Gopax, la plateforme de Séoul dont Binance est l’actionnaire majoritaire, a suspendu vendredi 6 novembre les dépôts de cryptos, les retraits depuis son site et son application, ainsi que toute la négociation, après avoir reçu un e-mail d’un groupe affirmant avoir piraté la plateforme. Les retraits se sont arrêtés à 14 h 55 KST (05 h 55 UTC) et le trading à 15 h 53 KST (06 h 53 UTC), selon deux avis publiés par la société dans l’après-midi. Gopax indique ne pas avoir vérifié la menace et ne signale aucune perte d’actifs de clients. Aucune date de reprise n’a été donnée.
Le premier avis, numéro 2607, a été mis en ligne à 14 h 49 KST (05 h 49 UTC). blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il annonce que Gopax va transférer toutes les cryptos de ses clients vers des cold wallets, c’est-à-dire des portefeuilles hors ligne, et que les retraits seront désormais traités à la main par le service client. Le second avis, numéro 2608, est tombé à 16 h 17 KST (07 h 17 UTC) : il confirme l’arrêt du trading et l’annulation de tous les ordres en cours. Ni l’un ni l’autre ne mentionne l’e-mail.
C’est la presse qui a fait connaître ce message. Un responsable de Gopax a déclaré à l’agence Yonhap : « Nous avons reçu un e-mail d’un groupe affirmant avoir piraté la plateforme », en ajoutant que « nous n’avons pas encore vérifié si la menace est réelle ». Selon lui, la plateforme place les actifs des clients en premier, « même si cela gêne les utilisateurs ».
Gopax : ce qui est suspendu et comment se font les retraits
L’arrêt s’est fait en deux temps, à moins d’une heure d’écart. Les horaires ci-dessous viennent des avis de la société et de son fil d’annonces, en heure de Corée (KST, UTC+9) et en UTC.
| Heure (KST, 6 nov.) | Heure (UTC) | Ce qui s’est passé |
|---|---|---|
| 14 h 49 | 05 h 49 | Avis 2607 publié : dépôts et retraits web/application à l’arrêt, suspension du trading annoncée |
| 14 h 55 | 05 h 55 | Dépôts de cryptos suspendus ; retraits par le site et l’application coupés |
| 15 h 42 | 06 h 42 | Dernière mise à jour de l’avis 2607 |
| 15 h 53 | 06 h 53 | Trading suspendu, tous les ordres non exécutés annulés |
| 16 h 17 | 07 h 17 | Avis 2608 publié, qui confirme l’arrêt du trading |
| 21 h 39 | 12 h 39 | Dernière mise à jour de l’avis 2608 ; aucune date de reprise dans les deux avis |
Les clients qui veulent récupérer leurs coins doivent écrire au support de la plateforme, à l’adresse [email protected]. Chaque demande passe par un contrôle et une validation en interne, puis elle est traitée manuellement, l’une après l’autre : les avis préviennent que cela peut prendre plus de temps qu’un retrait ordinaire. L’avis 2608 renvoie vers une page d’aide qui explique comment déposer la demande. Aucun des deux avis ne fixe de plafond quotidien, ne change les frais ni n’indique de délai cible de traitement.
Les dépôts sont le point le moins clair. L’avis 2607 les range parmi les services suspendus, et l’avis 2608 dit que le service de dépôt et de retrait a été arrêté plus tôt dans la journée. Bitcoin Magazine a rapporté le 6 novembre que des articles coréens plus tardifs évoquaient un rétablissement des dépôts, les retraits par l’application restant fermés. Gopax n’a rien publié qui confirme une reprise des dépôts : quand nous avons consulté son fil d’annonces à 17 h 50 UTC (02 h 50 KST, samedi), l’avis le plus récent était toujours le 2608. Quiconque s’apprête à envoyer des coins vers une adresse Gopax n’a donc aucune confirmation écrite de la plateforme qu’ils seraient crédités.
Le trading, lui, est entièrement coupé. Tous les ordres en attente ont été annulés à 15 h 53 KST : les fonds des clients restent sur leurs comptes sous forme de soldes, et non plus d’ordres en attente d’exécution.

Une menace de piratage que Gopax n’a pas vérifiée
Ce que l’on sait de la menace elle-même tient en peu de choses. Herald Business a rapporté que Gopax avait reçu un seul e-mail, envoyé par un groupe se présentant comme des hackers. Aucun des médias qui ont couvert l’arrêt n’a nommé l’expéditeur, ni évoqué une rançon, une autre exigence ou un ultimatum. Le Segye Ilbo, qui écrivait à 19 h 33 KST, ne donnait pas non plus ces détails.
La ligne de Gopax : la plateforme a agi avant qu’il ne se passe quoi que ce soit. Un représentant a indiqué à Kyunghyang Shinmun, cité par Cointelegraph, qu’aucun piratage ni aucune tentative de vol n’avait eu lieu à ce stade. La société a dit à JKN qu’aucun dommage réel sur les actifs n’avait été identifié et qu’aucun calendrier de reprise n’était fixé. Selon Herald Business, Gopax ne pouvait pas confirmer l’authenticité du message, mais jugeait une attaque possible et a préféré prendre les devants.
La plateforme avait déjà connu un problème de sécurité cet automne. Des accès anormaux à certains comptes depuis début septembre ont exposé les données personnelles de sept utilisateurs et de deux salariés ou anciens salariés, et une nouvelle fuite a été confirmée en octobre, ont rapporté JKN et le Segye Ilbo. Gopax a précisé à JKN qu’elle traite cette fuite et l’e-mail de menace comme deux affaires distinctes ; aucun lien n’a été établi entre elles.
Il y a eu aussi une brève perturbation la veille. Un avis de Gopax du 5 novembre indiquait que les dépôts et retraits de certains coins étaient retardés depuis minuit à cause d’une panne chez Chainalysis, un prestataire externe, avant un retour à la normale à 10 h 52 KST. L’avis n’en dit pas plus, et Gopax n’a pas relié cette panne à l’arrêt de vendredi. Chainalysis avait révélé une intrusion dans ses propres systèmes une semaine plus tôt, décrite dans notre article sur l’incident Chainalysis ; aucune source ne la rattache à Gopax.
Recommandation du régulateur ou décision de Gopax : deux versions
Gopax a donné deux explications sur l’origine de la décision, et elles ne concordent pas.
Les avis écrits disent que la plateforme agit « conformément à la recommandation des autorités financières », en réponse aux récentes fuites de données et aux piratages visant des sociétés financières, et qualifient la mesure de préventive. Les avis 2607 et 2608 reprennent tous deux cette formule.
Ce que Gopax a dit aux journalistes est différent. Un responsable a déclaré à Etoday, dans un article publié à 19 h 22 KST, qu’après réception de l’e-mail de menace, Gopax avait décidé elle-même des mesures préventives, puis transmis les détails aux autorités. Herald Business a lui aussi présenté l’arrêt comme une décision de l’entreprise, sans mentionner de régulateur. Etoday cite Gopax confirmant avoir bien reçu un e-mail de menace de piratage.
Les avis ne précisent pas de quelle recommandation il s’agit. La Commission des services financiers (FSC) a réuni les plateformes le 2 novembre ; les demandes rapportées à l’issue de cette réunion portent sur le stockage à froid, la surveillance et les réserves, et aucun compte rendu ne mentionne un arrêt du trading. Nous n’avons trouvé, à l’heure où nous écrivons, aucune déclaration de la FSC, du Service de supervision financière ni de la Cellule de renseignement financier au sujet de la suspension de Gopax.
Règle des 80 % en cold wallet et réunion du 2 novembre
Les règles coréennes imposent aux plateformes de garder au moins 80 % des cryptos de leurs clients en stockage à froid, rappelle Cointelegraph. Gopax en était proche : elle conservait 80,54 % des actifs de ses utilisateurs hors ligne fin septembre, selon le même article. Le Seoul Shinmun a publié le 3 novembre les ratios de fin septembre des principales plateformes en wons.
| Plateforme | Part des cryptos clients en cold wallet, fin septembre 2026 |
|---|---|
| Upbit | plus de 99 % |
| Bithumb | autour de 94 % |
| Coinone | environ 85 % |
| Gopax | 80,54 % (Cointelegraph) ; un peu plus de 80 % (Seoul Shinmun) |
| Digital X | un peu plus de 80 % |
| Minimum légal | 80 % |
Ces chiffres faisaient partie du décor de la réunion d’urgence que la FSC a convoquée à 10 h 00 KST le 2 novembre, après le piratage de Binance. Le Service de supervision financière, l’Institut de sécurité financière, l’alliance des plateformes DAXA et des responsables des principales plateformes y participaient, selon le Seoul Shinmun. Le régulateur a demandé aux plateformes de relever la part des actifs en cold wallet, de surveiller dépôts et retraits en continu avec davantage de personnel, de constituer plus de réserves, puis de signaler et de partager toute tentative d’accès anormale. Il examine aussi une demande du secteur : pouvoir restreindre rapidement les retraits quand une autre plateforme est piratée. Aucune décision n’a été annoncée.
En basculant tous ses actifs en cold wallet, Gopax dépasse largement le plancher de 80 %, au moins pour l’instant. Le prix à payer, c’est la rapidité. Les coins d’un hot wallet reposent sur des systèmes connectés à internet et peuvent partir en quelques minutes ; ceux du stockage à froid exigent une signature hors ligne, ce qui explique le passage des retraits par une file manuelle. Nos fiches sur le cold wallet et le hot wallet expliquent la différence, et notre guide sur le fonctionnement d’une plateforme d’échange centralisée détaille ce que possèdent réellement les clients quand leurs coins sont sur une plateforme.

Gopax figurait déjà sur la liste du régulateur. En octobre, la FSC a signalé des faiblesses de cybersécurité chez 130 des 555 sociétés financières examinées, et cité l’exploitant de Gopax, Streami, ainsi que la plateforme Prabang parmi 16 entreprises concernées par des incidents de sécurité antérieurs, d’après Cointelegraph. Prabang a constaté des retraits anormaux sur son hot wallet le 24 octobre, a perdu environ 100 millions de wons (environ 70 000 $, d’après Cointelegraph) et dit qu’elle rembourserait ses clients sur ses fonds propres. Par ailleurs, la FSC a indiqué que des incidents avaient été confirmés dans 37 établissements financiers, touchant environ 470 000 dossiers de clients, a rapporté Yonhap le 6 novembre.
Les banques sont elles aussi interrogées. La Banque de Corée leur a demandé, ainsi qu’aux maisons de courtage, comment l’arrêt d’une plateforme ou un krach des cryptos les toucherait, comme nous l’avons raconté dans notre article sur l’enquête de la Banque de Corée.
Binance détient la majorité de Gopax, et aucune source ne relie l’arrêt à son piratage
Binance est l’actionnaire majoritaire de Gopax. Le groupe a annoncé son investissement en 2023, mais le changement d’actionnaire principal est resté bloqué à la Cellule de renseignement financier (FIU) sud-coréenne de mars 2023 jusqu’à son approbation en octobre 2025, a rapporté Decrypt le 17 octobre 2025, en évoquant des inquiétudes sur le passé de Binance en matière de conformité. Les médias avancent des pourcentages différents pour cette participation, et les avis de Gopax n’en indiquent aucun.
Cette opération trouve son origine dans un gel antérieur. En novembre 2022, après que le prêteur Genesis Global a suspendu les remboursements, Gopax a bloqué les versements de capital et d’intérêts de GoFi, son produit d’épargne qui distribuait des produits de Genesis, a rapporté Forkast le 18 novembre 2022. Gopax avait alors affirmé que les actifs de GoFi étaient séparés de ceux des utilisateurs de la plateforme de trading. Lorsque la FIU a approuvé le rachat par Binance, Gopax y a vu une avancée vers le remboursement des utilisateurs de GoFi, selon Decrypt.
Le calendrier invite à faire le rapprochement avec le piratage de Binance, que nous détaillons dans notre article principal sur le piratage de Binance. Aucune source ne l’établit. Cointelegraph et Cryptopolitan ne citent le vol que comme la raison pour laquelle les régulateurs coréens ont poussé à davantage de stockage à froid, et les avis de Gopax parlent des incidents chez les sociétés financières en général, pas de son propriétaire.
Ce que l’on ignore encore avant la réouverture de Gopax
Plusieurs questions restent sans réponse publique. Aucun média n’a dit qui a envoyé l’e-mail, ce qu’il réclamait ni s’il fixait une échéance. Gopax n’a pas précisé si elle juge désormais la menace crédible, ni combien de temps prendra le transfert de tous les actifs vers des cold wallets.
Il n’y a pas de date de reprise. Gopax a dit à Etoday qu’elle annoncerait la reprise une fois la sécurité assurée, et Herald Business cite la société affirmant que le calendrier n’est pas arrêté. Le statut des dépôts reste flou tant que la plateforme ne s’exprime pas dans un avis.
On ne sait pas non plus si d’autres plateformes coréennes ont reçu un message similaire ; aucun média n’en a fait état. La FSC n’a pas commenté publiquement le cas Gopax, si bien que l’écart entre la formulation des avis et le récit de l’entreprise aux journalistes reste entier. Le prochain fait à surveiller : une nouvelle entrée sur le tableau d’annonces de Gopax après l’avis 2608.
