La première banque allemande compte ouvrir la conservation de cryptos à ses clients institutionnels et entreprises d’ici quelques semaines. Gerald Podobnik, codirecteur de la Corporate Bank de Deutsche Bank, a déclaré à Reuters le 16 octobre que le service démarrerait en Allemagne avant de gagner les places financières d’Asie en 2027. L’étape qui rend ce lancement possible date de quatre jours plus tôt : le 12 octobre, la BaFin a inscrit Deutsche Bank au registre européen MiCA pour la conservation et le transfert de crypto-actifs, selon le registre provisoire publié par l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA).
Le départ sera modeste. Au lancement, l’offre crypto de Deutsche Bank couvre le bitcoin, l’ether et trois stablecoins ou jetons de monnaie électronique (USDC, EURC et EURAU), conservés pour le compte des clients et transférés à des tiers sur instruction, d’après l’annonce de la banque du 16 septembre. La banque n’achètera ni ne vendra de cryptos pour eux, et le service ne s’adresse pas aux particuliers.
Gerald Podobnik a relié le projet à l’objectif de la Corporate Bank, une croissance annuelle moyenne de 8 % jusqu’en 2028, ont rapporté Cointelegraph et crypto.news en relayant l’entretien accordé à Reuters. Cet objectif vaut pour toute la division. Ce n’est pas une prévision de revenus tirés des cryptos.
Deutsche Bank crypto : ce que les clients obtiennent au lancement
Le communiqué du 16 septembre décrit un service destiné aux clients institutionnels et aux entreprises en Europe. Ils peuvent détenir certains actifs numériques auprès de la banque et les transférer à des tiers. Deutsche Bank gère les portefeuilles et les clés privées : un client n’a donc pas à monter ni à faire tourner sa propre infrastructure de conservation.
C’est le cœur du métier de dépositaire crypto. Qui contrôle la clé privée contrôle les jetons, et un conservateur décharge le propriétaire de cette tâche, avec la confiance que cela suppose. Pour un trésorier d’entreprise ou un fonds, l’autre option consiste à gérer les clés en interne ou à passer par un prestataire spécialisé. Notre guide des portefeuilles crypto et des modes de conservation explique la différence entre garder ses clés soi-même et les confier à un tiers.
La liste des actifs est courte. Le bitcoin et l’ether sont les deux premières cryptomonnaies. L’USDC est le stablecoin en dollars de Circle, émis en Europe selon les règles de MiCA (voir notre fiche USDC). L’EURC, lui aussi émis par Circle, et l’EURAU, d’AllUnity, sont des jetons de monnaie électronique en euros encadrés par MiCA. Les instruments financiers tokenisés doivent suivre plus tard.

La banque cite les clients qu’elle vise : entreprises, gérants d’actifs, fonds spéculatifs, dépositaires, courtiers et institutions souveraines, tous suivis par sa Corporate Bank et sa banque d’investissement. Le communiqué porte aussi un avertissement sans détour : les crypto-actifs ne sont pas couverts par un système de garantie des dépôts.
L’accès passe par les canaux existants de la banque. Le site du produit, digitalassets.db.com, présente Francfort et l’Allemagne comme marché d’origine et renvoie les clients vers la plateforme Autobahn et le portail de la Corporate Bank, avec une disponibilité « après finalisation réglementaire et préparation technique », a rapporté crypto.news le 16 octobre.
Pour mémoire, le bitcoin s’échangeait vers 81 900 $ à 13 h 24 UTC le 16 octobre, en hausse de 1,7 % sur 24 heures, et l’ether vers 2 459 $, en hausse de 4,7 %. Rien dans la couverture de presse ne relie ces mouvements à l’annonce de Deutsche Bank.
« D’ici quelques semaines », puis l’Asie en 2027 : ce que Podobnik a dit à Reuters
L’entretien de Reuters est réservé aux abonnés et nous n’avons pas pu le lire : aucune citation mot pour mot n’en est donc reprise ici. Ce qui suit est la version de Gerald Podobnik telle que l’ont relayée le 16 octobre Cointelegraph, crypto.news et Bloomingbit, ce dernier citant Wu Blockchain.
La conservation vient d’abord, les autres services suivront par étapes, selon Bloomingbit et crypto.news. Bloomingbit mentionne un service de conversion entre monnaie fiduciaire et stablecoins, sans date. Des dépôts tokenisés pour les entreprises et un appui à l’émission de titres sur blockchain, comme des obligations numériques, figurent aussi dans la feuille de route.
Le volet asiatique est la nouveauté. Deutsche Bank veut étendre sa plateforme de conservation aux places financières d’Asie en 2027, mais aucune juridiction n’a été citée. Cointelegraph indique que sa demande de commentaire est restée sans réponse. Chaque place asiatique a ses propres règles d’agrément : le calendrier dépendra d’autorisations locales que la banque n’a pas détaillées.
La date d’octobre avait été annoncée. Un porte-parole de Deutsche Bank avait indiqué que la banque attendait son feu vert MiCA pour l’offre de conservation en octobre, rapportait Cointelegraph le 16 septembre. L’inscription au registre est datée du 12 octobre.
Dans le communiqué de septembre, Gerald Podobnik résumait ainsi la position de la banque :
« Les actifs numériques ne remplacent pas le système financier traditionnel, ils en sont un complément important. » (Gerald Podobnik, Deutsche Bank, 16 septembre 2026, traduit de l’anglais)
smart contract holding reserves of two or more tokens, supplied by users, that a decentralized exchange uses to execute trades automatically at a price set by a formula.">pool diverge, compared with simply holding the same tokens in a wallet. It becomes permanent when the provider withdraws.">Il ajoutait que le service « sera développé en fonction de la demande des clients, des exigences réglementaires et de l’appétit pour le risque de la banque ». Le communiqué précise aussi que le calendrier, la géographie, les actifs et le périmètre peuvent changer.
Ce que dit l’inscription au registre de l’ESMA, et ce qu’elle ne dit pas
Le registre provisoire MiCA de l’ESMA, téléchargé le 16 octobre, mentionne Deutsche Bank Aktiengesellschaft, avec la BaFin comme autorité compétente et une date au 12 octobre 2026. Deux services y figurent : la conservation et l’administration de crypto-actifs pour le compte de clients, et les services de transfert de crypto-actifs pour le compte de clients. Le seul pays indiqué est l’Allemagne.
Les mots comptent. La colonne du registre s’intitule « date d’agrément ou de notification ». En tant qu’établissement de crédit, Deutsche Bank peut fournir ces services après une simple notification à son superviseur, au titre de l’article 60 de MiCA, sans demander un agrément complet de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP en anglais). Certains médias écrivent que la banque a été « agréée ». Le registre seul ne dit pas quelle voie a été suivie : nous écrivons donc que la BaFin a inscrit la banque au registre. Notre guide du règlement MiCA explique ce qui distingue le régime des PSCA de la voie réservée aux banques.
Un détail intrigue. Le champ « dernière mise à jour » de la ligne affiche le 11 septembre 2026, un mois avant la date d’inscription. Micawatch, un site qui suit le registre, y voit une erreur de saisie. Au 16 octobre, Deutsche Bank n’avait publié aucune déclaration sur cette inscription dans sa rubrique d’actualités.
Deux petites banques allemandes, la Münchner Bank et la Raiffeisenbank im Oberland, apparaissent dans le registre à la même date du 12 octobre, pour l’exécution d’ordres. Aucune des deux n’a de lien avec le projet de Deutsche Bank.
La première banque allemande arrive après Commerzbank, DZ Bank et DekaBank
D’autres sont passés avant. L’Allemagne compte plus d’inscriptions au registre de l’ESMA que tout autre pays : 103 sur 370 au 16 octobre, contre 36 pour la France et 29 pour les Pays-Bas, selon notre décompte du fichier CSV. Plusieurs banques allemandes y figuraient pour la conservation de cryptos bien avant Deutsche Bank.
| Établissement | Date au registre | Remarque |
|---|---|---|
| Commerzbank AG | 7 avr. 2025 | première grande banque universelle allemande dotée d’une licence de conservation KWG (nov. 2023) |
| Trade Republic | 28 avr. 2025 | courtier en ligne |
| V-Bank | 19 sept. 2025 | |
| Hauck Aufhäuser Digital Custody | 28 nov. 2025 | |
| DekaBank | 1er déc. 2025 (conservation), 25 juin 2026 (plateforme d’échange) | groupe des caisses d’épargne (Sparkassen) |
| DZ Bank | 23 déc. 2025 | banques coopératives |
| Berenberg | 6 mars 2026 | |
| Deutsche WertpapierService Bank | 28 août 2026 | |
| Deutsche Bank AG | 12 oct. 2026 | conservation et transferts, Allemagne seulement |
L’Allemagne a démarré plus tôt que la plupart de ses voisins. Une loi entrée en vigueur le 1er janvier 2020 a fait de la conservation de cryptos un service financier réglementé par la loi bancaire allemande (KWG), ce qui a permis aux banques de demander une licence. Commerzbank est devenue la première grande banque universelle allemande à obtenir une licence KWG de conservation de cryptos, en novembre 2023, selon Fintech Futures.
Les banques coopératives ont suivi. Le 12 janvier 2026, DZ Bank a annoncé son agrément MiCA et l’offre meinKrypto pour les clients des Volksbanken, avec le bitcoin, l’ether, le litecoin et le cardano, une conservation assurée par Börse Stuttgart Digital Custody et une exécution sur EUWAX. Selon notre décompte, 52 banques coopératives, pour la plupart des Volksbanken et des Raiffeisenbanken, figuraient au registre pour l’exécution d’ordres le 16 octobre. Les caisses d’épargne préparent une offre crypto pour les particuliers via DekaBank et Börse Stuttgart, avec un déploiement annoncé à partir de l’été 2026, caisse par caisse, selon la Börsen-Zeitung ; le nombre de caisses déjà actives n’est pas confirmé.
Ces offres visent surtout les particuliers, via les applications bancaires. Le produit de Deutsche Bank s’adresse aux entreprises et aux institutions, ce qui le rapproche de ce que vendent Commerzbank et les dépositaires spécialisés.

Six ans entre les premiers projets et le registre
L’intérêt de la banque pour la conservation ne date pas d’hier. Ses projets d’offre de conservation et de prime brokerage en cryptos ont été révélés en février 2021 par CoinDesk, et The Block affirme que la banque y réfléchissait depuis la fin de 2020. En juin 2023, elle a déposé auprès de la BaFin une demande de licence de conservation de cryptos, selon IT Finanzmagazin.
Le 14 septembre 2023, elle a annoncé un accord mondial avec Taurus, une société genevoise fondée en 2018, pour la technologie de conservation et de tokenisation. Deutsche Bank avait aussi participé à la levée de série B de Taurus, de 65 millions de dollars.
Le 1er juillet 2025, Bloomberg a rapporté que la banque visait un lancement de la conservation en 2026, avec l’aide de la filiale technologique de Bitpanda aux côtés de Taurus, comme l’a relayé The Block. Deutsche Bank n’avait pas souhaité commenter, et Bitpanda n’avait pas contesté l’information (notre avis sur Bitpanda présente le groupe autrichien). Le communiqué de septembre 2026 ne nomme aucune des deux sociétés. Il évoque seulement des « prestataires externes de technologie et d’infrastructure sélectionnés » : Taurus et Bitpanda restent donc des partenaires cités par la presse, sans confirmation de la banque.
MiCA s’applique pleinement depuis le 30 décembre 2024, avec des périodes transitoires qui varient selon les pays. En France, cette période s’est achevée le 1er juillet 2026 pour les prestataires déjà enregistrés auprès de l’AMF sous le régime PSAN.
Le lancement en chiffres
| Élément | Valeur | Source, date |
|---|---|---|
| Date au registre MiCA | 12 oct. 2026 | registre de l’ESMA, vérifié le 16 oct. |
| Services inscrits | conservation et administration ; transferts | registre de l’ESMA |
| Pays couverts | Allemagne seulement | registre de l’ESMA |
| Actifs au lancement | BTC, ETH, USDC, EURC, EURAU | Deutsche Bank, 16 sept. 2026 |
| Mise en service | « d’ici quelques semaines » (Reuters) ; « cette année » (communiqué) | 16 oct. / 16 sept. 2026 |
| Asie | 2027, places non précisées | Reuters via Cointelegraph, 16 oct. |
| Objectif de croissance de la Corporate Bank | 8 % par an jusqu’en 2028 | Reuters via Cointelegraph, 16 oct. |
| Inscriptions allemandes au registre | 103 sur 370 | registre de l’ESMA, 16 oct. 2026 |
| Série B de Taurus | 65 M$, Deutsche Bank parmi les investisseurs | The Block, PYMNTS, 2023 |
Pas encore de service pour les institutions françaises ou italiennes
Selon le registre, l’Allemagne est le seul pays où Deutsche Bank fournit ces services. MiCA permet à un prestataire d’utiliser un passeport européen pour proposer ses services dans les autres États membres, mais aucune notification de ce type n’apparaît à ce jour. Une institution française ou italienne ne peut donc pas, pour l’instant, recourir à ce service de conservation par la voie du passeport, même si la banque possède des filiales dans les deux pays, dont Deutsche Bank S.p.A. en Italie. Aucun service français ou italien n’a été annoncé.
En France, où l’AMF supervise les prestataires de services sur crypto-actifs, avec l’ACPR pour l’agrément des établissements de crédit, plusieurs banques figurent déjà au registre : CACEIS Bank depuis le 23 juin 2025, ainsi que Société Générale-Forge, émetteur des stablecoins EURCV et USDCV, et la Banque Delubac, toutes deux depuis le 23 octobre 2025.
En Italie, la supervision MiCA est partagée entre la Consob et la Banque d’Italie ; le registre de l’OAM constituait le régime antérieur à MiCA. Banca Sella figure au registre de l’ESMA depuis le 27 avril 2026. Intesa Sanpaolo, première banque du pays, a acheté 11 bitcoins pour environ 1 million d’euros en janvier 2025, sa première opération crypto pour compte propre. Son directeur général, Carlo Messina, avait parlé à La Stampa d’« une expérience, un test », rapportait The Block le 14 janvier 2025.
Une trésorerie gérée en euros trouvera deux jetons de monnaie électronique en euros, l’EURC et l’EURAU, sur la liste de lancement, à côté du bitcoin et de l’ether. Les particuliers des deux pays restent hors du périmètre : le service est réservé aux institutions et aux entreprises. Pour comparer avec les États-Unis, voir notre article sur le projet de règles de la SEC sur la conservation des cryptos par les conseillers et les fonds.
Ce qu’on ignore encore, et les dates à surveiller
Plusieurs points n’ont pas été communiqués. La banque n’a donné ni date précise de mise en service ni nom d’un premier client. Elle n’a pas dit dans quelles places asiatiques elle s’installera, ni sous quelles licences. Les tarifs ne sont pas publics. On ne sait pas non plus si le système en production repose sur la technologie de Taurus ou de Bitpanda, ni dans quelle proportion il mêle outils internes et externes.
Autre inconnue, la voie juridique : notification au titre de l’article 60 ou agrément complet. S’y ajoute la date de « dernière mise à jour » incohérente du registre.
Prochaine étape : la mise en service pour les premiers clients, « d’ici quelques semaines » selon l’entretien accordé à Reuters, ce qui cadre avec le lancement prévu cette année dans le communiqué. La conversion entre monnaie fiduciaire et stablecoins, les dépôts tokenisés et les obligations numériques n’ont pas de date. L’Asie est prévue pour 2027, sous réserve des autorisations locales. Le registre de l’ESMA montrera si et quand Deutsche Bank notifie ses services dans d’autres États de l’UE, condition nécessaire pour que des clients français ou italiens puissent y accéder.
