Israël a extradé Alexander Block vers les États-Unis tôt jeudi 29 octobre, selon l’annonce du parquet d’État relayée par le Jerusalem Post et par Decrypt. Citoyen israélien et russe, anciennement appelé Alexander Gurevich, Block est accusé d’avoir pris plus de 2,8 millions de dollars lors du piratage du pont Nomad en 2022. blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il est inculpé, pas condamné, et son extradition ne dit rien de sa culpabilité.
Ce transfert met fin à un bras de fer de près de 18 mois, ouvert par son arrestation à l’aéroport Ben Gourion en mai 2025. Il laisse aussi derrière lui une décision qui compte bien au-delà de ce seul homme. La Cour suprême d’Israël a rejeté son appel en mars, et la presse israélienne rapporte qu’elle a jugé qu’exploiter une faille de programmation peut constituer une intrusion illicite dans un système informatique, même quand le logiciel laissait techniquement l’opération passer.
Le transfert a été organisé par le département international du parquet, avec les unités de coordination opérationnelle de la police israélienne et d’Interpol, d’après le Jerusalem Post. L’avocat Avi Kronenberg, de ce département, a suivi le dossier, selon Calcalist.
Extradition dans l’affaire du piratage Nomad : 2,8 millions de dollars reprochés, pas tout le pillage
Deux chiffres circulent ensemble dans cette histoire et il ne faut pas les confondre. Les États-Unis accusent Block d’avoir reçu des jetons valant plus de 2,8 millions de dollars. La somme, bien plus grande, a quitté Nomad, un pont inter-chaînes, par la main d’autres personnes. D’après les faits exposés dans l’arrêt de la Cour suprême, la demande américaine affirme que ses transactions ont révélé la faille, puis que d’autres ont vidé plus de 186 millions de dollars d’un portefeuille contenant les fonds des utilisateurs. Ni l’arrêt ni les articles sur le transfert ne disent qu’il est poursuivi pour ce pillage par imitation.
| Montant | De quoi il s’agit | Source |
|---|---|---|
| Plus de 2,8 millions de dollars | Ce que Block est accusé d’avoir reçu, en quatre transferts principaux vers le 1er août 2022 (les articles de mai 2025 parlaient d’environ 2,89 millions) | Arrêt ; Decrypt ; Jerusalem Post |
| Plus de 186 millions de dollars | Ce que d’autres ont retiré une fois la faille visible ; non attribué à Block | Arrêt ; Calcalist ; FTC |
| Près de 190 millions de dollars | Le chiffre rond employé pour le piratage de Nomad dans la couverture de l’époque | Jerusalem Post, mai 2025 |
| Environ 100 millions de dollars | Les pertes des consommateurs après récupérations, selon le régulateur américain | FTC, décembre 2025 |
La Cour suprême d’Israël écarte l’argument du « code autorisé » au stade de l’extradition
Les juges Grosskopf, Kabub et Kasher ont entendu l’appel le 22 janvier 2026, et l’arrêt est daté du 8 mars. À ce stade, le débat s’était resserré sur deux conditions de l’extradition.
La première était l’existence d’indices suffisants à première vue. La loi israélienne sur l’extradition exige assez d’éléments pour engager des poursuites, et l’arrêt y voit un seuil bas : il suffit que les preuves ne soient pas dénuées de valeur en apparence, sans examen approfondi de leur poids ni de leur fiabilité, et sans constat qu’elles mèneraient à une condamnation. La seconde était la double incrimination. Les faits doivent aussi constituer une infraction en Israël, punie d’au moins un an de prison, sans que les infractions israélienne et américaine soient identiques.
La défense soutenait que les appels utilisaient des fonctions disponibles dans le système automatisé de Nomad, que la demande américaine n’allègue pas qu’il ait modifié le code ni contourné un mécanisme de sécurité, et qu’un registre public affaiblit toute thèse de dissimulation. L’État a répondu qu’envoyer la mauvaise commande modifiait le code des contrats, ce qui revient à une perturbation ou à une pénétration, et que convertir, déplacer et fractionner les jetons montre une volonté d’en masquer l’origine.
Les conclusions qui suivent sont celles rapportées par le Jerusalem Post, Calcalist et Decrypt les 29 et 30 octobre. La copie de l’arrêt publiée par Afik Law, qui n’est pas le site de la Cour, donne le même raisonnement dans une traduction anglaise.
La première conclusion répond à l’argument du code autorisé : exploiter une faille de programmation peut équivaloir à une intrusion illicite, même si le logiciel permettait techniquement l’action. Calcalist indique que le terme « intrusion » a été lu assez largement pour couvrir les failles de sécurité et les erreurs de programmation. Dans l’arrêt, la Cour compare la situation à un distributeur de billets défectueux qui verse de l’argent sans carte : l’erreur du fabricant ne rend pas le retrait légal. Elle rappelle aussi une décision antérieure selon laquelle une maison non verrouillée reste protégée, et ajoute que qualifier un logiciel de contrat intelligent ne lui retire pas sa protection juridique.
La seconde conclusion touche à la blockchain elle-même. Un registre public de transactions ne montre pas à lui seul qui contrôle un portefeuille et n’exclut pas la dissimulation ; l’accusation de blanchiment pouvait donc tenir pour les besoins de l’extradition. L’arrêt relève que les détails d’un portefeuille sont visibles alors que ses titulaires restent cachés, et cite des déclarations sous serment américaines selon lesquelles certaines conversions n’avaient aucune finalité économique.

Tout cela répond à une question de droit israélien, celle des preuves nécessaires pour extrader. Cela ne dit pas ce qu’un jury américain penserait des mêmes faits. Notre lecture, et ce n’est que cela : la formule « le code fait loi » n’a pas fonctionné comme bouclier ici, à un seuil précis, dans un seul pays.
De l’acte d’accusation de 2023 au transfert de 2026
Un grand jury fédéral du district nord de Californie l’a mis en accusation le 16 août 2023, d’après l’arrêt. Huit chefs sont retenus : quatre de fraude informatique, un de transport de biens volés et trois de blanchiment d’argent. Decrypt et le Jerusalem Post concordent sur ce total. Le Jerusalem Post avait indiqué en mai 2025 que cinq des chefs sont passibles de 10 ans de prison et de 250 000 dollars d’amende chacun, et que le blanchiment l’est de 20 ans, plafond inscrit dans 18 U.S.C. 1956. Ce sont des plafonds fixés par la loi, pas une prévision de peine.
| Date | Étape |
|---|---|
| 16 août 2023 | Acte d’accusation américain en Californie du Nord |
| 10 décembre 2024 | Demande d’extradition américaine |
| 29 avril 2025 | Changement de nom en Block (passeport au nouveau nom le 30 avril) |
| 1er mai 2025 | Arrestation à l’aéroport Ben Gourion, sur le point de partir pour la Russie |
| 14 juillet 2025 | Le tribunal de district de Jérusalem le déclare extradable |
| 22 janvier 2026 | Audience devant la Cour suprême |
| 8 mars 2026 | Arrêt de la Cour suprême rejetant l’appel |
| Date non communiquée | Demande de nouvelle audience rejetée par le président de la Cour suprême, Isaac Amit |
| 29 octobre 2026 | Extradition vers les États-Unis |
Le Jerusalem Post et Decrypt rapportent le refus d’Amit sans le dater. Les détails sur le changement de nom et le départ prévu viennent du récit du Jerusalem Post de mai 2025, et l’arrestation à l’aéroport comme le nouveau nom sont repris dans la couverture de cette semaine.
Le département américain de la Justice a annoncé une autre extradition le 23 octobre, celle de Zheng Zhao depuis les Pays-Bas, dans une affaire distincte, sans lien avec Nomad.
Ce que les procureurs américains reprochent à Block en août 2022
Tout ce qui suit dans cette section relève de l’allégation, tirée de la demande américaine telle que résumée dans l’arrêt et dans la presse israélienne. Rien n’a été éprouvé lors d’un procès.
Une mise à jour logicielle de Nomad en juin 2022 a laissé une faille, explique l’arrêt : appeler une fonction du contrat, process(), plutôt que proveAndProcess(), permettait de recevoir des jetons sur une chaîne sans que les fonds correspondants soient verrouillés. Calcalist rapporte que, selon la demande américaine, Block a découvert cela fin juillet 2022 et modifié le code qui vérifie que les actifs sont bien verrouillés. Sa défense a répondu à la Cour suprême que la demande ne contient aucune allégation de modification du code.
Sous le pseudonyme « Bitlik », il aurait effectué six transferts d’essai, en déposant des fonds dans le portefeuille de Nomad au même moment pour que la faille passe inaperçue, puis quatre transferts principaux vers le 1er août. Les procureurs affirment qu’il a converti les jetons en d’autres cryptomonnaies et les a déplacés entre portefeuilles pour en cacher la provenance.
La suite supposée touche de près les primes aux bogues. Quelques jours plus tard, il aurait rendu une partie des jetons, contacté un haut responsable de Nomad sur Telegram et proposé de restituer le reste contre un paiement pour avoir trouvé la faille, avant de cesser de répondre. Nomad s’est tourné vers les forces de l’ordre américaines, rapportent Calcalist et Decrypt.
Le Jerusalem Post a donné davantage de détails en mai 2025, en citant la demande d’extradition américaine. Le premier contact, le 4 août 2022, a eu lieu avec le directeur technique James Prestwich, sous une fausse identité. Block aurait dit avoir envoyé environ 162 000 dollars vers un portefeuille de récupération créé par Nomad et réclamé une récompense de 500 000 dollars, et Prestwich aurait répondu que Nomad verserait 10 % de la valeur des sommes prises. Ce sont les affirmations de la demande, que les articles de cette semaine ne reprennent pas.

Les ponts restent une cible récurrente : cette semaine, un attaquant a dérobé moins de 800 000 dollars sur les contrats Ethereum de zkLink Nova. Notre guide sur le fonctionnement des ponts inter-chaînes explique pourquoi les fonds verrouillés se trouvent au même endroit, ce qui rend une erreur de vérification si coûteuse.
Le dossier de Nomad lui-même : l’affaire de la FTC
La société à l’origine du pont a eu affaire, elle aussi, à la justice américaine. Le 16 décembre 2025, la Federal Trade Commission a annoncé un projet d’ordonnance de consentement visant Illusory Systems, société basée dans l’Utah qui exerçait sous le nom de Nomad, par un vote de 2 voix contre 0. La FTC reproche à l’entreprise de ne pas avoir respecté ses promesses de « sécurité d’abord », d’avoir mis en ligne en juin 2022 un code insuffisamment testé, exploité un peu plus d’un mois plus tard, et d’avoir réagi trop lentement, ce qui a aggravé les pertes.
L’ordonnance interdirait les fausses déclarations sur la sécurité, imposerait un programme de sécurité de l’information avec des évaluations indépendantes tous les deux ans, et exigerait la restitution des sommes récupérées non encore rendues. Une fois définitive, chaque violation pourrait coûter jusqu’à 51 744 dollars. La période de commentaires publics s’est achevée le 20 janvier 2026, d’après le Federal Register. Au 30 octobre, ni le Federal Register ni les communiqués de la FTC ne montraient d’ordonnance définitive : son statut actuel n’est donc pas confirmé.
Aucune date d’audience américaine n’a été communiquée
Les articles sur le transfert reposent sur l’annonce du parquet israélien. Aucune date d’audience aux États-Unis n’a été communiquée, et aucune déclaration du département américain de la Justice n’était apparue dans la soirée du 30 octobre. Ni comparution initiale, ni plaidoyer, ni décision sur la détention, ni juge désigné n’ont été signalés. La couverture ne contient aucune déclaration de Block ni de ses avocats sur le transfert, et la thèse de la défense disponible à ce jour est celle consignée dans la procédure israélienne.
Il est présumé innocent, et la charge de la preuve, lors d’un éventuel procès américain, reviendrait aux procureurs. La prochaine étape à surveiller est une première comparution dans le district nord de Californie, où l’acte d’accusation a été déposé.
