Le 25 septembre 2026, la Banque centrale européenne a annoncé que la masse monétaire large de la zone euro, l’agrégat M3, avait progressé de 3,5 % sur un an en août, un peu plus vite qu’en juillet (3,4 %). Les prêts aux ménages ont augmenté de 3,1 % et ceux aux entreprises de 4,2 %. Trois jours plus tôt, la Réserve fédérale américaine avait chiffré le M2 des États-Unis à 23 342,8 milliards de dollars pour août, soit environ 5,7 % de plus qu’un an auparavant.
La plus grande partie de cet argent n’est pas fabriquée par des imprimeries : ce sont des soldes bancaires. Voilà où commence la question de la création monétaire : quand une banque commerciale accorde un crédit, elle inscrit sur le compte de l’emprunteur un dépôt tout neuf, et ce dépôt est de la monnaie que l’emprunteur peut dépenser. L’épargne de personne n’a été déplacée pour cela.
Cette leçon est la cinquième de notre parcours monnaie et économie. Elle prolonge celle sur l’inflation et le pouvoir d’achat. Les règles citées sont celles en vigueur en octobre 2026, et rien ici n’est un conseil en investissement.
La plupart de l’argent que vous détenez est une promesse de votre banque
L’économie moderne connaît trois formes de monnaie, et une seule se tient dans la main. Les billets sont émis par la banque centrale. Les réserves sont les soldes que les banques commerciales détiennent sur leurs propres comptes à la banque centrale ; ni vous ni moi ne pouvons en ouvrir un. Les dépôts, enfin, sont ce que vous voyez dans votre application bancaire : une dette de votre banque envers vous.
Les deux premières formes constituent la monnaie de banque centrale. La troisième est la monnaie de banque commerciale, dite aussi monnaie scripturale, et c’est de très loin la plus abondante. L’explication pédagogique de la Banque centrale européenne (en anglais) est sans détour : la monnaie des banques commerciales représente l’essentiel de la monnaie que les gens utilisent réellement. La Banque d’Angleterre a mesuré le partage au Royaume-Uni en décembre 2013 : les dépôts formaient 97 % de la monnaie au sens large, les espèces les 3 % restants.
La zone euro présente un profil voisin. Fin août 2026, les espèces en circulation représentaient environ 9 % de la masse monétaire large M3, d’après le portail de données de la BCE (chiffres corrigés des variations saisonnières, provisoires). Les montants en dollars figurent dans le tableau plus bas.
Si vous avez lu notre leçon sur ce qu’est la monnaie, vous connaissez ses trois fonctions. Un dépôt bancaire les remplit toutes, ce qui explique qu’on le traite comme de l’argent alors que c’est une promesse privée. Cette promesse tient parce qu’elle est convertible : vous pouvez transformer un dépôt en espèces à parité, ou l’envoyer vers une autre banque où pool di un market maker automatico divergono, rispetto a tenere semplicemente gli stessi token. Diventa definitiva al prelievo.">il arrive à raison d’un euro pour un euro. Cette convertibilité repose sur la banque centrale, comme l’explique la leçon sur la monnaie fiduciaire et les banques centrales.
L’histoire des manuels : le dépôt d’abord, le crédit ensuite
Beaucoup de cours d’économie enseignent encore un enchaînement bien ordonné. Un épargnant dépose 1 000 euros. La banque garde une fraction en réserves, disons 10 %, et prête les 900 autres. L’emprunteur les dépense, le vendeur les dépose dans une autre banque, qui en garde 90 et prête 810, et ainsi de suite. En additionnant les tours, les 1 000 euros de départ se sont changés en 10 000 euros de dépôts au maximum. Le rapport 1 divisé par le taux de réserve s’appelle le multiplicateur monétaire.
Ce calcul est le fondement de l’expression « réserves fractionnaires », et il décrit quelque chose de réel : dans un système où l’exigence de réserves est contraignante et où la banque centrale rationne strictement les réserves, le multiplicateur fixe un plafond aux dépôts. C’est pourquoi il a trouvé sa place dans les manuels.
Les banques centrales qui font tourner le système disent pourtant que ce n’est pas ainsi que la monnaie est créée aujourd’hui. Dans un article du Bulletin trimestriel de 2014, « Money creation in the modern economy », trois économistes de la Banque d’Angleterre écrivaient que « l’acte de prêter crée des dépôts » (« the act of lending creates deposits »), soit l’inverse de l’ordre des manuels. Leur verdict sur le multiplicateur était net : ce n’est pas une description exacte de la façon dont la monnaie est créée dans la réalité.
Ils écartaient aussi la caricature opposée. Les banques ne se contentent pas de transmettre les dépôts des épargnants aux emprunteurs, et elles ne « multiplient » pas la monnaie de banque centrale. Sur les réserves, leur phrase clé tient en peu de mots : dans la réalité, ni les réserves ne limitent le crédit, ni la banque centrale ne fixe la quantité de réserves disponibles.
L’explication de la BCE va dans le même sens : lorsqu’une banque commerciale vous accorde un prêt pour acheter une voiture, elle crée de la monnaie de cette façon. Des économistes post-keynésiens soutenaient depuis des décennies que la monnaie naît à l’intérieur du système bancaire, et l’article de la Banque d’Angleterre cite cette littérature. La nouveauté de 2014, c’est qu’une banque centrale le disait en toutes lettres.
Comment les banques créent la monnaie avec un crédit : le bilan en quatre étapes
Ce qui suit est une illustration, pas une vraie banque : les noms et les chiffres sont inventés et volontairement ronds, pour qu’on suive aisément les deux côtés du bilan.
Dans notre exemple, la banque A démarre avec 1 000 000 d’euros d’actifs : 100 000 en réserves à la banque centrale et 900 000 de crédits déjà accordés. Au passif, elle doit 900 000 euros de dépôts à ses clients et dispose de 100 000 de fonds propres, la mise des actionnaires. Anna demande un prêt auto de 20 000 euros.
- Le crédit est accordé. La banque A inscrit un nouvel actif, « prêt à Anna, 20 000 », et un nouveau passif, « dépôt d’Anna, 20 000 ». Les deux côtés du bilan grossissent de 20 000. La monnaie au sens large vient d’augmenter de 20 000 euros. Les réserves de la banque A n’ont pas bougé.
- Anna achète la voiture. Le garagiste est client de la banque B : le dépôt d’Anna à la banque A baisse de 20 000, celui du garagiste à la banque B monte de 20 000. Pour régler, la banque A vire 20 000 euros de réserves à la banque B auprès de la banque centrale. La quantité de monnaie dans l’économie n’a pas changé ; elle a changé de banque.
- Il faut reconstituer les réserves de la banque A. Elle peut puiser dans ce qu’elle détient, emprunter à d’autres banques, attirer de nouveaux dépôts ou emprunter à la banque centrale contre des garanties. Chaque option a un prix, lié au taux directeur de la banque centrale. Ce coût de refinancement, et non un stock d’épargne, est ce que le prêt coûte réellement à la banque.
- Anna rembourse sur cinq ans. Chaque mensualité réduit son dépôt et le crédit du même montant, et la monnaie disparaît. Les intérêts qu’elle verse sont un revenu pour la banque, qui finit dans ses fonds propres si elle dégage un bénéfice.
L’étape 4 est celle qu’on oublie. La Banque d’Angleterre note que si prêter crée de la monnaie, rembourser en détruit ; son propre exemple est celui du consommateur qui règle en une fois ses dépenses de carte bancaire du mois et efface ainsi les dépôts que ces achats avaient créés. La masse monétaire ne croît que lorsque les nouveaux crédits dépassent les remboursements.
Certains économistes parlent de « monnaie de stylo-plume » (« fountain pen money »), créée d’un trait de plume par le banquier ; l’article de la Banque d’Angleterre renvoie à la discussion de James Tobin en 1963 sur ce terme. Aujourd’hui, c’est une frappe au clavier. La banque n’a besoin ni d’or, ni d’espèces, ni de l’épargne d’un autre dans un tiroir pour passer l’écriture. Elle doit en revanche régler les paiements qui suivent, détenir assez de capital et de liquidités, et gagner davantage sur le prêt que ce que lui coûte son financement.

Ce qui empêche les banques de créer autant de monnaie qu’elles le veulent
Si un clic suffit à créer de la monnaie, pourquoi les banques ne prêtent-elles pas sans fin ? L’article de la Banque d’Angleterre classe les freins en trois familles : les limites propres aux banques (rentabilité, risque et réglementation), le comportement des emprunteurs et des épargnants, et la politique monétaire.
Rentabilité, risque et concurrence
Un crédit doit rapporter. La banque A perd des réserves dès qu’Anna dépense chez un client d’une autre banque, et les remplace à un coût proche du taux directeur. Baissez les taux pour gagner des clients et chaque prêt rapporte moins ; prêtez à des emprunteurs plus fragiles et davantage de prêts tournent mal, ce qui ronge les fonds propres. Une banque dont le crédit croît bien plus vite que celui de ses concurrentes leur cède des réserves chaque jour et doit payer pour récupérer des dépôts.
Règles de capital : un coussin, pas un coffre
Le cadre de Bâle III, publié par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire en décembre 2010 et finalisé en décembre 2017, fixe le capital minimal que les banques doivent détenir. Aux États-Unis, la Réserve fédérale l’inscrit dans sa règle sur les fonds propres, la section 217.10 du titre 12 du Code of Federal Regulations (en anglais) : un ratio de fonds propres durs (CET1) de 4,5 %, un ratio de fonds propres de catégorie 1 de 6 % et un ratio de fonds propres total de 8 % des actifs pondérés des risques, plus un ratio de levier de 4 %. Les plus grandes banques (approches avancées et établissements de catégorie III) sont aussi soumises à un ratio de levier supplémentaire de 3 %. La section suivante de la règle, 217.11, ajoute un coussin de 2,5 % des actifs pondérés par-dessus ces minimums (pour les très grandes banques, un coussin de résistance aux tests de crise d’au moins 2,5 %) ; une banque qui l’entame voit limiter ses dividendes et ses primes.
Deux malentendus se cachent dans cette phrase. Le capital n’est pas de l’argent mis de côté : c’est la part du financement de la banque qui vient des actionnaires et des bénéfices mis en réserve, et qui absorbe les pertes avant que les déposants perdent quoi que ce soit. Et « pondéré des risques » signifie qu’un prêt compte selon son risque : un crédit immobilier bien garanti pèse moins qu’un prêt non garanti à une entreprise, si bien que les règles de capital orientent les crédits que les banques préfèrent. Chaque nouveau prêt augmente les actifs pondérés et réclame donc davantage de capital derrière lui.
Règles de liquidité
Le ratio de liquidité à court terme (LCR), publié par le Comité de Bâle en janvier 2013 et pleinement en vigueur depuis le 1er janvier 2019, impose aux banques de détenir assez d’actifs liquides de haute qualité pour tenir 30 jours de sorties en période de stress, avec un ratio minimal de 100 %. Une seconde norme, le ratio de financement stable net (NSFR), leur demande de financer les prêts longs avec des ressources stables plutôt qu’avec de l’emprunt au jour le jour. Les deux rendent plus coûteuse une croissance rapide du crédit.
Emprunteurs et taux de la banque centrale
Prêter suppose un emprunteur. Les ménages et les entreprises s’endettent quand ils pensent que le prêt se paiera de lui-même, et ils remboursent par anticipation quand ils ont de la trésorerie, ce qui détruit de la monnaie. La Banque d’Angleterre voit dans la politique monétaire la contrainte ultime : quand la banque centrale relève son taux, les crédits coûtent plus cher, moins de gens en veulent et la croissance de la monnaie ralentit. Comme l’a montré la leçon sur l’inflation, les banques centrales visent un objectif d’inflation, et elles l’atteignent en pilotant le prix du crédit, non la quantité de réserves.
Réserves obligatoires : 1 % dans la zone euro, zéro aux États-Unis
Le multiplicateur des manuels repose sur une exigence de réserves. Les banques de la zone euro doivent détenir 1 % d’une assiette de réserves définie, surtout les dépôts de la clientèle et les titres de créance à court terme, sur leurs comptes à la banque centrale nationale (pour la France, la Banque de France). Le taux était de 2 % au lancement de l’euro le 1er janvier 1999 et a été ramené à 1 % à partir de la période de constitution qui a commencé le 18 janvier 2012, d’après la Bundesbank (en anglais). Chaque banque déduit un abattement forfaitaire de 100 000 euros. Depuis la période de constitution ouverte le 20 septembre 2023, les réserves obligatoires sont rémunérées à 0 %.
Côté américain, aucune exigence ne subsiste. La Réserve fédérale a annoncé le 15 mars 2020 qu’elle ramenait à zéro les taux de réserves obligatoires, avec effet au 26 mars 2020 ; sa page sur les réserves obligatoires (en anglais) indique que cela a « supprimé les exigences de réserves pour tous les établissements de dépôt ». Son communiqué reliait cette baisse au passage à un régime de réserves abondantes, dans lequel les banques détiennent beaucoup de réserves et où c’est le taux d’intérêt, et non leur quantité, qui sert d’outil. Le 14 octobre 2026, les banques américaines détenaient environ 3,02 billions de dollars de soldes de réserves à la Fed, selon la publication H.4.1, sans qu’aucune règle ne les y oblige.
En 2014, la Banque d’Angleterre écrivait qu’elle n’imposait aucune exigence formelle de réserves (seulement de petits dépôts de ratio de trésorerie non rémunérés, qui servent un autre but), de sorte que le processus des manuels était « moins pertinent pour les banques britanniques ».
Des réserves, les banques en gardent malgré tout, parce qu’elles règlent leurs paiements entre elles avec et parce que les régulateurs exigent des actifs liquides. Mais la quantité de réserves suit le crédit ; elle ne le plafonne pas. L’article de la Banque d’Angleterre décrit le multiplicateur comme fonctionnant à l’envers : une politique plus souple fait grimper le crédit et les dépôts, ce qui accroît la demande de réserves des banques, que la banque centrale satisfait.
M0, M1, M2, M3 : la même monnaie mesurée à quatre distances
Les agrégats monétaires mesurent la monnaie à distance croissante des espèces, et chaque banque centrale fixe ses propres définitions : un M2 à Francfort n’est pas un M2 à Washington.
La mesure la plus étroite est la base monétaire, parfois encore appelée M0 : les espèces en circulation plus les réserves des banques à la banque centrale, soit uniquement de la monnaie de banque centrale. Dans la zone euro, le M1 de la BCE réunit les espèces en circulation et les dépôts à vue ; le M2 y ajoute les dépôts à court terme autres qu’à vue, comme l’épargne avec préavis ; le M3 ajoute des instruments négociables, des actifs proches des dépôts mais échangeables. Aux États-Unis, la publication H.6 de la Fed (en anglais) définit le M1 comme les espèces plus les dépôts à vue et autres dépôts liquides, livrets d’épargne compris ; le M2 y ajoute les petits dépôts à terme de moins de 100 000 dollars et les parts de fonds monétaires de détail. Le Royaume-Uni publie sa propre mesure large, le M4ex.
| Agrégat | Zone euro (BCE) | États-Unis (Fed) | Date |
|---|---|---|---|
| Espèces en circulation | environ 1,62 billion d’euros | environ 2,49 billions de dollars | Euro : fin août 2026 (portail de données de la BCE) ; États-Unis : 14 octobre 2026 (H.4.1) |
| Réserves des banques à la banque centrale | non indiqué ici | environ 3,02 billions de dollars | 14 octobre 2026 (H.4.1) |
| M1 | environ 11,29 billions d’euros (+2,9 % sur un an) | environ 19,99 billions de dollars | Août 2026 |
| M2 | environ 16,45 billions d’euros | environ 23,34 billions de dollars (environ +5,7 % sur un an) | Août 2026 |
| M3 | environ 17,65 billions d’euros (+3,5 % sur un an) | non publié | Août 2026 |
L’écart entre la première ligne et les autres, c’est la monnaie de banque. L’essentiel de la croissance publiée chaque mois pour le M2 ou le M3 est le solde net des nouveaux crédits moins les remboursements, plus les achats de titres par les banques, qui créent des dépôts de la même manière.
Les banques se règlent entre elles en monnaie de banque centrale
Revenez à l’étape 2 de l’exemple : les euros d’Anna ont quitté la banque A pour arriver à la banque B. La monnaie de banque commerciale est passée d’un bilan à un autre, et il fallait donc quelque chose pour solder la dette entre les deux banques. Ce quelque chose, c’est la monnaie de banque centrale.
Les paiements en euros entre banques se règlent dans T2, le système de règlement brut en temps réel de l’Eurosystème, entré en service en mars 2023 en remplacement de TARGET2. Chaque paiement est réglé individuellement et de manière définitive sur les comptes des banques à la banque centrale. D’après la BCE (en anglais), T2 traite tous les huit jours des paiements dont le montant avoisine le PIB annuel de toute la zone euro. Aux États-Unis, l’équivalent est le service Fedwire Funds, exploité par les banques de la Réserve fédérale.
Voilà pourquoi les réserves comptent même sans obligation : chaque paiement qu’un client envoie vers une autre banque les épuise. Le règlement en monnaie de banque centrale donne aussi ce que les économistes appellent l’unicité de la monnaie. Un euro dans votre banque et un euro dans la mienne valent la même chose parce que tous deux se convertissent à parité en le même actif de banque centrale. Si une banque ne peut pas honorer cette conversion, la garantie des dépôts prend le relais, dans une limite.
Garantie des dépôts : 100 000 euros en France, 250 000 dollars aux États-Unis, 120 000 livres au Royaume-Uni
Puisque les dépôts sont une dette de la banque, ils portent le risque de la banque. Les pouvoirs publics plafonnent ce risque pour l’épargnant ordinaire grâce à des fonds de garantie des dépôts financés par les banques elles-mêmes.
En France, c’est le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) qui joue ce rôle. Il garantit les dépôts jusqu’à 100 000 euros par client et par banque : comptes courants, comptes d’épargne et épargne réglementée comme le Livret A, le LDDS et le LEP. Il rembourse sous sept jours ouvrés à compter du moment où les comptes deviennent indisponibles, et garantit séparément les titres jusqu’à 70 000 euros par client et par prestataire d’investissement. La limite de 100 000 euros vaut dans toute l’Union européenne ; en Italie, le Fondo Interbancario di Tutela dei Depositi paie lui aussi sous sept jours ouvrés après l’entrée en vigueur de l’ordre de liquidation de la banque. En France, les banques sont contrôlées par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), adossée à la Banque de France.
Aux États-Unis, l’assurance des dépôts « couvre 250 000 dollars par déposant, par banque assurée par la FDIC, pour chaque catégorie de propriété de compte », selon la Federal Deposit Insurance Corporation. La page de la FDIC sur l’assurance des dépôts (en anglais) liste ce qui n’est pas couvert : les crypto-actifs y figurent, avec les actions, les obligations et les fonds communs de placement.
Le Royaume-Uni a relevé sa limite le 1er décembre 2025. Le Financial Services Compensation Scheme (en anglais) protège désormais jusqu’à 120 000 livres par personne éligible et par établissement agréé, contre 85 000 auparavant. Les soldes élevés temporaires, comme le produit de la vente d’un logement, sont couverts jusqu’à 1,4 million de livres pendant six mois au plus. Les banques d’un même groupe qui partagent une licence bancaire comptent pour un seul établissement : plusieurs marques peuvent donc se partager une même limite.
| Dispositif | Plafond | Ce qui est couvert | Source et date |
|---|---|---|---|
| FGDR (France) | 100 000 euros par client et par banque | Comptes courants et d’épargne, Livret A, LDDS, LEP ; remboursement en 7 jours ouvrés | FGDR, octobre 2026 |
| FITD (Italie) | 100 000 euros par déposant et par banque | Comptes courants, comptes de dépôt, certificats de dépôt ; remboursement en 7 jours ouvrés | FITD, octobre 2026 |
| FDIC (États-Unis) | 250 000 dollars par déposant, par catégorie de propriété, par banque | Dépôts dans les banques assurées ; ni crypto-actifs, ni actions, ni fonds | FDIC, octobre 2026 |
| FSCS (Royaume-Uni) | 120 000 livres par personne et par établissement agréé | Dépôts en banque, en société de crédit immobilier mutualiste et en coopérative de crédit ; plafond relevé le 1er décembre 2025 | FSCS, octobre 2026 |
Un solde de stablecoin ou une crypto conservée sur une plateforme n’est pas un dépôt bancaire : ces garanties ne le protègent pas. En France, les plateformes de crypto-actifs relèvent de l’AMF, pas du fonds de garantie des dépôts.
Silicon Valley Bank a perdu plus de 40 milliards de dollars de dépôts en une journée
La Californie a donné en mars 2023 une leçon brutale sur ce qu’est un dépôt. Silicon Valley Bank (SVB) affichait environ 209 milliards de dollars d’actifs et 175,4 milliards de dépôts fin 2022, selon la FDIC. Ses déposants étaient surtout des start-up et des fonds de capital-risque, et environ 94 % de ses dépôts n’étaient pas assurés fin 2022, d’après l’examen que la Réserve fédérale a publié ensuite. Une bonne part de l’argent avait été placée en obligations à long terme, qui ont perdu de la valeur quand les taux ont monté.
Le 8 mars 2023, la maison mère de la banque a annoncé avoir vendu 21 milliards de dollars de titres, avec une perte après impôt de 1,8 milliard, et prévoir de lever 2,25 milliards de capital. Le lendemain 9 mars, SVB a « perdu plus de 40 milliards de dollars de dépôts », a constaté l’examen de la Fed du 28 avril 2023 (en anglais), et la direction s’attendait à plus de 100 milliards de dollars de retraits supplémentaires le 10 mars. Sorties constatées et attendues réunies, cela faisait environ 85 % de la base de dépôts de la banque, selon la Fed, dans une panique « alimentée par les réseaux sociaux ».

Le 10 mars, le régulateur bancaire de Californie a fermé SVB et nommé la FDIC liquidateur. Le 12 mars, le Trésor, la Fed et la FDIC ont annoncé que tous les déposants, assurés ou non, seraient protégés, et la Fed a ouvert le Bank Term Funding Program, qui prêtait aux banques jusqu’à un an contre des bons du Trésor et d’autres garanties de haute qualité valorisées à leur valeur nominale.
Une banque finance des prêts et des obligations longs avec des dépôts que les clients peuvent déplacer d’un clic. Aucune banque ne détient assez de réserves pour rembourser tous ses déposants d’un coup, et aucune n’est faite pour cela : c’est la contrepartie de la création de crédit. Une règle de liquidité pensée pour 30 jours de stress ne pouvait pas absorber une ruée qui se mesurait en heures. Ce qui a empêché la panique de s’étendre, ce sont des filets de sécurité : l’assurance des dépôts, le prêt de la banque centrale et une décision gouvernementale. Un prêteur crypto n’en a aucun.
Bitcoin, stablecoins et dépôts tokenisés répondent autrement à la même question
Bitcoin : une émission fixée par des règles que chaque nœud applique
Dans Bitcoin, les nouveaux bitcoins n’apparaissent que sous forme de récompense de bloc versée aux mineurs. Le code de Bitcoin Core fixe la récompense à 50 BTC au départ et la divise par deux tous les 210 000 blocs ; depuis le bloc 840 000, elle est de 3,125 BTC. Le même code pose un plafond de cohérence de 21 millions de BTC, et l’offre réelle s’arrêtera un peu en dessous. Notre fiche du glossaire sur le halving du Bitcoin donne le calendrier. Le livre blanc de Satoshi Nakamoto compare les nouvelles pièces à de l’or que des mineurs ajoutent à la circulation, et imagine un avenir où les frais remplacent la subvention et où le système devient « totalement exempt d’inflation » (« completely inflation free »).
Le protocole ne contient aucun prêt, donc aucun dépôt créé par le crédit. Du crédit existe bel et bien autour de Bitcoin : des plateformes et des prêteurs prennent des pièces pour les prêter, et des protocoles de finance décentralisée accordent des prêts adossés à des garanties, comme l’explique notre guide de la DeFi. Ce sont des créances sur des pièces existantes, qui portent le même risque de ruée qu’une banque, sans garantie des dépôts ni prêteur en dernier ressort. Les bases du réseau figurent dans notre guide du Bitcoin.
Stablecoins réglementés : des créances adossées un pour un
Un émetteur de stablecoin reçoit des dollars ou des euros et émet des jetons en contrepartie. Selon le GENIUS Act américain (Public Law 119-27, signé le 18 juillet 2025), un émetteur autorisé doit maintenir des « réserves identifiables » sur « une base d’au moins 1 pour 1 », en espèces, en dépôts, en bons du Trésor à court terme et en actifs similaires, et ne peut verser aux détenteurs « aucune forme d’intérêt ou de rendement » pour la simple détention du jeton. Le texte de la loi (en anglais) a donné un an aux régulateurs pour écrire les règles d’application et entre en vigueur à la plus proche de deux dates : 18 mois après la promulgation, soit le 18 janvier 2027, ou 120 jours après les règles définitives. Ces règles sont rédigées par les régulateurs bancaires fédéraux, comme l’Office of the Comptroller of the Currency et la FDIC, avec le Trésor.
Le droit européen suit une ligne voisine. Le règlement MiCA traite un stablecoin qui référence une seule monnaie officielle comme un jeton de monnaie électronique : il est émis à la valeur nominale et remboursable à tout moment à la valeur nominale, sans frais. L’article 50 (en anglais) interdit à l’émetteur d’accorder des intérêts, étend l’interdiction aux prestataires de services sur crypto-actifs et range dans les intérêts tout avantage lié à la durée de détention du jeton. Notre guide de MiCA détaille le règlement, et notre leçon sur les stablecoins explique le fonctionnement concret de pièces comme l’USDC.
Un émetteur de stablecoin intégralement adossé ne crée donc pas de monnaie en prêtant ; il détient de la monnaie et émet une créance dessus. La création de crédit, s’il y en a, se fait dans les banques où dorment les réserves. La Banque des règlements internationaux a jugé, dans son rapport économique annuel de juin 2025 (en anglais), que les stablecoins « se comportent mal » face aux trois critères qu’un système monétaire doit remplir : l’unicité, l’élasticité et l’intégrité. L’élasticité est le point qui nous intéresse : la monnaie de banque peut croître avec la demande de crédit de l’économie, une pièce intégralement adossée ne le peut pas.
Dépôts tokenisés : de la monnaie de banque sur un nouveau registre
Un dépôt tokenisé est un dépôt ordinaire inscrit sur un registre de type blockchain. Il reste une dette de la banque : c’est donc toujours la banque qui le crée en prêtant, il reste soumis aux règles de capital et de liquidité, et il se règle entre banques en monnaie de banque centrale. Le rapport de la BIS estime que la monnaie de banque commerciale tokenisée pourrait s’appuyer sur le système à deux niveaux éprouvé, banque centrale et banques commerciales. Les formes plus anciennes de monnaie bancaire numérique et de monnaie électronique, ainsi que les expériences qui ont précédé Bitcoin, sont l’objet de notre prochaine leçon sur la monnaie numérique avant Bitcoin.
La Suisse a voté sur la fin de la création monétaire par les banques : 75,7 % ont dit non
Un seul pays a posé la question à ses électeurs. Le 10 juin 2018, les Suisses se sont prononcés sur l’initiative « Monnaie pleine » (« Vollgeld »), qui aurait donné à la Banque nationale suisse le pouvoir exclusif de créer la monnaie, électronique comprise, et exigé que les dépôts à vue en banque soient intégralement couverts par de la monnaie de banque centrale.
Le texte a été largement rejeté. Selon les résultats en données ouvertes de la Chancellerie fédérale (en anglais), 442 387 votants ont dit oui et 1 379 540 non, soit 75,7 % de rejet, pour une participation d’environ 34,6 %. Pas un seul canton ne l’a soutenu. Un sondage réalisé après le vote, rapporté par swissinfo (en anglais), a montré que 58 % des personnes interrogées avaient eu du mal à comprendre l’objet du vote.
La Banque nationale suisse s’opposait à l’initiative. Le scrutin n’a rien tranché sur le fond économique, mais il a montré que la question de savoir qui crée la monnaie est un choix politique que l’on peut soumettre aux électeurs.
Les chiffres monétaires de septembre de la BCE sont attendus dans les prochaines semaines, et le GENIUS Act entre en vigueur au plus tard le 18 janvier 2027, quelle que soit la cadence des règles définitives. Les calendriers d’émission des jetons, l’équivalent crypto de la politique monétaire, viendront dans une leçon ultérieure.



