Fireblocks, l’entreprise de conservation et d’infrastructure crypto, a contesté jeudi 22 octobre une information selon laquelle Visa serait en discussions « avancées » pour la racheter pour environ 2,5 milliards de dollars. L’information vient d’Axios Pro Fintech Deals, qui cite plusieurs sources non nommées. Un porte-parole de Fireblocks a répondu que c’était « une nouvelle pour nous, et pas vrai à l’heure actuelle » (« news to us, and not true at present time »). Visa n’a pas souhaité commenter.
Si ces discussions existent et débouchent, l’opération serait la première acquisition de Visa dans l’infrastructure crypto, selon Axios. Elle fixerait aussi un prix pour Fireblocks inférieur d’environ 69 % à la valorisation de 8 milliards de dollars atteinte lors de son dernier tour de table connu, en janvier 2022.
Pour l’instant, toute l’affaire repose sur un seul article. CoinDesk, The Block, Cointelegraph, Bitcoin Magazine et toute une série d’agrégateurs ont repris le scoop d’Axios en quelques heures, mais aucun n’a publié de sources propres sur les discussions avec Visa. Répéter n’est pas confirmer. Le seul élément indépendant à ce stade est la déclaration de Fireblocks, et elle va à contre-courant.
Rachat de Fireblocks par Visa : ce que dit l’article d’Axios
L’article d’Axios est derrière le paywall de son offre Pro et Coindaro n’a pas pu le lire. Ce que l’on en sait vient des médias qui le citent et du résumé public de la page : Visa et Fireblocks seraient en discussions « avancées » (« late-stage »), le prix serait d’environ 2,5 milliards de dollars, et l’information proviendrait de plusieurs personnes non identifiées. La page a ensuite été mise à jour avec le commentaire de Fireblocks et une mention indiquant que Visa a refusé de commenter.
Plusieurs éléments manquent. Aucune condition de l’opération n’a été publiée, ni calendrier, ni répartition entre numéraire et actions Visa, ni document.
Un détail ajoute au flou. L’adresse de la page d’Axios contient « 2-billion », alors que son titre, comme tous les médias qui le citent, parle d’environ 2,5 milliards de dollars. Aucun ne commente cet écart et Axios ne l’a pas expliqué. Cet article retient le chiffre du texte. Certains agrégateurs ont aussi écrit que les deux groupes en étaient aux « dernières étapes » des discussions : c’est une paraphrase, pas la formulation d’Axios telle que la rapportent les médias qui le citent.
Le démenti de Fireblocks garde les mots « à l’heure actuelle »
La déclaration complète, donnée par un porte-parole non nommé de Fireblocks à The Block et à Cointelegraph, et citée de la même façon par CoinDesk, est la suivante : « Nous avons connaissance des rumeurs sur un possible rachat de Fireblocks par Visa. C’est une nouvelle pour nous, et ce n’est pas vrai à l’heure actuelle » (« We are aware of the rumors about a possible acquisition of Fireblocks by Visa. This is news to us, and not true at present time »).
C’est une contestation de l’information, pas une porte fermée. « Pas vrai à l’heure actuelle » dit qu’blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il n’y a pas de telles discussions aujourd’hui, ou en tout cas aucune que l’entreprise accepte de reconnaître. Cela ne dit pas que Fireblocks n’est pas à vendre, et cela ne dit rien de l’avenir. Lue strictement, la formule est aussi compatible avec des discussions qui n’auraient pas encore atteint le stade décrit par Axios. Coindaro n’a trouvé aucune déclaration sur le site de Fireblocks ni de message sur X de son directeur général, Michael Shaulov : le démenti n’existe que sous la forme des paroles d’un porte-parole, relayées par la presse.
La réponse de Visa a été plus courte. « Nous ne commentons pas les rumeurs ni les spéculations », a dit un porte-parole à The Block ; Cointelegraph a reçu la même réponse, Visa ne commentant pas les « rumeurs ou spéculations ». CoinDesk indique que Visa n’a pas répondu à ses demandes de commentaire. Visa n’a donc rien confirmé ni démenti, ce qui est la ligne habituelle d’une société cotée interrogée sur une possible acquisition.

CoinDesk dit que Coinbase était aussi cité, et Coinbase dément
CoinDesk est allé un cran plus loin. Le média écrit que l’idée d’une vente de Fireblocks circule depuis trois ou quatre semaines et que des sources anonymes lui ont indiqué que Coinbase était aussi envisagé comme acheteur. Dans une mise à jour datée de 15 h 24 UTC le 22 octobre, CoinDesk ajoute que Coinbase a démenti toute implication dans une possible transaction après la publication de son article. CoinDesk ne donne aucun mot de Coinbase, et aucun des autres médias cités ici ne mentionne Coinbase : ce point repose donc sur les seules sources anonymes de CoinDesk.
Valorisation de Fireblocks : 2,5 milliards de dollars, soit environ 69 % de moins que les 8 milliards de 2022
Fireblocks a levé 550 millions de dollars lors d’un tour de série E annoncé en janvier 2022, sur la base d’une valorisation de 8 milliards de dollars. The Block, Bitcoin Magazine et le site français Coin Academy donnent ce chiffre, Cointelegraph écrit « plus de 8 milliards », et aucun tour plus récent chiffré n’a été signalé depuis. Cointelegraph note que la base de données Tracxn affiche toujours 8 milliards de dollars « à la date » de décembre 2025, mais c’est la date d’une fiche de base de données, pas d’un nouveau tour.
L’écart est de l’arithmétique simple sur ces deux nombres : 8 milliards moins 2,5 milliards laissent 5,5 milliards, et 5,5 milliards représentent environ 69 % de 8 milliards. Dit autrement, le prix rapporté est inférieur au tiers de la valorisation de 2022. Coin Academy arrondit la baisse à 70 % ; Cointelegraph parle d’une forte décote sans chiffre. Si la valorisation de 2022 était en réalité un peu supérieure à 8 milliards, l’écart serait légèrement plus large. La comparaison a ses limites. Les 8 milliards ont été fixés lors d’un tour privé au sommet du cycle 2021-2022, quand beaucoup d’entreprises crypto levaient des fonds à des prix qu’elles n’ont jamais revus. Et le prix rapporté d’une transaction ne devient une valorisation que si l’opération est réelle et que sa structure est connue.
Fondée en 2018, Fireblocks vend la plomberie qui permet à des banques, des plateformes d’échange et des fintechs de conserver et de déplacer des actifs crypto. Sa technologie repose sur le calcul multipartite (MPC) : la clé privée qui contrôle un portefeuille n’est jamais réunie en un seul endroit, mais découpée en fragments détenus par différentes parties, qui doivent coopérer pour signer une transaction. C’est la réponse institutionnelle à un problème que les particuliers rencontrent avec l’auto-conservation, où l’utilisateur détient seul la clé.
Bitcoin Magazine cite BNY Mellon, Worldpay, Revolut et Galaxy parmi ses clients. Fireblocks affirme de son côté que plus de 2 400 institutions utilisent son infrastructure et qu’elle a sécurisé plus de 10 000 milliards de dollars de transactions d’actifs numériques, des chiffres qu’elle met à jour au fil du temps (certains de ses documents récents avancent un total plus élevé). Ce sont les chiffres de l’entreprise, non audités. Le dernier jalon de revenus annoncé est un chiffre d’affaires récurrent annuel supérieur à 100 millions de dollars, en 2022. Coindaro n’a trouvé aucun chiffre de revenus fiable pour 2026.
L’entreprise a aussi fait des achats. En octobre 2025, elle a annoncé le rachat de Dynamic, une société d’infrastructure de portefeuilles fondée en Israël, qui compte plus de 50 millions de comptes ; le prix n’a pas été divulgué, et Globes, le quotidien économique israélien, l’a estimé à environ 90 millions de dollars.
Stablecoins : le lien entre Visa et Fireblocks
Le 4 septembre 2025, Fireblocks a lancé le Fireblocks Network for Payments, un réseau de paiements en stablecoins couvrant plus de 100 pays, avec plus de 40 participants au lancement, selon Blockworks ; The Block y range Circle, Bridge, Zerohash et Yellow Card. Blockworks rapporte aussi que Fireblocks a traité un volume record de 212 milliards de dollars en stablecoins en juillet 2025.
Visa a passé 2026 à brancher les stablecoins sur ses propres rails. Le 8 septembre, le groupe a annoncé que son règlement en stablecoins dépassait un rythme annualisé de 20 milliards de dollars, plus de 15 fois le niveau d’un an plus tôt, selon The Block. En août, il a annoncé un travail avec Zerohash sur le financement et les versements en stablecoins via Visa Direct, son service de paiements « push ». La semaine dernière, Visa Direct a mis en service le préfinancement en USDC avec Inyo Global, et le 19 octobre Mesh et Visa ont présenté un projet de dépenses en crypto directement depuis le solde du portefeuille, sans portefeuille, pays ni date précisés.
Tous ces mouvements sont des partenariats. Posséder une couche de conservation et de règlement utilisée par des milliers d’institutions serait une autre étape, ce qui explique l’attention suscitée par l’article d’Axios, même non confirmé.
Mastercard et Zerohash : quand des « discussions avancées » se sont arrêtées sans vente
Le précédent le plus proche concerne le grand rival de Visa. En octobre 2025, des informations de presse disaient que Mastercard était en discussions avancées pour racheter Zerohash, une entreprise d’infrastructure crypto, pour 1,5 à 2 milliards de dollars. Aucune opération n’a suivi. En janvier 2026, Zerohash a déclaré qu’elle n’envisageait pas de rachat et resterait indépendante, selon CoinDesk repris par PYMNTS : « Nous n’envisageons pas de rachat par Mastercard » (« We are not entertaining an acquisition by Mastercard »). Les deux entreprises auraient ensuite discuté d’un investissement à la place.
Mastercard a ensuite acheté une autre société de stablecoins. Le groupe a annoncé le 17 mars 2026 l’acquisition de BVNK pour un maximum de 1,8 milliard de dollars, dont jusqu’à 300 millions de paiements conditionnels (soit environ 1,5 milliard de dollars à la signature), selon The Block, et a finalisé le rachat le 3 août 2026. BVNK avait elle-même discuté avec Coinbase sur la base d’environ 2 milliards de dollars, des discussions terminées en novembre 2025 au stade de la due diligence, Coinbase indiquant que les deux parties avaient convenu d’un commun accord de ne pas poursuivre.
Zerohash n’a jamais été vendue, et BVNK est allée vers un autre acheteur que celui annoncé en premier.
| Cible | Acheteur | Prix | Statut |
|---|---|---|---|
| Fireblocks | Visa | Environ 2,5 milliards de dollars (information d’Axios) | Rapporté le 22 octobre 2026, contesté par Fireblocks ; Visa n’a pas commenté |
| Zerohash | Mastercard | 1,5 à 2 milliards de dollars (presse, octobre 2025) | Pas de vente ; Zerohash a dit en janvier 2026 rester indépendante |
| BVNK | Coinbase | Environ 2 milliards de dollars (presse) | Discussions terminées en novembre 2025, au stade de la due diligence |
| BVNK | Mastercard | Jusqu’à 1,8 milliard de dollars (dont jusqu’à 300 millions conditionnels) | Annoncé le 17 mars 2026, finalisé le 3 août 2026 |
| Deribit | Coinbase | 2,9 milliards de dollars (700 millions en numéraire et 11 millions d’actions Coinbase) | Annoncé en mai 2025, finalisé le 14 août 2025 |
| Bridge | Stripe | 1,1 milliard de dollars | Annoncé en octobre 2024, bouclé en février 2025 |
| Zodia Custody | Standard Chartered | Non divulgué | Accord définitif signé le 21 octobre 2026 |
Le tableau mêle volontairement des opérations signées et non signées : seules les opérations finalisées donnent un prix fiable. L’achat de Deribit par Coinbase est le plus gros, à 2,9 milliards de dollars, mais Deribit est une plateforme de produits dérivés, pas un prestataire de conservation ou de paiements. L’accord de Standard Chartered pour reprendre la totalité de Zodia Custody, signé la veille de l’article d’Axios, montre qu’une consolidation de la conservation est en cours, mais son prix est secret et ne fournit aucun repère pour Fireblocks.

Ce qu’un changement de propriétaire signifierait pour les utilisateurs européens
Fireblocks ne détient pas les cryptos des clients particuliers en son nom : elle fournit une technologie et une infrastructure de conservation à des plateformes d’échange et à d’autres entreprises, dont certaines servent des clients dans l’Union européenne. Sous MiCA, le prestataire de services sur crypto-actifs agréé reste responsable de la conservation envers ses clients, quel que soit le logiciel qu’il utilise. Un nouveau propriétaire de Fireblocks ne changerait pas, à lui seul, le contrat d’un utilisateur avec sa plateforme. En France, ces prestataires relèvent de l’AMF, qui délivre les agréments MiCA.
La supervision de ces acteurs est aussi débattue à Bruxelles. La France a demandé que l’ESMA supervise directement davantage d’entreprises crypto dans la révision de MiCA. Aucune entreprise française ni italienne n’est citée dans l’information sur Visa et Fireblocks.
Ce que personne n’a encore montré
Plusieurs questions restent ouvertes. L’identité et le nombre des sources d’Axios sont inconnus. Personne n’a dit si des discussions ont eu lieu puis se sont arrêtées, se poursuivent, ou n’ont jamais atteint le stade décrit. La structure d’un éventuel prix est inconnue, de même que la question de savoir si Visa a regardé d’autres cibles. Visa n’a déposé auprès de la SEC aucun document 8-K sur une opération, et aucun régulateur n’a été saisi d’une demande d’autorisation que le public puisse voir. Toute acquisition réelle de cette taille exigerait des autorisations réglementaires et de concurrence.
Le prochain signal serait une déclaration de l’une des deux entreprises ou un dépôt auprès de la SEC. D’ici là, les discussions n’existent que dans un article sous paywall que Fireblocks juge « pas vrai à l’heure actuelle ».
