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Arnaque pig butchering : comment fonctionne l’arnaque crypto sentimentale

Arnaque pig butchering : une amitié en ligne qui finit sur une fausse appli crypto. Étapes, chiffres du FBI, signaux d'alerte et plainte en France.

Débutant 24 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Ponzi crypto : OneCoin, Bitconnect et comment reconnaître une pyramide de Ponzi
Un smartphone avec un panneau d'alerte, une silhouette encapuchonnée et des pièces éparpillées
Sommaire
  1. Qu’est-ce que l’arnaque pig butchering, et d’où vient son nom  ?
  2. Comment fonctionne l’arnaque crypto sentimentale, étape par étape
    1. Étape 1  : un message qui ne demande rien
    2. Étape 2  : des semaines d’attention, puis un passage sur une messagerie privée
    3. Étape 3  : le conseil, et une plateforme que seul lui peut vous montrer
    4. Étape 4  : de faux gains et un retrait qui fonctionne
    5. Étape 5  : des dépôts plus gros, puis taxes, frais et silence
    6. Étape 6  : la seconde arnaque, l’offre de récupération
  3. La fausse application de trading est le piège, pas la personne
  4. Qui envoie les messages  : les complexes d’arnaque d’Asie du Sud-Est
  5. Chiffres de l’arnaque pig butchering  : ce que rapportent le FBI et l’Europe
    1. États-Unis  : les chiffres 2024 et 2025 du FBI
    2. Dans le monde  : les estimations divergent, et pourquoi
    3. Europe et France  : beaucoup d’avertissements, peu de données solides
  6. Comment reconnaître une arnaque sentimentale crypto  : les signaux, dans l’ordre où on les rencontre
  7. Arnaque sentimentale crypto  : que faire quand on a déjà envoyé de l’argent  ?
  8. Pourquoi des personnes prudentes et intelligentes se font prendre

En 2025, les Américains ont déposé 61 559 plaintes auprès du FBI pour des fraudes à l’investissement en cryptomonnaies et déclaré 7,228 milliards de dollars de pertes, davantage que pour tout autre type de crime en ligne, selon le rapport 2025 de l’Internet Crime Complaint Center (IC3) du FBI. Les personnes de 60 ans et plus en ont perdu 2,76 milliards. Dans la plupart des cas, le scénario est le même  : un inconnu devient un ami, l’ami glisse un conseil de placement, et le conseil mène à une application de trading que l’inconnu contrôle.

Ce scénario a un surnom, l’arnaque pig butchering, que l’on traduit parfois par « boucherie de porcs  ». C’est une escroquerie au long cours. Elle peut durer des semaines avant que la crypto soit évoquée, et à ce stade la victime fait davantage confiance à la personne qui lui écrit qu’à sa banque ou à n’importe quel conseiller. Le FBI note que ces fraudes sont « largement perpétrées par des organisations criminelles basées en Asie du Sud-Est  », qui font souvent taper les messages par des personnes victimes de la traite humaine (traduction de Coindaro).

Cette leçon suit l’arnaque depuis le premier SMS jusqu’à la dernière fausse « taxe  », avec les chiffres officiels des deux côtés de l’Atlantique et la marche à suivre en France quand l’argent est parti. Notre vue d’ensemble des arnaques crypto présente rapidement toutes les familles de fraudes. La leçon précédente de ce parcours, consacrée aux systèmes de Ponzi et pyramides en crypto, traitait de montages qui paient les anciens investisseurs avec l’argent des nouveaux. Le pig butchering fonctionne autrement  : blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il n’y a aucun placement, seulement un écran qui en montre un.

Qu’est-ce que l’arnaque pig butchering, et d’où vient son nom  ?

L’expression traduit le mot chinois « sha zhu pan  ». FinCEN, le service de renseignement financier du Trésor américain, l’a employée dans une alerte publiée le 8 septembre 2023, où il explique l’image  : les escrocs engraissent un porc avant de l’abattre. Dans leur jargon, les victimes sont les « cochons  ». Les semaines de messages, de compliments et de conversation anodine forment l’engraissement. Les gros versements de la fin sont l’abattage.

Les rapports officiels ont depuis abandonné le surnom. Le rapport 2024 du FBI parlait encore de fraude à l’investissement en cryptomonnaies « également connue sous le nom de pig butchering  »  ; celui de 2025 supprime l’expression et ne parle plus que de fraude à l’investissement en cryptomonnaies. Les deux étiquettes désignent la même chose, et les internautes cherchent encore la première, d’où l’emploi des deux dans cette leçon. En français, on rencontre aussi « arnaque crypto sentimentale  », « arnaque aux sentiments  » ou « escroquerie sentimentale  », qui désignent la porte d’entrée la plus courante.

Deux traits la distinguent des arnaques vues plus tôt dans ce parcours. Le premier est la durée  : un rug pull ou un pump and dump se joue en quelques heures ou quelques jours, alors qu’une arnaque pig butchering peut s’étaler sur des mois. Le second est qu’elle ne ressemble souvent pas à une offre d’investissement au départ. Elle ressemble à un faux numéro, à une touche sur une application de rencontre ou au message d’un ancien camarade de classe. La romance n’est qu’une porte d’entrée parmi d’autres  : le FBI et FinCEN décrivent aussi des victimes abordées comme de nouveaux amis, comme des connaissances perdues de vue ou par des groupes de discussion consacrés à l’investissement.

Comment fonctionne l’arnaque crypto sentimentale, étape par étape

Le rapport annuel du FBI, ses alertes publiques et l’alerte de FinCEN de 2023 décrivent la même séquence. Les détails changent d’un réseau à l’autre  ; la forme change rarement.

Étape 1  : un message qui ne demande rien

Le premier contact est inoffensif par construction. FinCEN cite les SMS et les messages privés sur les réseaux sociaux, « généralement sous couvert d’un numéro composé par erreur  » ou d’une tentative de renouer avec un vieil ami. Les autres portes d’entrée sont les applications de rencontre, les réseaux sociaux et les réseaux professionnels. Le rapport IC3 2025 ajoute les publicités à cette liste.

L’expéditeur s’excuse de son erreur, puis continue à discuter. Les photos de profil montrent quelqu’un d’attirant et aisé  : voyages, restaurants, belle voiture, métier prenant dans la finance ou le commerce en ligne. FinCEN relève que les escrocs présentent souvent un profil construit autour de la richesse et d’un mode de vie enviable. Rien n’est demandé. C’est tout l’intérêt.

Étape 2  : des semaines d’attention, puis un passage sur une messagerie privée

Le nouveau contact propose vite de continuer sur WhatsApp, Telegram ou une autre messagerie  ; le FBI écrit que les escrocs « déplacent rapidement la conversation vers une plateforme de messagerie  ». Vient alors la phase lente. Messages du matin, photos de repas, questions sur votre famille, compassion quand vous êtes fatigué. Dans la version sentimentale, les déclarations d’affection arrivent tôt. FinCEN décrit cette phase comme une communication étalée dans le temps pour établir la confiance et nouer une relation.

Aucune source officielle ne donne de durée type pour cette phase  ; elle se compte en semaines ou en mois plutôt qu’en jours. L’essentiel est qu’à la fin, la victime parle à quelqu’un qui lui semble être un proche, et qui ne lui a jamais demandé un centime.

Un groupe de personnes à côté d'un smartphone, d'un calendrier et d'un sablier
Des semaines de messages amicaux viennent d'abord  : dans cette phase, l'escroc ne demande rien.

Étape 3  : le conseil, et une plateforme que seul lui peut vous montrer

L’argent entre dans la conversation de biais. Le contact mentionne qu’un oncle, un mentor ou « un ami analyste  » l’aide à trader des cryptos, de l’or ou des devises, et que cela a payé le train de vie visible sur les photos. Il ne vous demande pas de lui envoyer quoi que ce soit. Il propose de vous montrer comment faire.

FinCEN décrit la suite  : la victime est orientée vers des sites ou des applications « conçus pour paraître légitimes  » mais contrôlés ou manipulés par l’escroc. Le rapport IC3 ajoute une variante où la victime est invitée dans des groupes d’investissement dont les membres se font passer pour des initiés du secteur. L’escroc peut guider la victime dans l’achat de crypto sur une vraie plateforme, parfois en demandant des captures d’écran ou un accès à distance à son téléphone ou à son ordinateur. Les cryptos sont achetées légitimement. Elles sont ensuite envoyées vers une adresse de dépôt affichée dans la fausse plateforme, qui appartient au réseau criminel.

Ce transfert est le moment où l’argent est perdu. Une fois une transaction crypto confirmée, personne ne peut l’annuler, comme l’explique notre guide sur le fonctionnement des transactions crypto, et l’adresse collée par la victime n’a jamais été un compte à son nom. Tout ce qui suit se passe sur un écran dessiné par les criminels.

Étape 4  : de faux gains et un retrait qui fonctionne

Le solde affiché sur la plateforme grimpe. FinCEN indique que les rendements montrés sont « extraordinaires  » et « fabriqués  ». Pour lever les derniers doutes, l’escroc peut laisser la victime retirer une petite somme, qui arrive réellement. Le procédé coûte peu au réseau, qui la règle avec les propres dépôts de la victime, et il est très efficace.

La confiance monte avec le solde. La victime ajoute ses économies, puis de l’argent emprunté. FinCEN signale des victimes qui ont vidé des comptes d’épargne retraite à avantage fiscal ou souscrit des lignes de crédit sur la valeur de leur logement et des seconds prêts hypothécaires. Le rapport IC3 précise que des « prêts  » sont aussi proposés aux victimes pour les encourager à investir davantage. Parmi les cas où le FBI est intervenu en 2025, une victime s’apprêtait à retirer 750 000 dollars de son plan de retraite 401(k), une autre à vendre sa maison pour investir 500 000 dollars.

Étape 5  : des dépôts plus gros, puis taxes, frais et silence

Quand la victime ralentit, la plateforme peut afficher de brusques pertes que seul un nouveau dépôt permettrait de « couvrir  ». Quand elle demande à tout retirer, un nouvel obstacle surgit  : une taxe, des frais ou une pénalité à payer d’abord, toujours avec de l’argent frais. Le FBI qualifie ces prélèvements de « dernière tentative d’extorquer de l’argent aux victimes avant que les escrocs disparaissent  ». Le piège des frais de retrait fait l’objet d’une leçon à part plus loin dans ce parcours, consacrée aux fausses plateformes d’investissement  ; il suffit ici de savoir que le FBI demande aux victimes de ne payer ni frais ni taxes supplémentaires pour retirer, parce que le solde retenu n’existe pas.

Après le dernier paiement, relève FinCEN, l’escroc coupe simplement le contact. L’ami, le mentor et la plateforme disparaissent ensemble, parce qu’ils ont toujours été les mêmes personnes.

Étape 6  : la seconde arnaque, l’offre de récupération

Les victimes sont ensuite ciblées une deuxième fois. Quelqu’un appelle ou écrit en se disant avocat, « enquêteur blockchain  », régulateur ou unité de police, et propose de retracer et de récupérer les cryptos volées contre des frais payés d’avance. Le FBI a recensé 10 516 plaintes pour arnaques à la récupération en 2025, pour 1,4 milliard de dollars de pertes déclarées, et signale une hausse des plaintes pour usurpation d’identité de fonctionnaires et de sociétés de récupération.

La France n’y échappe pas. Le 12 janvier 2023, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a alerté le public contre des appelants qui prétendaient travailler pour elle et proposaient aux victimes d’escroqueries à l’investissement de récupérer leur argent, avec à l’écran ce qui semblait être le numéro de standard de l’AMF. L’AMF rappelle qu’elle ne contacte jamais les épargnants de sa propre initiative et qu’elle n’a pas le pouvoir de faire récupérer des fonds perdus. En Italie, le régulateur Consob a lancé un avertissement le 21 février 2025 contre de faux avocats utilisant son nom et son logo pour promettre aux victimes de sites de trading en ligne de récupérer leur argent, moyennant des frais. La Consob ne recouvre de créances pour personne, et elle parle de « truffe al quadrato  », des escroqueries au carré.

La fausse application de trading est le piège, pas la personne

La plupart des victimes ne rencontrent jamais l’escroc, et la plupart ne voient jamais l’argent quitter leur contrôle. Ce qu’elles voient, c’est une application ou un site avec un tableau de bord professionnel  : des graphiques qui semblent en direct, un solde en dollars ou en USDT, un chat d’assistance, parfois un « niveau VIP  ». C’est un décor de théâtre.

FinCEN décrit plusieurs formes. Certaines sont des sites conçus pour ressembler à de vraies plateformes de trading, parfois en imitant des noms connus. D’autres sont des applications téléchargées depuis un lien ou un site tiers plutôt que depuis une boutique d’applications officielle, ce que FinCEN range parmi les signaux d’alerte. D’autres encore sont des applications légitimes équipées de modules tiers qui permettent à l’escroc de falsifier ce que voit la victime. Il existe aussi des déguisements plus récents. Une alerte du FBI du 14 mars 2023 cite les montages de « liquidity mining  » et de « play-to-earn  », et FinCEN décrit de faux jeux qui promettent des récompenses aux joueurs.

Dans toutes les versions, les chiffres à l’écran sont écrits par les escrocs. Le « gain  » est une valeur dans leur base de données. L’adresse de dépôt affichée par la plateforme est un portefeuille qu’ils contrôlent, et FinCEN cite le bitcoin, l’ether, le tether (USDT) et le TRX parmi les cryptomonnaies connues pour servir dans ces fraudes. La différence entre votre propre portefeuille crypto et un solde affiché sur le site de quelqu’un d’autre est le point à retenir  : si vous ne pouvez pas déplacer vous-même les cryptos, avec vos propres clés, vous ne les détenez pas. Notre guide sur les adresses crypto explique pourquoi une adresse ne dit rien de l’identité de son propriétaire.

L’infrastructure derrière ces sites forme une industrie à part entière. Le 29 mai 2025, le Trésor américain a sanctionné Funnull Technology, une société basée aux Philippines qui, selon l’OFAC cité par Elliptic, achetait des adresses internet auprès de grands fournisseurs de cloud pour les revendre à des criminels qui y hébergeaient des sites frauduleux, et qui a facilité 200 millions de dollars de pertes déclarées par des victimes.

Qui envoie les messages  : les complexes d’arnaque d’Asie du Sud-Est

La personne qui tape les messages est souvent une victime elle aussi. Le rapport 2025 du FBI explique que ces fraudes sont menées en grande partie par des groupes criminels organisés d’Asie du Sud-Est qui exploitent des personnes victimes de la traite comme main-d’œuvre forcée. Un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) publié le 21 juillet 2026 a recensé des personnes originaires d’au moins 80 pays et territoires dans des complexes d’arnaque de la région, selon l’OCCRP (en anglais).

Le plus gros dossier à ce jour vise une seule entreprise. Le 14 octobre 2025, le ministère américain de la Justice a rendu public à Brooklyn l’acte d’accusation visant Chen Zhi, fondateur et président du Prince Holding Group, au Cambodge, pour association de malfaiteurs en vue de fraude électronique et de blanchiment. Les procureurs affirment que le groupe dirigeait au Cambodge des complexes de travail forcé où des personnes victimes de la traite menaient des fraudes à l’investissement crypto, et que Chen les gérait directement. Il s’agit d’allégations  : Chen n’a pas été jugé aux États-Unis, et le Prince Group a qualifié les accusations américaines et britanniques d’« infondées  », selon l’OCCRP. Le même jour, les procureurs ont déposé une demande de confiscation civile portant sur environ 127 271 bitcoins, soit à l’époque environ 15 milliards de dollars, que le ministère de la Justice a présentée comme « la plus grande action de confiscation de son histoire  ». Le Trésor a sanctionné 146 personnes et entités liées au groupe, et cherché à couper l’accès du groupe Huione, un groupe financier cambodgien qui, selon lui, a blanchi au moins 4 milliards de dollars entre août 2021 et janvier 2025.

L’affaire est loin d’être close. Le Cambodge a arrêté Chen Zhi le 6 janvier 2026 et l’a envoyé en Chine, et non aux États-Unis, a rapporté l’OCCRP. Le 25 septembre 2026, la juge Rachel P. Kovner, du tribunal fédéral de Brooklyn, a estimé que neuf personnes se disant victimes de fraude n’avaient pas qualité pour contester la confiscation, faute de pouvoir relier leurs pertes aux portefeuilles saisis, a rapporté CryptoSlate. Cette décision n’a pas achevé la confiscation, toujours en cours en octobre 2026. Si le gouvernement obtient gain de cause, les victimes pourront demander au ministère de la Justice une remise, un versement discrétionnaire.

Un marteau de juge à côté d'un flocon de neige, d'une pièce et d'une tour de bureaux
Les 127 271 bitcoins saisis dans l'affaire Prince Group faisaient encore l'objet d'une procédure de confiscation en cours en octobre 2026.

D’autres actions visent le système plutôt qu’un chef. Le 12 novembre 2025, le Trésor a sanctionné la Democratic Karen Benevolent Army, un groupe armé de Birmanie, et des sociétés qu’il relie à des centres d’arnaque, et les États-Unis ont lancé une Scam Center Strike Force dirigée contre les complexes de Birmanie, du Cambodge et du Laos. Le communiqué du Trésor cite une estimation du gouvernement américain selon laquelle les Américains ont perdu au moins 10 milliards de dollars dans des opérations d’arnaque basées en Asie du Sud-Est en 2024, soit 66 % de plus qu’un an plus tôt.

Chiffres de l’arnaque pig butchering  : ce que rapportent le FBI et l’Europe

Les chiffres sur cette fraude viennent de trois types de sources  : les plaintes déposées auprès de la police, les estimations bâties sur les données de la blockchain et les études régionales. Ils ne mesurent pas la même chose et ne s’additionnent pas.

États-Unis  : les chiffres 2024 et 2025 du FBI

Les chiffres de l’IC3 sont les plus détaillés dont on dispose. Ils ne comptent que les plaintes déposées par les victimes  : les pertes réelles sont donc plus élevées. Les fraudes sentimentales et les fraudes à l’investissement sont déclarées dans des catégories distinctes, et une romance qui tourne au faux investissement peut figurer dans l’une ou dans l’autre.

Catégorie (plaintes / pertes déclarées)20242025
Toutes les plaintes pour crimes sur internet859 532 / 16,6 milliards de dollars1 008 597 / 20,877 milliards de dollars
Toutes les plaintes liées aux cryptomonnaies149 686 / 9,3 milliards de dollars181 565 / 11,366 milliards de dollars
Fraude à l’investissement en cryptomonnaies41 557 / 5,8 milliards de dollars61 559 / 7,228 milliards de dollars
Fraude à l’investissement en cryptomonnaies, victimes de 60 ans et plus8 043 / 1,6 milliard de dollars13 685 / 2,76 milliards de dollars
Arnaques à la confiance et sentimentales (tous moyens de paiement)17 910 / 672 millions de dollars23 159 / 929 millions de dollars
Arnaques à la récupérationpas de chiffre comparable10 516 / 1,4 milliard de dollars
Fraude aux distributeurs et bornes de crypto10 956 / 246,7 millions de dollars13 460 / 389 millions de dollars
Source  : rapports annuels de l’IC3 du FBI pour 2024 (publié en avril 2025) et 2025 (publié en avril 2026). Plaintes déposées auprès de l’IC3 uniquement.

Deux détails comptent pour le lecteur. Les pertes ne se limitent pas aux retraités  : les Américains de 40 à 59 ans ont déclaré 2,3 milliards de dollars de pertes en fraude à l’investissement crypto en 2025, et ceux de la trentaine 412,6 millions. Et sur l’ensemble des plaintes liées aux cryptomonnaies, la perte moyenne déclarée s’élevait à 62 604 dollars.

Le FBI cherche aussi à stopper les arnaques en cours. Son Operation Level Up, lancée en janvier 2024 avec les services secrets américains, s’appuie sur les données de l’IC3 pour repérer et prévenir les victimes. En 2025, elle a contacté 3 780 victimes de fraude à l’investissement crypto  ; 78 % ignoraient qu’elles se faisaient escroquer, et 38 ont été orientées vers un spécialiste de l’aide aux victimes pour une prévention du suicide. Le FBI estime les pertes évitées à environ 226 millions de dollars cette année-là, et à plus de 500 millions depuis le lancement.

Dans le monde  : les estimations divergent, et pourquoi

Chainalysis, une société d’analyse de la blockchain, a écrit le 13 janvier 2026 que les arnaques crypto avaient reçu au moins 14 milliards de dollars sur la chaîne en 2025, et estimé à environ 17 milliards de dollars les sommes volées par des arnaques et fraudes sur l’année, à mesure que davantage d’adresses frauduleuses sont identifiées. Ce chiffre couvre tous les types d’arnaques, et la société range le pig butchering et les programmes d’investissement à haut rendement parmi les catégories dominantes en volume, sans montant distinct pour le pig butchering.

Le rapport de l’UNODC de juillet 2026, tel que résumé par l’OCCRP, estime les pertes dues aux arnaques entre 88,3 et 114,1 milliards de dollars en 2025 en Asie de l’Est et du Sud-Est, en Australie et en Nouvelle-Zélande. C’est une estimation régionale de toutes les arnaques, crypto ou non. L’écart entre 17 et 114 milliards est un écart de méthode et de périmètre, pas une contradiction  : aucune source ne compte le pig butchering seul à l’échelle mondiale.

Europe et France  : beaucoup d’avertissements, peu de données solides

L’Europe n’a pas de chiffre comparable à celui du FBI. L’évaluation de la menace de la criminalité organisée sur internet (IOCTA) 2026 d’Europol qualifie les fraudes de « domaine de la criminalité organisée qui progresse le plus vite  » et affirme que la fraude à l’investissement, « en particulier liée aux cryptomonnaies, est particulièrement répandue  » (traduction de Coindaro). Les États membres citent la fraude à l’investissement, la fraude au président, les arnaques sentimentales et celles au faux support technique parmi les types les plus courants. Europol ajoute que l’IA générative permet aux fraudeurs de personnaliser leur approche. L’agence ne donne aucun total de pertes pour la fraude sentimentale ou à l’investissement crypto.

Les données nationales sont tout aussi maigres. En France, Coindaro n’a trouvé aucune statistique officielle sur les arnaques sentimentales, et aucun chiffre propre au pig butchering. Chez le voisin italien, la Polizia Postale a recensé dans son rapport annuel 2025 (en italien) 27 085 procédures pour cybercriminalité économique et financière, avec plus de 269 millions d’euros soustraits, et décrit de fausses offres de trading en ligne promues par des deepfakes de personnalités connues, sans chiffre séparé pour les arnaques sentimentales. Au Royaume-Uni, la police et les banques publient des données sur les fraudes sentimentales et à l’investissement selon des définitions différentes, et il n’existe pas de total officiel pour la fraude à l’investissement crypto en octobre 2026. Méfiez-vous de tout « total européen du pig butchering  » croisé sur internet.

Comment reconnaître une arnaque sentimentale crypto  : les signaux, dans l’ordre où on les rencontre

Chacun de ces signaux peut, seul, avoir une explication innocente. Deux ou trois ensemble, dans cet ordre, décrivent presque exactement le scénario. Ils viennent des signaux d’alerte de FinCEN, des avertissements du FBI et des conseils de la Federal Trade Commission (FTC) américaine.

  • Un inconnu vous écrit à propos d’un « faux numéro  », ou une rencontre sur application ou un contact professionnel vous propose de passer sur WhatsApp ou Telegram en quelques jours.
  • Le nouvel ami évoque spontanément un train de vie financé par le trading de cryptos, d’or ou de devises, et propose de vous l’apprendre plutôt que de vous demander quoi que ce soit.
  • Le placement n’existe que sur un site ou une application que vous avez atteints par son lien, ou via un fichier à installer hors des boutiques d’applications officielles.
  • On vous demande des captures d’écran de votre compte sur une plateforme d’échange ou d’installer une application de prise de contrôle à distance « pour vous aider  ».
  • Les rendements sont élevés et réguliers, il y a une échéance (« l’offre se termine ce soir  ») et vous sentez la pression de décider avant d’en parler à quiconque.
  • On vous pousse à emprunter, à reprendre un crédit sur votre logement ou à clôturer un produit d’épargne retraite pour verser davantage.
  • Un petit retrait fonctionne, puis un retrait plus important est bloqué tant que vous ne payez pas une taxe, des frais ou un « dépôt de vérification  ».
  • Après votre perte, quelqu’un que vous n’aviez jamais contacté propose de la récupérer contre rémunération.

Les réflexes qui bloquent l’arnaque se résument simplement. N’envoyez jamais d’argent ni de cryptos à quelqu’un que vous ne connaissez que sur internet  ; les conseils de la FTC (en anglais) le disent presque dans ces termes. Vérifiez toute plateforme auprès du régulateur de votre pays avant de déposer le moindre euro  : en France, l’AMF tient des listes noires et des mises en garde, et l’absence d’un nom sur ces listes ne prouve pas qu’une société soit autorisée. Aux États-Unis, la CFTC a publié le 7 février 2022 un avis sur les arnaques sentimentales liées au forex, aux métaux précieux et aux actifs numériques. Ne donnez jamais d’accès à distance à un appareil qui sert à gérer votre argent, et ne communiquez jamais vos mots de récupération  : notre guide sur la sécurité de la phrase de récupération explique pourquoi.

Arnaque sentimentale crypto  : que faire quand on a déjà envoyé de l’argent  ?

Arrêtez de payer. Ni taxe, ni frais, ni pénalité, ni « dépôt de déblocage  » ne libérera un solde qui n’a jamais existé, et chaque nouveau paiement ne fait que prolonger l’arnaque.

Gardez tout  : l’historique des conversations, les pseudonymes et numéros de téléphone du contact, l’adresse web de la plateforme, chaque adresse de portefeuille vers laquelle vous avez envoyé des fonds et chaque identifiant de transaction. Le FBI réclame précisément ces éléments dans un signalement. Notez les dates et les montants tant que vous vous en souvenez.

Prévenez sans attendre votre banque et la plateforme d’échange que vous avez utilisée. Un transfert crypto ne s’annule pas, mais un virement bancaire envoyé il y a quelques jours peut parfois être arrêté, et une plateforme d’échange ou un émetteur de stablecoin peut parfois geler des fonds qui arrivent sur un compte qu’il contrôle. Notre guide sur le fonctionnement des plateformes d’échange centralisées explique pourquoi ces plateformes connaissent leurs clients et peuvent agir  ; les stablecoins comme l’USDT peuvent être gelés par leur émetteur. Rien de tout cela n’est garanti, et aucune source ne donne de taux de récupération habituel.

Signalez ensuite les faits, en France  :

  • Une arnaque en ligne peut faire l’objet d’une plainte sur la plateforme THESEE du ministère de l’Intérieur, accessible depuis service-public.fr.
  • Info Escroqueries, au 0 805 805 817, conseille gratuitement les victimes les jours ouvrés.
  • Le service 17Cyber, porté par la Police nationale, la Gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr, oriente les victimes de cybermalveillance vers le bon interlocuteur.
  • Si vous habitez ailleurs, signalez aussi dans votre pays  : aux États-Unis auprès de l’IC3 (ic3.gov) et de la FTC (ReportFraud.ftc.gov)  ; au Royaume-Uni auprès de Report Fraud, qui a remplacé Action Fraud  ; en Italie auprès de la Polizia Postale (commissariatodips.it).

Ne payez aucune société privée de « récupération  » qui vous contacte, et méfiez-vous de toute entreprise qui vante un résultat garanti. Les offres de récupération sont la seconde moitié du même crime, comme le montrent les chiffres de l’IC3 plus haut. L’AMF le rappelle depuis janvier 2023 : elle n’a pas le pouvoir de faire récupérer des fonds.

Parlez à quelqu’un en qui vous avez confiance. La honte retient les victimes de s’exprimer et les pousse à payer encore  ; les escrocs comptent dessus. Que 78 % des victimes prévenues par le FBI en 2025 ne savaient pas qu’elles se faisaient escroquer en dit plus sur la qualité du scénario que sur ceux qui y ont cru.

Pourquoi des personnes prudentes et intelligentes se font prendre

L’arnaque ne repose ni sur la cupidité ni sur l’ignorance. Elle repose sur le temps. Après des semaines de messages quotidiens, l’escroc n’est plus un inconnu qui propose une affaire mais un ami qui partage ce qui marche pour lui, et le premier retrait test transforme le doute en preuve. Les victimes du tableau par âge du FBI couvrent toutes les tranches d’âge, des vingtenaires aux retraités.

Les outils rendent le scénario moins cher à exécuter. Europol note que l’IA générative aide les fraudeurs à personnaliser leurs messages, et Chainalysis a constaté que les opérations d’arnaque ayant des liens sur la chaîne avec des fournisseurs de services d’IA ont encaissé en moyenne environ 3,2 millions de dollars, contre environ 719 000 dollars pour les autres. Fausses photos, traduction fluide et réponses préparées permettent à la « personne  » d’écrire un français impeccable à toute heure.

La défense ne demande aucune connaissance technique. Elle demande une règle tenue fermement  : une personne rencontrée seulement en ligne ne décide jamais où va votre argent, quelle que soit l’ancienneté de la relation. La prochaine leçon de ce parcours s’intéresse aux plateformes elles-mêmes, avec les sites clones, les listes noires des régulateurs et le piège des frais de retrait en détail, et la manière de vérifier un site avant d’envoyer quoi que ce soit.

Sources

  1. FBI Internet Crime Complaint Center, rapport annuel IC3 2025 (en anglais) ic3.gov
  2. FinCEN : alerte sur les fraudes à l'investissement en monnaie virtuelle dites « pig butchering » (FIN-2023-Alert005, 8 septembre 2023) (en anglais) fincen.gov
  3. Département de la Justice des États-Unis : le président du Prince Group mis en accusation (14 octobre 2025) (en anglais) justice.gov
  4. Trésor américain : sanctions contre la Democratic Karen Benevolent Army et création de la Scam Center Strike Force (12 novembre 2025) (en anglais) home.treasury.gov
  5. Europol, évaluation de la menace de la criminalité organisée sur internet (IOCTA) 2026 (en anglais) europol.europa.eu
  6. Chainalysis : les arnaques crypto en 2025 (13 janvier 2026) (en anglais) chainalysis.com
  7. OCCRP : un rapport de l'ONU décrit l'économie criminelle interconnectée de l'Asie du Sud-Est (juillet 2026) (en anglais) occrp.org
  8. OCCRP : le Cambodge extrade le président du Prince Group vers la Chine (janvier 2026) (en anglais) occrp.org
  9. CryptoSlate : un tribunal américain écarte des victimes de la procédure sur 127 000 bitcoins saisis (1er octobre 2026), à propos de l'ordonnance de la juge Kovner du 25 septembre 2026 (en anglais) cryptoslate.com
  10. Consob : communication du 21 février 2025 sur les faux avocats de récupération (en italien) consob.it
  11. FTC : ce qu'il faut savoir sur les arnaques sentimentales (en anglais) consumer.ftc.gov
  12. FBI IC3 : alerte sur les montages d'investissement en cryptomonnaies (14 mars 2023) (en anglais) ic3.gov
  13. Trésor américain : sanctions contre le réseau du Prince Group et mesure visant Huione Group (14 octobre 2025) (en anglais) home.treasury.gov
  14. AMF : l'AMF alerte le public contre des appels d'usurpateurs prétendant aider à la récupération de fonds (12 janvier 2023) amf-france.org
  15. AMF : listes noires et mises en garde amf-france.org
  16. Polizia Postale e per la Sicurezza Cibernetica, rapport annuel 2025, PDF publié par Cybersecurity360 (en italien) cybersecurity360.it
  17. Elliptic : l'OFAC sanctionne un fournisseur d'infrastructure cloud lié aux arnaques pig butchering (mai 2025) (en anglais) elliptic.co
  18. 17Cyber : assistance aux victimes de cybermalveillance (Police nationale, Gendarmerie nationale, Cybermalveillance.gouv.fr) 17cyber.gouv.fr
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