que dans une annexe de la norme NIST SP 800-186 (février 2023), qui l’autorise « pour les applications liées aux blockchains » (traduction libre). La différence a fait l’actualité en octobre 2026, quand les graines des courbes du NIST ont été rattachées à un vieux générateur de nombres aléatoires d’Unix lancé à partir d’horodatages de 1997-1998. secp256k1 n’a pas de graine de ce type : rien n’a donc changé pour les clés de Bitcoin et d’Ethereum, comme l’expliquait notre article sur les graines des courbes du NIST. La bibliothèque libre qui effectue ces calculs, libsecp256k1, précise que son développement s’est concentré sur l’usage dans le système Bitcoin.

Les signatures de Schnorr et Taproot depuis novembre 2021

Bitcoin a ajouté un second schéma de signature en 2021. Le BIP 340 définit des signatures de Schnorr sur la même courbe, avec des clés publiques de 32 octets et des signatures de 64 octets. Leur algèbre est linéaire : plusieurs personnes peuvent combiner leurs clés et produire une seule signature valable pour la somme de leurs clés publiques, et un nœud peut vérifier beaucoup de signatures en un seul lot plus vite qu’une par une.

Le BIP 341, connu sous le nom de Taproot, s’appuie dessus. Il s’est activé au bloc 709 632, miné le 14 novembre 2021 à 05 h 15 UTC selon mempool.space. Pour les utilisateurs, le principal changement est la discrétion. Une sortie Taproot dépensée par le chemin de clé ressemble à n’importe quel paiement à clé unique, même lorsque plusieurs copropriétaires ou un ensemble de conditions de dépense se cachent derrière ; moins de données vont sur la chaîne et moins d’informations fuitent sur l’arrangement.

La façon dont une clé privée est générée, la raison pour laquelle on peut partager une clé publique et le rôle de la phrase de récupération comme sauvegarde de l’ensemble relèvent de la prochaine leçon de ce parcours. Pour l’instant, une règle tirée de notre guide sur la sécurité de la phrase de récupération suffit : une signature prouve que vous détenez la clé, donc quiconque obtient la clé peut signer à votre place.

Ce que la crypto ne cache pas : un registre public de pseudonymes

Le livre blanc est franc sur la vie privée. La section 10 explique que le public peut voir que quelqu’un envoie un montant à quelqu’un d’autre, mais sans information reliant la transaction à qui que ce soit (traduction libre). La confidentialité repose sur l’anonymat des détenteurs de clés publiques, pas sur le masquage des transactions, et le document conseille d’utiliser une nouvelle paire de clés pour chaque transaction.

C’est de la pseudonymie, pas de l’anonymat. La même section admet une limite : les transactions à entrées multiples révèlent que ces entrées appartenaient au même propriétaire. Les sociétés d’analyse de chaîne s’appuient sur ce genre d’indices, et dès qu’une adresse est rattachée à un nom, par exemple par un compte ouvert sur une plateforme avec vérification d’identité, l’historique des adresses qui lui sont liées devient lisible lui aussi.

La toute première transaction montre à quel point le registre est ouvert. Son entrée, dans le bloc 0, contient en clair « The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks », visible par tous sur mempool.space. L’histoire de ce bloc et de ce titre est racontée dans notre leçon sur le bloc de genèse et la crise de 2008.

Un grand œil qui surveille une rangée de blocs, des personnes et un portefeuille
Le registre de Bitcoin est public : montants et adresses sont lisibles par tous, seul le lien avec les identités réelles manque.

Là où la cryptographie peut ajouter de la confidentialité

Cacher des données sur une chaîne est possible, mais cela demande d’autres outils. Les preuves à divulgation nulle de connaissance permettent de prouver qu’une affirmation est vraie, par exemple qu’une transaction est équilibrée, sans révéler les données qui la composent. Zcash s’en sert pour ses paiements blindés, et les zk-rollups les utilisent sur Ethereum pour prouver la validité d’un lot entier de transactions. Notre entrée de glossaire sur la preuve à divulgation nulle de connaissance en donne les bases.

Ce qu’aucun algorithme ne vous épargne

La cryptographie protège la clé ; elle ne protège pas la personne qui la détient. Une page d’hameçonnage qui obtient votre phrase de récupération obtient exactement le pouvoir de signature que vous avez, et le réseau ne fait pas la différence. Un agresseur qui menace quelqu’un physiquement, ce que le jargon de la sécurité appelle une « attaque à la clé à molette », contourne entièrement les mathématiques. Une clé perdue est perdue pour de bon, car aucun service d’assistance ne peut signer à votre place. Notre guide pour éviter les arnaques crypto recense les pièges qui visent les personnes plutôt que les algorithmes.

Ordinateurs quantiques et crypto : où en est-on en octobre 2026 ?

Les ordinateurs quantiques menacent avant tout une famille : les schémas à clé publique tels que RSA et les courbes elliptiques. Une machine assez grande, exécutant l’algorithme de Shor, pourrait déduire une clé privée de sa clé publique. Les fonctions de hachage sont généralement jugées bien moins exposées, car la meilleure attaque quantique connue contre elles procure un avantage beaucoup plus faible. Aucune machine capable de casser une courbe de 256 bits n’existe en octobre 2026. Ce qui existe, ce sont des estimations de ressources, et elles ont vite baissé.

Publié leQuiCibleMachine estimée
21 mai 2025Craig Gidney, Google Quantum AIRSA-2048moins d’un million de qubits bruités, moins d’une semaine
31 mars 2026Google Quantum AIcourbe elliptique de 256 bitsmoins de 500 000 qubits physiques, quelques minutes
8 septembre 2026IonQsecp256k119 397 qubits physiques à ions piégés, environ 25,7 jours par tentative

Pour donner l’échelle, la puce de Google au centre de notre article du 16 octobre 2026 sur les taux d’erreur quantiques compte 105 qubits. Dans son billet du 31 mars 2026, Google recommande aux blockchains de passer à la cryptographie post-quantique et donne 2029 comme objectif pour sa propre migration.

Des remplaçants existent sur le papier. Le 13 août 2024, le NIST, l’agence américaine de normalisation, a publié ses trois premières normes post-quantiques : FIPS 203 (ML-KEM, pour établir des clés partagées), FIPS 204 (ML-DSA) et FIPS 205 (SLH-DSA), ces deux dernières pour les signatures. Dustin Moody, du NIST, a encouragé les administrateurs de systèmes à commencer à les intégrer immédiatement. Un projet du NIST daté du 12 novembre 2024, l’IR 8547, prévoit le retrait des algorithmes vulnérables au quantique de ses normes d’ici 2035.

En France : l’avis de l’ANSSI sur la migration post-quantique

En France, c’est l’ANSSI, l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, qui s’exprime sur le sujet, et non l’AMF ni l’ACPR : aucune règle de ces autorités ne porte sur la cryptographie elle-même. Dans son avis de suivi du 21 décembre 2023, l’agence définit l’hybridation comme le fait de combiner des algorithmes asymétriques post-quantiques avec une cryptographie asymétrique pré-quantique bien connue et bien étudiée, fondée sur la factorisation ou le logarithme discret. Elle recommande cette protection hybride en particulier pour les produits de sécurité destinés à protéger durablement l’information, jusqu’après 2030, ou susceptibles d’être employés après 2030 sans mise à jour. L’idée est de ne pas parier sur un seul algorithme encore jeune : si l’un des deux est cassé, l’autre tient encore.

Le même avis indique que les premiers visas de sécurité français pour des produits mettant en œuvre de la cryptographie post-quantique hybride devaient être délivrés vers 2024-2025. Il s’adresse aux concepteurs de produits de sécurité et aux administrations, pas aux détenteurs de bitcoins. Pour un particulier, la conséquence pratique est simple : rien n’est à changer dans un portefeuille aujourd’hui, mais les protocoles, eux, devront évoluer.

Au Royaume-Uni, le National Cyber Security Centre demande aux organisations d’avoir terminé leur migration d’ici 2035, avec des jalons de planification en 2028 et 2031 (en anglais).

Bitcoin a une proposition sur la table, pas une décision. Le BIP 360, attribué le 18 décembre 2024 et toujours marqué « Draft », commence ainsi : le document propose un nouveau type de sortie, Pay-to-Merkle-Root (P2MR), par un soft fork (traduction libre). Cette nouvelle sortie supprime la dépense par chemin de clé de Taproot, la voie qui place une clé publique sur la chaîne. Quant à la date à laquelle une machine pourrait casser une courbe de 256 bits, la réponse honnête en octobre 2026 est que personne ne la connaît.

À retenir : trois outils, trois missions

ObjectifOutilOù il apparaît dans Bitcoin et Ethereum
IntégritéFonction de hachage (SHA-256, Keccak-256)Liens entre les blocs, minage, adresses
Authentification et non-répudiationSignature numérique (ECDSA, Schnorr)Chaque dépense de pièces
ConfidentialitéChiffrement (AES, RSA)Pas sur la chaîne ; fichiers de portefeuille et connexions HTTPS

La prochaine leçon de ce parcours démonte la paire de clés : comment une clé privée est fabriquée, comment elle donne une clé publique puis une adresse, et pourquoi une clé perdue ne se retrouve pas.

Sources

  1. Satoshi Nakamoto : Bitcoin, un système de paiement électronique de pair à pair, 31 octobre 2008 (en anglais) bitcoin.org
  2. New Directions in Cryptography, Diffie et Hellman, IEEE Transactions on Information Theory, novembre 1976 (en anglais) ee.stanford.edu
  3. Rivest, Shamir et Adleman : méthode d’obtention de signatures numériques et de cryptosystèmes à clé publique, 1978 (en anglais) people.csail.mit.edu
  4. EFF : DES Challenge III cassé en 22 heures 15 minutes, 19 janvier 1999 (en anglais) w2.eff.org
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  12. Guide du développeur Bitcoin : les transactions (en anglais) developer.bitcoin.org
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  20. ANSSI : avis sur la migration vers la cryptographie post-quantique (suivi 2023), 21 décembre 2023 messervices.cyber.gouv.fr
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