À 8 h 40 UTC, le 22 octobre 2026, le réseau Bitcoin a ajouté le bloc 972 593. Environ 20,10 millions des 21 millions de bitcoins qui existeront un jour avaient alors été émis. Dans la même heure, Ethereum produisait un bloc toutes les 12 secondes, sécurisé par quelque 819 000 validateurs actifs. Les deux réseaux reposent sur la même technique, et ils n’ont pas du tout le même métier.
Voilà la réponse courte à la question de la différence entre bitcoin et ethereum, et de leur rapport avec la blockchain. Bitcoin est une monnaie : un réseau construit pour un seul actif que les gens s’envoient entre eux. Ethereum est une plateforme : un réseau qui exécute des programmes, avec sa propre monnaie, l’ether, pour payer le calcul. La blockchain n’est ni l’un ni l’autre. C’est la méthode de tenue de registre qui se trouve sous les deux, et qu’on rencontre aussi dans des banques et des places de marché sans aucune monnaie publique.
Les titres de presse mélangent ces trois mots en permanence, et des entreprises ont gagné de l’argent, ou en ont perdu, sur cette confusion. Les ranger sur trois étages suffit pour lire correctement la plupart des articles sur les cryptos. Cette leçon prolonge notre guide pour lire l’actualité crypto sans se laisser abuser et suppose connues les bases de ce qu’est une blockchain. Les chiffres sont datés du 22 octobre 2026. Rien ici n’est un conseil en investissement.
Trois mots, trois étages : une monnaie, une plateforme et une technique
Commençons par la façon dont chaque projet se présente. Le livre blanc de Bitcoin, publié le 31 octobre 2008 sous le nom de Satoshi Nakamoto, s’intitule « Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System ». Sa première phrase parle de paiements, pas de bases de données : une version purement pair à pair de la monnaie électronique permettrait d’envoyer des paiements en ligne directement d’une partie à une autre (en anglais, traduction libre).
Le mot « blockchain » n’apparaît jamais dans ces neuf pages. Nakamoto parle d’une « chaîne de blocs » et d’une chaîne de preuves de travail fondées sur des empreintes. Le nom unique est venu plus tard, quand on a eu besoin de désigner la structure elle-même, séparée de la monnaie.
Ethereum, lancé le 30 juillet 2015, se range dans une autre case. Son site officiel le décrit comme un réseau blockchain décentralisé et une plateforme de développement logiciel, alimentés par la cryptomonnaie ether (ETH) (en anglais, traduction libre), et résume le contraste avec Bitcoin en deux phrases courtes : Bitcoin est un outil pour envoyer de la valeur, Ethereum une plateforme pour en construire.
Pour la technique, l’institut américain des normes NIST propose une définition neutre. Dans sa synthèse de 2018 (NIST IR 8202), les blockchains sont des registres numériques à preuve d’altération et résistants à l’altération, mis en œuvre de façon distribuée (en anglais, traduction libre), en général sans autorité centrale. Rien dans cette définition n’exige une monnaie, un cours ou un réseau public.
Mises bout à bout, ces définitions dessinent trois étages :
- Au rez-de-chaussée, la technique : une façon de tenir un registre partagé en blocs, chacun portant l’empreinte (le hash) du précédent, de sorte que modifier une ancienne ligne casse tous les maillons qui suivent.
- Par-dessus, Bitcoin applique cette méthode à une seule tâche : savoir qui possède quels bitcoins, avec une offre fixée d’avance.
- À côté de Bitcoin, et non au-dessus, Ethereum emploie la même méthode pour suivre des soldes et l’état de programmes que n’importe qui peut déployer.
- Des milliers d’autres projets occupent l’un de ces étages, et certains deux à la fois, comme le montrent les exemples plus bas.
Une habitude utile pour les majuscules : « Bitcoin » et « Ethereum » désignent en général les réseaux et leurs logiciels, tandis que « bitcoin » (BTC) et « ether » (ETH) désignent les monnaies. L’ether est l’actif, Ethereum est le réseau. Beaucoup de médias ne respectent pas cette règle, ce qui épaissit la confusion.
Bitcoin : une seule mission, remplie volontairement avec peu d’outils
Bitcoin tient un registre de pièces et rien d’autre de notable. Environ toutes les dix minutes en moyenne, un mineur gagne le droit d’ajouter un bloc de transactions en dépensant de l’électricité pour une preuve de travail. Le 22 octobre 2026, les données de Blockchair indiquaient 150 blocs sur les 24 heures précédentes, soit un toutes les 9,6 minutes, tout près de la cible que la FAQ de bitcoin.org (en anglais) fixe à environ 10 minutes.
Les règles de l’offre sont écrites dans le logiciel. Les nouveaux bitcoins n’arrivent que par la récompense de bloc, qui est divisée par deux tous les 210 000 blocs ; depuis le dernier halving du 20 avril 2024, elle est de 3,125 BTC par bloc, soit 468,75 BTC par jour. Le total ne dépassera jamais 21 millions. Au 22 octobre 2026, environ 95,7 % ont été minés et smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il reste à émettre quelque 898 000 bitcoins, sur le siècle à venir. Chaque bitcoin se divise en 100 millions d’unités, les satoshis.
Ce que Bitcoin sait faire est donc court et délibéré. Il permet à toute personne connectée à internet de détenir et d’envoyer un actif qu’aucune banque, entreprise ou État n’émet, sur un registre qui fonctionne depuis janvier 2009. Les frais y sont le plus souvent modestes : sur les 24 heures jusqu’au 22 octobre 2026, la transaction médiane a payé environ 0,016 dollar et la moyenne environ 0,31 dollar (la moyenne est tirée vers le haut par quelques gros paiements), pour 710 519 transactions.
Ce qu’il ne sait pas faire est tout aussi voulu. Les transactions Bitcoin sont verrouillées et déverrouillées par un petit langage nommé Script, que la documentation pour développeurs décrit comme volontairement conçu pour être sans état et non Turing-complet (en anglais, traduction libre). Il n’y a pas de boucles : un script ne peut donc pas tourner indéfiniment ni garder une mémoire d’une transaction à l’autre. Cela exclut, directement sur la chaîne de base, les applications ouvertes qui tournent sur Ethereum, comme les marchés de prêt ou les plateformes d’échange automatisées.
Bitcoin n’est pas non plus rapide au niveau de base. Un bloc toutes les dix minutes et un espace limité font qu’un paiement n’est généralement considéré comme réglé qu’après plusieurs confirmations, ce qui peut prendre presque une heure. Les paiements plus rapides passent par des systèmes bâtis par-dessus, que verra une prochaine leçon sur les couches 1 et 2.
Un peu de « DeFi » existe bien autour de Bitcoin, mais elle passe surtout par du bitcoin enveloppé (« wrapped ») sur d’autres chaînes ou par des systèmes annexes. DefiLlama comptait environ 4,4 milliards de dollars bloqués dans des applications liées à Bitcoin le 22 octobre 2026, contre 49,9 milliards sur Ethereum. Cet écart mesure des choix de conception, pas une qualité : Bitcoin n’a pas été conçu pour héberger des applications.
Pour l’histoire complète du fonctionnement du réseau, voyez notre guide du débutant sur Bitcoin.
Ethereum : un ordinateur partagé qui fait payer chaque étape
Ethereum tient lui aussi un registre, mais chaque ligne peut contenir du code. Un smart contract est un programme stocké sur la chaîne, qui s’exécute exactement comme il est écrit quand quelqu’un l’appelle : un jeton, un marché de prêt, une enchère, un vote. Les programmes tournent dans la machine virtuelle d’Ethereum (EVM), que ethereum.org décrit comme un environnement virtuel décentralisé qui exécute le code de façon cohérente et sûre sur tous les nœuds Ethereum (en anglais, traduction libre).
Chaque étape de ce code coûte des frais mesurés en gas, payés en ether. Le gas existe pour que personne ne puisse encombrer l’ordinateur partagé avec une boucle sans fin : un programme à court de gas s’arrête. Le 22 octobre 2026, les frais de base étaient d’environ 0,19 gwei (milliardièmes d’ether), un bloc pouvait contenir jusqu’à 60 millions de gas et la transaction moyenne a coûté environ 0,19 dollar sur 24 heures, selon Blockchair. Ces frais de gas grimpent fortement quand la demande s’envole.
Depuis la Fusion (Merge) du 15 septembre 2022, Ethereum n’utilise plus le minage. Les blocs sont proposés par des validateurs qui immobilisent chacun 32 ETH en dépôt et peuvent en perdre une partie s’ils trichent. Le passage à la preuve d’enjeu (proof of stake) a réduit la consommation d’énergie du réseau d’environ 99,95 %, selon ethereum.org. Le temps est découpé en créneaux de 12 secondes ; le 22 octobre 2026, la chaîne a produit 7 183 blocs en 24 heures, presque exactement un par créneau, et la chaîne phare (beacon chain) comptait environ 819 000 validateurs actifs. Un même opérateur peut en faire tourner beaucoup : ce nombre ne compte donc ni des personnes ni des entreprises.
L’offre fonctionne aussi autrement. L’ether n’a pas de plafond strict. De nouveaux ethers sont émis pour les validateurs et, depuis la mise à jour London d’août 2021, une partie de chaque frais est brûlée ; le total peut donc monter ou baisser selon l’activité. Au 22 octobre 2026, il existait environ 122,15 millions d’ETH selon le décompte d’ultrasound.money. Le site d’Ethereum le formule ainsi : Bitcoin a une offre fixe, Ethereum une offre dynamique.

Ce qu’Ethereum ne sait pas faire mérite d’être connu avant de lire le moindre titre à son sujet. Sa couche de base traite bien moins de transactions qu’un réseau de cartes bancaires, ce qui explique que l’activité migre vers des rollups bâtis par-dessus (sujet d’une prochaine leçon). Un smart contract ne voit pas le monde extérieur : il lui faut un oracle pour connaître un prix ou le score d’un match. Et le code fait exactement ce qu’il dit, bugs compris. Un contrat défaillant peut être vidé en quelques minutes, sans que le réseau annule quoi que ce soit. La seule fois où un grand sauvetage a eu lieu, après le piratage de The DAO en 2016, il a divisé la communauté et laissé une seconde chaîne, Ethereum Classic.
L’ether ressemble aussi à une monnaie. On le détient, on l’envoie, on le prête, et il a ses propres fonds indiciels cotés (ETF) aux États-Unis. Ethereum se tient donc sur deux étages : une plateforme d’abord, avec une monnaie qui se comporte aussi comme un actif. Notre guide complet d’Ethereum détaille l’histoire et les mises à jour du réseau.
Blockchain et bitcoin : ne pas confondre la technique et la monnaie
Retirez les pièces et une blockchain n’est plus qu’une structure de données avec des règles sur qui peut y écrire. Les enregistrements sont groupés en blocs ; chaque bloc contient le hash du précédent ; des copies résident sur de nombreux ordinateurs ; et une méthode de consensus décide quel nouveau bloc tout le monde accepte. Les réseaux publics comme Bitcoin et Ethereum laissent entrer n’importe qui et utilisent des monnaies pour récompenser ceux qui les sécurisent. Les registres privés, dits à permission, n’admettent que des membres connus et n’ont en général aucune monnaie publique.
Ces registres privés existent et certains sont en production. Hyperledger Fabric, désormais sous l’égide de la Fondation Linux au sein de LF Decentralized Trust (en anglais), se présente comme une plateforme de registre distribué de niveau entreprise pour réseaux à permission ; rien sur cette page n’exige une cryptomonnaie. Corda, de R3, ne partage les données qu’entre les parties à une opération et utilise un notaire pour empêcher la double dépense. JPMorgan exploite sa propre plateforme blockchain, lancée sous le nom de JPM Coin en 2019, appelée ensuite Onyx puis rebaptisée Kinexys en novembre 2024 ; elle traitait alors environ 2 milliards de dollars de transactions par jour, selon Decrypt (en anglais).
Donc, à la question « peut-on avoir une blockchain sans bitcoin ? », la réponse est oui, sans hésiter. À la question « a-t-on besoin d’une blockchain ? », la réponse est souvent non. Si une seule entreprise contrôle les données et que tout le monde lui fait confiance, une base de données ordinaire est plus rapide, moins chère et plus facile à corriger. Un registre partagé justifie son coût quand plusieurs parties qui ne se font pas entièrement confiance doivent tenir le même registre, sans que l’une d’elles ne tienne seule la plume. Notre guide blockchains publiques et privées passe ce compromis en revue cas par cas.
Notez les mots choisis par le NIST : à preuve d’altération et résistant à l’altération. Une blockchain rend les modifications du passé difficiles et visibles. Elle ne les rend pas impossibles, et elle ne vérifie en rien que ce qui a été écrit au départ était vrai. La leçon suivante regarde ces limites en détail.
Pourquoi la presse les confond : du mot à la mode des banques à Long Blockchain
La séparation entre la monnaie et la technique a été un argument de vente bien avant d’être une analyse. En juin 2015, Marcus Swanepoel, alors directeur général de la plateforme BitX, déclarait à Global Finance que beaucoup de banques employaient « le mot à la mode « blockchain » » et se disaient intéressées par la blockchain, mais pas forcément par Bitcoin (en anglais, traduction libre). En clair, les banques voulaient le registre partagé sans la monnaie publique qui va avec.
Swanepoel n’était pas d’accord avec elles. Les banques qui comprendraient mieux la technique, disait-il, verraient vite que « les deux sont indissociables », et que beaucoup de leurs idées pouvaient se réaliser aussi bien avec d’autres outils. C’était vrai pour un réseau public comme Bitcoin, où la monnaie paie ceux qui sécurisent le registre. C’était moins vrai pour des registres privés tenus par des membres connus, la voie qu’ont suivie de nombreuses banques les années suivantes.
La même fracture s’est retrouvée dans les déclarations de dirigeants. Le 12 septembre 2017, Jamie Dimon, directeur général de JPMorgan, a qualifié le bitcoin de fraude lors d’un événement de Barclays, a rapporté Fortune (en anglais). Sept ans plus tard, sa banque exploitait Kinexys, la plateforme blockchain décrite plus haut. Les deux positions tiennent ensemble, parce qu’elles portent sur des étages différents : l’une est un avis sur un actif, l’autre un choix de base de données.
Long Island Iced Tea devient Long Blockchain
Le cas le plus célèbre d’un mot qui fait bouger les marchés date de décembre 2017. Long Island Iced Tea Corp., une entreprise de boissons, annonçait un « pivot » vers la blockchain et prenait le nom de Long Blockchain. Son action a bondi de plus de 380 % en séance après l’annonce, selon la SEC (en anglais). À l’époque de l’annonce, l’activité de l’entreprise restait celle des boissons.
Le 9 juillet 2021, la SEC a mis en cause trois personnes, Eric Watson, Oliver Barret-Lindsay et Gannon Giguiere, pour délit d’initié avant cette annonce. Selon le gendarme boursier américain, Giguiere avait acheté 35 000 actions et les avait revendues dans les deux heures suivant la nouvelle, pour un profit de plus de 160 000 dollars. L’action visait ces individus, pas l’entreprise.
TradeLens et ASX : la technique n’était pas le plus difficile
Les blockchains d’entreprise ont échoué plus discrètement. TradeLens, une plateforme de données du transport maritime construite par Maersk et IBM, a été annoncée comme fermant le 29 novembre 2022. Rotem Hershko, de Maersk, a déclaré que TradeLens n’avait pas atteint le niveau de viabilité commerciale nécessaire pour poursuivre le travail (en anglais, traduction libre), ajoutant que la collaboration mondiale complète de la filière n’avait pas été obtenue. La plateforme devait être entièrement hors ligne à la fin du premier trimestre 2023.
Deux semaines plus tôt, le 16 novembre 2022, la Bourse australienne ASX avait annulé son projet de remplacer CHESS, son système de compensation et de règlement-livraison, par un registre bâti avec Digital Asset. L’ASX, qui avait choisi Digital Asset en 2017, a passé une charge avant impôt de 245 à 255 millions de dollars australiens (environ 165 à 172 millions de dollars américains à l’époque). Son président, Damian Roche, évoquait de « significant technology, governance and delivery challenges », soit des difficultés importantes de technique, de gouvernance et de livraison, a rapporté The Block (en anglais).

Aucun des deux cas ne prouve que les blockchains ne marchent pas. Les deux montrent qu’un registre partagé n’est utile que si ceux qui doivent le partager s’accordent pour le faire, et que c’est d’abord un problème d’entreprise. Quand un titre dit qu’une société « utilise la blockchain », les questions utiles sont : quelle chaîne, qui fait tourner les nœuds, et qu’est-ce qui changerait si les mêmes données se trouvaient dans une base ordinaire.
D’autres exemples à chaque étage, et les cas flous
Bitcoin et Ethereum sont les noms les plus connus de leurs étages, pas les seuls. Quelques autres montrent ce qui change d’une conception à l’autre.
D’autres réseaux monétaires
Litecoin, lancé en 2011 à partir du code de Bitcoin, garde le même modèle avec un bloc environ toutes les 2,5 minutes et un maximum de 84 millions de pièces, deux valeurs fixées dans le code source de Litecoin Core (en anglais). Environ 77,74 millions de LTC existaient le 22 octobre 2026, selon Blockchair.
Monero poursuit un autre but : la confidentialité. Le site du projet (en anglais) indique que l’expéditeur, le destinataire et le montant de chaque transaction sont masqués, et que chaque utilisateur est anonyme par défaut. Son offre n’a pas non plus de fin fixe : depuis mai 2022, une émission résiduelle (tail emission, en anglais) de 0,6 XMR par bloc continue de rémunérer les mineurs.
Bitcoin Cash s’est séparé de Bitcoin au bloc 478 558, le 1er août 2017 (en anglais), après une longue querelle : garder de petits blocs ou monter en charge sur la chaîne avec de plus gros. Il montre qu’un réseau monétaire peut se scinder : la même histoire jusqu’à un point donné, puis deux chaînes et deux monnaies.
D’autres plateformes
Solana et Cardano concurrencent Ethereum comme plateformes de smart contracts. La documentation de Solana explique qu’elle stocke tout l’état dans des comptes et appelle ses smart contracts des « programmes ». Celle de Cardano le décrit comme une plateforme en preuve d’enjeu qui héberge la cryptomonnaie ada. Sur DefiLlama, la valeur bloquée dans les applications s’élevait à environ 5,95 milliards de dollars sur Solana et à environ 62 millions sur Cardano le 22 octobre 2026, contre 49,9 milliards sur Ethereum.
La technique sans monnaie publique
Hyperledger Fabric et Corda, décrits plus haut, sont les exemples classiques de registres à permission. Le réseau Canton, construit par Digital Asset, est un cas discuté : ses concepteurs le présentent comme un réseau ouvert qui protège la confidentialité, alors que ses détracteurs soutiennent qu’il fonctionne comme un système à permission.
Les cas à cheval sur deux étages
L’ether est à la fois le carburant d’une plateforme et un actif négociable. Les stablecoins comme l’USDT et l’USDC sont des jetons proches de la monnaie qui vivent sur des plateformes, surtout Ethereum et Tron, ce qui explique que nos guides sur coins et tokens et sur les stablecoins les traitent à part des réseaux qu’ils utilisent. Bitcoin, lui, a un peu de programmabilité avec Script, assez pour les portefeuilles multisignatures et les verrous temporels, pas pour des applications.
| Exemple | Étage | Ce qui diffère de Bitcoin ou d’Ethereum |
|---|---|---|
| Litecoin | Monnaie | Code de Bitcoin, blocs de 2,5 minutes, plafond de 84 millions |
| Monero | Monnaie | Confidentiel par défaut, émission résiduelle, pas de plafond fixe |
| Bitcoin Cash | Monnaie | Scission de Bitcoin en 2017, avec des blocs plus gros |
| Solana | Plateforme | Autre modèle de comptes, des programmes à la place des contrats EVM |
| Cardano | Plateforme | Plateforme en preuve d’enjeu avec sa propre monnaie, l’ada |
| Hyperledger Fabric | Technique | À permission, aucune monnaie publique requise |
| Corda | Technique | Ne partage les données qu’entre les parties à une opération |
Quelle différence entre bitcoin et ethereum, côte à côte au 22 octobre 2026
Les chiffres ci-dessous viennent de données publiques relevées le 22 octobre 2026 entre 8 h 40 et 8 h 55 UTC environ (Blockchair, un nœud Ethereum public et son API beacon, ultrasound.money et DefiLlama). Les cours et les valeurs de marché bougent à chaque minute ; ils sont là pour donner un ordre de grandeur, pas pour juger de la valeur. La troisième colonne est le sujet de la leçon : une méthode n’a ni hauteur de bloc ni cours.
| Bitcoin | Ethereum | Blockchain (la méthode) | |
|---|---|---|---|
| Étage | Réseau monétaire | Réseau de plateforme | Technique |
| Lancement | Janvier 2009 | 30 juillet 2015 | Pas de date de lancement unique |
| Rôle principal de la chaîne | Enregistrer qui possède des bitcoins | Enregistrer les soldes et exécuter des smart contracts | Tenir un registre partagé, à preuve d’altération |
| Consensus | Preuve de travail | Preuve d’enjeu depuis le 15 septembre 2022 | Toute règle choisie par les membres |
| Rythme des blocs | Cible d’environ 10 minutes ; 150 blocs en 24 h | Créneaux de 12 secondes ; 7 183 blocs en 24 h | Dépend de la conception |
| Offre | Plafond de 21 millions ; 20,10 millions émis | Pas de plafond strict ; environ 122,15 millions d’ETH | Aucune monnaie requise |
| Programmes | Script, non Turing-complet | Smart contracts EVM | Dépend de la conception |
| Sécurité | Puissance de calcul d’environ 1,05 zettahash/s | Environ 819 000 validateurs actifs | Dépend de qui fait tourner les nœuds |
| Frais moyens sur 24 h | Environ 0,31 dollar | Environ 0,19 dollar | Aucun pour la méthode elle-même |
| Valeur de marché | Environ 1 646 milliards de dollars (8 h 49 UTC) | Environ 294,1 milliards de dollars (8 h 52 UTC) | Sans objet |
| Valeur bloquée dans les applications DeFi | Environ 4,4 milliards de dollars, surtout enveloppés ou sur des systèmes annexes | Environ 49,9 milliards de dollars | Sans objet |
Le bitcoin s’échangeait près de 81 880 dollars à 8 h 49 UTC et l’ether près de 2 407 dollars à 8 h 52 UTC, selon Blockchair. À ces mêmes heures, la part de Bitcoin dans la valeur totale du marché crypto était d’environ 57,8 % et celle d’Ethereum d’environ 10,3 %. Aucun de ces chiffres ne tranche la querelle bitcoin contre ethereum qui occupe les réseaux sociaux : ils mesurent des choses différentes, sur des réseaux faits pour des métiers différents.
Comment les autorités traitent chaque étage
Les autorités n’accordent pas de licence à « la blockchain ». Elles regardent les actifs, les entreprises qui les émettent ou les échangent, et les produits vendus au public. Cela correspond bien aux trois étages.
France et Union européenne : l’AMF et MiCA
En Europe, le règlement MiCA répartit les crypto-actifs en jetons de monnaie électronique, jetons se référant à un ou des actifs, et tout le reste, que l’ESMA décrit comme des crypto-actifs autres que les jetons se référant à un ou des actifs et les jetons de monnaie électronique (en anglais, traduction libre). Bitcoin et ether sont en règle générale rangés dans ce dernier groupe. Ce que MiCA autorise, c’est le prestataire de services (la plateforme, le courtier, le conservateur), pas la chaîne.
Pour un lecteur français, l’interlocuteur est l’AMF, l’Autorité des marchés financiers, qui agrée les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP en anglais) établis en France. L’ancien statut de PSAN a pris fin avec la période transitoire : les entreprises qui opéraient sous les anciens régimes nationaux pouvaient continuer, dans les mots de l’ESMA, « until 1 July 2026 or until they are granted or refused a MiCA authorisation », c’est-à-dire jusqu’au 1er juillet 2026 ou jusqu’à ce que leur agrément MiCA soit accordé ou refusé. Que vous achetiez du bitcoin ou de l’ether en euros, la question à poser est donc la même : la plateforme est-elle agréée MiCA, par l’AMF ou par l’autorité d’un autre pays de l’Union ? Notre guide de MiCA donne le détail, et celui pour acheter des cryptos la marche à suivre.
Un registre privé qu’une banque utilise pour son propre règlement relève des règles habituelles sur les données, l’externalisation et les paiements, pas des règles propres aux cryptos. Quant à la fiscalité française des plus-values en cryptomonnaies, nous ne la détaillons pas ici : le taux et les cas d’imposition se vérifient sur impots.gouv.fr avant toute vente.
États-Unis : SEC, CFTC et IRS
La CFTC a donné le ton le 17 septembre 2015, en jugeant pour la première fois que « Bitcoin and other virtual currencies are properly defined as commodities » (en anglais), soit que bitcoin et les autres monnaies virtuelles sont correctement définis comme des matières premières. Le bitcoin est ainsi devenu une marchandise au sens du droit américain des produits dérivés. Le 10 janvier 2024, la SEC a approuvé les premiers produits cotés adossés au bitcoin au comptant. Son président d’alors, Gary Gensler, a souligné que la décision se limitait à des produits détenant « one non-security commodity, bitcoin », et ajouté : « we did not approve or endorse bitcoin » (en anglais), c’est-à-dire que la SEC n’avait ni approuvé ni cautionné le bitcoin.
L’ether a suivi. Le 23 mai 2024, la SEC a approuvé les modifications de règles des Bourses (les dossiers « 19b-4 ») pour huit fonds d’ether au comptant, a relevé le cabinet d’avocats Mayer Brown (en anglais), en précisant qu’au lancement les fonds ne pourraient pas placer en staking l’ether acheté. La cotation a commencé le 23 juillet 2024, avec neuf fonds de huit émetteurs, selon The Block le jour du lancement (en anglais).
Le 17 mars 2026, la SEC a publié une interprétation, à laquelle la CFTC s’est jointe (en anglais), qui range les crypto-actifs en cinq groupes : matières premières numériques, objets de collection numériques, outils numériques, stablecoins et titres numériques. Seul le dernier groupe est traité comme des valeurs mobilières. Le document lui-même (n° 33-11412) (en anglais) cite bitcoin et ether parmi ses exemples de matières premières numériques, à côté de Litecoin, Bitcoin Cash, Cardano et Solana. Il emploie « matière première » au sens économique, et précise que vendre un actif qui n’est pas un titre au moyen d’un contrat d’investissement ne transforme pas l’actif lui-même en titre.
Le Congrès n’a pas réglé la question par la loi. Le 15 septembre 2026, le Sénat n’a pas réuni les 60 voix nécessaires pour examiner le CLARITY Act, par 49 voix contre 50, a rapporté The Defiant (en anglais). Notre article sur les règles américaines après le vote sur le CLARITY Act suit ce que les agences ont fait ensuite.
Côté impôts américains, le fisc (IRS) ne distingue pas entre les deux monnaies. Selon la notice 2014-21 (en anglais), la monnaie virtuelle est traitée comme un bien aux fins de l’impôt fédéral : vendre ou dépenser du bitcoin ou de l’ether peut donc créer une plus-value ou une moins-value en dollars. Ce point ne concerne un résident français que s’il est aussi contribuable aux États-Unis.
Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, hors de MiCA, la FCA applique son régime de promotion des cryptos (en anglais) depuis le 8 octobre 2023 : une promotion destinée aux consommateurs britanniques doit venir d’une entreprise agréée ou d’une entreprise crypto enregistrée auprès de la FCA, être approuvée par une entreprise agréée, ou relever d’une exemption.
Un test rapide pour le prochain titre
La plupart des titres crypto déroutants deviennent clairs dès qu’on les place sur l’un des trois étages. Quatre questions font l’essentiel du travail :
- De quel étage parle-t-on ? Le cours d’une monnaie relève de l’étage monnaie, le lancement d’une application ou d’un jeton en général de l’étage plateforme, un pilote bancaire ou logistique de l’étage technique.
- S’agit-il d’un réseau public avec une monnaie, ou d’un registre privé tenu par des membres connus ? « L’entreprise X utilise la blockchain » désigne souvent le second cas.
- Qu’est-ce qui serait différent avec une base de données ordinaire ? Si la réponse est « pas grand-chose », le mot blockchain fait du marketing.
- Quelle est l’autorité concernée ? Un actif, un prestataire de services et un fonds ne relèvent pas des mêmes interlocuteurs.
Appliquez-le à deux exemples. « JPMorgan règle des paiements sur blockchain » se place à l’étage technique et ne dit rien du cours du bitcoin. « Les frais d’Ethereum baissent après une mise à jour » se place à l’étage plateforme et concerne ceux qui utilisent des applications sur ce réseau. Aucun de ces titres n’est une raison d’acheter ou de vendre quoi que ce soit.
La leçon suivante démonte l’étage technique. Elle examine les trois propriétés qu’on prête d’ordinaire aux blockchains, la décentralisation, la transparence et l’immuabilité, et regarde où chacune tient et où elle cède : ce qui distingue une blockchain d’une base de données ordinaire.



