La différence entre un coin et un token tient à l’endroit où vit l’actif. Un coin (on dit aussi cryptomonnaie native) appartient à sa propre blockchain et sert à payer les frais de cette chaîne : le BTC sur Bitcoin, l’ETH sur Ethereum, le SOL sur Solana. Un token, ou jeton, est un solde inscrit dans un smart contract qui tourne sur la blockchain de quelqu’un d’autre. L’USDT sur Ethereum est un token, et pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">il faut de l’ETH pour le déplacer. Presque toutes les questions « coin ou token » se ramènent à cet exemple.
Le sujet paraît théorique jusqu’au jour où il coûte de l’argent. Des débutants envoient de l’USDT sur le mauvais réseau, d’autres découvrent un solde de tokens bloqué parce que le portefeuille ne contient aucun coin pour régler les frais. Cette leçon fait suite à notre introduction à ce qu’est une cryptomonnaie. Elle pose le vocabulaire, donne une vérification de deux minutes applicable à n’importe quel actif, puis explique comment l’AMF, le règlement européen MiCA et le fisc français traitent ces actifs. Les chiffres sont arrêtés à octobre 2026.
Différence entre coin et token : la règle en une phrase
Un coin est inscrit dans le protocole d’une blockchain. Le logiciel que fait tourner chaque nœud sait ce qu’est un bitcoin, comment l’offre augmente et quelle adresse détient quel montant. Personne n’a déployé de programme pour le créer. Les développeurs parlent d’actif natif.
Les tokens arrivent ensuite, et ils naissent du code. Quelqu’un écrit un smart contract, le publie sur une chaîne hôte comme Ethereum, Solana ou Tron, et ce contrat tient son propre registre : qui possède combien d’unités. La chaîne hôte ignore ce que le token représente. Elle exécute le contrat et prélève des frais, dans son propre coin, chaque fois que le contrat agit.
Le test pratique tient donc en une question : qu’est-ce qui paie les frais ? Un actif qui règle ses propres transactions est un coin. Un actif qui a besoin d’un autre actif pour bouger est un token sur cette chaîne.
L’usage courant est plus flou. CoinGecko appelle « coin » tout ce qu’il référence, et sa page de catégories en comptait plus de 22 000 le 14 octobre 2026, tokens compris. La plupart des « memecoins » sont eux aussi des tokens : SHIB, PEPE et WIF vivent dans des contrats hébergés par d’autres chaînes, alors que DOGE tourne sur sa propre blockchain. Dans ce guide, « coin » veut dire coin natif, rien d’autre. En français réglementaire, le mot officiel pour token est « jeton », nous y reviendrons.
Ce qui rend un coin natif de sa blockchain
Le protocole le crée
Les coins natifs sortent des règles mêmes de la chaîne. Bitcoin verse des bitcoins nouvellement émis, plus les frais, aux mineurs qui ajoutent les blocs. Ethereum rémunère les validateurs qui immobilisent de l’ETH en staking. L’émission, les récompenses et la façon d’enregistrer les soldes sont écrites dans le logiciel client : les modifier revient à modifier le protocole, ce qui exige un large accord entre ceux qui font tourner des nœuds.
C’est aussi pour cela qu’un coin n’a pas d’adresse de contrat. Cherchez le BTC ou l’ETH dans un explorateur de blocs : vous trouverez des soldes et des transactions, jamais un contrat qui les émet.
Il paie les frais du réseau
Chaque chaîne publique fait payer l’espace de bloc et le calcul qu’une transaction consomme, et elle se fait payer dans son propre coin. Le mécanisme change d’une chaîne à l’autre :
| Chaîne | Frais payés en | Fonctionnement des frais |
|---|---|---|
| Bitcoin | BTC | Ce que les entrées contiennent au-delà des sorties revient au mineur. Le montant dépend de la taille de la transaction en octets, pas de la somme envoyée (guide développeur de Bitcoin) |
| Ethereum | ETH | Le gas se paie en gwei, un milliardième d’ETH. Les frais de base sont brûlés, un pourboire facultatif va au validateur. Un simple transfert d’ETH consomme 21 000 unités de gas |
| Solana | SOL | 5 000 lamports par signature, moitié brûlés, moitié versés au validateur, plus des frais de priorité facultatifs |
| BNB Smart Chain | BNB | Les frais se règlent en BNB et vont aux producteurs de blocs |
| Tron | TRX | Bande passante (600 unités gratuites par période glissante de 24 heures) plus Énergie pour les appels de contrat, sans quota gratuit. L’Énergie manquante se paie en brûlant des TRX |
| TON | TON | Un transfert de token est un message que le portefeuille de l’expéditeur paie en TON |
« Les frais de gas doivent être payés dans la monnaie native d’Ethereum, l’ether (ETH) », rappelle la documentation d’ethereum.org sur le gas. Notre fiche de glossaire sur les frais de gas explique pourquoi ces prix montent et baissent avec la demande.
Une exception sème le trouble. Certains portefeuilles proposent de payer les frais « avec » un token. MetaMask le permet sur Ethereum, BNB Smart Chain, Arbitrum, Base, Polygon et Linea, et sa page d’aide précise que sur les autres réseaux il faut assez du token natif. En coulisses, un relais règle la chaîne dans son coin et vous facture en token. La chaîne, elle, n’accepte toujours que son actif natif.
Qu’est-ce qu’un token en crypto ? Un solde dans un smart contract
Retirez le logo et il reste un tableau : des adresses dans une colonne, des nombres dans l’autre. Le contrat qui détient ce tableau dispose de fonctions pour lire un solde et déplacer des unités d’une ligne à l’autre. Quand votre portefeuille affiche 500 USDT sur Ethereum, il lit un nombre stocké dans le contrat 0xdac17f958d2ee523a2206206994597c13d831ec7, l’adresse que Tether publie pour son token sur Ethereum.
Comme le contrat est du code ordinaire, son auteur décide de ce qu’il peut faire. Créer de nouvelles unités, en détruire, geler une adresse, prélever une commission sur chaque transfert, suspendre les échanges : chacune de ces options est un choix de conception. Cette souplesse explique qu’il existe des millions de tokens, et qu’un token puisse porter des risques qu’un coin n’a pas.
ERC-20, le standard qui a simplifié les tokens
Les premiers tokens d’Ethereum avaient chacun leur interface, si bien que portefeuilles et plateformes écrivaient du code sur mesure pour chacun. L’EIP-20, créée le 19 novembre 2015 par Fabian Vogelsteller et Vitalik Buterin, a réglé le problème. Son résumé tient en une ligne : « une interface standard pour les tokens ».
Le standard impose six fonctions (totalSupply, balanceOf, transfer, transferFrom, approve et allowance) et deux événements, Transfer et Approval. Le nom, le symbole et le nombre de décimales sont facultatifs. Un contrat construit sur ce modèle fonctionne dans tout portefeuille qui lit l’ERC-20 : un nouveau token peut y apparaître quelques minutes après son lancement.
Approve et allowance touchent directement à votre sécurité. Avec approve, vous autorisez un autre contrat, par exemple une plateforme d’échange décentralisée ou une application de prêt, à dépenser vos tokens jusqu’à une limite. Allowance conserve cette autorisation, qui reste active tant que vous ne la modifiez pas. Les erreurs listées en fin de guide y reviennent.
BEP-20, TRC-20, SPL et Jettons : la même idée sur d’autres chaînes
Chaque grande chaîne à smart contracts a sa propre version du standard.
- Le BEP-20, sur BNB Smart Chain, dérive de l’ERC-20 et rend obligatoires le symbole et les décimales.
- Le TRC-20, sur Tron, reprend l’interface de l’ERC-20, et la documentation de Tron indique que le code Solidity écrit pour l’ERC-20 fonctionne avec de légères modifications. L’USDT sur Tron est un token TRC-20.
- Les tokens SPL, sur Solana, partagent un seul programme au lieu d’un contrat par token. Chaque type de token est un « mint » doté d’une autorité d’émission, et les soldes se trouvent dans des comptes de tokens séparés. Une fois l’autorité d’émission supprimée, selon la documentation de Solana, plus aucun token ne pourra jamais être créé.
- Les Jettons, sur TON, suivent le standard TEP-74, que la documentation de TON présente comme l’équivalent de l’ERC-20 d’Ethereum. Un contrat maître stocke les métadonnées et l’offre totale, et chaque détenteur reçoit son propre contrat de portefeuille de jettons.
Le programme plus récent de Solana, Token-2022 (appelé aussi Token Extensions), ajoute des options : frais de transfert, transferts confidentiels, mise en pause et délégué permanent. Cette dernière donne à une adresse choisie le pouvoir de transférer ou de brûler les tokens de n’importe quel détenteur, sans que celui-ci puisse la désactiver. Pour un actif réglementé, cela peut se justifier. Pour qui croyait qu’un token se comporte comme des billets dans une poche, c’est une mauvaise surprise : regardez les extensions d’un token Solana dans un explorateur avant de le détenir.
Les NFT sont aussi des tokens
Tout ce qui précède est fongible : un USDT vaut exactement un autre USDT. L’ERC-721, créé le 24 janvier 2018, a apporté les jetons non fongibles (NFT) à Ethereum ; son résumé les compare à des titres de propriété (« deeds »). Chaque unité porte son propre identifiant, si bien que le token 17 ne peut pas remplacer le token 18.
L’ERC-1155 a suivi le 17 juin 2018. Un même contrat peut y gérer côte à côte des types de tokens fongibles et non fongibles, ce qui convient aux jeux qui ont besoin à la fois d’une monnaie et d’objets uniques.
Coin et token comparés point par point
| Coin (actif natif) | Token (jeton) | |
|---|---|---|
| Où il vit | Dans le protocole de sa propre blockchain | Dans un smart contract ou un programme de tokens sur une chaîne hôte |
| Exemples | BTC, ETH, SOL, BNB, TRX, TON | USDT, USDC, UNI, LINK, SHIB, WBTC, NFT |
| Paie les frais du réseau | Oui, sur sa propre chaîne | Non : c’est le coin de la chaîne hôte qui paie (certains portefeuilles relaient les frais pour vous) |
| Créé par | Les règles du protocole : récompenses de minage ou de staking, offre initiale | La fonction d’émission du contrat, contrôlée par un émetteur ou par le code |
| Standard | Aucun, le protocole le définit | ERC-20, ERC-721, ERC-1155, BEP-20, SPL ou Token-2022, TRC-20, Jetton |
| Comment l’identifier | Nom de la chaîne et ticker | Adresse de contrat (ou mint) sur une chaîne donnée |
| Sur plusieurs chaînes | Seulement sous forme de copies wrappées ou bridgées (WBTC, WETH) | Souvent : Tether liste l’USDT sur 13 réseaux (octobre 2026) |
| Risque supplémentaire principal | Le risque de sa propre chaîne | Risque de la chaîne hôte plus risque du contrat et de l’émetteur : gels, nouvelles émissions, bugs, fausses copies |
Bitcoin, ether, USDT : coin ou token, crypto par crypto
Le test des frais répond en une ligne à chaque question du type « X est-il un coin ou un token ». Le bitcoin est un coin, comme ceux-ci :
| Actif | Coin ou token | Pourquoi |
|---|---|---|
| Bitcoin (BTC) | Coin | Actif natif de la blockchain Bitcoin ; paie ses frais |
| Ether (ETH) | Coin | Natif d’Ethereum ; paie le gas |
| Solana (SOL) | Coin | Natif de Solana ; paie les frais de transaction |
| BNB | Coin | Natif de BNB Smart Chain ; y paie les frais |
| XRP | Coin | Natif du XRP Ledger, où chaque transaction détruit une petite quantité d’XRP en guise de coût |
| Dogecoin (DOGE) | Coin | Natif de la blockchain Dogecoin |
| TRX | Coin | Natif de Tron ; brûlé pour l’Énergie et la bande passante |
| Toncoin (TON) | Coin | Natif de The Open Network |
| Tether (USDT) | Token | Émis sur 13 réseaux hôtes, chacun avec sa propre adresse |
| USD Coin (USDC) | Token | Stablecoin émis par des contrats sur des chaînes hôtes comme Ethereum |
| Uniswap (UNI) | Token | Token de gouvernance ERC-20 sur Ethereum |
| Chainlink (LINK) | Token | Token ERC-20 sur Ethereum ; Chainlink n’exploite pas de chaîne dotée de son propre coin de gas |
| Shiba Inu (SHIB) | Token | Memecoin ERC-20 sur Ethereum |
L’ether est celui qui prête le plus à confusion. L’ETH est un coin au sens strict : les validateurs sont payés en ETH et le gas se règle en ETH. Mais l’ETH est antérieur à l’ERC-20, si bien que les applications conçues uniquement pour l’ERC-20 utilisent une version wrappée, le WETH. Notre guide sur Ethereum détaille le fonctionnement du réseau et de ses smart contracts.
Un token, plusieurs chaînes : l’exemple de l’USDT
Au 14 octobre 2026, la page des protocoles pris en charge par Tether liste l’USDT sur 13 réseaux : Ethereum, Avalanche, Cosmos via Kava, Celo, Kaia, Tron, Liquid, Solana, Polkadot Asset Hub, Tezos, Near, TON et Aptos.
Même nom, même ticker, même ancrage au dollar, et pourtant chaque version est un token distinct avec son propre identifiant. Sur Ethereum, c’est le contrat ERC-20 qui commence par 0xdac17f. Sur Tron, le contrat TRC-20 TR7NHqjeKQxGTCi8q8ZY4pL8otSzgjLj6t. Sur Solana, le mint SPL Es9vMFrzaCERmJfrF4H2FYD4KCoNkY11McCe8BenwNYB. Pour déplacer chacun d’eux, il faut un coin différent : de l’ETH, du TRX ou du SOL.
Les chaînes ne se voient pas entre elles. Un portefeuille Tron refuse d’emblée une adresse Ethereum, puisque les adresses Tron commencent par T et celles d’Ethereum par 0x. Le vrai piège se trouve entre les chaînes qui partagent le format 0x, traité plus bas avec les erreurs courantes.
Tether a aussi cessé d’émettre sur certains réseaux anciens. Sa page classe Kusama, Bitcoin Cash SLP, Omni Layer, EOS et Algorand parmi les réseaux abandonnés, sur lesquels l’émetteur précise ne plus émettre ni être tenu de rembourser ses tokens. L’USDT sur BNB Chain, Arbitrum, Polygon ou Base ne figure pas du tout dans la liste des protocoles de Tether : ces versions sont des copies bridgées ou adossées, gérées par des tiers, et non des tokens que Tether émet lui-même sur ces chaînes. Notre guide des stablecoins explique comment fonctionne l’adossement au dollar.
Les tokens wrappés : WETH et WBTC
Le « wrapping » transforme un actif en token sur une chaîne où il ne trouverait pas sa place autrement. Le WETH est le cas simple. L’ETH est antérieur à l’ERC-20 et ne suit donc pas cette interface. Vous déposez de l’ETH dans le contrat WETH et recevez le même montant en WETH ; l’opération inverse brûle le WETH et rend l’ETH. Les deux étapes coûtent du gas en ETH ordinaire, car, comme le note ethereum.org, payer le gas en WETH n’est pas pris en charge nativement.
Le WBTC est d’une autre nature, puisque le bitcoin ne peut pas fonctionner sur Ethereum. Un dépositaire conserve de vrais BTC et un contrat émet le même montant de WBTC. Le site du WBTC affirme que chaque token est adossé un pour un à du bitcoin placé en conservation sécurisée, et seules des institutions dont l’identité a été vérifiée, approuvées par la gouvernance de sa DAO, peuvent en créer ou en détruire.
C’est le dépositaire qu’il faut surveiller. Le 9 août 2024, BitGo a annoncé le transfert de la conservation du WBTC vers une coentreprise avec BiT Global, une société de conservation de Hong Kong, BitGo y restant actionnaire minoritaire et les clés étant réparties entre plusieurs juridictions, dont Hong Kong et Singapour. En quelques jours, la gouvernance de MakerDAO a stoppé les nouveaux prêts garantis par du WBTC, selon The Block. Le code du token n’avait pas bougé. La personne qui détenait les bitcoins, si.
Les tokens bridgés ajoutent une couche de risque
Un bridge (pont) verrouille un token sur une chaîne et émet son équivalent sur une autre. Si les contrats ou les clés du pont sont compromis, les copies peuvent perdre leur contrepartie d’un coup. La page d’ethereum.org consacrée aux bridges prévient qu’utiliser n’importe quel type de pont comporte un risque, et cite le pont Wormhole de Solana : environ 120 000 wETH, soit près de 325 millions de dollars, y ont été volés lors du piratage de février 2022.
Wormhole n’était qu’un cas parmi d’autres. Chainalysis a recensé environ 2 milliards de dollars volés lors de 13 piratages de ponts inter-chaînes en 2022, jusqu’au début du mois d’août, et estimait que les attaques contre les ponts représentaient 69 % de l’ensemble des fonds volés cette année-là à cette date.
Comment vérifier si une crypto est un coin ou un token
Inutile de lire du code. Un explorateur de blocs et deux minutes suffisent.
- Ouvrez l’explorateur de la chaîne que vous utilisez : Etherscan pour Ethereum, BscScan pour BNB Smart Chain, Solscan pour Solana, Tronscan pour Tron, Tonviewer pour TON.
- Cherchez l’actif et repérez une adresse de contrat (une adresse de mint sur Solana, un jetton master sur TON). S’il y en a une, l’actif est un token sur cette chaîne. Les coins natifs n’en ont pas.
- Regardez ce qui paie les frais. Si votre portefeuille réclame de l’ETH, du BNB, du SOL, du TRX ou du TON pour déplacer l’actif, vous détenez un token.
- Comparez l’adresse du contrat, caractère par caractère, avec celle publiée sur la page officielle de l’émetteur. Tether, par exemple, publie toutes les adresses de l’USDT sur sa page des protocoles. Le ticker ne prouve rien.
- Lisez la page du token dans l’explorateur : nombre de détenteurs, étiquettes de réputation, code source vérifié ou non.
La quatrième étape est celle où l’on perd de l’argent. N’importe qui peut déployer en quelques minutes un contrat baptisé « Tether USD » avec le symbole USDT. Le suivi des tokens d’Etherscan comptait plus de 2,3 millions de contrats de tokens sur Ethereum le 14 octobre 2026, et seuls 3 584 d’entre eux portaient une étiquette de réputation OK ou Neutral.
Si un vrai token n’apparaît pas dans votre portefeuille, ajoutez-le par son adresse de contrat, copiée sur le site de l’émetteur plutôt que depuis une publicité ou un message reçu sur une messagerie. Notre guide des portefeuilles crypto montre où se trouve cette option dans les portefeuilles courants, et pourquoi garder un peu de coin natif à côté de vos tokens.
Les types de tokens crypto : stablecoins, gouvernance, utilitaires et autres
Coin ou token, c’est une frontière technique. On classe aussi les tokens selon leur usage, et ces étiquettes se recoupent : un même token peut être à la fois un stablecoin et un moyen de paiement.
Les stablecoins
Ce sont des tokens qui suivent une monnaie, le dollar américain le plus souvent. Les stablecoins pesaient environ 293 milliards de dollars au total le 14 octobre 2026, selon rwa.xyz, et la catégorie stablecoins de CoinGecko en recensait 404. L’USDT et l’USDC sont les plus gros. En droit européen, un stablecoin adossé à une seule monnaie officielle, comme l’euro ou le dollar, est un jeton de monnaie électronique (voir plus bas).
Les tokens de gouvernance
Ils donnent à leurs détenteurs un droit de vote sur l’évolution d’un protocole. Uniswap a lancé l’UNI le 16 septembre 2020 avec 1 milliard de tokens créés à la genèse, dont 60 % réservés à la communauté ; chaque adresse ayant utilisé Uniswap v1 ou v2 avant le 1er septembre 2020 pouvait réclamer 400 UNI. L’AAVE joue un rôle comparable pour le protocole de prêt Aave. La catégorie gouvernance de CoinGecko comptait 259 entrées en octobre 2026.
Où s’arrête le droit de vote et où commence un droit sur les revenus : c’est l’une des questions que posent les régulateurs des marchés financiers face à ces tokens.
Les jetons utilitaires
Ces tokens donnent accès à un produit ou à un service : stockage, puissance de calcul, fonctions dans une application. Le règlement européen MiCA définit le jeton utilitaire de façon étroite, comme un crypto-actif destiné uniquement à donner accès à un bien ou à un service fourni par son émetteur. C’est aussi la famille de tokens que visait le visa optionnel de l’AMF créé par la loi PACTE, décrit plus bas.
Les actifs réels tokenisés
Fonds monétaires, obligations et autres actifs traditionnels enregistrés sous forme de tokens. Rwa.xyz évaluait les actifs réels tokenisés distribués à environ 39 milliards de dollars le 14 octobre 2026. Les plus gros fonds de bons du Trésor tokenisés qu’il listait, USYC, USDY et BUIDL de BlackRock, dépassaient chacun 2 milliards de dollars. Une part de fonds inscrite sur une blockchain reste une part de fonds : en Europe, une action ou une obligation tokenisée relève toujours des règles sur les instruments financiers, pas de MiCA.
Memecoin ou token : la plupart des memecoins sont des tokens
Les memecoins s’inspirent de mèmes internet, de personnages, de l’actualité ou de tendances, selon la Division of Corporation Finance de la SEC américaine, et n’ont en général que peu ou pas d’usage. Dans une déclaration de ses services du 27 février 2025, elle ajoutait que leur valeur vient de la spéculation et du sentiment collectif du marché, comme pour un objet de collection. Les services de la SEC estiment que ces échanges ne sont pas des opérations sur titres, si bien que les acheteurs ne bénéficient pas de la protection du droit boursier fédéral.
La catégorie meme de CoinGecko comptait environ 6 500 entrées en octobre 2026. Presque toutes sont des tokens. Dogecoin est le coin célèbre du lot.
Jeton, token, crypto-actif : ce que dit le droit français
Le mot « token » n’existe pas dans les textes français. Le législateur parle de jeton depuis la loi PACTE du 22 mai 2019, qui a inscrit à l’article L. 552-2 du Code monétaire et financier une définition large : un bien incorporel représentant, sous forme numérique, un ou plusieurs droits, qui peut être émis, inscrit, conservé ou transféré au moyen d’un dispositif d’enregistrement électronique partagé, autrement dit une blockchain. La même loi a créé la notion d’actif numérique, qui couvre à la fois ces jetons et les crypto-actifs comme le bitcoin.
Des ICO de 2017 au visa AMF de la loi PACTE
En 2017, une vague de projets a levé des fonds en vendant des tokens directement au public, lors de ce qu’on a appelé des ICO, pour « initial coin offerings ». Le nom disait « coin ». Le produit était presque toujours un token ERC-20, et les régulateurs ont dû décider si les acheteurs avaient acquis des titres financiers.
La SEC a donné sa première réponse le 25 juillet 2017, dans un rapport sur The DAO. Ce projet bâti sur Ethereum avait vendu environ 1,15 milliard de DAO Tokens contre quelque 12 millions d’ETH, soit environ 150 millions de dollars à l’époque, avant qu’un attaquant n’exploite une faille de son code pour détourner environ un tiers de l’ether. La Commission a jugé que les DAO Tokens étaient des titres au sens des lois américaines de 1933 et 1934, sans engager de poursuites.
La France a choisi une autre voie. La loi PACTE a créé un régime propre aux offres au public de jetons, avec un visa facultatif de l’AMF. Seules les offres de jetons dits de service, non assimilables à des instruments financiers, y étaient éligibles. L’AMF a délivré son premier visa le 18 décembre 2019, à la société French-ICO. Le régulateur rappelait alors que ce visa n’est pas un avis sur l’opportunité d’investir : il atteste seulement que l’émetteur respecte des garanties minimales et que son document d’information est complet et compréhensible.
Depuis MiCA : jetons de monnaie électronique, jetons se référant à des actifs, autres crypto-actifs
MiCA, le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (règlement (UE) 2023/1114), est entré en vigueur en juin 2023. Ses règles sur les stablecoins s’appliquent depuis le 30 juin 2024, le reste depuis le 30 décembre 2024. Lui non plus ne sépare pas les coins des tokens. Tout part du crypto-actif, une représentation numérique d’une valeur ou d’un droit pouvant être transférée et stockée électroniquement.
Trois familles en découlent. Les jetons de monnaie électronique se réfèrent à une seule monnaie officielle. Les jetons se référant à un ou des actifs visent une autre valeur ou un autre droit, ou un panier. Tout le reste tombe dans les « autres crypto-actifs », où l’on trouve aussi bien le bitcoin que les jetons utilitaires. Pour cette dernière famille, l’émetteur notifie un livre blanc à l’autorité nationale, l’AMF en France ; ce document n’est approuvé par aucune autorité. Les actions et obligations tokenisées restent soumises aux règles existantes sur les titres. Notre explication du règlement MiCA entre dans le détail.
PSAN, PSCA et listes de l’AMF : ce qui a changé le 1er juillet 2026
Côté plateformes, la période transitoire qui permettait aux prestataires enregistrés comme PSAN de continuer à servir les clients français sans agrément MiCA a pris fin le 1er juillet 2026, comme l’AMF l’avait rappelé. Depuis, seuls les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP en anglais) autorisés selon MiCA peuvent proposer leurs services en France, qu’ils soient agréés par l’AMF ou par l’autorité d’un autre pays de l’Union. Selon la liste officielle de l’AMF, les PSAN sans agrément MiCA à cette date ont été radiés automatiquement le 2 juillet 2026.
Le réflexe utile ne change pas : avant de déposer des euros sur une plateforme, vérifiez qu’elle figure parmi les prestataires autorisés et qu’elle n’apparaît pas sur les listes noires et les mises en garde de l’AMF. Ces listes sont aussi publiées en données ouvertes sur data.gouv.fr. Un token peut être parfaitement authentique et vendu par un intermédiaire qui n’a aucun droit d’opérer en France.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, d’autres cases
Le reste du monde ne suit pas davantage la frontière technique. Le président de la SEC, Paul Atkins, a annoncé Project Crypto le 31 juillet 2025, puis, à la Federal Reserve Bank of Philadelphia le 12 novembre 2025, il a esquissé une série de catégories en soutenant que les contrats d’investissement peuvent être exécutés et prendre fin. Le 17 mars 2026, la SEC a publié une interprétation, la Release No. 33-11412, sur l’application du droit boursier à certains crypto-actifs. La CFTC s’y est associée.
La fiche de synthèse de la SEC sur ce texte range les crypto-actifs en cinq groupes :
- les matières premières numériques, qui ne sont pas des titres : leur valeur vient du fonctionnement programmé d’un système crypto « fonctionnel » et de l’offre et de la demande ;
- les objets de collection numériques, qui ne sont pas des titres : art, musique, cartes à collectionner, objets de jeu, références à des mèmes ;
- les outils numériques, qui ne sont pas des titres : adhésions, billets, attestations, titres de propriété, badges d’identité ;
- les stablecoins de paiement relevant du GENIUS Act, promulgué le 18 juillet 2025, qui ne sont pas des titres ;
- les titres numériques, ou titres tokenisés, qui restent des titres.
D’après l’analyse du cabinet Venable, les matières premières numériques citées comprennent Bitcoin, Ether, Solana et XRP, mais aussi Chainlink et Shiba Inu, qui sont des tokens ERC-20. Vu de Washington en 2026, le LINK est donc techniquement un token et juridiquement une matière première numérique, dans le même groupe que le BTC. La fiche ajoute que le minage, le staking au niveau du protocole et le wrapping d’un crypto-actif qui n’est pas un titre ne constituent pas une offre de titres. Il s’agit d’une interprétation, pas d’une loi : selon Gibson Dunn, elle a pris effet à sa publication au Federal Register le 23 mars 2026, la SEC a ouvert une consultation et se réserve le droit de la revoir.
Au Royaume-Uni, la FCA distingue depuis juillet 2019 (PS19/22) quatre types : les jetons d’échange comme le bitcoin, en général hors de son périmètre, les jetons utilitaires, les jetons titres, qui portent des droits proches d’actions ou de dettes, et les jetons de monnaie électronique. Pour le fisc britannique, presque tout est donc un « token », l’inverse de CoinGecko qui appelle tout « coin ». Le nouveau régime de la FCA pour les entreprises crypto démarre le 25 octobre 2027, et les demandes d’agrément sont ouvertes du 30 septembre 2026 au 28 février 2027.
Échanger un token contre un autre : ce que prévoit le fisc français
Le fisc regarde les cessions, pas la nature technique de l’actif. Ce qui suit est une description générale, pas un conseil fiscal.
En France, l’article 150 VH bis du Code général des impôts taxe les plus-values réalisées par les particuliers lors de la cession à titre onéreux d’actifs numériques, mais en exclut expressément les « opérations d’échange sans soulte entre actifs numériques ». Concrètement, échanger de l’ETH contre de l’USDT, ou un token contre un autre, ne déclenche pas d’impôt tant qu’aucune somme en euros ne vient compléter l’échange. Le Bulletin officiel des finances publiques parle de sursis d’imposition et précise que ces échanges ne donnent pas lieu à déclaration.
L’impôt arrive plus tard, au moment où vous convertissez en euros ou payez un bien ou un service avec vos cryptos. Le calcul de la plus-value tient alors compte de l’ensemble de votre portefeuille d’actifs numériques, et non du seul token vendu. Les cessions dont le total ne dépasse pas 305 € sur l’année sont exonérées. Ce seuil porte sur le montant des cessions, pas sur la plus-value. Pour le taux applicable à vos gains, reportez-vous à la notice du formulaire 2086 sur impots.gouv.fr de l’année concernée.
Les pays voisins font d’autres choix. Aux États-Unis, l’IRS considère les actifs numériques comme des biens et non comme une monnaie : la question sur les actifs numériques du formulaire 1040 appelle un « oui » dès qu’on a échangé un actif numérique contre un autre, et chaque wallet senza affidare la custodia dei fondi a una società.">swap est donc une cession imposable. Les courtiers déclarent le produit brut sur le formulaire 1099-DA pour les transactions à partir du 1er janvier 2025, et le prix de revient de certaines transactions à partir du 1er janvier 2026. Au Royaume-Uni, le manuel crypto du HMRC range l’échange de tokens contre un autre type de token parmi les cessions, aux côtés de la vente contre de l’argent, du paiement d’un bien et du don (sauf au conjoint), alors que déplacer des tokens entre ses propres portefeuilles n’en est pas une.
Dans tous les cas, gardez une trace de chaque échange : la date, les montants des deux côtés et les frais payés en coin natif. Vous en aurez besoin le jour où vous repasserez en euros.
Cinq erreurs qui coûtent cher aux débutants
Envoyer sur le mauvais réseau
La plupart des plateformes permettent de retirer de l’USDT sur plusieurs réseaux, et le destinataire doit utiliser le même. Ethereum, BNB Smart Chain, Arbitrum et les autres chaînes EVM partagent le format d’adresse 0x : une adresse Ethereum paraît donc parfaitement valable sur BNB Smart Chain. Récupérer des fonds envoyés sur le mauvais réseau EVM dépend de qui contrôle l’adresse. Avec un portefeuille en autoconservation, la même clé permet souvent d’accéder aux fonds sur l’autre chaîne. Une adresse de dépôt de plateforme, elle, risque de ne jamais créditer un réseau que la plateforme ne prend pas en charge.
Choisissez d’abord le réseau, puis copiez l’adresse. Pour un montant important, faites un petit envoi test et attendez qu’il arrive. La même vérification vaut la première fois que vous achetez des cryptos sur une plateforme avant de les transférer vers votre propre portefeuille.
Détenir des tokens sans coin pour le gas
Un portefeuille qui contient de l’USDT sur Ethereum et zéro ETH est bloqué. Même chose pour de l’USDT sur Tron sans TRX ni Énergie, ou pour n’importe quel token SPL sans SOL. Gardez une petite quantité du coin natif sur chaque chaîne où vous détenez des tokens.
Se fier à un ticker ou à une adresse ressemblante
Les faux tokens copient les noms, les symboles et les logos. L’empoisonnement d’adresse va plus loin : l’attaquant envoie des transferts minuscules ou nuls, parfois de tokens contrefaits, depuis des adresses qui partagent les premiers et derniers caractères d’une adresse que vous utilisez, en espérant que vous copierez la mauvaise depuis votre historique. Un article d’Etherscan du 9 mars 2026 évalue le taux de réussite à environ une tentative sur 10 000. Il cite une étude de 2025 qui a compté près de 17 millions de tentatives sur Ethereum entre juillet 2022 et juin 2024, pour au moins 79,3 millions de dollars perdus.
Vérifiez aussi les caractères du milieu, ou utilisez un carnet d’adresses enregistré. Notre guide pour éviter les arnaques crypto détaille d’autres pièges, dont les faux « services de récupération » qui réclament votre phrase secrète après une erreur. L’AMF publie régulièrement des mises en garde contre ce type d’offres.
Laisser ouvertes des autorisations illimitées
Beaucoup d’applications demandent une autorisation illimitée pour vous éviter une étape plus tard. Si le contrat de l’application est un jour piraté, l’attaquant peut dépenser ces tokens sans vous redemander votre accord. Le Token Approval Checker d’Etherscan liste vos autorisations ERC-20, ERC-721 et ERC-1155, montre ce qui est exposé et permet de les révoquer. Chaque révocation est une transaction, payée en ETH.
Se tromper de décimales
Les soldes sont stockés en nombres entiers, et le paramètre des décimales indique aux portefeuilles où placer la virgule. La documentation de TON prévient qu’ignorer les décimales peut conduire à envoyer 1 000 fois le montant voulu. Les applications de portefeuille gèrent cela pour vous. Les scripts et les appels manuels de contrats, non.
Prochaine étape du parcours : les altcoins
La prochaine leçon de ce parcours porte sur les altcoins, le nom donné aux crypto-actifs autres que le bitcoin, coins et tokens confondus. En attendant sa publication, notre fiche de glossaire sur ce qu’est un altcoin en donne la définition, et le test des frais vu dans cette leçon vous dit déjà lesquels font tourner leur propre chaîne.



