Richard Heart, le fondateur de HEX et de PulseChain, est en garde à vue à Istanbul. Le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, a confirmé samedi 17 octobre que Heart, de son vrai nom Richard James Schueler, avait été interpellé mercredi 14 octobre lors d’une perquisition au cours de laquelle ont été saisis 7,15 millions de dollars en espèces et six cold wallets, selon Sabah et Cumhuriyet, deux quotidiens turcs qui ont publié la déclaration du ministre le matin même. Citoyen américain, Heart était recherché au titre d’une notice rouge d’Interpol émise à la demande de la Finlande.
Heart est détenu, pas inculpé. Aucune source ne fait état d’une inculpation en droit turc, d’une décision d’un juge ordonnant son placement en détention provisoire ni d’une demande d’extradition. Les accusations portées contre lui, en Finlande et auparavant aux États-Unis, restent des allégations, et blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">il est présumé innocent. Nous n’avons trouvé aucune déclaration de Heart ou de ses avocats dans la presse à 19 h 30 UTC samedi.
L’arrestation de Richard Heart avait d’abord filtré le 14 octobre par des fuites dans les médias turcs. La liste officielle publiée trois jours plus tard est bien plus longue que ces fuites, et la somme en espèces y est presque deux fois plus élevée.
Richard Heart arrêté à Istanbul : ce que le ministre a confirmé
D’après la déclaration relayée par Sabah et Cumhuriyet, l’opération a été menée par le parquet général d’Istanbul. Les services de renseignement et de lutte contre la criminalité financière de la police d’Istanbul l’ont exécutée, avec l’appui du MIT, le service national de renseignement turc. Les policiers ont perquisitionné 15 adresses réparties dans trois arrondissements : Besiktas, Uskudar et Sariyer.
Heart a été placé en garde à vue le matin du 14 octobre à Besiktas, avec son épouse. Trois hommes présentés comme des gardes du corps ont été interpellés ensuite, ce qui porte à cinq le nombre de personnes retenues.
The Block rapporte que le ministre a aussi publié sa déclaration sur X. Nous n’avons pas pu ouvrir ce message et n’avons trouvé aucun communiqué équivalent du parquet ou de l’agence de presse d’État Anadolu. Les chiffres ci-dessous sont donc ceux du ministre, tels que rapportés par Sabah et Cumhuriyet, et repris en anglais par The Block et Bitcoin.com News.
Le ministre a présenté le dossier comme une notice rouge d’Interpol visant une fraude présumée aux crypto-actifs de 1 milliard de dollars aux États-Unis et en Finlande. Cette présentation va plus loin que ce qui est public hors de Turquie, comme le montrent les sections suivantes.
Sur la suite, sa formule est brève. Traduite en anglais par Bitcoin.com News, puis ici en français : « Les procédures judiciaires concernant les suspects et l’examen des éléments saisis se poursuivent. »
Il a ajouté que la Turquie ne laisserait personne la considérer comme un refuge sûr pour échapper à la justice. Dans l’original turc, cité par les deux quotidiens, la phrase est : « Hiç kimsenin Türkiye’yi adaletten kaçabileceği güvenli bir liman olarak görmesine müsaade etmeyeceğiz. »
7,15 millions de dollars en espèces et six cold wallets : ce que la Turquie dit avoir saisi
L’essentiel de la liste est composé d’espèces et d’objets de luxe, suivis d’une longue série de matériel informatique. Elle comprend aussi sept armes à feu.
| Élément | Chiffre | Source |
|---|---|---|
| Dollars américains en espèces | 7 150 000 $ | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Livres turques en espèces | 160 000 livres turques (TRY) | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Cold wallets (portefeuilles hors ligne) | 6 (contenu non communiqué) | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Adresses perquisitionnées | 15, dans 3 arrondissements | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Personnes interpellées | 5 (Heart, son épouse, 3 présumés gardes du corps) | Sabah, Bitcoin.com News, 17 oct. |
| Montres / bijoux et objets de valeur / sacs | 28 / 97 / environ 300 | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Chaussures / lunettes | 100 paires / 136 paires | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Téléphones / ordinateurs portables / cartes graphiques | 29 / 12 / 19 | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Boîtiers d’ordinateur / SSD et disques externes / clés USB | 11 / 19 / 46 | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
| Armes à feu / munitions | 7 (4 armes longues, 3 pistolets sans permis) / 1 400 cartouches | Le ministre, via Sabah, 17 oct. |
Les six portefeuilles sont l’élément que les détenteurs de cryptos scruteront. La déclaration ne donne ni solde, ni liste d’actifs, ni valeur. Un cold wallet est un appareil ou un support qui garde les clés privées hors ligne ; saisir le matériel ne dit pas, à lui seul, ce qu’il contient et ne donne pas accès aux fonds, sauf si les enquêteurs trouvent aussi les clés ou les phrases secrètes.
The Block ajoute, en citant Anadolu, que la police a immobilisé neuf véhicules immatriculés au nom de l’épouse de Heart, et Bitcoin.com News évoque plusieurs voitures de luxe. La liste du ministre telle que publiée par Sabah et Cumhuriyet ne mentionne aucun véhicule, et nous n’avons pas pu vérifier ce nombre.

Pourquoi les chiffres officiels dépassent ceux des fuites
Le 14 octobre, les premiers articles étaient plus modestes. Protos, citant le site turc Haberler, parlait d’environ 4 millions de dollars en espèces et de 64 montres de luxe, ainsi que d’armes et de matériel de minage de cryptomonnaies ; The Block relevait lui aussi les 4 millions et les 64 montres du début. Trois jours plus tard, le décompte du ministre fait état de 7,15 millions de dollars en espèces, mais de 28 montres seulement.
Personne n’a expliqué l’écart, et les deux séries vont en sens inverse : plus d’argent, moins de montres. Les chiffres du 14 octobre venaient de sources non officielles, le jour même de la perquisition, avant que les 15 adresses aient toutes été listées. La liste du ministre est le seul décompte officiel à ce jour.
Protos a également indiqué que Heart ne figure plus sur la liste des personnes les plus recherchées d’Europol, ce qui s’expliquerait selon lui par l’arrestation. Aucun autre média que nous avons lu ne l’a confirmé.
Le dossier SEC et la Finlande : ce qui a précédé
Les ennuis judiciaires de Heart n’ont pas commencé à Istanbul. Le 31 juillet 2023, la Securities and Exchange Commission américaine (SEC) l’a poursuivi, avec HEX, PulseChain et PulseX, pour des offres non enregistrées de titres en crypto-actifs ayant levé plus de 1 milliard de dollars, comme l’ont rappelé Decrypt, crypto.news et Daily Sabah à partir de l’annonce de la SEC. L’agence affirmait aussi qu’au moins 12 millions de dollars avaient été détournés vers des biens de luxe, dont un diamant noir de 555 carats appelé The Enigma.
Il s’agissait d’une action civile, pas d’une procédure pénale. Le 28 février 2025, la juge Carol Bagley Amon, du tribunal fédéral de Brooklyn (district est de New York), l’a rejetée, estimant que la SEC n’avait pas démontré la compétence du tribunal à l’égard de Heart et n’avait pas suffisamment allégué de transactions sur le sol américain. Le 21 avril 2025, la SEC a indiqué qu’elle ne déposerait pas de plainte modifiée. Son avocat a parlé d’« une victoire complète », a rapporté Decrypt.
Le jugement a réglé la question du tribunal compétent. Il n’a pas tranché la véracité des griefs de la SEC, et il n’a aucun lien avec la Finlande. Aucune source lue ne rapporte d’inculpation pénale américaine contre Heart, ce qui compte pour la suite.
Le soupçon de fraude fiscale en Finlande et la notice rouge
La notice rouge remonte à Helsinki. La police finlandaise a indiqué que Heart est soupçonné de fraude fiscale aggravée entre le 2 juin 2020 et le 2 avril 2024, pour ce qu’elle a qualifié de plusieurs centaines de millions d’euros, selon l’article de Cointelegraph de janvier 2025 fondé sur la chaîne finlandaise Yle. Les autorités finlandaises ont estimé ses revenus de 2023 à 15,2 millions d’euros. La police a aussi mentionné une agression présumée les 16 et 17 février 2021 ; crypto.news et Protos ont indiqué que la victime présumée était mineure.
Un tribunal finlandais a ordonné la détention provisoire de Heart par défaut le 13 septembre, une date que Cointelegraph tient de Yle ; l’année, 2024, est déduite de la chronologie. Interpol a émis la notice rouge à la demande de la Finlande le 22 décembre 2024. Le 7 janvier 2025, Yle rapportait que la police avait saisi à Espoo 20 montres d’une valeur d’environ 2,68 millions de dollars. Rien de tout cela n’est une condamnation.
Les deux versions de l’accusation ne s’emboîtent pas parfaitement. La notice d’Interpol repose sur des soupçons finlandais de fraude fiscale et d’agression, tandis que le ministre turc a évoqué une fraude crypto de « 1 milliard de dollars » aux États-Unis et en Finlande. Ce montant correspond à la somme que la SEC disait avoir été levée, dans un dossier qui a été rejeté. Le 14 octobre, Daily Sabah décrivait la notice à la fois comme visant une fraude fiscale et une agression et comme concernant une vaste fraude crypto, sans concilier les deux, et aucune source turque n’a dit sur laquelle des deux, si c’est l’une d’elles, le parquet d’Istanbul s’appuie.

HEX et PulseChain en bref
HEX est un jeton que Heart a lancé sur Ethereum en décembre 2019, d’après CoinMarketCap (Decrypt situe le lancement en 2018, lorsque le projet a été promu pour la première fois). Les détenteurs le verrouillent, ou le « stakent », pour une durée choisie en échange de HEX supplémentaires, et Heart le présentait comme un « certificat de dépôt blockchain », selon les mots de Decrypt. La plainte de la SEC en 2023 assimilait l’offre de HEX à une vente de titres non enregistrés ; le tribunal ne s’est jamais prononcé sur ce point.
PulseChain est une copie, ou fork, d’Ethereum dont le réseau principal a démarré le 13 mai 2023, comme l’avait rapporté Protos à l’époque, avec PLS pour monnaie native. PulseX est la plateforme d’échange décentralisée qui y fonctionne. Une grande partie des échanges de ces jetons se fait sur des plateformes décentralisées et dans des portefeuilles détenus par les utilisateurs, plutôt que sur les grandes plateformes centralisées : les détenteurs comptent donc sur l’autogarde et sur la profondeur des pools de liquidité pour entrer ou sortir.
C’est pourquoi la détention de Heart ne gèle les jetons de personne. Rien dans la déclaration du ministre ne dit que les contrats intelligents de HEX ou de PulseChain, ni PulseX, font eux-mêmes l’objet d’une enquête en Turquie. Le cours de ces jetons est une autre affaire.
Prix du HEX après l’annonce sur Richard Heart
Vers 19 h 25 UTC le 17 octobre, la page web de CoinGecko affichait le HEX à 0,0005828 $, en baisse de 15,7 % sur 24 heures et de 32,9 % sur sept jours. CoinGecko n’affiche aucune capitalisation pour le HEX, car l’offre du jeton ne lui est pas communiquée.
Le PLS s’échangeait à 0,057392 $ vers 19 h 25 UTC le 17 octobre, selon la page web de CoinGecko, en baisse de 28,7 % sur sept jours. Sa variation sur 24 heures s’affichait à -0,10 %, mais le volume du PLS est faible : plusieurs places listées sur cette page n’indiquaient aucun échange récent, de sorte que le cours peut être périmé et que la variation quotidienne dit peu de chose. La baisse sur sept jours est le chiffre le plus parlant.
D’autres relevés divergent. Crypto.news indiquait le 15 octobre que le HEX avait perdu environ 25 % en une séance le 14 octobre et le PLS entre 28 % et 35 %. Protos, le même jour, chiffrait la chute du HEX à presque 45 %. The Block, citant CoinGecko le 17 octobre, évoquait un recul d’environ 14 % sur les 24 heures précédentes. Les écarts viennent des horaires et des sources de données, pas de contradictions sur ce qui s’est passé.
Le reste du marché a à peine réagi. Le bitcoin valait environ 81 440 $ à 19 h 10 UTC samedi, en baisse de 0,14 % sur 24 heures, et la valeur totale du marché des cryptos atteignait 2 750 milliards de dollars, en recul de 2,39 %, d’après les données de marché de Coindaro à ce moment-là. Les pertes se concentrent sur les jetons de Heart.
Pour les détenteurs, le risque pratique est la liquidité. Un jeton sans capitalisation connue, avec peu de places actives et un fondateur en garde à vue, peut être difficile à vendre au prix affiché. Notre guide pour repérer et éviter les arnaques crypto détaille les signaux d’alerte à vérifier sur n’importe quel projet. Ceci n’est pas un conseil en investissement.
La suite : garde à vue, détention ou libération, extradition
En Turquie, la garde à vue, appelée gözaltı, est une phase courte, soumise à une durée légale maximale. Avant son terme, les procureurs doivent présenter le suspect à un juge, qui décide soit de la détention provisoire formelle, appelée tutuklama, soit de la remise en liberté, éventuellement sous conditions. Aucune source n’a rapporté cette décision pour Heart ni pour les quatre autres, et aucune date d’audience n’a été publiée.
Une notice rouge ne tranche pas cette question. Interpol la décrit comme une demande adressée aux polices du monde entier pour localiser et arrêter provisoirement une personne dans l’attente d’une extradition ou d’une procédure analogue, et précise clairement qu’elle n’est pas un mandat d’arrêt. Chaque pays membre décide selon son propre droit s’il procède à l’arrestation.
Pour que Heart soit envoyé en Finlande, Helsinki devrait déposer une demande d’extradition en bonne et due forme. La Turquie et la Finlande ne sont pas liées par les règles du mandat d’arrêt européen : la demande suivrait donc la voie ordinaire des traités, les deux pays étant parties à la Convention européenne d’extradition du Conseil de l’Europe de 1957. En vertu de la loi n° 6706 de 2016 sur la coopération judiciaire internationale en matière pénale, une cour d’assises (ağır ceza mahkemesi) décide si la demande est recevable, et cette décision peut faire l’objet d’un recours devant la Cour de cassation. Si elle est confirmée, l’extradition exige encore une proposition du ministre de la Justice et l’approbation du président de la République, après avis des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur. Aucune demande finlandaise n’a été rendue publique.
Une demande américaine paraît moins probable au vu des éléments disponibles aujourd’hui. Le dossier de la SEC était civil et il est clos, et aucune inculpation pénale américaine n’a été signalée. Les procureurs turcs pourraient aussi engager leur propre procédure, par exemple au sujet des pistolets sans permis, mais le ministre n’a nommé aucune infraction turque.
Les prochains points à suivre sont une décision d’un tribunal d’Istanbul sur la détention formelle ou la libération, toute déclaration de Heart, de ses avocats ou des canaux de PulseChain et de HEX, et une réaction de la police finlandaise. The Block dit avoir sollicité la police d’Helsinki et David Kirk, l’avocat de Heart dans l’affaire SEC, sans avoir reçu de réponse. Le HEX et le PLS s’échangent jour et nuit : lundi 19 octobre ne marquera donc pas de pause de week-end, mais montrera comment les jetons tiennent une fois la confirmation connue d’un public plus large.
