Environ 11,1 millions de bitcoins, soit à peu près 55 % des 20,1 millions de pièces minées à ce jour, reposent sur des adresses qu’aucun propriétaire connu ne revendique, selon les données de propriété de Galaxy Research relayées par CoinDesk le lundi 26 octobre. Galaxy, la branche recherche de Galaxy Digital, rattache les 45 % restants, près de 9,0 millions de BTC, à des plateformes d’échange, à des fonds cotés (ETF), à des États et au schéma de minage des premiers temps que l’on attribue d’ordinaire à Satoshi Nakamoto. Le reste est « non attribué ». Tout tient dans ce mot : Galaxy ne sait pas mettre un nom sur ces adresses. Cela ne veut pas dire que les pièces sont perdues, ni qu’elles vont être vendues.
Avec un bitcoin à environ 80 300 $ sur le tableau de marché de Coindaro à 11 h 42 UTC le 26 octobre, la masse non attribuée vaudrait autour de 891 milliards de dollars (notre calcul). Presque tout ce qui se dit sur les détenteurs de bitcoin repose sur des étiquettes posées par quelques sociétés d’analyse et par des trackers publics. Leurs totaux sont très éloignés les uns des autres, comme le montre la comparaison plus bas.
Bitcoin sans propriétaire identifié : ce que dit le cliché d’octobre de Galaxy
Les chiffres viennent de ce que Journal du Coin a appelé la photographie d’octobre de Galaxy sur la propriété du bitcoin, que le responsable de la recherche de Galaxy, Alex Thorn, a partagée sur X. Nous n’avons pu ouvrir ni la page ni le graphique de Galaxy, et le message de Thorn ne s’est pas chargé non plus : tous les chiffres de Galaxy cités ici sont donc relayés par les médias qui les ont repris, à savoir CoinDesk (Omkar Godbole, 03 h 18 à New York, 07 h 18 UTC), crypto.news (08 h 07 UTC) et Journal du Coin (à midi), tous le 26 octobre.
La date du cliché lui-même reste floue. Le média chinois PANews a publié un article sur l’affirmation de Thorn daté du 14 octobre, ce qui laisse penser que son message précède d’environ deux semaines la vague d’articles. Aucun des comptes rendus que nous avons pu lire ne donne la date d’arrêté des données de Galaxy.
Ce que la presse rapporte tient en peu de lignes. Non attribués : environ 11,1 millions de BTC, soit 55 % de l’offre. Attribués : environ 45 %, soit à peu près 9,0 millions de BTC. La plus grosse entrée attribuée est étiquetée « Satoshi Nakamoto (Patoshi Pattern) » et pèse 1 123 658 BTC, soit environ 5,6 % de l’offre. Les autres groupes attribués cités sont les plateformes d’échange, les ETF, avec en tête le fonds de BlackRock, et le gouvernement américain. Aucun article ne donne le montant que Galaxy range dans chacun de ces groupes.
« Plus de la moitié de l’offre de BTC se trouve sur des adresses sans attribution connue », a écrit Thorn, d’après la citation de CoinDesk (« More than half of all BTC supply is sitting in addresses with no known attribution »). blockchain that runs exactly as written when it is called, holding and moving funds according to its code, without an intermediary able to change the outcome.">smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il ajoute qu’une énorme quantité de bitcoin, « peut-être même la majorité », est détenue par des particuliers en auto-conservation. CoinDesk se montre plus prudent : les 55 % n’appartiennent pas forcément à des particuliers qui gardent leurs pièces à long terme. Xapo Bank a répondu à Thorn que les détenteurs particuliers sont là depuis plus de dix ans.
Une limite de mesure, pas un mystère
L’attribution procède de l’extérieur vers l’intérieur. Les analystes partent de portefeuilles dont le propriétaire est déjà connu, par exemple les adresses de stockage à froid publiées par une plateforme, les avoirs déclarés par le dépositaire d’un ETF ou les pièces saisies par un État. Ils suivent ensuite l’historique public des transactions et appliquent des règles de regroupement : des adresses dépensées ensemble dans une même transaction sont probablement contrôlées par la même partie, et les sorties de monnaie rendue reviennent le plus souvent à l’expéditeur. Chaque nouvelle adresse qui rejoint un groupe connu reçoit l’étiquette de ce groupe.
Tout ce qui ne croise jamais un groupe étiqueté reste sans étiquette. Quelqu’un qui a acheté du bitcoin sur une plateforme en 2015 et l’a retiré vers un portefeuille matériel apparaît à un saut d’une plateforme, puis plus rien. Un fonds qui garde ses pièces chez un dépositaire que Galaxy n’a pas cartographié ressemble à un retraité lyonnais avec une sauvegarde sur papier. Il en va de même d’un desk de gré à gré, d’un family office ou d’une entreprise qui n’a jamais déclaré ses avoirs.
Journal du Coin avance ses propres exemples de ceux qui peuvent se trouver dans la catégorie non attribuée : un petit épargnant, une baleine de longue date, une entreprise dont personne n’a identifié les portefeuilles, des institutions, et des pièces devenues inaccessibles. Le site ajoute deux mises en garde. Un même acteur peut répartir son bitcoin sur de nombreuses adresses, si bien que compter des adresses ne revient pas à compter des investisseurs. Et un dépositaire peut conserver les pièces de milliers de clients : nommer le dépositaire ne dit rien des personnes à qui appartiennent les pièces. Les proportions entre ces groupes sont inconnues, et Galaxy ne prétend pas les connaître.
Pour rappel de ce que signifie posséder des bitcoins, c’est-à-dire détenir les clés, lisez notre explication sur les clés privées et publiques et leur fonctionnement.
Ce que recouvre « connu » : plateformes, ETF, entreprises, États
Galaxy n’a pas publié ses montants par catégorie, mais le tracker public BitcoinTreasuries.net publie les siens. Sa page, consultée vers 12 h 00 UTC le 26 octobre, additionne les avoirs qu’il peut sourcer à partir de dépôts réglementaires, de déclarations de fonds et de communications officielles. Les chiffres en direct ne portent pas de date ligne par ligne.
| Groupe de détenteurs (BitcoinTreasuries.net) | BTC | Part des 20,1 M minés (env.) |
|---|---|---|
| Sociétés cotées | 1 289 903 | 6,4 % |
| Sociétés privées | 284 652 | 1,4 % |
| Entités gouvernementales | 645 609 | 3,2 % |
| ETF et plateformes d’échange | 1 615 524 | 8,0 % |
| DeFi et autres | 374 559 | 1,9 % |
| Total des cinq groupes | 4 210 247 | 20,9 % |
Les parts sont calculées par nos soins sur 20,1 millions de pièces ; BitcoinTreasuries affiche 6,142 % pour les sociétés cotées parce qu’il utilise son propre chiffre d’offre. La ligne des gouvernements regroupe tous les États que le site suit, les États-Unis compris, et nous n’avons trouvé aucun chiffre daté pour les seuls avoirs américains.
Certains noms de ces lignes ont bougé ce mois-ci. Strategy a acheté 267 BTC le 19 octobre, selon le fil d’actualité de BitcoinTreasuries. crypto.news, s’appuyant sur des données récentes de détention des ETF, situe l’iShares Bitcoin Trust (IBIT) de BlackRock à environ 814 263 BTC, et écrit que les produits d’investissement suivis par le compte d’analyse on-chain Lookonchain détenaient 1 284 312 BTC au 22 octobre. Nous n’avons vérifié ni l’un ni l’autre chiffre auprès d’iShares ou de Lookonchain, et aucun n’émane de Galaxy. Tesla et SpaceX détiennent ensemble 30 221 BTC et n’en ont vendu aucun au troisième trimestre, comme nous l’avons rapporté dans notre article sur les bitcoins de SpaceX et de Tesla.

Pourquoi les trackers publics voient 4,2 millions de BTC et Galaxy environ 9 millions
L’écart est large : environ 9,0 millions de BTC attribués par Galaxy contre 4,2 millions additionnés par BitcoinTreasuries, soit une différence proche de 4,8 millions de BTC. Environ 1,12 million vient probablement des pièces Patoshi, qui ne correspondent à aucun des cinq groupes de BitcoinTreasuries (sociétés, gouvernements, ETF et plateformes, DeFi et autres). Il reste donc autour de 3,7 millions de BTC que Galaxy étiquette et que le tracker public n’étiquette pas.
Les deux listes ne mesurent pas la même chose. BitcoinTreasuries compte ce que les détenteurs déclarent. Galaxy étiquette des adresses sur la blockchain, et peut donc, en principe, repérer les portefeuilles froids d’une plateforme ou les grappes d’adresses d’un dépositaire même si personne ne publie de solde. Notre hypothèse, qui n’est pas un constat sourcé, est que les portefeuilles froids des plateformes et les dépositaires expliquent une bonne part de ces 3,7 millions. Aucune des sources lues ne réconcilie les deux totaux, et Galaxy n’a pas publié le détail qui permettrait de confirmer ou d’écarter cette lecture.
L’ordre de grandeur compte pour le lecteur. Un investisseur qui lit que « les entreprises et les ETF possèdent un cinquième du bitcoin » et un autre qui lit que « 45 % est identifié » regardent deux méthodes, pas deux faits contradictoires.
Les pièces Patoshi : 1,12 million de BTC sur un schéma, pas sur une preuve
La plus grosse entrée attribuée est aussi la moins certaine. Le schéma Patoshi est une empreinte statistique dans la manière dont certains des tout premiers blocs ont été minés, décrite par le chercheur Sergio Demian Lerner dans un billet de blog du 17 avril 2013. Les pièces minées avec cette empreinte n’ont pour l’essentiel jamais bougé, et on les attribue d’ordinaire à Satoshi Nakamoto, comme le fait l’étiquette de Galaxy. Journal du Coin souligne que cette attribution reste une hypothèse d’analyse, pas une identité démontrée.
Les estimations divergent. L’étiquette de Galaxy porte 1 123 658 BTC. L’estimation de Lerner en 2013, faite à l’œil sur un graphique, tournait autour de 1 million de BTC, et il écrivait ne pas pouvoir être sûr que chaque bloc du schéma appartienne à Satoshi. Personne n’a prouvé qui contrôle ces clés, ni si quelqu’un les contrôle encore. Notre guide sur Satoshi Nakamoto et les débuts du bitcoin rappelle ce qui est réellement documenté.
Bitcoin perdus ou sans propriétaire identifié : deux ensembles différents
Une pièce est perdue quand plus personne ne peut la signer : la clé privée a été oubliée, la sauvegarde détruite, le propriétaire est mort sans transmettre l’accès. Une pièce est non attribuée quand un analyste extérieur ne peut pas dire à qui elle appartient. Les deux ensembles se recoupent, mais ne se confondent pas, et le second est beaucoup plus vaste.
Une longue inactivité ne prouve pas non plus une perte, comme le rappelle Journal du Coin. De nombreux propriétaires laissent leurs pièces intactes pendant dix ans par choix. Galaxy n’a donné aucune estimation de pièces perdues dans les comptes rendus que nous avons lus.

Nombre de bitcoin perdus : des estimations anciennes et très éloignées
Les chiffres qu’on cite d’habitude pour les bitcoins perdus viennent d’autres sociétés, et aucun de Galaxy. BitGo, le spécialiste de la conservation, en a réuni plusieurs dans un billet de blog sur les pièces perdues, qui s’ouvre sur une fourchette globale de 2,3 à 4 millions de BTC. Le chiffre le plus ancien de son tableau est une étude de Chainalysis de novembre 2017, qui chiffrait les pertes entre 2,8 et 3,8 millions de BTC. Les plus récents viennent de Ledger et d’Unchained.
| Estimation | BTC perdus | Date |
|---|---|---|
| Chainalysis | 2,8 M à 3,8 M | novembre 2017 |
| River Financial | 3,0 M à 4,0 M | septembre 2023 |
| Ledger | 2,3 M à 3,7 M | novembre 2025 |
| Unchained | 3,0 M à 3,8 M | avril 2026 |
Chiffres tels que BitGo les répertorie ; nous n’avons pas ouvert l’étude d’origine de chaque société. Le même billet cite un décompte de CoinDesk jusqu’à 5,6 millions de BTC qui n’ont pas bougé depuis plus de dix ans, ce qui mesure la dormance, pas la perte.
Rapporté aux 11,1 millions de Galaxy, même le plus haut de ces chiffres de pièces perdues, 4 millions, laisserait environ 7,1 millions de BTC non attribués que quelqu’un peut encore dépenser. Ce calcul ne tient que si les estimations sont justes, et personne ne sait combien de pièces sont réellement perdues.
Les vieilles pièces se réveillent
La meilleure preuve qu’un bitcoin dormant n’est pas un bitcoin mort se trouve sur la blockchain. Galaxy a suivi six portefeuilles qui ont déplacé 553,59 BTC, soit environ 40,15 millions de dollars au moment des faits, en août 2026 après être restés inactifs pendant environ 12 à 15 ans, avec des pièces datant de 2011, 2012 et 2014, d’après crypto.news, qui ajoute que les chercheurs n’ont pas pu établir qui contrôlait la plupart de ces adresses ni pourquoi les pièces ont bougé. Le 18 octobre, nous avons rapporté un stock de 471 BTC datant de 2013, balayé vers 15 nouvelles adresses. Chacun de ces mouvements sort des pièces de la colonne « peut-être perdues » et les place souvent sur un nouvel ensemble d’adresses que personne n’a encore étiqueté.
La conservation évolue en parallèle, selon crypto.news. Citant son propre rapport d’août, le média écrit que Citigroup prévoit de proposer la conservation de bitcoin avant la fin de 2026, et note que BNY Mellon et Coinbase Custody servent déjà des émetteurs d’ETF. Le même article rapporte que Jameson Lopp, directeur de la sécurité de Casa, a publié le 22 octobre une lettre qui met les détenteurs en garde contre l’abandon de l’auto-conservation après une série de compromissions de portefeuilles matériels. Il recommande des portefeuilles multisignatures dont les clés sont gardées sur des appareils et dans des lieux distincts, et d’organiser la suite pour le cas où le propriétaire ne pourrait plus gérer ses pièces.
Ce que change le chiffre de 55 % pour le lecteur
Pour qui suit l’argument du choc d’offre, ce cliché est un avertissement. On entend souvent que les ETF et les sociétés de trésorerie absorbent un flottant qui se réduit. Les données de Galaxy disent que le flottant que les analystes voient et peuvent nommer est plus petit que celui qu’ils ne voient pas. Si une grande part des 11,1 millions de BTC est dépensable, l’offre susceptible d’arriver sur le marché est plus grande que ne le laissent croire les tableaux de « détenteurs connus ». Si une grande part est perdue, elle est plus petite. Les données ne disent pas laquelle des deux.
Il existe aussi une limite arithmétique simple. Mempool.space indiquait une pointe de chaîne au bloc 973 231 vers 12 h 00 UTC le 26 octobre ; en additionnant la subvention de bloc jusqu’à cette hauteur, on obtient 20 103 850 BTC émis (notre calcul), ce qui correspond aux 20,1 millions de Galaxy. Il reste environ 896 150 BTC à miner avant le plafond de 21 millions. Les mineurs reçoivent aujourd’hui 3,125 BTC par bloc, et cette subvention sera de nouveau divisée par deux au bloc 1 050 000.
Pour le contexte de prix de ce lundi, notre point du matin en Asie sur le bitcoin sous 80 000 $ revient sur les mouvements avant la décision de la Fed de mercredi. Le bitcoin reculait de 2,9 % sur sept jours à 11 h 42 UTC, selon le même tableau. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.
Ce que l’on ignore encore
Plusieurs points ne peuvent pas encore être vérifiés dans les sources publiques. Galaxy n’a publié, dans aucune source à notre portée, la date de son cliché, le montant qu’elle attribue aux plateformes, aux ETF et à l’État américain, ni les notes de méthode derrière ses regroupements d’adresses. Toute la couverture remonte à un seul message de Thorn : il n’existe donc pas de second décompte indépendant du chiffre de 55 %.
Le test à venir est simple. Si Galaxy publie un rapport complet avec les totaux par catégorie, l’écart de 3,7 millions de BTC avec BitcoinTreasuries pourra être comparé ligne à ligne. D’ici là, mieux vaut lire les 11,1 millions comme la part du bitcoin qu’une équipe d’analyse bien dotée ne sait pas nommer, à une date qu’elle n’a pas indiquée.
