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Comment récupérer des cryptos volées ? Ce qui marche vraiment

Récupérer des cryptos volées : premiers réflexes, preuves, traçage, gel par une plateforme ou Tether, plaintes en France, en Italie, aux États-Unis.

Débutant 24 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Phishing crypto : faux airdrops, jetons piégés et faux giveaways
Une loupe au-dessus d'un portefeuille ouvert, un pirate encapuchonné et un bouclier
Sommaire
  1. Trois situations, trois recours différents
  2. Les premières heures : récupérer des cryptos volées commence par stopper les pertes
  3. Rassembler les preuves que la police et les plateformes demandent
  4. Traçage sur la blockchain : suivre l’argent n’est pas le récupérer
    1. Ce que vous pouvez voir vous-même sur un explorateur
    2. Ce qu’ajoutent les sociétés de traçage et la police
    3. Là où la piste refroidit
  5. Gel par une plateforme ou par un émetteur de stablecoin : le levier qui marche parfois
    1. Les plateformes agissent sur ordre de la police ou d’un juge
    2. Tether et les autres émetteurs de stablecoins peuvent mettre une adresse sur liste noire
    3. Gelé ne veut pas dire rendu
  6. Porter plainte pour une arnaque crypto : France, Italie, États-Unis, Royaume-Uni
    1. France : plainte, THESEE, Pharos et Info Escroqueries
    2. Italie : Polizia Postale et Consob
    3. États-Unis : IC3 d’abord, puis les régulateurs
    4. Royaume-Uni : Report Fraud, ex-Action Fraud
    5. La plainte, étape par étape
  7. Arnaques à la récupération : le second coup contre les personnes déjà volées
  8. Les voies civiles et les limites de ce qui revient
  9. À quoi s’attendre après le dépôt de plainte

Votre portefeuille a été vidé en pleine nuit, ou la « plateforme de trading » qui affichait un joli solde réclame maintenant des frais avant de vous laisser retirer votre argent. La réponse honnête à la question « comment récupérer des cryptos volées » tient en une phrase : la plupart des victimes ne revoient jamais leur argent. Un transfert sur blockchain ne s’annule pas, et personne ne détient de clé maîtresse pour l’inverser. Ce que vous faites dans les premières heures compte pourtant, car cela décide si un gel, une saisie ou des poursuites restent possibles par la suite.

Le vol de Bybit, le 21 février 2025, montre l’écart entre retrouver la trace de l’argent et le récupérer. Des pirates ont emporté près de 1,5 milliard de dollars en ether, le plus gros braquage crypto jamais enregistré selon Chainalysis (en anglais). Deux mois plus tard, le directeur général de Bybit, Ben Zhou, écrivait sur X que 68,6 % des fonds volés restaient traçables, que 27,6 % étaient « passés dans l’ombre » (gone dark) et que 3,8 % seulement avaient été gelés, d’après Cointelegraph (en anglais). Bybit avait lancé une prime à la découverte et la moitié du secteur surveillait les adresses, et pourtant moins de 4 % ont été arrêtés. Une victime isolée, qui a perdu quelques milliers d’euros, part avec bien moins de moyens.

Cette leçon prolonge notre guide sur les faux airdrops, les wallet drainers et l’empoisonnement d’adresse, ainsi que le panorama des arnaques crypto. Elle ne réexplique pas le fonctionnement des arnaques. Elle décrit ce qu’une victime peut faire en France d’abord, puis en Italie, aux États-Unis et au Royaume-Uni : sécuriser ce qui reste, garder les preuves, comprendre ce que le traçage sur la chaîne permet ou non, joindre les rares acteurs capables de geler des fonds, déposer la bonne plainte et refuser la seconde arnaque qui suit presque toujours la première.

Trois situations, trois recours différents

Le mot « volé » recouvre des cas que le droit et les banques traitent très différemment. Commencez donc par situer le vôtre.

Dans le premier, quelqu’un a pris les cryptos dans votre propre portefeuille : vous avez saisi votre phrase de récupération sur un faux site, signé une autorisation malveillante, ou un logiciel espion a lu vos clés. Vous n’avez jamais consenti au transfert. Dans le deuxième, vous avez envoyé vous-même l’argent à un faux site d’investissement, à un contact rencontré en ligne ou à un faux agent de récupération. Les banques parlent alors d’opération autorisée, même si vous avez été trompé. Dans le troisième, quelqu’un a pris le contrôle de votre compte sur une plateforme d’échange et retiré le solde.

La différence compte surtout côté monnaie classique. Si des euros ou des dollars ont quitté votre banque par carte ou par virement ces dernières heures ou ces derniers jours, votre banque peut parfois rappeler les fonds ou contester l’opération. Le rapport 2025 sur la criminalité sur Internet du FBI (en anglais) montre à quel point la vitesse pèse : son Recovery Asset Team a traité 3 900 dossiers de virements frauduleux en 2025, pour environ 1,16 milliard de dollars, et a aidé les banques à en geler environ 679 millions, soit un taux de réussite de 58 %. Cette procédure, la Financial Fraud Kill Chain, vaut pour les virements bancaires. Une fois l’argent converti en cryptos et déplacé sur une blockchain, aucune banque ne peut le faire revenir, et la FTC américaine le dit sans détour : les paiements en cryptomonnaies ne sont en général pas réversibles (en anglais).

Quand un compte d’échange est piraté, la plateforme détient les journaux de connexion, les appareils et les retraits. Elle ne vous remboursera pas d’office, mais c’est le premier interlocuteur à joindre, et son équipe de sécurité peut bloquer aussitôt de nouveaux retraits.

Les premières heures : récupérer des cryptos volées commence par stopper les pertes

Ces étapes passent avant toute plainte. Elles protègent ce qui reste et gardent les preuves intactes.

  1. Coupez tout contact et tout paiement avec les personnes concernées. Une demande de « frais de déblocage », d’impôt ou de « dépôt de vérification » avant un retrait, c’est l’arnaque qui continue, pas une issue.
  2. S’smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il reste des fonds dans un portefeuille vidé, déplacez-les tout de suite vers un portefeuille neuf, créé sur un appareil sain, avec une nouvelle phrase de récupération notée sur papier. Ne réutilisez jamais l’ancienne : notre guide sur la sécurité de la phrase de récupération explique pourquoi.
  3. Si vous avez signé une autorisation de jetons (approval) sur un réseau de type Ethereum, révoquez-la avec l’outil de contrôle des autorisations d’un explorateur de blocs, pour que l’attaquant ne puisse pas retirer d’autres jetons plus tard.
  4. Changez le mot de passe et la double authentification de votre messagerie d’abord, puis de chaque compte d’échange, et déconnectez toutes les autres sessions. Préférez une application d’authentification au SMS quand c’est possible.
  5. Si de l’argent a quitté votre banque par carte ou par virement, appelez immédiatement la ligne antifraude de la banque et demandez un rappel de fonds ou une contestation. Chaque heure compte côté bancaire.
  6. Contactez l’assistance de la plateforme que vous avez utilisée, uniquement par son site ou son application, jamais par un numéro trouvé dans un moteur de recherche ou dans un message.
  7. Notez les faits tant que vous vous en souvenez : dates, heures avec le fuseau horaire, noms et pseudos utilisés, sites, circonstances du premier contact.
  8. N’effacez pas et ne réinitialisez pas l’appareil utilisé. Les enquêteurs voudront peut-être le voir tel quel.

Si le vol est passé par un faux airdrop ou une adresse empoisonnée, les mêmes étapes s’appliquent. La révocation compte le plus dans ce cas, car les drainers gardent souvent une autorisation permanente pour reprendre des fonds.

Rassembler les preuves que la police et les plateformes demandent

Une plainte sans données de transaction n’est qu’un récit. Avec les hash de transaction, c’est une piste qu’un analyste suit en quelques minutes. Regroupez tout dans un seul dossier, avec des copies stockées hors de l’appareil touché.

  • Le hash de transaction (aussi appelé txid) de chaque transfert sorti de votre portefeuille ou de votre compte, et le réseau concerné (Bitcoin, Ethereum, Tron, Solana, etc.).
  • Votre propre adresse et chaque adresse de destination, copiées exactement et non retapées à la main.
  • Le jeton et le montant de chaque transfert, avec la date et l’heure.
  • Les captures d’écran des conversations, du faux site avec son URL complète, les e-mails avec leurs en-têtes, et tout « contrat » ou « relevé de compte » envoyé par les escrocs.
  • Les références bancaires de chaque paiement par carte ou virement qui a servi à acheter les cryptos.
  • L’identifiant de votre compte sur la plateforme et les retraits qu’elle affiche.

Un hash de transaction est le reçu d’un transfert sur blockchain. Collez-le dans un explorateur de blocs public du réseau concerné : vous voyez l’expéditeur, le destinataire, le montant et l’heure. Si les adresses vous sont nouvelles, notre leçon sur ce qu’est une adresse crypto montre comment en lire une. Conservez les hash sous forme de texte autant que de captures : un enquêteur veut pouvoir les copier-coller.

Traçage sur la blockchain : suivre l’argent n’est pas le récupérer

Les blockchains publiques gardent chaque transfert pour toujours. Les adresses ne portent pas de nom, mais elles sont pseudonymes, pas anonymes : dès qu’une adresse est rattachée à une personne ou à une entreprise, une bonne part de son historique devient lisible.

Ce que vous pouvez voir vous-même sur un explorateur

Partez de votre transaction sortante et suivez-la de saut en saut. Dans la plupart des vols, les fonds sont éclatés entre de nombreuses adresses en quelques minutes, puis échangés contre un autre jeton, envoyés par un pont (bridge) vers une autre chaîne ou jetés dans un mixeur. Parfois, la piste s’arrête sur une adresse de dépôt d’une grande plateforme. Les explorateurs étiquettent certaines de ces adresses, et cette étiquette est ce qu’une victime peut trouver de plus utile, car une plateforme est une entreprise dotée d’une équipe de conformité et d’une adresse légale.

Ce qu’ajoutent les sociétés de traçage et la police

Des sociétés du type Chainalysis ou TRM Labs regroupent les adresses en grappes appartenant au même service, étiquettent des milliers d’adresses de dépôt de plateformes et suivent les fonds d’une chaîne à l’autre. Les forces de police et les grandes plateformes utilisent leurs outils. Le résultat est du renseignement : une carte du parcours de l’argent, qui peut appuyer une demande de gel ou un mandat. Ce n’est pas un remboursement.

L’affaire Colonial Pipeline montre quand le traçage débouche sur une saisie. Le 7 juin 2021, le ministère américain de la Justice a annoncé la saisie de 63,7 bitcoins (en anglais), alors d’une valeur d’environ 2,3 millions de dollars, sur une rançon d’environ 75 BTC versée au groupe DarkSide. Les agents avaient suivi la rançon sur le registre public jusqu’à une adresse dont le FBI détenait la clé privée, et un juge fédéral du district nord de Californie avait autorisé le mandat de saisie. Sans cette clé, le seul traçage n’aurait rien changé.

Là où la piste refroidit

Les mixeurs, les services d’échange entre chaînes, les plateformes qui ne vérifient pas l’identité et les cryptos de confidentialité coupent le lien entre adresses ou sortent les fonds de portée de tout tribunal qui connaît le dossier. Dans le vol de Bybit, environ 84 % de l’ether volé a été converti en bitcoin via THORChain, selon le même article de Cointelegraph, et une partie du reste est passée par le service d’échange eXch, qui a annoncé sa fermeture au 1er mai 2025 après des accusations d’avoir servi à blanchir les fonds. La vitesse est l’arme des attaquants : un vol de dix minutes peut demander des semaines de procédure pour y répondre.

Un œil qui observe une rangée de blocs, un pont et une chaîne brisée
Chaque transfert reste visible sur la chaîne, mais les ponts, les échanges entre chaînes et les mixeurs coupent la piste qui mène à une personne.

Gardez cela en tête quand on vous présente un « rapport de traçage » comme preuve que votre argent peut revenir. Savoir où sont allés les jetons et avoir le pouvoir de les reprendre sont deux choses différentes, et seule la seconde rend l’argent.

Gel par une plateforme ou par un émetteur de stablecoin : le levier qui marche parfois

Les fonds peuvent être arrêtés à deux endroits : chez une entreprise qui les détient pour un client, et chez l’émetteur d’un stablecoin qui peut bloquer une adresse. Les deux agissent sur ordre des autorités, pas sur le message d’une victime.

Les plateformes agissent sur ordre de la police ou d’un juge

Si les jetons volés sont arrivés sur un compte d’une plateforme régulée, celle-ci sait qui l’a ouvert, puisqu’elle a contrôlé des pièces d’identité. Notre guide sur le fonctionnement des plateformes d’échange centralisées explique cette piste KYC. Mais la plateforme ne gèlera pas le compte d’un client parce qu’un inconnu le lui demande. La page d’assistance de Binance sur les fonds volés (en anglais) indique qu’elle est « incapable de geler unilatéralement les actifs d’un utilisateur » (traduction) sans ordre officiel des forces de l’ordre ou d’un tribunal, qu’elle traite directement avec la police et qu’elle ne communique pas les résultats à la victime. Le travail de la victime consiste donc à faire déposer une plainte vite, avec les hash et l’adresse de dépôt de la plateforme, pour que les enquêteurs puissent envoyer la demande.

Le délai décide du résultat. Un voleur qui dépose sur une plateforme retire ou échange le plus souvent en quelques heures. Une demande de gel qui arrive une semaine plus tard trouve souvent un compte vide.

Tether et les autres émetteurs de stablecoins peuvent mettre une adresse sur liste noire

Tether, émetteur de l’USDT, peut geler les jetons d’une adresse pour qu’ils ne bougent plus. Le 23 avril 2026, l’entreprise a gelé plus de 344 millions de dollars d’USDT sur deux adresses Tron, en coordination avec le bureau des sanctions du Trésor américain (OFAC) et les forces de l’ordre américaines. Tether a indiqué à ce moment avoir gelé plus de 4,4 milliards de dollars au total et travailler avec plus de 340 services de police dans 65 pays, a rapporté The Block (en anglais). En janvier 2026, elle avait gelé environ 182 millions de dollars sur cinq adresses Tron à la demande des forces de l’ordre. Notre comparatif USDT et USDC explique comment fonctionne ce contrôle de l’émetteur.

Le schéma de ces gels est toujours le même : une police ou un régulateur demande, l’émetteur agit. Une victime qui écrit directement à un émetteur n’a aucun titre pour exiger un gel. Des fonds volés détenus en USDT sur une chaîne publique restent pourtant un meilleur cas que du bitcoin, puisqu’un gel est au moins possible.

Gelé ne veut pas dire rendu

La Scam Center Strike Force américaine, créée en 2025 au sein du parquet fédéral du district de Columbia avec le FBI, les services secrets et d’autres agences, montre l’ampleur et le retard. Sa page officielle (en anglais), mise à jour le 15 octobre 2026, indique que son équipe de saisie a bloqué environ 938 millions de dollars en cryptomonnaies et qu’elle s’attache à rendre les fonds volés aux victimes. Bloqué ne veut pas dire rendu. L’argent n’arrive aux victimes qu’après une confiscation, puis une procédure de restitution ou d’indemnisation, qui prend des mois ou des années, et aucun chiffre public ne dit combien a été reversé jusqu’ici.

Porter plainte pour une arnaque crypto : France, Italie, États-Unis, Royaume-Uni

Une plainte fait trois choses : elle vous donne un numéro de référence que demandent les banques, les plateformes et les assureurs, elle permet à la police de relier votre dossier à d’autres menés par le même groupe, et elle sert de base légale à tout ordre de gel. À elle seule, elle ne ramènera pas l’argent. Déposez-la même pour une petite somme : ce sont les signalements mis en commun qui permettent de démanteler les grosses opérations.

France : plainte, THESEE, Pharos et Info Escroqueries

Une victime en France dépose plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou en ligne via THESEE, le service accessible par la rubrique « arnaque sur Internet » de service-public.gouv.fr. Selon Service-Public, THESEE ne couvre qu’une liste fermée de situations : rançongiciel, messagerie piratée utilisée pour contacter vos proches, hameçonnage, achat sur un faux site marchand ou auprès d’un faux vendeur sur un site de petites annonces, et chantage. Une fausse plateforme d’investissement ne figure pas dans cette liste. La plupart des victimes d’arnaques à l’investissement en cryptos déposent donc plainte sur place, par courrier au procureur de la République, ou par visioplainte là où ce service existe.

THESEE est recommandé, jamais obligatoire, et la police ne peut pas refuser une plainte déposée en personne au motif que ce service existe. Gardez le numéro de référence de votre plainte : banques, plateformes et assureurs le demandent. Si vous hésitez sur la bonne démarche, Info Escroqueries, une ligne gratuite au 0 805 805 817 ouverte du lundi au vendredi de 9 h 00 à 18 h 30, selon la Banque de France, aide à choisir le bon canal. Pharos (internet-signalement.gouv.fr) reçoit les signalements de contenus illicites en ligne : ce signalement s’ajoute à la plainte, il ne la remplace pas.

Côté régulateur, l’Épargne Info Service de l’AMF répond à vos questions au +33 1 53 45 62 00 et l’AMF publie des listes noires de sites crypto non autorisés. Signaler la plateforme ou le promoteur à l’AMF permet d’alerter d’autres épargnants. Elle ne récupère pas les fonds : nous y revenons plus bas, car des escrocs se font passer pour elle.

Italie : Polizia Postale et Consob

En Italie, la denuncia formelle se dépose en personne dans un bureau de la Polizia di Stato ou auprès des Carabinieri. Le portail de la Polizia Postale, commissariatodips.it (en italien), propose « Segnala online », mais il s’agit d’un signalement, pas d’une plainte : le portail précise lui-même qu’il ne peut pas servir à envoyer des denunce ou des querele. Une pré-denuncia en ligne existe sur denunceonline.poliziadistato.it et dans l’application IO, avec SPID ou CIE, pour des infractions dont la truffa et la frode informatica. La police précise (en italien) que ce service est encore en phase d’essai, ouvert seulement dans certains bureaux du Latium (dont les questure de Rieti et de Frosinone), et qu’il doit être formalisé dans les 48 heures dans un bureau de la Polizia di Stato, sur rendez-vous. La Consob reçoit les signalements de plateformes non autorisées et publie des alertes, et elle déclare qu’elle ne s’occupe pas de la récupération de l’argent perdu (en italien).

États-Unis : IC3 d’abord, puis les régulateurs

La porte d’entrée fédérale principale est l’Internet Crime Complaint Center du FBI, sur ic3.gov. En 2025, il a reçu 181 565 plaintes liées aux cryptomonnaies, pour des pertes d’environ 11,37 milliards de dollars, soit plus de la moitié des 20,88 milliards déclarés pour toute la cybercriminalité. Les seules fraudes à l’investissement en cryptos représentent environ 7,23 milliards de dollars. La FTC demande aussi aux victimes de signaler les faits sur ReportFraud.ftc.gov. Si une plateforme d’investissement est en cause, la SEC (sec.gov/tcr) et la CFTC (cftc.gov/complaint) reçoivent des signalements. Un dépôt auprès de la police locale ou du bureau de protection des consommateurs du procureur général de votre État ajoute une trace locale.

Les plaintes IC3 alimentent de vraies opérations. L’Operation Level Up, lancée en janvier 2024, s’en sert pour prévenir des personnes encore en train de se faire escroquer : elle a alerté plus de 8 000 victimes depuis son lancement, dont 3 780 en 2025, selon le rapport IC3.

Royaume-Uni : Report Fraud, ex-Action Fraud

En Angleterre, au pays de Galles et en Irlande du Nord, Report Fraud a remplacé Action Fraud le 4 décembre 2025. Le service est géré par la police de la Cité de Londres, sur reportfraud.police.uk ou au 0300 123 2040 (en anglais), le même numéro qu’avant. En Écosse, il faut appeler Police Scotland au 101. La page de signalement des arnaques de la FCA (en anglais) dit aux victimes : « Si vous avez perdu de l’argent à cause d’une arnaque, contactez Report Fraud, puis signalez-le-nous » (traduction). La FCA ajoute qu’elle ne peut pas vous aider à récupérer votre argent, et prévient que les personnes déjà escroquées sont plus souvent ciblées de nouveau.

Côté banque, les prestataires de paiement britanniques doivent rembourser les victimes de fraude par virement autorisé (APP fraud) effectué par Faster Payments ou CHAPS, jusqu’à 85 000 £ par réclamation, depuis le 7 octobre 2024. Le cas habituel en cryptos n’entre pas dans ce dispositif. La déclaration de politique PS23/3 du Payment Systems Regulator (en anglais) exclut les paiements effectués via d’autres systèmes de paiement, et son propre exemple est celui d’un client qui envoie de l’argent à son compte sur une plateforme crypto, puis paie un fraudeur en cryptos. Si le virement bancaire est allé directement sur le compte du fraudeur, la règle peut s’appliquer. Interrogez votre banque dans tous les cas, et portez un refus devant le Financial Ombudsman Service si vous le contestez.

La plainte, étape par étape

  1. Préparez le dossier de preuves décrit plus haut, avec chaque hash de transaction et chaque adresse en texte.
  2. Déposez plainte auprès de la police de votre pays : une plainte en France, une denuncia en Italie, IC3 aux États-Unis, Report Fraud au Royaume-Uni. Gardez le numéro de référence.
  3. Envoyez cette référence, avec les hash et l’adresse de dépôt, à l’assistance de toute plateforme qui a reçu les fonds, par son site officiel.
  4. Signalez la plateforme ou le promoteur au régulateur des marchés : AMF ou Consob, FCA, SEC ou CFTC, pour qu’il puisse alerter d’autres personnes et faire bloquer des sites.
  5. Donnez la référence de la plainte à votre banque si de l’argent classique est en jeu, et gardez une copie de chaque échange de messages.
  6. Répondez vite aux demandes d’information de la police, et traitez avec méfiance tout autre contact au sujet de votre dossier.

Arnaques à la récupération : le second coup contre les personnes déjà volées

La liste des victimes est un actif précieux pour les criminels. Peu après une perte, beaucoup de personnes reçoivent un message d’un « avocat », d’une « société d’investigation blockchain » ou d’une « autorité publique » qui propose de récupérer l’argent contre des frais d’avance. Le FBI a compté 10 516 plaintes pour arnaques à la récupération en 2025, avec environ 1,4 milliard de dollars de pertes, un chiffre qui peut inclure la perte initiale à l’origine du contact, relève le rapport IC3 (en anglais).

En France, le visage de cette arnaque est celui d’un faux représentant de l’AMF. L’AMF a prévenu le 3 février 2025 que des personnes appelaient des victimes d’arnaques en se faisant passer pour ses collaborateurs, et a précisé qu’elle ne contacte jamais les épargnants par téléphone de sa propre initiative et qu’elle ne propose aucune procédure de recouvrement de fonds dérobés. La Consob a averti le 15 décembre 2025 au sujet de faux e-mails, la plupart envoyés depuis des adresses qui reprennent son nom (en italien), qui demandent de l’argent pour récupérer des pertes passées ou débloquer des cryptos détenues dans des portefeuilles à l’étranger. La FCA appelle « recovery room » les escrocs derrière ces offres.

Aux États-Unis, le FBI a averti en juin 2024 que des personnes se faisant passer pour des cabinets d’avocats avaient pris plus de 9,9 millions de dollars à des victimes d’arnaques crypto entre février 2023 et février 2024. Son avis d’alerte (en anglais) liste les signes : contact non sollicité sur les réseaux sociaux ou les messageries, affirmation que le FBI ou une autre agence a transmis votre dossier, frais à payer d’abord et le reste après récupération, demande de coordonnées bancaires pour vous « vérifier », exigence d’impôts arriérés avant le déblocage des fonds. Sa ligne centrale est simple : « Les forces de l’ordre ne font pas payer les victimes pour enquêter sur des crimes » (traduction).

Un panneau d'avertissement près d'un smartphone, de billets et d'une main tendue
Les faux agents de récupération contactent les victimes les premiers et réclament des frais avant tout retour d'argent.

Un vrai avocat peut faire de vraies choses : saisir un tribunal, adresser des demandes de communication à une plateforme, agir pour un groupe de victimes. Un vrai avocat ne garantit pas de résultat, ne vous contacte pas le premier après avoir trouvé votre nom sur une « liste », ne demande pas de paiement en cryptos ou en cartes cadeaux et n’a pas besoin de votre phrase de récupération. Personne n’en a besoin. Les victimes d’arnaques à la bouchère et d’arnaques sentimentales sont les plus visées, car les escrocs savent déjà combien elles ont perdu et comment les joindre.

Les voies civiles et les limites de ce qui revient

Quand la somme est importante et que l’argent se trouve chez une plateforme identifiable, une action civile peut aboutir, à un certain coût. Les tribunaux anglais ont ouvert la voie. Dans l’affaire Mr Dollar Bill Ltd v Persons Unknown ([2021] EWHC 2718 (Ch)), une société qui avait placé 150 000 £ sur une fausse plateforme a obtenu une injonction contre les fraudeurs inconnus, l’autorisation de les assigner par e-mail et des ordonnances de communication visant Binance et Huobi pour identifier les titulaires des comptes récepteurs, a résumé Addleshaw Goddard (en anglais). Les tribunaux américains admettent des actions semblables contre des défendeurs « John Doe ». Ces procédures exigent des avocats, des frais de justice et, souvent, une garantie pour dommages : pour une perte de quelques milliers d’euros, le coût dépasse en général la somme en jeu.

Les remboursements d’une faillite sont une autre histoire, et on les confond souvent avec une récupération. Les clients de Mt. Gox, la plateforme tombée en 2014, attendent encore les derniers versements : le curateur a repoussé l’échéance de remboursement au 31 octobre 2027, comme nous l’avons rapporté le 19 octobre 2026. Les créanciers de FTX ont reçu des distributions issues d’une masse faillie. Ce sont des créances sur une entreprise défaillante qui avait gardé les actifs de ses clients, pas une voie pour les victimes d’arnaques, dont l’argent est parti chez des criminels sans masse à partager.

Aucun organisme public ne publie de taux de récupération pour les victimes individuelles d’arnaques crypto. Les chiffres qui existent décrivent des gels, pas des remboursements.

ÉlémentChiffreDateSource
Plaintes américaines liées aux cryptos auprès d’IC3181 565 ; pertes d’environ 11,37 milliards de dollarsAnnée 2025Rapport FBI IC3, avril 2026
Pertes américaines par fraude à l’investissement en cryptosenviron 7,23 milliards de dollarsAnnée 2025Rapport FBI IC3
Plaintes américaines pour arnaques à la récupération10 516 ; environ 1,4 milliard de dollarsAnnée 2025Rapport FBI IC3
Fonds de fraude bancaire gelés par le Recovery Asset Team d’IC3environ 679 millions de dollars (58 % de réussite)Année 2025Rapport FBI IC3
Vol de Bybit : traçable / passé dans l’ombre / gelé68,6 % / 27,6 % / 3,8 %21 avril 2025Ben Zhou, via Cointelegraph
Gels cumulés de Tetherplus de 4,4 milliards de dollars23 avril 2026Tether, via The Block
Scam Center Strike Force américaine, cryptos bloquéesenviron 938 millions de dollarsPage mise à jour le 15 octobre 2026Parquet fédéral de Washington, D.C.
Pertes liées à de faux cabinets d’avocatsplus de 9,9 millions de dollarsFévrier 2023 à février 2024Avis du FBI IC3, juin 2024

Lisez le tableau du côté de la victime. Les pertes se comptent en milliards et les gels en centaines de millions, mais personne ne publie la part qui est arrivée jusqu’aux particuliers. L’impôt sur une perte liée à un vol est un sujet à part, renvoyé à une leçon ultérieure.

À quoi s’attendre après le dépôt de plainte

Attendez-vous au silence. La plupart des signalements reçoivent un accusé de réception et aucun suivi, car la police regroupe les dossiers et travaille sur les réseaux qui reçoivent les plus gros flux. Un appel ou un e-mail des mois plus tard peut signifier que votre dossier a rejoint un dossier plus vaste, ou qu’une saisie est en cours. Aux États-Unis, l’argent confisqué parvient aux victimes par une procédure de restitution ou d’indemnisation, et les victimes sont contactées dans ce cadre. Vérifiez tout message de ce type en joignant l’autorité par son site officiel avant de répondre.

Gardez votre dossier de preuves pendant des années. L’affaire Bitfinex montre qu’une piste peut payer longtemps après le vol : environ 119 754 bitcoins ont été volés à la plateforme en 2016, et en février 2022 le ministère américain de la Justice en a saisi plus de 94 000, après que des agents ont trouvé les clés privées dans des fichiers conservés sur le compte en ligne d’un suspect, a rapporté The Block (en anglais). Cinq ans et demi se sont écoulés entre le piratage et la saisie. En attendant, protégez ce qu’il vous reste : un portefeuille matériel, une phrase de récupération qui ne touche jamais un écran et l’habitude de vérifier chaque adresse avant d’envoyer. Notre page sur l’auto-conservation résume ce que signifie détenir ses clés, et ce que cela coûte quand elles fuient.

Sources

  1. FBI IC3 : rapport 2025 sur la criminalité sur Internet, avril 2026 (en anglais) ic3.gov
  2. FBI IC3 : avis d'alerte sur les faux cabinets d'avocats qui ciblent les victimes d'arnaques crypto, 24 juin 2024 (en anglais) ic3.gov
  3. Service-Public : porter plainte, plainte en ligne et THESEE service-public.gouv.fr
  4. AMF : attention aux appels de soi-disant collaborateurs de l'AMF, 3 février 2025 amf-france.org
  5. Banque de France : mise en garde contre les faux agents de la Banque, avec le numéro d'Info Escroqueries banque-france.fr
  6. Polizia di Stato, Commissariato di PS online : denuncia per reati telematici (en italien) commissariatodips.it
  7. Consob : avertissement du 15 décembre 2025 sur les faux e-mails de la Consob (en italien) consob.it
  8. Binance Support : comment signaler des fonds volés transférés vers Binance (en anglais) binance.com
  9. Cointelegraph : deux tiers des fonds piratés de Bybit restent traçables, selon son directeur général, 21 avril 2025 (en anglais) cointelegraph.com
  10. The Block : Tether gèle 344 millions de dollars d'USDT sur Tron, 23 avril 2026 (en anglais) theblock.co
Rédaction de Coindaro

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