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Qu’est-ce que le bloc genesis de Bitcoin ? Le bloc 0 et la crise de 2008

Le bloc genesis de Bitcoin, c’est le bloc 0 du 3 janvier 2009 : sa manchette du Times, ses 50 BTC non dépensables, le bloc 1 et le premier paiement.

Débutant 26 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Qui est Satoshi Nakamoto ? Histoire du bitcoin et dates clés
Un bloc de chaîne près d’une page de calendrier, d’un journal et d’une banque
Sommaire
  1. Le bloc 0 : le bloc genesis n’a pas de parent
  2. Le message du bloc genesis : une manchette du Times du 3 janvier 2009
  3. La crise de 2008 derrière la phrase
    1. États-Unis : de Lehman au TARP
    2. Royaume-Uni : le sauvetage dont parlait The Times
  4. Le bloc 0 vu de France : le plan du 13 octobre 2008
  5. Pourquoi les 50 bitcoins du bloc genesis ne sont pas dépensables
    1. L’adresse du bloc genesis et les petits versements qu’elle reçoit
  6. La date du bloc genesis et le bloc 1, six jours plus tard
  7. Le bloc 170 et la première transaction vers Hal Finney
  8. Comment regarder soi-même le hash et l’adresse du bloc genesis
  9. Ce que le bloc genesis prouve, et ce qu’il ne prouve pas
  10. Ce que cette histoire change pour un épargnant en France

À 18:15:05 UTC, le samedi 3 janvier 2009, un bloc a été créé qui porte encore une ligne de l’édition du jour du quotidien britannique The Times : « Chancellor on brink of second bailout for banks », soit « Le chancelier au bord d’un deuxième sauvetage des banques ». Chacun peut la lire aujourd’hui. Tapez le chiffre 0 dans la barre de recherche d’un explorateur de blocs comme mempool.space, ouvrez l’unique transaction du bloc, et la phrase est là, à côté d’une récompense de 50 bitcoins qui n’a jamais bougé.

Ce bloc est le bloc genesis (ou bloc de genèse) : le bloc numéro 0, le premier de la chaîne Bitcoin. pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">Il n’a pas été reçu du réseau comme tous les blocs suivants. Il est écrit en dur dans le logiciel Bitcoin lui-même, si bien que chaque nœud du monde démarre de la même première page, et sa récompense de 50 BTC ne peut pas être dépensée.

Deux autres blocs des premiers jours complètent l’histoire. Le bloc 1 suit le 9 janvier, et le bloc 170, le 12 janvier, contient le premier paiement d’une personne à une autre sur la chaîne. Autour de ces trois blocs, il y a la crise financière de 2008, ce qui explique pourquoi la phrase du journal est encore citée. Chacun de ces blocs s’ouvre en une minute sur un explorateur, et presque tout ce qu’on en raconte peut s’y vérifier, mais pas tout.

Si le sujet est nouveau pour vous, commencez par notre guide sur ce qu’est Bitcoin et par la leçon précédente de ce parcours, l’histoire de Bitcoin et de Satoshi Nakamoto, qui suit le projet de 2008 à aujourd’hui. Ici, on reste sur les dix premiers jours.

Le bloc 0 : le bloc genesis n’a pas de parent

Une blockchain est une liste de blocs où chacun renvoie au précédent grâce au hash (une sorte d’empreinte) de ce dernier. Notre introduction à la blockchain explique l’idée. Remontez les renvois depuis le bloc d’aujourd’hui et vous arrivez à un bloc dont le champ « bloc précédent » est rempli de zéros. Il n’y a rien avant. C’est le bloc genesis, et tous les nœuds Bitcoin s’accordent sur lui sans avoir à le télécharger auprès de qui que ce soit.

La raison est simple : il est codé en dur. Le logiciel de référence, aujourd’hui appelé Bitcoin Core, le construit à partir de valeurs fixes dans un fichier source nommé chainparams.cpp. Une ligne transmet l’horodatage 1231006505, le nonce 2083236893, les bits de difficulté et une récompense de « 50 * COIN », et une ligne juste en dessous vérifie que le résultat a exactement le hash attendu. Un nœud qui calculerait autre chose refuserait de démarrer sur le réseau principal. Tout ce qui vient après le bloc 0 doit être construit par-dessus.

La numérotation réserve un petit piège. Les logiciels actuels l’appellent bloc 0, de sorte que la hauteur de la chaîne est le nombre de blocs situés après le bloc genesis. D’après la page du Bitcoin Wiki consacrée au bloc genesis (en anglais), les toutes premières versions le comptaient comme le bloc 1. Les explorateurs d’aujourd’hui utilisent tous 0.

Voici ce que l’explorateur affiche pour le bloc genesis et pour les deux autres blocs de cette leçon, relevé sur l’API de mempool.space le 23 octobre 2026. L’heure d’un bloc est écrite par le mineur et à peine contrôlée par le réseau : considérez-la comme ce que le bloc affirme, pas comme la lecture d’une horloge.

ChampBloc 0 (genesis)Bloc 1Bloc 170
Date et heure (UTC)3 janvier 2009, 18:15:059 janvier 2009, 02:54:2512 janvier 2009, 03:30:25
Horodatage Unix123100650512314696651231731025
Hash (début et fin)000000000019d6…8ce26f00000000839a8e…eb604800000000d11457…d4a2ee
Bloc précédentaucun (que des zéros)le bloc genesisle bloc 169
Transactions112
Taille285 octets215 octets490 octets
Nonce208323689325733946891889418792
Difficulté111
Nouvelles pièces dans le bloc50 BTC50 BTC50 BTC (frais : 0)

Quelques champs demandent un mot d’explication. Le nonce est le nombre que le mineur a modifié encore et encore jusqu’à obtenir un hash de bloc assez bas ; cette recherche, c’est la preuve de travail. Une difficulté de 1 est le niveau le plus bas qu’ait connu Bitcoin : le niveau de départ, avant tout ajustement. Les 50 BTC sont la récompense de bloc de l’époque, depuis divisée par deux quatre fois par le halving. Enfin, le hash complet du bloc genesis, 000000000019d6689c085ae165831e934ff763ae46a2a6c172b3f1b60a8ce26f, commence par plus de zéros que la difficulté de 1 ne l’exigeait, un détail qui intrigue depuis des années.

Une leçon ultérieure sur les blocs passera l’en-tête en revue champ par champ. Pour l’instant, le champ qui compte le plus dans le bloc 0 est caché à l’intérieur de son unique transaction.

Le message du bloc genesis : une manchette du Times du 3 janvier 2009

Chaque bloc s’ouvre sur une transaction spéciale, la coinbase, qui crée les nouvelles pièces et les verse au mineur. Elle n’a pas d’entrée réelle, puisque les pièces viennent de nulle part, si bien que le champ où une entrée porterait normalement une signature est libre. Les mineurs peuvent y mettre presque n’importe quels octets. Satoshi Nakamoto, le créateur pseudonyme de Bitcoin, y a mis une phrase.

Lue en hexadécimal, l’entrée coinbase du bloc genesis commence par quelques octets de difficulté, puis annonce 69 octets de données. Décodés en texte, ces 69 octets disent : « The Times 03/Jan/2009 Chancellor on brink of second bailout for banks ». La même chaîne figure dans le code source de Bitcoin Core sous le nom pszTimestamp, ce qui en dit long sur la façon dont son auteur la concevait : comme un horodatage.

La manchette est authentique. Le matin du samedi 3 janvier 2009, The Times a publié en une un article dont le titre imprimé était un peu plus long, « Chancellor Alistair Darling on brink of second bailout for banks », tel que le blog d’économie Calculated Risk l’a reproduit le jour même (en anglais). La version de Satoshi retire le nom du ministre. L’article commençait par ces mots :

« Alistair Darling has been forced to consider a second bailout for banks as the lending drought worsens. » The Times, 3 janvier 2009, cité par Calculated Risk. En français : Alistair Darling a été contraint d’envisager un deuxième sauvetage des banques tandis que la pénurie de crédit s’aggrave.

Selon l’article, le chancelier de l’Échiquier (le ministre britannique des Finances) étudiait de nouvelles injections de capital dans les banques, des garanties d’État moins chères pour qu’elles puissent emprunter, ou le rachat de leurs « actifs toxiques », éventuellement via une « structure de défaisance » (une bad bank). La raison avancée : les 37 milliards de livres sterling versés aux banques par le gouvernement quelques mois plus tôt n’avaient pas relancé le crédit. Une décision était attendue sous quelques semaines, avec le Premier ministre Gordon Brown et Lord Mandelson.

Pourquoi citer un journal ? Une manchette est une preuve de « pas avant ». Personne n’a pu taper cette phrase exacte avant son impression par The Times, donc le bloc ne peut pas avoir été terminé avant le 3 janvier 2009. Cela ne prouve pas qu’il a été fabriqué ce jour-là, seulement qu’il ne l’a pas été plus tôt. L’enjeu est réel : Satoshi, seul mineur au départ, aurait pu miner en privé pendant des semaines puis revendiquer une date ancienne. La citation écarte cette version d’un bloc « plus vieux qu’il n’en a l’air ».

Un document et un mégaphone devant une ville, observés par un œil
Le bloc genesis cite la une du Times du 3 janvier 2009, ce qui le date de ce jour ou d’après.

Ce que la phrase signifiait en plus est moins certain, et la réponse honnête est que personne ne le sait. Satoshi n’a jamais expliqué par écrit pourquoi il avait choisi cette manchette parmi toute l’actualité du jour. On y lit souvent un commentaire sur le système bancaire, et ses propres mots quelques semaines plus tard rendent cette lecture tentante. Le 11 février 2009, en présentant Bitcoin sur le forum de la P2P Foundation, il écrivait (en anglais) : « The root problem with conventional currency is all the trust that’s required to make it work. » Autrement dit, le problème de fond de la monnaie classique est toute la confiance qu’il faut pour la faire fonctionner. Il ajoutait que les banques doivent détenir notre argent mais le prêtent en vagues de crédit en gardant très peu de réserves (lire le message en entier, en anglais).

Ce message ne mentionne ni The Times ni le bloc genesis. La formulation juste est donc la suivante : la manchette fait office d’horodatage, et on la lit largement comme une prise de position sur les sauvetages bancaires ; la seconde partie est une interprétation, pas quelque chose que Satoshi a confirmé. Le Bitcoin Wiki ajoute une autre supposition : le titre britannique laisse penser que Satoshi a pu vivre au Royaume-Uni. Là encore, c’est une supposition.

La crise de 2008 derrière la phrase

Un deuxième sauvetage n’a de sens que s’il y en a eu un premier. Quand le bloc 0 est créé, le système financier des pays riches vient de traverser son pire automne depuis des décennies, et les États dépensent de l’argent public pour garder les banques debout. Le livre blanc de Bitcoin avait été publié deux mois plus tôt, le 31 octobre 2008 ; notre leçon sur le livre blanc de Bitcoin lit ce texte en détail. Voici la crise dans laquelle il est né, avec les dates.

États-Unis : de Lehman au TARP

La crise démarre dans les prêts immobiliers américains et se propage par les banques qui les détiennent. Le 15 septembre 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers décide de demander la protection du Chapitre 11 de la loi sur les faillites, une étape que la SEC a commentée dans un communiqué le jour même (en anglais). Le 16 septembre, la Réserve fédérale annonce qu’elle prêtera jusqu’à 85 milliards de dollars à l’assureur AIG, l’État recevant en échange 79,9 % du capital (en anglais).

Le 3 octobre 2008, l’Emergency Economic Stabilization Act devient loi. Il crée le Troubled Asset Relief Program, le TARP, et permet au Trésor d’acheter ou d’assurer des actifs en difficulté jusqu’à 700 milliards de dollars en cours à un instant donné, débloqués en trois temps à partir de 250 milliards. La Réserve fédérale baisse aussi son taux directeur : selon Federal Reserve History (en anglais), la cible des fonds fédéraux passe de 4,5 % fin 2007 à 2 % début septembre 2008, puis à une fourchette de 0 à 0,25 % fin 2008.

Le coût pour les ménages est venu plus tard et a duré plus longtemps. Le même essai de Federal Reserve History date la récession de décembre 2007 à juin 2009, la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale, avec un produit intérieur brut en recul de 4,3 % entre le sommet et le creux et un chômage passé de moins de 5 % à 10 %.

Royaume-Uni : le sauvetage dont parlait The Times

En Grande-Bretagne, le gouvernement annonce le 8 octobre 2008 un ensemble de mesures : liquidités à court terme, capital frais pour les banques et les sociétés de crédit immobilier (building societies), et un dispositif de garantie de leurs emprunts. Le 13 octobre, un communiqué du Trésor (en anglais) annonce que l’État injecte 37 milliards de livres de capital dans la Royal Bank of Scotland et, une fois leur fusion réalisée, dans HBOS et Lloyds TSB. Ces 37 milliards sont le « premier sauvetage » derrière la manchette du Times : début janvier, ils n’avaient pas relancé le crédit, et le chancelier envisageait une deuxième série.

Le bloc 0 vu de France : le plan du 13 octobre 2008

La France a mené son propre sauvetage pendant les mêmes semaines. Le 13 octobre 2008, le président Nicolas Sarkozy a présenté un plan de 360 milliards d’euros : jusqu’à 320 milliards de garanties de l’État pour le refinancement des banques, et 40 milliards pour les recapitaliser par l’intermédiaire d’une société de l’État.

Le Parlement l’a voté sous la forme de la loi de finances rectificative pour le financement de l’économie, la loi n° 2008-1061 du 16 octobre 2008. Lors de la séance du Sénat du 15 octobre, le secrétaire d’État Hervé Novelli parlait d’un plafond de garantie de 320 milliards d’euros pour la société de refinancement, et le compte rendu de la séance du Sénat du 15 octobre 2008 fait apparaître 40 milliards pour la société de recapitalisation. Il précisait aussi que ce plafond ne devrait pas être atteint : une garantie n’est pas une dépense, elle ne coûte que si elle est appelée.

Les épargnants français n’ont pas vu de « bank run » comme au Royaume-Uni, où la banque Northern Rock avait connu des files de déposants dès 2007. Ils ont surtout entendu parler de plafonds, de garanties et de milliards. Ce détail compte pour comprendre l’atmosphère dans laquelle Bitcoin naît : une monnaie dont l’émission ne dépend d’aucune banque, ni d’aucun État, apparaît au moment où les États garantissent les banques à hauteur de centaines de milliards.

DateOùÉvénement
15 septembre 2008États-UnisLehman Brothers décide de demander la protection du Chapitre 11
16 septembre 2008États-UnisLa Réserve fédérale propose à AIG un prêt allant jusqu’à 85 milliards de dollars
3 octobre 2008États-UnisL’Emergency Economic Stabilization Act crée le TARP (jusqu’à 700 milliards de dollars)
8 octobre 2008Royaume-UniLe gouvernement annonce son plan de stabilisation des banques
13 octobre 2008Royaume-UniLe Trésor engage 37 milliards de livres de capital dans RBS, HBOS et Lloyds TSB
13 octobre 2008FrancePlan de 360 milliards d’euros (320 milliards de garanties, 40 milliards de capital)
16 octobre 2008FranceLoi n° 2008-1061 de finances rectificative pour le financement de l’économie
31 octobre 2008InternetSatoshi Nakamoto publie le livre blanc de Bitcoin
29 novembre 2008ItalieDécret-loi 185 de mesures anti-crise, dont la souscription publique d’instruments bancaires
Fin 2008États-UnisCible des fonds fédéraux à 0 à 0,25 %
3 janvier 2009Royaume-Uni / BitcoinThe Times évoque un possible deuxième sauvetage ; le bloc 0 porte la manchette

Vous n’avez pas besoin de savoir comment fonctionnent les banques pour lire le bloc genesis, mais cela aide. Notre guide sur la création monétaire par les banques explique pourquoi une banque peut prêter plus qu’elle ne détient, le mécanisme que Satoshi critiquait dans son message de février. La leçon sur la monnaie fiduciaire et les banques centrales couvre ce que fait une banque centrale quand elle ramène ses taux à zéro.

Pourquoi les 50 bitcoins du bloc genesis ne sont pas dépensables

La coinbase du bloc 0 verse 5 000 000 000 de satoshis, soit 50 BTC, à une clé publique qui commence par 04678afdb0fe55. La sortie est une sortie ordinaire de type « pay-to-public-key », la même que toutes les récompenses de bloc de l’époque. Rien dans le script lui-même ne la verrouille. Pourtant, ces 50 pièces ne pourront jamais être dépensées, par personne.

La cause est une particularité de la façon dont le logiciel traite le bloc 0. Comme le bloc genesis est construit dans le code au lieu d’être reçu et traité comme un bloc normal, sa transaction n’a jamais été ajoutée à la base des pièces dépensables que chaque nœud tient à jour. Un commentaire de Bitcoin Core le dit clairement : la sortie « cannot be spent since it did not originally exist in the database », c’est-à-dire qu’elle ne peut pas être dépensée puisqu’elle n’existait pas à l’origine dans la base. Si quelqu’un essayait, chaque nœud chercherait la pièce, ne la trouverait pas et rejetterait la transaction.

Était-ce voulu ? Là encore, personne ne le sait. Le Bitcoin Wiki écrit : « It is not known if this was done intentionally or accidentally. » Autrement dit, on ignore si c’est intentionnel ou accidentel. Le changer aujourd’hui supposerait que tous les nœuds acceptent une nouvelle règle, et personne n’a de raison de le demander.

L’adresse du bloc genesis et les petits versements qu’elle reçoit

La clé a aussi une forme d’adresse, 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa, et des gens y envoient depuis des années de petites sommes, comme un hommage. Le 23 octobre 2026, la page mempool.space de cette adresse comptait 81 035 sorties reçues pour un total de 5 768 650 364 satoshis, soit environ 57,69 BTC, et aucune sortie dépensée. Cinquante de ces bitcoins sont la récompense d’origine. Le reste, environ 7,7 BTC, est arrivé plus tard d’autres personnes ; qu’il s’agisse d’hommages est notre lecture du schéma, puisque les expéditeurs ne sont pas nommés. Contrairement à la récompense, ces pièces tardives sont des sorties ordinaires. Seul le détenteur de la clé privée de cette adresse pourrait les déplacer, et personne ne l’a fait, à la date d’octobre 2026.

Combien vaut le bloc genesis ? En bitcoins, la réponse est fixe : 50 BTC de récompense qui ne bougent pas, plus les hommages. En euros, elle change à chaque minute, et Coindaro n’imprime pas un cours en direct comme un fait ; la page Bitcoin affiche le cours du moment, à vous de multiplier.

La date du bloc genesis et le bloc 1, six jours plus tard

Le bloc suivant de la chaîne, le bloc 1, porte l’horodatage du 9 janvier 2009 à 02:54:25 UTC. Cela fait six jours plus tard sur le calendrier (du 3 au 9 janvier), ou très exactement 5 jours, 8 heures, 39 minutes et 20 secondes après le bloc 0. Sur un réseau conçu pour produire un bloc toutes les dix minutes environ, l’écart est énorme, et Satoshi ne l’a jamais expliqué.

Un fait se place au milieu. Le 8 janvier 2009 à 19:27:40 UTC, Satoshi a envoyé un e-mail à la liste de diffusion de cryptographie, intitulé « Bitcoin v0.1 released » (archivé par le Satoshi Nakamoto Institute, en anglais). Il annonçait « a new electronic cash system that uses a peer-to-peer network », un nouveau système de paiement électronique en pair à pair, et proposait le logiciel au téléchargement. Le bloc 1 est arrivé environ sept heures et demie plus tard. On peut en déduire que le réseau tel que nous le connaissons a démarré avec la publication du logiciel, et que le bloc 0 avait été préparé avant. C’est une inférence tirée des dates ; Satoshi ne l’a pas dit.

Le Bitcoin Wiki recense trois hypothèses pour cet écart, toutes non prouvées. Dans la première, Satoshi travaillait sur Bitcoin depuis un moment et la une du Times l’a poussé à le sortir. Dans la deuxième, il a passé les six jours à miner le bloc 0 avec le même horodatage, ce qui collerait avec son hash exceptionnellement bas. Dans la troisième, dite hypothèse du « prenet », le bloc 0 a été résolu le 3 janvier, puis des blocs de test ont été minés par-dessus et jetés avant que la vraie chaîne ne redémarre le 9 janvier. Aucune des trois ne se vérifie à partir de la seule chaîne.

Le bloc 1 est sobre. Sa seule transaction est une coinbase de 50 BTC versée à une clé publique qui commence par 0496b538e853519c ; son entrée coinbase ne contient que les octets de difficulté, aucun message. La manchette du journal apparaît dans le bloc 0 et nulle part ailleurs. Qui a miné le bloc 1 n’est pas écrit non plus. On suppose en général que c’est Satoshi, puisqu’il était la seule personne connue à faire tourner le logiciel cette nuit-là, et des chercheurs ont attribué beaucoup des tout premiers blocs à un mineur unique présumé être lui ; la leçon précédente discute ces estimations. Sur la chaîne, en revanche, la clé ne porte aucun nom.

Le bloc 1 montre aussi que le célèbre rythme de dix minutes est une moyenne vers laquelle le réseau se règle, pas une règle que chaque bloc respecte. Avec presque personne pour miner en janvier 2009, des écarts de plusieurs heures étaient courants. La difficulté ne commence à s’ajuster qu’après les 2 016 premiers blocs, elle est donc restée à 1 pendant les premières semaines.

Le bloc 170 et la première transaction vers Hal Finney

Les récits des premiers jours de Bitcoin placent souvent la première transaction vers Hal Finney dans le bloc 1. Elle n’y est pas, et la confusion est fréquente. Le bloc 1 ne contient que sa propre récompense. Le paiement à Finney se trouve dans le bloc 170, horodaté du 12 janvier 2009 à 03:30:25 UTC, ce qui était encore le soir du dimanche 11 janvier sur la côte ouest des États-Unis. Le bloc 170 est arrivé trois jours et 36 minutes après le bloc 1.

Le bloc 170 contient deux transactions. La première est sa propre récompense de 50 BTC. La seconde, d’identifiant f4184fc596403b9d638783cf57adfe4c75c605f6356fbc91338530e9831e9e16, dépense des pièces créées trois jours plus tôt comme récompense du bloc 9, miné le 9 janvier à 03:54:39 UTC, environ une heure après le bloc 1. Voici cette transaction en termes simples.

ÉlémentMontantDe quoi il s’agit
Entrée50 BTCLa récompense du bloc 9, versée à une clé commençant par 0411db93e1dc
Sortie 110 BTCEnvoyés à une nouvelle clé commençant par 04ae1a62fe09, celle que Hal Finney a décrite comme la sienne
Sortie 240 BTCRetournés à la clé commençant par 0411db93e1dc : la monnaie rendue
Frais0 BTCAucun frais n’était nécessaire en janvier 2009

La structure est celle que suit encore tout paiement en bitcoin : une sortie antérieure est consommée en entier, une partie va au destinataire, et le reste revient à l’expéditeur sous forme de monnaie rendue. Notre guide sur le fonctionnement des transactions crypto explique pourquoi les pièces circulent ainsi, par sorties entières. Les scripts à l’intérieur des sorties sont laissés à une leçon ultérieure sur les clés.

Une pièce passant entre deux clés, avec une poignée de main et un portefeuille ouvert
Dans le bloc 170, 10 des 50 bitcoins minés dans le bloc 9 sont allés à la clé que Hal Finney a dite sienne.

La chaîne ne nomme personne. Notre lien entre la sortie de 10 BTC et Hal Finney vient de Finney lui-même. Le 19 mars 2013, il a écrit un long message sur le forum Bitcointalk (à lire en entier, en anglais) qui contenait cette phrase : « I was the recipient of the first bitcoin transaction, when Satoshi sent ten coins to me as a test. » Il dit avoir reçu la première transaction bitcoin, quand Satoshi lui a envoyé dix pièces pour un test. Dans le même message, il écrit : « I think I was the first person besides Satoshi to run bitcoin », soit la première personne, à part Satoshi, à faire tourner Bitcoin. Il se souvenait aussi avoir miné le « block 70-something » dans ces premiers jours.

Finney n’était pas un débutant. Dans ce même message, il raconte avoir travaillé sur une version précoce de PGP, le programme de chiffrement, avec Phil Zimmermann, fait tourner le premier remailer anonyme cryptographique pour la liste de diffusion Cypherpunks, et tenté de construire sa propre monnaie à preuve de travail, RPOW, des années avant Bitcoin. Il dit avoir téléchargé le logiciel dès que Satoshi l’a annoncé, et passé les jours suivants à lui envoyer des rapports de bogues par e-mail.

Le bloc 170 est-il la première transaction de l’histoire ? Chaque bloc a sa transaction de récompense, donc au sens strict la première transaction est la coinbase du bloc 0. Pour les paiements, la chaîne répond clairement : le 23 octobre 2026, nous avons relevé le nombre de transactions des blocs 0 à 179 sur l’API de mempool.space, et le bloc 170 est le premier à en contenir plus d’une. Le paiement à Finney est la première transaction de la chaîne qui n’est pas une récompense de bloc.

Comment regarder soi-même le hash et l’adresse du bloc genesis

Il n’est besoin ni de portefeuille, ni de compte, ni de logiciel. Un explorateur de blocs lit la chaîne publique et l’affiche dans un navigateur. Les étapes ci-dessous utilisent mempool.space ; n’importe quel autre explorateur montre les mêmes données, puisqu’il lit la même chaîne.

  1. Ouvrez mempool.space et tapez 0 dans la barre de recherche en haut, puis validez. Vous arrivez sur la page du bloc genesis.
  2. Vérifiez le hash en haut de la page : il doit commencer par dix zéros suivis de 19d6689c. Comparez l’horodatage avec le tableau de cette leçon.
  3. Descendez jusqu’à la liste des transactions. Il y en a une. Ouvrez-la et regardez l’entrée, intitulée coinbase : l’explorateur montre les octets bruts et, dans la plupart des vues, leur texte, manchette du Times comprise.
  4. Regardez la sortie : 50 BTC vers un script pay-to-public-key, affichée comme non dépensée.
  5. Revenez à la barre de recherche et tapez 1 pour ouvrir le bloc 1. Notez le hash du « bloc précédent » : c’est celui du bloc genesis. Sa coinbase ne contient aucun message.
  6. Tapez 170 pour ouvrir le bloc 170. Ouvrez sa seconde transaction : vous verrez une entrée de 50 BTC et deux sorties de 10 et 40 BTC.
  7. Pour une seconde opinion, ouvrez les mêmes blocs dans un autre explorateur et comparez les hashs. Ils doivent coïncider jusqu’au dernier caractère.

Une précaution pendant que vous y êtes : un explorateur est une fenêtre en lecture seule. Aucun explorateur légitime ne vous demande votre phrase de récupération ni un paiement pour « débloquer » quoi que ce soit. Si un site qui y ressemble le fait, fermez-le.

Ce que le bloc genesis prouve, et ce qu’il ne prouve pas

Parce que le bloc 0 est très cité, beaucoup d’affirmations s’y accrochent. Les trier est un bon exercice de lecture d’une source primaire.

Il prouve que le premier bloc de la chaîne ne peut pas avoir été terminé avant le 3 janvier 2009, puisqu’il cite le journal de ce jour. Il prouve que la chaîne que tout le monde fait tourner aujourd’hui part de ce bloc exact : le hash est vérifié dans le logiciel. Et il prouve que ses 50 BTC n’ont jamais été dépensés, puisque chaque nœud peut confirmer que la sortie est toujours absente de l’ensemble des pièces dépensables.

Il ne prouve pas que le bloc a été fabriqué le 3 janvier plutôt que quelques jours plus tard. L’horodatage est un nombre que le mineur écrit, et le réseau ne le contrôle que de loin.

Ce n’est pas un manifeste signé. Les 69 octets sont une manchette de journal, rien d’autre, sans signature ni commentaire. Y lire un message politique est une interprétation ; elle peut être juste, et le message de février de Satoshi va dans ce sens, mais cela reste une interprétation.

Il ne dit rien sur l’identité de Satoshi. Le choix d’un journal londonien a nourri des hypothèses sur son lieu de vie, mais la clé qui a reçu la récompense n’est liée à aucun nom, et aucune signature faite avec cette clé n’a jamais été publiée.

Enfin, les pièces non dépensables ne sont pas « la fortune perdue de Satoshi ». Personne ne pouvait les dépenser. Ce que Satoshi détient encore, s’il détient quelque chose, se trouve dans les sorties de blocs ultérieurs, ce qui est une autre question.

La chronologie complète de 2008 à aujourd’hui, avec les événements qui ont suivi ces premiers blocs, se trouve dans notre chronologie de l’histoire des cryptomonnaies.

Ce que cette histoire change pour un épargnant en France

Cette leçon est de l’histoire, pas un conseil d’achat ou de vente. Mais le regard sur Bitcoin a changé depuis 2009, et en France deux autorités encadrent le sujet : l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France. Depuis l’entrée en application du règlement européen MiCA, les prestataires de services sur crypto-actifs agissent sous un cadre européen ; notre guide sur le règlement MiCA le détaille.

Les deux autorités publient régulièrement des mises en garde. Dans un communiqué du 21 avril 2026, l’ACPR et l’AMF ont prévenu le public contre plusieurs acteurs qui proposent en France des investissements sur le marché des changes (Forex) non régulé et des produits dérivés sur crypto-actifs « sans y être autorisés ». Selon ce communiqué de l’ACPR, 16 sites non autorisés ont été ajoutés dans la catégorie Forex et 15 dans celle des produits dérivés sur crypto-actifs depuis le début de 2026. Les autorités conseillent de vérifier si un intermédiaire figure sur la liste RegAFI des prestataires de services d’investissement, sur celle de l’ORIAS pour les conseillers en investissements financiers, ou sur celle des prestataires de services de financement participatif de l’AMF, et, s’il ne figure sur aucune, de ne pas donner suite à ses sollicitations.

Le lien avec le bloc genesis est direct : Bitcoin est né d’une défiance envers les intermédiaires, mais l’histoire ne dispense pas de vérifier à qui l’on confie son argent aujourd’hui. Pour la suite, une leçon ultérieure sur les blocs ouvrira l’en-tête d’un bloc champ par champ, en partant des champs lus ici sur le bloc 0.

Sources

  1. mempool.space, bloc Bitcoin 0 (bloc genesis), consulté le 23 octobre 2026 (en anglais) mempool.space
  2. mempool.space, bloc Bitcoin 1, consulté le 23 octobre 2026 (en anglais) mempool.space
  3. mempool.space, bloc Bitcoin 170, consulté le 23 octobre 2026 (en anglais) mempool.space
  4. Code source de Bitcoin Core, src/kernel/chainparams.cpp (bloc genesis) (en anglais) github.com
  5. Satoshi Nakamoto, « Bitcoin v0.1 released », liste de diffusion de cryptographie, 8 janvier 2009 (en anglais) satoshi.nakamotoinstitute.org
  6. Satoshi Nakamoto, « Bitcoin open source implementation of P2P currency », P2P Foundation, 11 février 2009 (en anglais) satoshi.nakamotoinstitute.org
  7. Hal Finney, « Bitcoin and me », Bitcointalk, 19 mars 2013 (en anglais) bitcointalk.org
  8. Calculated Risk, « UK: Another Round of Bailouts for Banks », 3 janvier 2009 (en anglais) calculatedriskblog.com
  9. Federal Reserve History, « The Great Recession and Its Aftermath » (en anglais) federalreservehistory.org
  10. Public Law 110-343, Emergency Economic Stabilization Act of 2008, GovInfo (en anglais) govinfo.gov
  11. Bitcoin Wiki, « Genesis block » (en anglais) en.bitcoin.it
  12. Réserve fédérale, communiqué sur AIG, 16 septembre 2008 (en anglais) federalreserve.gov
  13. SEC, communiqué 2008-198 sur Lehman Brothers, 15 septembre 2008 (en anglais) sec.gov
  14. HM Treasury, communiqué sur le soutien financier au secteur bancaire, 13 octobre 2008, copie (en anglais) astrid-online.it
  15. Élysée, déclaration de Nicolas Sarkozy sur le plan français de soutien aux banques, 13 octobre 2008 elysee.fr
  16. Normattiva, decreto-legge 29 novembre 2008, n. 185 (en italien) normattiva.it
  17. mempool.space, adresse 1A1zP1eP5QGefi2DMPTfTL5SLmv7DivfNa, consultée le 23 octobre 2026 (en anglais) mempool.space
  18. Sénat, compte rendu de la séance du 15 octobre 2008 (projet de loi de finances rectificative pour le financement de l’économie) senat.fr
  19. ACPR, « L’ACPR et l’AMF mettent en garde le public contre plusieurs acteurs », 21 avril 2026 acpr.banque-france.fr
Rédaction de Coindaro

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