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Inflation et pouvoir d’achat : le bitcoin protège-t-il de l’inflation ?

Inflation et pouvoir d’achat : ce que valent 100 euros de 2000, l’IPC et l’IPCH de l’Insee, le Livret A, et pourquoi le bitcoin a reculé en 2022.

Débutant 24 min de lectureMis à jour À lire d'abord : Qu’est-ce que la monnaie fiduciaire ? Banques centrales, euro et monnaie fiat expliqués
Des billets près d’un sablier, d’une courbe de prix en hausse et d’une pièce
Sommaire
  1. Inflation et pouvoir d’achat : deux lectures du même chiffre
  2. Comment on mesure l’inflation : un panier, un indice, un pourcentage
    1. Inflation totale et inflation sous-jacente
    2. Pourquoi la France publie deux taux d’inflation
    3. Votre inflation n’est pas la moyenne
  3. L’inflation en octobre 2026 : l’énergie reprend la main
  4. Calculer son pouvoir d’achat : que valent 100 euros de l’an 2000 ?
  5. De 2 % à 11 % : la vague d’inflation de 2021 à 2023
  6. Quand l’inflation s’emballe : Weimar, Zimbabwe, Venezuela et Argentine
  7. La déflation, l’autre problème, et la cible de 2 % comme coussin
  8. Ce que la crypto change : un calendrier d’émission qu’aucun comité ne peut voter
  9. Le bitcoin protège-t-il de l’inflation ? Ce qu’a montré 2022
  10. Les stablecoins, usage réel de la crypto dans les pays à forte inflation
  11. Inflation d’un jeton : de la nouvelle offre, pas des prix qui montent
  12. Ce que la crypto ne change pas : prix, salaires et impôts restent en euros
  13. Les taux d’épargne face à l’inflation en octobre 2026 : le taux réel
  14. Cinq vérifications à retenir de cette leçon

Les prix repartent à la hausse. Le 14 octobre 2026, l’Office américain des statistiques du travail (BLS) a publié un indice des prix à la consommation en hausse de 3,7 % sur un an en septembre, contre 3,4 % en août. Deux jours plus tard, Eurostat a confirmé une inflation de 3,8 % dans la zone euro, contre 2,2 % en septembre 2025. En France, l’Insee affichait la veille 3,1 % sur l’indice national et 3,4 % sur l’indice harmonisé. Le Royaume-Uni a suivi le 21 octobre avec 3,5 %. Partout, l’énergie a fait l’essentiel du travail.

Voilà pourquoi la question de l’inflation et du pouvoir d’achat revient au centre des conversations, y compris chez ceux qui s’intéressent à la crypto. L’inflation est une hausse du niveau général des prix : chaque euro, chaque dollar achète un peu moins qu’avant. La crypto modifie quelques éléments de ce tableau. Le calendrier d’émission du bitcoin ne dépend d’aucune banque centrale, et les stablecoins en dollars permettent à un Argentin ou à un Turc de détenir quelque chose de plus stable que sa monnaie. Elle ne change pas la monnaie dans laquelle sont libellés votre loyer, votre salaire et votre impôt.

Cette leçon est la quatrième de notre parcours monnaie et économie, après notre leçon sur la monnaie fiduciaire et les banques centrales, qui explique qui émet la monnaie d’État et pourquoi elle a de la valeur. Vous verrez ici comment on mesure l’inflation, comment calculer ce que vos économies ont perdu depuis 2000, ce qui est arrivé au bitcoin en 2022, quand l’inflation a atteint ses plus hauts niveaux en 40 ans, et pourquoi le mot « inflation » prend un autre sens quand un projet crypto l’emploie. Les chiffres sont ceux d’octobre 2026. Rien de ce qui suit n’est un conseil en investissement.

Inflation et pouvoir d’achat : deux lectures du même chiffre

Le pouvoir d’achat, c’est la quantité de biens et de services qu’une unité de monnaie permet d’acheter. L’inflation, c’est la vitesse à laquelle cette quantité se réduit. Quand les prix américains montent de 3,7 % en un an, un panier qui coûtait 100 dollars en septembre 2025 en coûte environ 103,70 en septembre 2026. Retournez le calcul : le même billet de 100 dollars n’achète plus que 96,4 % de ce qu’pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">il achetait un an plus tôt.

Le mot désigne le niveau général des prix, pas un prix isolé. L’essence qui bondit après l’incendie d’une raffinerie, c’est une variation de prix. L’inflation, c’est la moyenne de milliers de prix, pondérés par ce que les ménages dépensent vraiment, qui continue de grimper.

Les petits taux pèsent lourd parce qu’ils se composent. À 2 % par an, les prix doublent en 35 ans environ. À 3,7 %, en 19 ans environ (notre calcul). C’est pourquoi les banques centrales se disputent pour un point ou deux : sur une vie de travail, l’écart décide si une épargne laissée en liquide conserve sa valeur ou en perd la moitié.

D’où vient la monnaie et qui peut en créer davantage, c’est le sujet de la leçon précédente et de la suivante, sur la création monétaire par les banques. Celle-ci reste à l’autre bout de la chaîne : ce que cette monnaie permet d’acheter.

Comment on mesure l’inflation : un panier, un indice, un pourcentage

Les statisticiens ne mesurent pas directement « la valeur de la monnaie ». Ils relèvent chaque mois le prix d’un panier fixe de biens et de services et suivent son coût. Le BLS définit son indice des prix à la consommation comme une mesure de la variation moyenne, dans le temps, des prix payés par les consommateurs urbains (manuel de méthodes du BLS, en anglais). Son enquête recueille chaque mois environ 94 000 prix et 8 000 loyers.

Le résultat prend la forme d’un indice, pas d’un prix. L’indice américain des consommateurs urbains (CPI-U) prend la période 1982-1984 comme base 100. En septembre 2026, il s’établissait à 336,940, contre 324,800 en septembre 2025 (tableau 1 du BLS, en anglais). Divisez l’un par l’autre et vous obtenez 1,037 : les 3,7 % du titre.

Inflation totale et inflation sous-jacente

Le chiffre d’ensemble inclut tout. L’inflation sous-jacente écarte l’alimentation et l’énergie, dont les prix oscillent au gré de la météo, des guerres et des récoltes, pour montrer la tendance de fond. En septembre 2026, l’écart était large : 3,7 % au total aux États-Unis, 2,6 % pour la sous-jacente, avec une énergie en hausse de 20,4 % sur 12 mois. La France présente le même profil : l’Insee mesure l’inflation sous-jacente à 1,5 %, contre 3,1 % pour l’ensemble.

Pourquoi la France publie deux taux d’inflation

La plupart des pays européens publient un indice national et un indice harmonisé. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) suit des règles communes à l’Union européenne pour que Lisbonne se compare à Helsinki. Pour septembre 2026, l’Insee a annoncé 3,1 % sur l’indice national (IPC) et 3,4 % sur l’indice harmonisé (IPCH). L’Istat, son homologue italien, publie de même un indice national (NIC) à côté de l’IPCA harmonisé.

L’écart tient aux méthodes de calcul. L’IPCH sert à comparer les pays européens entre eux, l’IPC est celui dont on parle d’ordinaire dans le débat français. Si un contrat ou une revalorisation renvoie à un indice, vérifiez sur le site de l’Insee lequel est cité avant de faire un calcul.

Le Royaume-Uni publie le CPI, construit selon les normes internationales et utilisé pour la cible de 2 % de la Banque d’Angleterre, et le CPIH, qui ajoute les coûts de logement des propriétaires occupants. En septembre 2026, l’Office for National Statistics a annoncé 3,5 % pour le CPI et 3,6 % pour le CPIH. Aux États-Unis, la Réserve fédérale vise encore une autre mesure, l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), et non le CPI.

Votre inflation n’est pas la moyenne

Un indice décrit un ménage moyen qui n’existe pas. Celui qui fait 60 kilomètres par jour en voiture a bien plus senti la flambée des carburants de 2026 que celui qui va travailler à pied. Un locataire voit son loyer, un propriétaire qui rembourse un prêt à taux fixe ne le voit pas. Les retraités dépensent davantage en énergie et en santé, les étudiants en loyer et en téléphonie. Le taux officiel est un bon étalon pour l’économie et un repère approximatif pour un budget particulier.

ZoneIndiceSeptembre 2026Août 2026Publication
États-UnisCPI-U (BLS)3,7 %3,4 %14 oct. 2026
Zone euroIPCH (Eurostat)3,8 %3,2 %16 oct. 2026
FranceIPC (Insee) / IPCH3,1 % / 3,4 %2,4 % / 2,6 %15 oct. 2026
ItalieIPCH (Eurostat)4,2 %3,2 %16 oct. 2026
Royaume-UniCPI / CPIH (ONS)3,5 % / 3,6 %3,1 % / 3,3 %21 oct. 2026
ArgentineIPC (INDEC)33,4 %33,5 %13 oct. 2026
TurquieCPI (TurkStat, via la banque centrale)29,73 %31,51 %oct. 2026

Taux annuels, sur 12 mois jusqu’au mois indiqué. Sources : BLS, Eurostat, Insee, ONS, INDEC, Banque centrale de la République de Türkiye.

L’inflation en octobre 2026 : l’énergie reprend la main

Chaque publication du mois raconte la même histoire. Dans la zone euro, les prix de l’énergie étaient en hausse de 18,9 % sur un an en septembre, contre 14,3 % en août, et l’énergie seule a ajouté 1,71 point aux 3,8 % d’ensemble, selon Eurostat. En France, l’énergie a progressé de 21,3 % tandis que les produits manufacturés coûtaient un peu moins cher qu’un an plus tôt. Au Royaume-Uni, l’ONS a indiqué que la plus forte contribution à la hausse venait des transports, en particulier des carburants.

Les banques centrales ont réagi. Le 16 septembre 2026, la Réserve fédérale a relevé sa fourchette cible des taux directeurs à 3,75 %-4,00 %, dans un communiqué dont la première appréciation est sans détour : l’inflation reste élevée (Réserve fédérale, 16 septembre 2026, en anglais). Le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne est de 2,50 % depuis le même jour (BCE, en anglais). La Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 % lors de sa réunion de septembre ; sa prochaine décision est attendue le 5 novembre 2026 (Banque d’Angleterre, en anglais).

Par contraste, deux pays vivent l’inflation à une autre échelle. L’institut de statistique argentin INDEC a annoncé le 13 octobre 2026 que les prix avaient augmenté de 1,9 % en septembre seulement et de 33,4 % sur 12 mois (rapport technique de l’INDEC, en espagnol). Le taux annuel de la Turquie était de 29,73 % en septembre 2026, contre 85,51 % en octobre 2022 (tableau d’inflation de la banque centrale, en anglais). C’est dans ces pays que l’usage de la crypto est le plus lié à l’inflation, comme on le verra plus bas avec les stablecoins.

Le prochain chiffre américain, celui d’octobre, est attendu le 10 novembre 2026 à 8 h 30, heure de l’Est, d’après le calendrier du BLS (en anglais).

Calculer son pouvoir d’achat : que valent 100 euros de l’an 2000 ?

C’est ici que l’inflation et le pouvoir d’achat cessent d’être abstraits : en deux minutes, vous vérifiez ce qui est arrivé à votre propre monnaie. Prenez l’indice des prix du mois de départ et celui du mois d’arrivée, puis divisez. Pour les États-Unis, le CPI-U valait 168,8 en janvier 2000 et 336,940 en septembre 2026. Le rapport est de 1,996 : il faut aujourd’hui environ 199,60 dollars pour acheter ce que 100 dollars achetaient en janvier 2000. Dans l’autre sens, 100 dollars d’aujourd’hui achètent à peu près ce que 50,10 dollars achetaient alors. Le dollar a perdu environ la moitié de son pouvoir d’achat en moins de 27 ans.

Le calculateur d’inflation du BLS (en anglais) fait la même opération pour deux mois quelconques depuis 1913. Son résultat peut différer de quelques cents du nôtre selon le dernier mois chargé. Si l’on part de la moyenne annuelle 2000 (172,2) au lieu de janvier, la réponse tombe à environ 195,70 dollars. Dites toujours quels mois vous avez comparés.

Les Français disposent d’un outil équivalent. Le convertisseur franc-euro de l’Insee couvre toutes les années depuis 1901 et travaille sur des moyennes annuelles. Son propre exemple indique que 10 000 euros de 2025 valent 43 345,64 francs de 2000. Au taux fixe de 6,55957 francs pour un euro, cela fait environ 6 608 euros de 2000 : 100 euros de 2000 équivalent donc à environ 151 euros de 2025 (notre calcul à partir de l’exemple de l’Insee). L’Insee précise que le résultat est indicatif et ne peut servir de référence officielle en matière juridique.

Pourquoi le chiffre français est-il si inférieur au chiffre américain ? Les paniers diffèrent, la monnaie aussi, le point d’arrivée également (moyenne annuelle 2025 contre septembre 2026) et l’histoire de l’inflation de chaque pays. Comparer deux pays de cette façon n’a de sens que si la méthode est la même.

Un exemple concret pour un lecteur français : une personne qui avait mis de côté 6 608 euros en 2000 et les a gardés en liquide dispose toujours de 6 608 euros sur le papier, mais ils achètent ce que 4 368 euros achetaient à l’époque (notre calcul, à partir du facteur de 1,513 tiré de l’exemple de l’Insee). Le montant n’a pas bougé, c’est ce qu’on peut en faire qui a fondu.

Une balance pesant des billets près d’un calendrier et d’un graphique en barres
En septembre 2026, il fallait environ 199,60 dollars pour acheter ce que 100 dollars achetaient en janvier 2000.

De 2 % à 11 % : la vague d’inflation de 2021 à 2023

Les prix à la consommation américains ont progressé de 9,1 % sur les 12 mois jusqu’en juin 2022, la plus forte hausse depuis novembre 1981, avec une énergie en hausse de 41,6 % et l’alimentation de 10,4 % (BLS, en anglais). En décembre 2022, le taux américain était redescendu à 6,5 % (communiqué du BLS du 12 janvier 2023, en anglais).

L’Europe a atteint son sommet plus tard et plus haut. Le communiqué d’Eurostat du 17 novembre 2022 (en anglais) chiffrait l’inflation de la zone euro à 10,6 % en octobre 2022, contre 4,1 % un an plus tôt, l’énergie y contribuant pour 4,44 points. L’Italie a atteint 12,6 % sur la mesure harmonisée et la France 7,1 %, le taux le plus bas de l’Union ce mois-là. L’indice britannique a touché 11,1 % en octobre 2022, son plus haut depuis le début de la série en 1997, avec une alimentation en hausse de 16,4 % (ONS, en anglais). En France, l’inflation nationale a culminé en février 2023 à 6,3 %, l’alimentation affichant +14,8 % (Insee).

ZoneTaux annuel maximalMoisMesure
États-Unis9,1 %juin 2022CPI-U
Zone euro10,6 %octobre 2022IPCH
Italie12,6 %octobre et novembre 2022IPCH
Royaume-Uni11,1 %octobre 2022CPI
France6,3 % (IPCH : 7,3 %)février 2023IPC

L’énergie et l’alimentation ont tiré les prix partout, et les banques centrales ont répondu en relevant leurs taux. La hausse de 2026 est plus modeste pour l’instant, mais elle part du même endroit : les factures de carburant et d’électricité.

Quand l’inflation s’emballe : Weimar, Zimbabwe, Venezuela et Argentine

À 3 % ou 10 % par an, la monnaie fonctionne encore. L’hyperinflation, c’est le moment où elle cesse de fonctionner. Le service historique du Bundestag rappelle (en allemand) qu’un pain coûtait 250 marks en janvier 1923 et 201 milliards de marks en novembre. Au pic de ce mois, un dollar américain valait 4,2 billions de marks. Une nouvelle monnaie, le Rentenmark, a été émise à partir du 15 novembre 1923, à raison d’un Rentenmark pour mille milliards de marks papier.

Le Zimbabwe est allé plus loin. À la mi-2008, ses statistiques avaient cessé de suivre les prix : les économistes Steve Hanke et Alex Kwok ont reconstitué les chiffres à partir des taux de change, selon la parité de pouvoir d’achat. Dans leur article de 2009 dans le Cato Journal (en anglais), ils estiment que l’inflation mensuelle a culminé à la mi-novembre 2008 à 79,6 milliards de pour cent, les prix doublant toutes les 24,7 heures. Leur tableau classe cet épisode au deuxième rang de l’histoire, derrière la Hongrie de juillet 1946. C’est une estimation de deux chercheurs, pas une statistique officielle.

Le Venezuela montre à quel point les chiffres peuvent être contestés. Le 29 mai 2019, sa banque centrale a publié une inflation de 130 060 % pour 2018 (Central Banking, en anglais). Le FMI avait estimé environ 1 370 000 % pour la même année, soit à peu près dix fois plus (WION, en anglais).

L’Argentine a connu 211,4 % d’inflation en 2023, le taux annuel le plus élevé depuis 1990, et 25,5 % pour le seul mois de décembre 2023, d’après les chiffres de l’INDEC rapportés par le site de vérification Chequeado (en espagnol). En septembre 2026, le taux était retombé à 33,4 % : élevé pour un Européen, bas au regard de l’histoire récente du pays.

PaysChiffrePériodeSource
Allemagne1 dollar = 4,2 billions de marksnovembre 1923Bundestag
Zimbabweenviron 79,6 milliards de % en un moismi-novembre 2008Hanke et Kwok (estimation)
Venezuela130 060 % (estimation du FMI : environ 1 370 000 %)2018Banque centrale ; FMI via WION
Argentine211,4 %2023INDEC via Chequeado
Turquie85,51 %12 mois jusqu’en octobre 2022TurkStat via la banque centrale

Dans chaque cas, les habitants ont cessé de garder la monnaie locale plus longtemps que nécessaire. Ils ont fixé leurs prix en dollars, acheté dès que les salaires tombaient et placé leur épargne à l’étranger ou en dollars liquides. Ce réflexe est la toile de fond de l’usage de la crypto décrit plus bas.

La déflation, l’autre problème, et la cible de 2 % comme coussin

Pourquoi la Fed, la BCE et la Banque d’Angleterre visent toutes 2 % plutôt que zéro, notre leçon sur la monnaie fiduciaire et les banques centrales le détaille. Un rappel suffit ici : un petit taux positif laisse la marge de baisser les taux en cas de ralentissement et tient l’économie éloignée de la déflation.

La déflation, une baisse du niveau général des prix, paraît une bonne nouvelle en caisse. Elle est dure pour quiconque a une dette. Un emprunt immobilier de 200 000 euros reste à 200 000 euros pendant que les prix, et souvent les salaires, glissent vers le bas : la mensualité pèse davantage sur chaque fiche de paie. Et un acheteur qui s’attend à des prix plus bas le mois prochain a une raison d’attendre. Or une dépense qui attend, c’est un revenu que le commerçant ou le maçon ne touche pas.

Pour l’épargnant, la cible a une conséquence simple. Même quand les banques centrales tombent pile sur 2 %, de l’argent laissé dans un tiroir perd environ un tiers de son pouvoir d’achat en 20 ans (notre calcul : 1 divisé par 1,02 puissance 20 donne 0,67). Cette perte est inscrite dans le système, et c’est l’étalon auquel tout actif, crypto comprise, doit être comparé.

Ce que la crypto change : un calendrier d’émission qu’aucun comité ne peut voter

Le bitcoin a été conçu avec un plafond strict. Les nouvelles pièces sont créées par le minage jusqu’à ce qu’il existe 21 millions de bitcoins, chacun se divisant en 100 000 000 d’unités appelées satoshis (bitcoin.org, en anglais). La récompense par bloc est divisée par deux environ tous les quatre ans, une règle expliquée dans notre fiche sur le halving du bitcoin. Le dernier halving, en avril 2024, l’a fait passer de 6,25 à 3,125 BTC ; le prochain, attendu vers 2028, la ramènera à 1,5625.

Environ 20,1 millions de BTC existaient le 21 octobre 2026, d’après les données de Blockchain.com (en anglais). À 3,125 BTC par bloc et environ 144 blocs par jour, les mineurs ajoutent à peu près 164 000 BTC par an : environ 0,8 % de l’offre existante, et un taux qui baisse à chaque halving (notre calcul). C’est ce qu’on appelle, à tort ou à raison, le « taux d’inflation du bitcoin ».

Aucune banque centrale ne peut modifier ce calendrier, et le changer exigerait l’accord de ceux qui font tourner le logiciel du réseau. C’est une vraie différence avec le dollar ou l’euro, dont l’offre dépend des décisions de politique monétaire et du crédit bancaire. Mais un nombre fixe de pièces ne dit rien de ce qu’une pièce permettra d’acheter. L’offre est fixe, le prix en dollars ne l’est pas.

Le bitcoin protège-t-il de l’inflation ? Ce qu’a montré 2022

Une protection contre l’inflation devrait préserver le pouvoir d’achat quand les prix à la consommation montent. 2022 offre le test le plus net à ce jour : l’inflation américaine et britannique a atteint des niveaux inconnus depuis le début des années 1980 et celle de la zone euro a dépassé 10 %. Le bitcoin a ouvert l’année à 46 311,75 dollars le 1er janvier 2022 et l’a close à 16 547,50 dollars le 31 décembre, soit une chute de 64,2 % en dollars, d’après les données de CoinMarketCap compilées par DQYDJ (en anglais). La même année, l’inflation américaine a culminé à 9,1 %, celle de la zone euro à 10,6 % et celle du Royaume-Uni à 11,1 %.

Ainsi, l’année de la plus forte inflation depuis le début des années 1980, le bitcoin a perdu près des deux tiers de sa valeur en dollars. 2022 fut aussi l’année où les banques centrales ont relevé leurs taux à toute vitesse, et où les actifs jugés risqués ont reculé de concert. Une offre plafonnée n’a pas empêché cela.

La recherche va dans le même sens, avec des réserves. Une étude de Muhammad Aman, Amjad Ali et Marc Audi, fondée sur des données de 2015 à 2024 dans plusieurs pays, ne trouve aucune corrélation significative entre les rendements du bitcoin et l’inflation et conclut que le bitcoin ne protège pas efficacement contre l’inflation (document de travail MPRA, en anglais). Une étude ne clôt pas le débat.

Sur de plus longues périodes, la réponse devient glissante. Le bitcoin s’échangeait autour de 81 900 dollars à 08 h 43 UTC le 22 octobre 2026, selon les données de marché de Coindaro : au-dessus de son niveau du 1er janvier 2022 en dollars courants, alors que les prix américains ont eux aussi monté sur la période. Changez la date de départ et la réponse s’inverse. Un cours à un instant donné ne prouve aucune protection. Notre page sur les mythes et les faits de la crypto examine plus en détail la formule de « l’or numérique ».

Des bougies de cours et une courbe descendante près d’une pièce sous une loupe
Le bitcoin a perdu 64,2 % en dollars en 2022, l’année où l’inflation américaine a culminé à 9,1 %.

Les stablecoins, usage réel de la crypto dans les pays à forte inflation

Là où l’inflation est sévère, ce que les gens achètent en crypto n’est le plus souvent pas du bitcoin, mais du dollar sous forme de jeton. Le rapport de Chainalysis sur l’Amérique latine du 23 septembre 2026 relève que l’Argentine a enregistré 88,5 milliards de dollars d’activité crypto sur les 12 mois jusqu’au 30 juin 2026, en hausse de 15,3 %, deuxième total de la région après le Brésil. Le nombre de portefeuilles argentins détenant au moins 10 000 dollars en stablecoins a augmenté de 82 % depuis juillet 2024. Dans toute l’Amérique latine, les stablecoins représentaient 32,1 % de la valeur des transferts transfrontaliers. Le constat du rapport : les stablecoins prennent une place croissante dans la façon dont les Latino-Américains transfèrent, détiennent et utilisent la crypto.

L’indice mondial d’adoption 2026 du même cabinet classe la Turquie au 20e rang sur 117 pays et indique que l’activité de stablecoins entre particuliers dans leur pays a progressé de 377,7 % dans le monde (les deux rapports sont en anglais).

La logique est simple. Un peso qui perd un tiers de sa valeur par an est un moins bon refuge qu’un dollar qui en perd 3,7 %. Un jeton en dollars comme Tether (USDT) permet à quelqu’un à Buenos Aires ou à Istanbul de détenir des dollars sur un téléphone, sans compte bancaire américain. Il ne protège pas de l’inflation du dollar, de 3,7 % en septembre 2026. Il ajoute le risque que l’émetteur fasse défaut ou gèle des fonds, et les règles locales peuvent le restreindre. Pour un épargnant en euros, l’enjeu est différent : détenir des dollars, c’est aussi s’exposer au taux de change euro-dollar. Notre guide des stablecoins explique comment ils tiennent leur parité et où elle peut casser.

Inflation d’un jeton : de la nouvelle offre, pas des prix qui montent

Les projets crypto emploient « inflation » dans un autre sens : le rythme de création de nouveaux jetons. Cela n’a rien à voir avec le prix du pain. Un jeton à 5 % d’inflation ajoute chaque année 5 % d’unités supplémentaires, en général versées à ceux qui sécurisent le réseau.

Ethereum en est l’exemple principal. Depuis la fusion (The Merge) de 2022, les nouveaux ethers vont uniquement aux validateurs qui les mettent en jeu. D’après ethereum.org (en anglais), les validateurs reçoivent environ 1 700 ETH par jour (estimation fondée sur environ 14 millions d’ETH mis en jeu), et l’émission totale a baissé d’environ 88 %, de 4,61 % par an à 0,52 % environ. Une partie de chaque frais de transaction, les frais de base, est détruite et sort de l’offre. La même page indique qu’un prix moyen du gaz d’au moins 16 blockchain come Ethereum. Il gas misura il lavoro di calcolo richiesto da una transazione e la commissione è pari al gas usato moltiplicato per il prezzo unitario del gas.">gwei sur une journée ramène l’inflation nette de l’ETH à zéro ou moins pour la journée.

Que la destruction l’emporte ou non dépend de l’activité du réseau. Le matin du 22 octobre 2026, Etherscan (en anglais) affichait une offre totale d’environ 122,15 millions d’ETH, dont environ 4,42 millions versés en récompenses de mise en jeu et environ 4,64 millions détruits en frais jusqu’ici. L’offre d’ether augmente dans les périodes calmes et peut se réduire dans les périodes chargées.

Cela compte pour le staking. Une récompense de 3 % ressemble à un intérêt, mais si l’offre du jeton grossit de 3 % par an, la part du détenteur dans le réseau reste inchangée. C’est la même logique qu’un livret rémunéré à 1,7 % quand les prix montent de 3,1 % : ce qui compte, c’est le rendement réel. Ces règles d’offre relèvent de la tokenomics d’un projet, sujet d’une leçon ultérieure.

Ce que la crypto ne change pas : prix, salaires et impôts restent en euros

Votre propriétaire, votre employeur et l’administration fiscale comptent en euros. C’est ce qui décide de la façon dont la crypto rencontre votre budget.

Aux États-Unis, l’IRS écrit que, pour l’impôt fédéral, les actifs numériques sont considérés comme des biens et non comme de la monnaie (IRS, en anglais). Les vendre ou les dépenser déclenche une plus-value ou une moins-value mesurée en dollars. Une pièce qui a suivi l’inflation en dollars courants peut donc créer un gain imposable : l’impôt porte sur la hausse nominale, pas sur la hausse réelle. En France comme ailleurs dans la zone euro, le calcul se fait de même en euros. Pour les règles françaises en vigueur, ce sont les notices de l’administration fiscale qui font foi.

La volatilité est l’autre constante. Une chute de 64 % sur une année civile, comme en 2022, représente sept fois le pic de 9,1 % de l’inflation américaine la même année. Convertir de la crypto en euros ou l’inverse coûte aussi des frais et des écarts de cours à chaque étape.

Les taux d’épargne face à l’inflation en octobre 2026 : le taux réel

Le taux d’intérêt réel est le taux nominal moins l’inflation. Il indique si l’argent placé sur un compte gagne ou perd du pouvoir d’achat. Quelques repères, donnés comme des faits datés et non comme des recommandations :

  • En France, le Livret A, exonéré d’impôt, rémunère à 1,7 % pour la période du 1er août 2026 au 31 janvier 2027 (Service-Public), contre une inflation nationale de 3,1 % : un taux réel d’environ moins 1,4 point.
  • La fourchette cible de la Fed, 3,75 %-4,00 %, se situe juste au-dessus de l’inflation américaine de 3,7 % : un taux directeur réel proche de zéro.
  • Le taux directeur britannique de 3,75 % se compare à une inflation CPI de 3,5 % en septembre 2026.
  • Les obligations d’épargne américaines de série I émises du 1er mai au 31 octobre 2026 rapportent un taux composite de 4,26 %, composé d’un taux fixe de 0,90 % et d’une part liée à l’inflation révisée tous les six mois ; les nouveaux taux seront annoncés le 1er novembre 2026 (TreasuryDirect, en anglais).
  • Les titres du Trésor américain indexés sur l’inflation (TIPS) versent un rendement en plus de l’inflation américaine. Le rendement du TIPS à 10 ans, déjà un rendement réel, était de 2,77 % le 20 octobre 2026, selon les données de la Réserve fédérale publiées sur FRED (série DFII10) (en anglais).

Les taux réels changent chaque mois, parce que les deux termes de la soustraction bougent. Pour quiconque a de l’épargne, c’est le lien quotidien entre inflation et pouvoir d’achat. La comparaison montre la méthode, pas où placer son argent.

Cinq vérifications à retenir de cette leçon

  • Lisez la publication officielle de votre pays (Insee, Eurostat, BLS, ONS ou Istat) et notez à la fois l’inflation totale et l’inflation sous-jacente.
  • Mesurez le pouvoir d’achat avec un calculateur officiel, comme le convertisseur de l’Insee, et dites quels mois ou quelles années vous avez comparés.
  • Jugez tout actif au regard du pouvoir d’achat de votre propre monnaie sur une période précisée, pas au regard de ses propres records.
  • Traitez « l’offre est plafonnée » et « le prix me protège » comme deux affirmations distinctes : la première est du code, la seconde de l’histoire de marché.
  • Rappelez-vous qu’un stablecoin en dollars emporte avec lui l’inflation du dollar, le risque de change pour un épargnant en euros et le risque de l’émetteur.

La leçon suivante, comment les banques créent la monnaie, explique d’où vient, en premier lieu, l’essentiel des dollars et des euros comptés par ces indices.

Sources

  1. BLS : communiqué sur l’indice des prix à la consommation, septembre 2026 (14 octobre 2026, en anglais) bls.gov
  2. Eurostat : l’inflation annuelle monte à 3,8 % dans la zone euro (16 octobre 2026, en anglais) ec.europa.eu
  3. ONS : inflation des prix à la consommation au Royaume-Uni, septembre 2026 (21 octobre 2026, en anglais) ons.gov.uk
  4. Insee : prix à la consommation, septembre 2026 (15 octobre 2026) insee.fr
  5. INDEC : indice des prix à la consommation, septembre 2026 (13 octobre 2026, en espagnol) indec.gob.ar
  6. Réserve fédérale : communiqué du FOMC (16 septembre 2026, en anglais) federalreserve.gov
  7. ethereum.org : l’émission d’ether après la fusion (en anglais) ethereum.org
  8. Chainalysis : adoption de la crypto en Amérique latine 2026 (23 septembre 2026, en anglais) chainalysis.com
  9. IRS : actifs numériques (en anglais) irs.gov
  10. BLS : calendrier de publication du CPI (en anglais) bls.gov
  11. Eurostat : l’inflation annuelle monte à 10,6 % dans la zone euro (17 novembre 2022, en anglais) ec.europa.eu
  12. Hanke et Kwok : On the Measurement of Zimbabwe’s Hyperinflation, Cato Journal 29(2), 2009 (copie archivée, en anglais) web.archive.org
  13. Bundestag : l’hyperinflation de 1923 (en allemand) bundestag.de
  14. DQYDJ : rendement du bitcoin en 2022, données CoinMarketCap (en anglais) dqydj.com
  15. Aman, Ali et Audi : Bitcoin and Inflation, évaluation internationale de l’efficacité de la couverture (MPRA, en anglais) mpra.ub.uni-muenchen.de
  16. Etherscan : offre totale d’ether (consulté le 22 octobre 2026, en anglais) etherscan.io
  17. FRED : rendement des titres du Trésor à 10 ans indexés sur l’inflation, DFII10 (en anglais) fred.stlouisfed.org
  18. TreasuryDirect : taux des obligations I (en anglais) treasurydirect.gov
  19. Service-Public : Livret A service-public.gouv.fr
Rédaction de Coindaro

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