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Stablecoin yen : les trois mégabanques japonaises bouclent leur test avec Mitsubishi et visent des paiements réels d’ici mars 2027

Stablecoin yen : Mizuho, MUFG et SMBC ont testé en juillet un jeton commun avec Mitsubishi Corp. et visent des paiements réels d'ici mars 2027.

9 min de lecture

Illustration d'une banque, d'une pièce, d'un drapeau, d'une tour de bureaux et d'un calendrier
Sommaire
  1. Stablecoin yen : ce que les banques japonaises ont testé en juillet
  2. Trois banques constituantes, une banque fiduciaire qui garde l’argent
  3. SMBC a fourni la blockchain, Progmat absent des communiqués d’octobre
  4. Du scoop du Nikkei au soutien de la FSA : douze mois d’étapes
  5. Stablecoin bancaire, JPYC, USDC : les différences
  6. Paiements transfrontaliers d’abord, transactions réelles avant mars 2027
  7. En Europe, BNP Paribas et Qivalis préparent un stablecoin en euro
  8. Ce que les banques n’ont pas dévoilé

Les trois mégabanques japonaises ont achevé le premier test grandeur nature d’un stablecoin en yen émis en commun. Mizuho Bank, MUFG Bank et Sumitomo Mitsui Banking Corporation (SMBC) ont annoncé le 16 octobre 2026 qu’un jeton adossé à des dépôts bancaires a circulé du 17 au 23 juillet entre les bureaux de Mitsubishi Corporation au Japon et à l’étranger, selon un communiqué commun publié par TISI, la société informatique japonaise qui a intégré les systèmes. Mitsubishi UFJ Trust and Banking tenait le rôle de fiduciaire. Ni les montants, ni le nombre de transferts, ni le nom du jeton n’ont été communiqués.

Les banques jugent le modèle d’émission conjointe viable. Elles maintiennent l’objectif fixé en juin : des transactions réelles avec ce stablecoin yen au cours de l’exercice 2026, qui se termine le 31 mars 2027.

Ce stablecoin bancaire n’a rien d’une cryptomonnaie que l’on achète sur une plateforme d’échange. C’est un instrument fermé, réservé aux entreprises clientes qui ont passé les contrôles d’identité des banques, juridiquement plus proche de la monnaie bancaire tokenisée que de JPYC, de l’USDC ou de l’USDT. La nouveauté tient au montage : les trois plus grandes banques du Japon ont testé un seul jeton partagé, et non trois jetons séparés.

Stablecoin yen : ce que les banques japonaises ont testé en juillet

Cinq sociétés ont participé : les trois banques, Mitsubishi UFJ Trust and Banking (MUFG Trust) comme fiduciaire, et TISI Inc. Mitsubishi Corporation était l’utilisateur, et la maison de commerce a fait circuler le jeton entre ses bureaux japonais et ses implantations à l’étranger. Le communiqué est daté du 16 octobre et a été mis à jour à 14 h, heure de Tokyo, soit vers 05 h UTC. Le média japonais CoinPost a relayé les résultats le soir même.

D’après le communiqué, les participants ont vérifié :

  • le cycle complet d’émission, de transfert et de remboursement du jeton ;
  • le fonctionnement d’un même dispositif avec plusieurs banques émettrices à la fois ;
  • les mesures de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT) selon les cas d’usage, et les performances des systèmes ;
  • les obligations réglementaires et pratiques de chaque banque, ainsi que celles du fiduciaire : protection des utilisateurs, gestion des actifs placés en fiducie, procédures d’émission et de remboursement.

Les résultats restent formulés en termes généraux. Les banques disent avoir acquis un savoir-faire pratique sur l’émission et la circulation du jeton, et confirmé « la sécurité et la fiabilité du système » ainsi que la faisabilité d’une émission conjointe (notre traduction du communiqué japonais ; aucune version anglaise ni française n’a été publiée). Aucun dirigeant n’est cité. L’annonce ne donne aucun chiffre sur la vitesse, le coût ou les volumes.

Trois banques constituantes, une banque fiduciaire qui garde l’argent

C’est le montage juridique qui distingue ce jeton de la plupart des stablecoins. Mizuho, MUFG Bank et SMBC sont co-constituants d’un même contrat de fiducie (« joint settlors » dans la version anglaise des termes), et MUFG Trust en est le fiduciaire. Ce qui circule est un « droit de bénéficiaire de fiducie spécifié » au sens de l’article 2(9) de la loi japonaise sur les services de paiement (Payment Services Act). Juridiquement, blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il s’agit donc d’un instrument de paiement électronique, et non d’un crypto-actif, relève CoinPost.

Le communiqué esquisse aussi le futur produit. Les banques le présentent comme provisoire et susceptible d’évoluer. En l’état :

  • l’émission conjointe ouvre au jeton les clientèles des trois banques ;
  • la structure fiduciaire ne prévoit aucun plafond de circulation, ce qui autorise un usage à grande échelle ;
  • les actifs en fiducie sont conservés sous forme de dépôts bancaires, pour stabiliser le cours ;
  • seuls les utilisateurs ayant passé les contrôles d’identité des banques peuvent détenir ou transférer le jeton.

Le deuxième point compte plus qu’il n’y paraît. Au Japon, les stablecoins émis par des sociétés de transfert de fonds enregistrées sont limités à 1 million de yens par transfert, rappelait CoinPost dans un article connexe. La voie fiduciaire échappe à cette limite. D’où son intérêt pour une maison de commerce qui déplace de l’argent entre ses filiales.

Illustration d'une banque, d'une poignée de main, d'un coffre-fort et d'un contrat signé
Trois banques sont co-constituantes de la fiducie, tandis qu'une banque fiduciaire détient les dépôts qui garantissent le jeton.

SMBC a fourni la blockchain, Progmat absent des communiqués d’octobre

Côté technique, SMBC a mis la base blockchain à la disposition des autres participants ; c’est elle qui en avait confié la construction à TISI. TISI, née le 1er juillet 2026 de la fusion de TIS et d’Intec, a également relié le système d’émission au système de portefeuilles. Aucun communiqué ne nomme la chaîne utilisée. On ignore même si elle est publique ou à permissions.

Un détail diffère des informations publiées jusqu’ici. Quand l’Agence japonaise des services financiers (FSA) a apporté son soutien au projet en novembre 2025, les demandeurs étaient les trois banques, Mitsubishi Corporation, MUFG Trust et Progmat, Inc., la plateforme de tokenisation détachée de MUFG Trust en 2023. Le Nikkei, repris par ForkLog, avait écrit que le jeton s’appuierait sur Progmat Coin. Les communiqués du 16 octobre citent TISI et une chaîne fournie par SMBC, sans un mot sur Progmat. Les banques n’ont pas commenté cet écart.

Du scoop du Nikkei au soutien de la FSA : douze mois d’étapes

Le Nikkei a révélé le projet de jeton commun en octobre 2025. Le 7 novembre 2025, la FSA a annoncé son soutien au projet, premier dossier de son Payment Innovation Project (PIP) et 11e dossier de son FinTech PoC Hub. Le régulateur l’a évalué sur cinq critères : clarté, utilité sociale, innovation, protection des utilisateurs et faisabilité. Son soutien court depuis novembre 2025 « pour le moment ». La FSA a promis de publier les questions de conformité et de supervision, ainsi que les points d’interprétation juridique, relevés pendant le test. Nous n’avons trouvé aucune publication de ce type au 17 octobre.

En 2026, le rythme s’est accéléré. Les communiqués renvoient à une annonce du 13 février sur un test d’échange et de transfert d’actifs traditionnels au moyen de la blockchain et de monnaie numérique. Le 10 juin, les trois banques ont créé un conseil commun et fixé l’objectif de l’exercice 2026, avec une structure fiduciaire et « une banque fiduciaire ou un établissement similaire » comme fiduciaire, rapportait Decrypt. Le pilote de juillet a suivi. Le 29 septembre, les banques ont annoncé un test distinct de paiements commerciaux sur la plateforme TradeWaltz, un projet soutenu par la FSA qui réunit six sociétés, dont NTT Data et Mizuho.

ÉlémentValeurSource
Période du test17–23 juillet 2026 (7 jours)Communiqué TISI
Annonce des résultats16 oct. 2026Communiqué TISI
Banques émettrices (co-constituants)3 : Mizuho, MUFG Bank, SMBCCommuniqué TISI
FiduciaireMitsubishi UFJ Trust and BankingCommuniqué TISI
Utilisateur du testMitsubishi Corporation (bureaux au Japon et à l’étranger)Communiqué TISI
Plafond de circulationAucun (type fiduciaire)Communiqué TISI
Limite par transfert évitée1 million de yens (émetteurs de type transfert de fonds)CoinPost
RéserveDépôts bancaires (provisoire)Communiqué TISI
Objectif de transactions réellesExercice 2026, d’ici le 31 mars 2027Communiqué TISI, annonce du 10 juin
Soutien de la FSA7 nov. 2025 : 1er dossier PIP, 11e dossier PoC HubFSA

Stablecoin bancaire, JPYC, USDC : les différences

Un stablecoin est un jeton conçu pour garder une valeur stable par rapport à une monnaie. Le Japon leur a créé une catégorie propre dans les amendements à sa loi sur les services de paiement entrés en vigueur en juin 2023 : les « instruments de paiement électronique », que seuls les banques, les sociétés de transfert de fonds enregistrées et les sociétés fiduciaires peuvent émettre. Le jeton des mégabanques emprunte la voie fiduciaire. Un fiduciaire détient la réserve, et le jeton ne circule qu’entre clients bancaires vérifiés.

JPYC a choisi la voie du transfert de fonds. Enregistrée en août 2025, la société a lancé le 27 octobre 2025 ce que The Block a présenté comme le premier stablecoin adossé au yen reconnu par la loi japonaise, sur Ethereum, Avalanche et Polygon. Il est garanti par des dépôts en yens et des obligations d’État japonaises, et ses utilisateurs passent une vérification d’identité avec la carte My Number. JPYC vise 10 000 milliards de yens en circulation d’ici trois ans ; le 2 juin 2026, l’émetteur a annoncé avoir dépassé 3 milliards de yens d’émissions cumulées, selon la société de recherche 4Pillars.

Les stablecoins en dollars sont arrivés eux aussi. L’USDC est devenu en mars 2025 le premier stablecoin en dollars approuvé au Japon, distribué par le groupe SBI. Des règles modifiées de la FSA, en vigueur depuis le 1er juin 2026, font passer les stablecoins fiduciaires étrangers comme l’USDC de la catégorie des titres à celle des instruments de paiement électronique, notait 4Pillars. D’autres projets en yen ont suivi : SBI et Startale ont présenté JPYSC en février 2026, et la Japan Blockchain Foundation a annoncé EJPY en mai, d’après Decrypt. SMBC avait aussi étudié un stablecoin maison avec Ava Labs et Fireblocks en avril 2025.

Pourquoi une émission commune ? Sans elle, une entreprise payée avec le jeton d’une banque devrait passer par cette même banque pour se le faire rembourser. Un seul jeton accepté dans les trois réseaux bancaires évite de morceler les paiements des entreprises en réserves incompatibles. Notre guide pour débutants sur les stablecoins détaille les modèles de réserve.

Paiements transfrontaliers d’abord, transactions réelles avant mars 2027

Le cas d’usage du pilote était étroit : une maison de commerce qui se paie elle-même entre ses bureaux au Japon et à l’étranger. Les deux bouts de chaque transfert appartenaient à la même société, un client que les banques connaissent déjà, ce qui simplifie les contrôles d’identité pour une première fois.

Les prochaines étapes inscrites au communiqué sont concrètes. Les banques vont dresser la liste des problèmes à régler avant un usage pratique. Elles continueront de travailler avec les autorités japonaises et étrangères, les institutions financières, les entreprises et les fournisseurs de technologie sur la protection des utilisateurs, la LCB-FT, la cybersécurité et la stabilité des systèmes. Par l’intermédiaire du conseil commun créé en juin, elles prévoient de lancer des transactions réelles avec le stablecoin émis en commun au cours de l’exercice 2026.

Illustration d'une tour de bureaux, d'un globe, d'une pièce et d'une flèche vers le haut
Le pilote de juillet a fait circuler le jeton entre les bureaux de Mitsubishi Corporation au Japon et à l'étranger.

En Europe, BNP Paribas et Qivalis préparent un stablecoin en euro

Le lecteur français ne verra pas passer ce stablecoin en yen : il n’est pas proposé dans l’Union européenne et reste réservé aux clients vérifiés des trois banques. Le projet européen le plus proche s’appelle Qivalis, un consortium bancaire qui prévoit un stablecoin en euro conforme au règlement MiCA au second semestre 2026. UniCredit, ING et CaixaBank figurent parmi les neuf banques fondatrices, et BNP Paribas l’a rejoint le 1er décembre 2025. Selon le site de Qivalis, la banque centrale néerlandaise (De Nederlandsche Bank) l’a agréé comme établissement de monnaie électronique, même s’il n’émet pas encore de monnaie électronique auprès du public.

Sous MiCA, un stablecoin bancaire en euro de ce type prend la forme d’un jeton de monnaie électronique. En France, l’ACPR agrée et contrôle les émetteurs de monnaie électronique, tandis que l’AMF encadre les prestataires de services sur crypto-actifs qui distribuent ces jetons. En attendant, les plateformes européennes font le ménage parmi les jetons dépourvus de statut MiCA, comme nous l’expliquions dans notre article sur l’échéance de janvier fixée par l’ESMA pour les stablecoins non conformes à MiCA.

Tout le monde ne croit pas que les banques mèneront la danse. Le patron de Circle, Jeremy Allaire, estime qu’elles ne sont « plus aux commandes », comme nous le rapportions le 16 octobre dans notre article sur l’arrivée de Circle dans une quarantaine de nouveaux marchés. Aux États-Unis, la loi GENIUS entre en vigueur le 18 janvier 2027, quelques semaines avant l’échéance que se sont fixée les banques japonaises.

Ce que les banques n’ont pas dévoilé

  • la blockchain utilisée, et si elle est publique ou à permissions ;
  • le nom ou le ticker du jeton ;
  • les montants émis et transférés en juillet, le nombre de transferts, et les éventuels gains de coût ou de délai de règlement ;
  • le rôle actuel de Progmat, s’il en a encore un ;
  • le modèle de réserve définitif (les dépôts sont « provisoires »), les frais, et l’accès éventuel des particuliers (aucun n’est prévu) ;
  • la date exacte du lancement au cours de l’exercice 2026, et la date de publication des conclusions de la FSA sur le PIP.

CoinPost a évoqué une version libellée en dollars, à l’étude, mais elle ne figure pas dans le communiqué commun et reste à confirmer. Prochaine date fixe : la fin de l’exercice japonais, le 31 mars 2027, d’ici laquelle les trois banques disent que les premiers paiements réels auront commencé.

Sources

  1. TISI : Demonstration on joint stablecoin issuance by multiple banks and cross-border payments (16 oct. 2026) tisi.jp
  2. Mizuho Bank release (16 oct. 2026) mizuhobank.co.jp
  3. FSA : Payment Innovation Project support decision (7 nov. 2025) fsa.go.jp
  4. CoinPost : three megabanks complete settlement test with jointly issued stablecoin (16 oct. 2026) coinpost.jp
  5. Decrypt : Japan's largest banks plan joint stablecoin launch by March 2027 (10 juin 2026) decrypt.co
  6. The Block : Japan's JPYC launches yen stablecoin (27 oct. 2025) theblock.co

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