Glossaire
Wash trading : définition, exemple chiffré et faux volumes
Le wash trading consiste à acheter et revendre un actif avec soi-même, ou avec des complices, sans vrai changement de propriétaire. Il gonfle le volume affiché et peut tromper sur la liquidité et la demande. C’est une forme de manipulation de marché.
Aussi appelé wash trade, faux volume, volume fictif, volume gonflé, trading circulaire, auto-échange
Voir aussi
Le wash trading consiste à acheter et revendre le même actif avec soi-même, ou avec des partenaires de connivence, pour que des transactions s’affichent alors que rien ne change vraiment de mains. Le propriétaire reste où il était ; seule l’image change : le volume grimpe, et un jeton ou une plateforme paraît plus liquide qu’il ne l’est.
La pratique précède la crypto : le droit américain des matières premières range la « wash sale » parmi les opérations interdites sur les contrats à terme, options et swaps (7 U.S.C. 6c).
Comment fonctionne le wash trading : le même argent, compté et recompté
- Une seule partie tient les deux côtés : deux comptes du même propriétaire, des comptes complices, ou un robot qui échange contre lui-même.
- Elle achète puis revend au même prix, encore et encore ; sa position nette ne bouge presque pas.
- Chaque jambe compte dans le volume affiché, alors que le coût réel se limite aux frais et au glissement de prix.
- Ce volume alimente classements et listes « tendances », où il attire de vrais acheteurs ou aide à décrocher une cotation.
Sur une plateforme d’échange décentralisée, la société de données Bitquery a documenté une variante plus tranchée : des jetons imitations dorment dans des pools échangés presque uniquement par un groupe de portefeuilles, et les écrans de prix valorisent les deux côtés au prix du pool lui-même. Un faux pool LSK contenait environ 19 $ d’USDC, alors que DEXScreener affichait quelque 579 millions de dollars de liquidité.

Exemple chiffré : 10 000 $ qui font 20 millions de volume
Un robot hypothétique détient 10 000 $ en USDC. Il les échange contre un jeton puis revient en arrière : deux transactions de 10 000 $, soit 20 000 $ de volume affiché. Répétée N fois, l’opération donne 10 000 $ × 2 × N de volume, pour un capital qui reste de 10 000 $ moins les frais.
La documentation de Raydium liste, pour ses pools à liquidité concentrée, des paliers de 0,01 %, 0,05 %, 0,25 % et 1 %. Un aller-retour paie deux fois les frais sur 10 000 $.
| Allers-retours | Volume affiché | Frais à 0,01 % | Frais à 0,25 % |
|---|---|---|---|
| 1 | 20 000 $ | 2 $ | 50 $ |
| 100 | 2 000 000 $ | 200 $ | 5 000 $ |
| 1 000 | 20 000 000 $ | 2 000 $ | 50 000 $ |
La dernière case est impossible : à 0,25 %, 200 allers-retours (10 000 $ / 50 $) engloutiraient la mise. À grande échelle, il faut le palier le moins cher, ou un pool où l’opérateur récupère ses frais comme principal fournisseur de liquidité.
Cas documentés, de 2019 à octobre 2026
Le plus récent : Bitquery a relevé le 21 octobre 2026 qu’un seul portefeuille pesait environ 1,40 milliard de dollars des 6,17 milliards échangés sur les pools à liquidité concentrée de Raydium du 21 septembre au 20 octobre, soit 22,7 %, pour environ 12 000 USDC de capital. Dans un aller-retour, il a placé 11 102 USDC dans un pool et revendu les jetons 22 secondes plus tard pour 11 100,87 USDC : 22 200 $ de volume pour 1,13 $ plus les frais de réseau. C’est environ 0,005 %, sous le palier le plus bas affiché, et Bitquery n’explique pas l’écart. Notre article sur le robot de wash trading de Raydium détaille l’affaire.
Côté plateformes centralisées, Bitwise a déclaré à la SEC en mars 2019 qu’environ 95 % du volume de bitcoin affiché sur 81 plateformes était faux ou non économique. C’est sa propre estimation, formulée en pleine demande d’ETF.
Un travail universitaire s’en approche : Cong, Li, Tang et Yang ont testé 29 plateformes par des méthodes statistiques et trouvé que le wash trading pesait en moyenne plus de 70 % du volume affiché sur celles qu’ils classent comme non régulées (document de travail NBER 30783, publié dans Management Science en 2023).
Le 9 octobre 2024, le ministère américain de la Justice a levé les scellés sur l’« opération Token Mirrors » : 18 personnes et entités inculpées, dont les teneurs de marché Gotbit, ZM Quant, CLS Global et MyTrade. Le fondateur de Gotbit, Aleksei Andriunin, a plaidé coupable et, en juin 2025, a écopé de huit mois de prison selon The Block, peine que son avocat dit déjà purgée.
Wash trading et wash sale : deux choses différentes
Qui tape « wash trading crypto fiscalité » pense souvent à autre chose. La wash sale américaine (section 1091 de l’Internal Revenue Code) refuse la déduction d’une perte si l’on rachète des titres substantiellement identiques dans les 30 jours avant ou après la vente. Elle vise actions et titres ; son extension aux actifs numériques n’était pas adoptée en octobre 2026 d’après nos sources, et nous n’avons pas trouvé d’équivalent en fiscalité française des cryptos. Le wash trading est une manipulation de marché : les deux ne partagent qu’un mot.
Pourquoi le faux volume trompe, et où en est la loi
On juge souvent une plateforme ou un jeton à son volume. Gonflé, ce repère trompe, et Token Mirrors visait à attirer des acheteurs. Les 95 % et les 70 % ne se comparent pas : méthodes et années diffèrent.
Dans l’UE, l’article 91 de MiCA interdit les opérations susceptibles de donner des signaux faux ou trompeurs sur l’offre, la demande ou le cours d’un crypto-actif, sauf raisons légitimes (règlement interactif de l’ESMA). En France, c’est l’AMF qui supervise le marché ; nous n’avons trouvé aucune affaire de wash trading crypto qu’elle ait tranchée. Notre guide du règlement MiCA explique qui est concerné ; son application aux pools anonymes reste floue.
Wash trading : les questions que se posent les lecteurs
Le wash trading est-il légal ?
Sur les marchés régulés, non. Le droit américain interdit les wash sales sur les contrats à terme, options et swaps, et MiCA les opérations trompeuses sur les crypto-actifs dans l’UE. Pour le spot crypto américain, les procureurs ont plutôt invoqué fraude et manipulation de marché, comme dans Token Mirrors. Sur les pools anonymes, c’est bien plus difficile.
Comment repérer du wash trading ?
Des signaux d’alerte, pas une preuve : un volume très supérieur à l’argent du pool ou du carnet d’ordres, des tailles de transactions rondes ou étrangement régulières, des achats suivis de ventes quelques secondes plus tard depuis des portefeuilles liés. Comparez aussi la paire sur plusieurs plateformes.
Le market making, est-ce du wash trading ?
Non. Un teneur de marché place des ordres d’achat et de vente pour que d’autres échangent, avec de vraies positions face à de vraies contreparties. Le wash trading n’implique aucun vrai transfert de propriété et sert à émettre de faux signaux.
Le wash trading existe-t-il sur les NFT ?
Oui : un détenteur revend un NFT d’un de ses portefeuilles à l’autre pour le faire paraître plus précieux. Les données Chainalysis de 2021, limitées aux ventes sur Ethereum et wETH, ont recensé 110 wash traders profitables, environ 8,9 millions de dollars à eux tous, selon Infosecurity Magazine.
