Kraken a ouvert son Unified Wallet, un portefeuille unifié, aux clients de l’Espace économique européen (EEE) qui négocient sur Kraken Pro. Dans un billet de blog daté du 16 octobre, la plateforme explique que ce réglage fusionne les soldes spot, marge, Earn et contrats à terme en un seul portefeuille : plus de 40 cryptomonnaies, ainsi que des dollars américains, des euros et de l’or (XAU), peuvent alors servir de garantie aux positions sur futures. L’option est facultative. Mais une fois activée, la marge croisée devient le mode par défaut, et c’est elle qui change l’enjeu quand une position à terme tourne mal.
Kraken le dit lui-même. « Avec le Unified Wallet en mode marge croisée, une position perdante peut puiser dans l’ensemble de votre solde éligible », écrit la plateforme dans ce billet. Avec des portefeuilles séparés, qui restent disponibles, la même publication précise qu’une perte sur les futures ne peut pas toucher les avoirs spot. Unified Wallet activé en marge croisée, le bitcoin acheté pour être conservé longtemps peut donc finir par éponger un mauvais pari sur un contrat perpétuel de l’ether.
La fonction n’est pas nouvelle chez Kraken, qui documente déjà un portefeuille unifié pour les clients hors d’Europe. Ce qui a changé le 16 octobre, c’est que les clients de l’EEE, servis par les filiales irlandaise et chypriote de Kraken, peuvent désormais l’utiliser. Notre avis sur Kraken détaille le reste de la plateforme.
Ce que le portefeuille unifié de Kraken change pour les traders européens
Jusqu’ici, un client européen qui négociait des futures sur Kraken Pro devait transférer des fonds du portefeuille spot vers un portefeuille dérivés distinct, et seul ce dernier comptait comme marge. Le Unified Wallet supprime cette étape : la marge est calculée sur l’ensemble du compte, et les gains latents sur les positions ouvertes de marge et de futures peuvent servir de marge à d’autres transactions, d’après le billet de Kraken.
Tous les actifs ne comptent pas à leur pleine valeur. Chacun est pondéré par ce que Kraken appelle un ratio de valeur de collatéral (« collateral value ratio »), qui reflète sa liquidité et « peut évoluer avec les conditions de marché ». L’article d’aide de Kraken sur le portefeuille unifié, mis à jour le 7 octobre, indique 100 % pour l’USD et l’EUR, et 99 % pour le bitcoin et l’ether. Les ratios des autres actifs figurent sur une page distincte que nous n’avons pas pu consulter. La page de Kraken consacrée aux dérivés pour l’EEE, mise à jour le 8 octobre, précise que toutes les devises de collatéral hors dollar américain sont soumises à une décote : mieux vaut donc vérifier le chiffre applicable à l’euro dans son propre compte.
Certains produits restent hors de la cagnotte commune. L’article d’aide indique que les soldes de dérivés Coin-M (inverses) ne sont pas inclus, et que les futures inverses et les futures américains de la finance traditionnelle (TradFi) demeurent dans leurs propres portefeuilles.

Pour utiliser le portefeuille, la négociation de futures doit déjà être activée sur le compte. CryptoSlate, qui a couvert le lancement le 19 octobre, rapporte que les nouveaux clients des futures doivent aussi remplir un questionnaire de connaissances et d’expérience et fournir un numéro d’identification fiscale. Nous n’avons pas retrouvé ces deux exigences sur les pages de Kraken que nous avons lues.
L’activation prend quelques clics. Sur le web, elle se trouve sous l’icône du profil, puis Paramètres, puis Plateforme de trading. Dans l’application, blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il faut passer par Plus, puis le nom du client, Préférences et le menu déroulant du réglage de portefeuille. Kraken précise qu’il n’est pas nécessaire de fermer les positions ouvertes avant d’activer l’option.
Marge croisée : le mécanisme expliqué par un exemple
La marge est la somme d’argent ou de cryptos qu’un trader met de côté pour maintenir une position à effet de levier. En marge isolée, chaque position dispose de sa propre petite réserve : si le trade tourne mal, la perte est plafonnée à ce qui a été mis de côté, et la position est fermée quand la réserve est épuisée. En marge croisée, toutes les positions puisent dans une même réserve, qui, dans le Unified Wallet, correspond à tout le solde éligible du compte.
Prenons un cas hypothétique, donné uniquement à titre d’illustration. Un client détient du bitcoin en spot qu’il n’a aucune intention de vendre, et ouvre une position longue modeste à effet de levier sur des futures ether. L’ether chute ensuite brutalement pendant la nuit. Avec des portefeuilles séparés, la position à terme serait liquidée dès que sa propre marge serait consommée, et le bitcoin resterait intact. Avec le portefeuille unifié en marge croisée, la position en baisse continue de puiser dans la réserve commune, bitcoin compris, plus longtemps. Elle survit à des baisses plus profondes. Si la chute se poursuit, la perte est payée sur un solde qui contient aussi le bitcoin.
L’article d’aide de Kraken précise le seuil de ce basculement. En marge croisée, la liquidation se déclenche quand le ratio entre la marge de maintenance et le capital du compte atteint ou dépasse 100 %. En marge isolée, elle se déclenche quand le prix de marquage atteint le prix de liquidation de la position. Kraken indique que la marge isolée reste disponible sur les futures linéaires Multi-M, et son billet présente les portefeuilles séparés ou la marge isolée comme mieux adaptés aux traders débutants.
Comment Kraken compte le collatéral, dans son propre exemple
L’article d’aide détaille un compte type. Les prix qui y figurent sont les valeurs d’indice de l’exemple (1,11 dollar pour un euro, 106 639,81 $ pour un bitcoin), pas des cours actuels.
| Avoir dans l’exemple de Kraken | Prix d’indice utilisé | Ratio de valeur de collatéral | Compté comme marge |
|---|---|---|---|
| 1 000 USD | 1,00 | 100 % | 1 000,00 $ |
| 1 000 EUR | 1,11 | 100 % | 1 110,00 $ |
| 0,1 BTC | 106 639,81 | 99 % | environ 10 557,34 $ |
| Marge totale utilisable | environ 12 667,34 $ |
Deux règles plus discrètes concernent les gros comptes. Si les soldes nets en USD et en actifs sur liste blanche deviennent négatifs, Kraken facture des intérêts sur la part qui dépasse 30 000 $. S’ils tombent sous moins 250 000 $, l’article d’aide indique que d’autres collatéraux sont convertis automatiquement jusqu’à ce que le solde remonte à moins 50 000 $. Kraken ajoute qu’il préviendra ses clients à l’avance avant de modifier les ratios de collatéral.
Ce que les documents européens ne disent pas encore
Nous n’avons trouvé aucune liste complète des ratios de collatéral pour l’EEE au-delà des quatre ci-dessus, ni aucune description européenne de l’ordre dans lequel les actifs sont vendus lors d’une liquidation ; Kraken renvoie vers un article séparé sur la liquidation. Le site d’aide australien de Kraken propose une FAQ sur le portefeuille unifié avec des paliers de décote et une séquence de liquidation, mais elle s’adresse à des clients professionnels australiens et ne doit pas être lue comme les conditions européennes.
CryptoSlate va plus loin sur les stablecoins : le média rapporte que les règles de Kraken accordent une valeur de collatéral nulle à l’USDT et au DAI pour les utilisateurs de l’EEE, par une décote de 100 %. Nous n’avons pas pu le confirmer sur une page de Kraken. Ce serait cohérent avec la pression de l’Union européenne pour éloigner les acteurs du secteur des stablecoins non autorisés par MiCA, pour lesquels l’ESMA a laissé jusqu’à janvier pour finir la transition.
Revenir aux portefeuilles séparés impose de fermer toutes les positions dérivés
Activer le portefeuille est une décision en une étape ; le désactiver ne l’est pas. Le billet de Kraken indique que les clients peuvent revenir aux portefeuilles séparés « tant que vous n’avez aucune position dérivée ouverte ni ordre actif ». En pratique, un trader qui change d’avis alors qu’il détient des futures doit d’abord les fermer.
Après le retour en arrière, les soldes restent dans le portefeuille principal. L’article d’aide de Kraken précise qu’il faut les déplacer à la main vers le portefeuille dérivés avant d’ouvrir toute nouvelle position à terme.
Deux sociétés Kraken, deux régulateurs : Irlande et Chypre
Le billet détaille le montage juridique derrière le produit. Le trading au comptant et la conservation relèvent de Payward Europe Solutions Limited (PESL), régulée par la Banque centrale d’Irlande, que Kraken présente comme le dépositaire MiCA du client. Les dérivés sont fournis par Payward Europe Digital Solutions (CY) Limited, régulée par la CySEC sous la licence 342/17 et décrite comme le courtier MiFID du client. Une autre page d’aide de Kraken indique que la société chypriote s’appelait auparavant I.F. Greenfields Wealth Ltd.
Kraken ajoute que chaque société agit uniquement dans le cadre de ses propres autorisations et qu’« aucun service conjoint ni aucune responsabilité croisée entre entités n’est sous-entendu ». Le point compte ici, car le portefeuille unifié permet à des cryptos conservées par l’entité irlandaise de soutenir des positions ouvertes auprès du courtier chypriote. Ni le billet ni les pages d’aide que nous avons lues n’expliquent comment le collatéral circule entre les deux sociétés.
Le billet reprend aussi les avertissements de Kraken : les dérivés sont des produits à haut risque, « vous pourriez perdre plus que votre investissement initial », et Earn comme le staking ne constituent pas un produit financier réglementé. La page de Kraken sur les dérivés pour l’EEE ajoute que certains produits crypto ne sont pas réglementés et ne bénéficient d’aucun mécanisme d’indemnisation. Les documents que nous avons lus ne disent pas si le fonds chypriote d’indemnisation des investisseurs couvrirait un collatéral déposé pour des dérivés.
Pour les clients français, PESL figure sur la liste blanche de l’AMF des prestataires de services sur crypto-actifs utilisant un passeport MiCA, avec le 25 juin 2025 indiqué à la fois comme date de l’agrément et comme début de ses services en France. Cette inscription couvre les services sur crypto-actifs comme la conservation et l’échange, pas les futures, qui relèvent de la société chypriote. Notre guide du règlement MiCA explique le fonctionnement de ces passeports dans l’Union européenne.

L’alerte de l’ESMA sur les contrats perpétuels laisse une question de levier ouverte
Le 24 février 2026, l’ESMA a rappelé aux acteurs du marché que les dérivés vendus comme des contrats à terme perpétuels « risquent fort de relever des mesures nationales existantes d’intervention sur les produits concernant les CFD ». Dans ce cas, les clients de détail bénéficient des protections applicables aux CFD : plafonds de levier, avertissement de risque obligatoire, clôture des positions quand la marge est épuisée, protection contre les soldes négatifs et interdiction des avantages monétaires et non monétaires. Quand l’ESMA a imposé pour la première fois des règles européennes sur les CFD, le 1er juin 2018, le levier de détail sur les CFD crypto était plafonné à 2:1. Ces limites figurent désormais dans des mesures nationales adoptées par chaque régulateur, et nous n’avons pas vérifié les chiffres que la CySEC applique aujourd’hui.
La page de Kraken sur les dérivés pour l’EEE évoque un levier allant jusqu’à 10x, selon le barème de marge, et Cointelegraph rapportait en mai 2025 que les futures étaient ouverts aux clients particuliers et institutionnels. Les pages de Kraken ne disent pas quel levier s’applique aux clients de détail, ni comment les contrats sont classés au regard de la prise de position de l’ESMA. La même page indique que Kraken applique un « Equity Protection Process », censé éviter qu’un compte se retrouve avec un solde négatif après une liquidation. Nous n’avons trouvé aucun commentaire de la CySEC, de la Banque centrale d’Irlande, de l’AMF ou de la Consob sur le portefeuille unifié.
Vingt mois de montée en puissance de Kraken dans l’EEE
Le Unified Wallet est la dernière étape d’une série de lancements dans l’EEE, entamée début 2025 avec le rachat d’une société d’investissement chypriote agréée.
| Date | Étape | Source |
|---|---|---|
| Février 2025 | Licence MiFID obtenue par le rachat d’une société agréée par la CySEC à Chypre | Cointelegraph |
| 20 mai 2025 | Futures crypto perpétuels et à échéance fixe régulés pour les clients particuliers et institutionnels de l’EEE | Cointelegraph |
| 25 juin 2025 | Licence MiCA de la Banque centrale d’Irlande, avec passeport dans l’EEE | Kraken, registre de l’AMF |
| 3 novembre 2025 | Cryptos acceptées comme collatéral des dérivés dans l’EEE | The Block |
| 4 juillet 2026 | Actions et ETF tokenisés sélectionnés acceptés comme collatéral des futures, avec des décotes de 10 % à 30 % | Cointelegraph |
| 16 octobre 2026 | Unified Wallet ouvert aux clients de l’EEE sur Kraken Pro | Blog de Kraken |
Les documents d’octobre ne disent pas si les actions et ETF tokenisés acceptés depuis juillet comptent comme collatéral dans le portefeuille unifié.
OKX et Bybit empruntent d’autres voies en Europe
OKX Europe a annoncé le 15 avril 2026 ce qu’elle appelle les X-Perps, via la société MiFID maltaise qu’elle avait rachetée en mars 2025, a rapporté Cointelegraph. Il s’agit de futures à échéance de cinq ans plutôt que de vrais perpétuels, proposés avec un levier jusqu’à 10x aux clients particuliers et institutionnels, avec des euros, des dollars et des cryptos acceptés en garantie. Le directeur général d’OKX Europe, Erald Ghoos, a déclaré à Cointelegraph que les perpétuels « ne peuvent pas exister » sous MiFID II, d’où l’échéance fixe. Le blog BlockEden ajoute que les contrats suivent les prix au comptant grâce à un taux de financement, au sein d’un compte de marge unifié ; nous n’avons pas vu la documentation d’OKX sur ces deux points.
La filiale européenne de Bybit détient une licence MiCA délivrée par la FMA autrichienne, qui couvre les services sur crypto-actifs, pas les futures. Sa société sœur Bybit X GmbH a déposé en septembre 2025 auprès de la FMA une demande d’agrément d’entreprise d’investissement MiFID II, qui lui permettrait de proposer futures et options dans l’EEE. Nous n’avons trouvé aucune confirmation que cet agrément a été accordé. D’après les sources publiques, Bybit ne propose pas de compte dans l’EEE qui regroupe spot et dérivés.
Ce qu’il faut vérifier avant d’activer le réglage
Un client européen peut contrôler quelques points sur son propre compte avant de se décider. Ce qui suit décrit les conditions, ce n’est pas une recommandation.
- Quelle entité de Kraken apparaît dans vos conditions pour le spot et pour les dérivés, et comment vous êtes classé (client de détail ou professionnel).
- Le ratio de valeur de collatéral de chaque crypto que vous détenez, puisque seuls les chiffres de l’USD, de l’EUR, du bitcoin et de l’ether sont publics dans l’article que nous avons lu.
- Si vous préférez garder vos avoirs de long terme hors de la cagnotte commune, ce qui suppose aujourd’hui de rester sur des portefeuilles séparés ou d’utiliser la marge isolée.
- Que vous ne pourrez revenir en arrière qu’une fois toutes les positions et tous les ordres sur dérivés fermés.
Les articles distincts de Kraken sur les ratios de collatéral et sur le processus de liquidation du portefeuille unifié contiennent le reste des détails. Aucun n’était accessible pour nous à 05 h 15 UTC le 20 octobre, et aucune liste de pays n’a été publiée pour le déploiement dans l’EEE ; la page d’aide de Kraken dit seulement que des restrictions géographiques peuvent s’appliquer.
